‹ Le Docteur Joseph PainchaudChapitre 3 sur 5 · FONDATION À QUÉBEC DE LA SOCIÉTÉ DE SAINT-VINCENT DE PAUL

FONDATION À QUÉBEC DE LA SOCIÉTÉ DE SAINT-VINCENT DE PAUL

En 1846, M. Painchaud revint à Québec. À peine de retour dans sa ville natale ce jeune et vaillant chrétien se fait un devoir de faire connaître la Société de Saint-Vincent de Paul. Voici ce que M Baillargeon, archevêque de Québec, de passage à Paris quelques années plus tard et présidant une assemblée générale des Conférences de cette ville à laquelle était présent le P. Lacordaire, disait des origines de la Société de Saint-Vincent de Paul à Québec : « C’est un bonheur pour l’homme de faire le bien, car c’est accomplir sa destinée, c’est faire l’œuvre de Dieu, se mettre à la suite de Jésus-Christ, et continuer l’œuvre de régénération que le Fils de Dieu a commencée. Heureuses les sociétés que Dieu a suscitées pour être les instruments de ses miséricordes. Cette grâce, Dieu l’a accordée abondamment à la Société de Saint-Vincent de Paul. Cette Société est née de la charité et elle est selon le cœur de Dieu, puisqu’elle a reçu la mission d’accomplir les œuvres de miséricorde. Ce qu’elle a fait pour la France, elle l’a fait aussi pour le Canada. Un jeune homme qui avait étudié à Paris, revint au Canada avec vos règlements. Il vint trouver l’un des curés de Québec, ce curé, c’est moi qui vous parle en ce moment. Il l’entretint de son projet de fonder la Société. Le curé le seconda : il dit un mot, convoqua une assemblée, et cela suffit dans ce pays si catholique, pour qu’il se formât bientôt plusieurs Conférences. »

Nous avons rappelé il y a un instant les premières réunions de la Conférence Notre-Dame, de novembre 1846 à février 1847. M. Painchaud était tout zèle et fit preuve d’une telle piété et d’un si grand sens pratique que, au mois d’août 1847, on envoyait à Paris un rapport sur neuf Conférences déjà établies et en activité à Québec, et en 1849, l’année du départ définitif de Québec de M. Painchaud pour Paris et les missions de Vancouver, douze Conférences existaient à Québec ainsi qu’un Conseil particulier, institué le 11 octobre 1847.

Voici la liste des Conférences fondées à Québec par les soins de M. Painchaud de 1846 à 1849 : Notre-Dame, Saint-Jean, Notre-Dame d’Espérance, Saint-Louis de Gonzague, Saint-François-Xavier, Saint-Roch, Notre-Dame des Victoires, Saint-Vallier, Saint-Joseph, Saint-Vincent de Paul, Notre-Dame de la Garde, Sainte-Geneviève, Saint-Patrice.

Toutes ces Conférences furent fondées avec le plus grand soin et dans le véritable esprit du Manuel. Mais une œuvre aussi considérable avait exigé de M. Painchaud, quoique faible de santé et infirme, des efforts intelligents, soutenus par un zèle vraiment apostolique.

Écoutons, à ce sujet, M Têtu : « Pour se faire une idée de son zèle, il faut lire les procès-verbaux de ces Conférences. On y voit que M. Painchaud assistait presque à chaque séance. Il les présidait, apportait le secours précieux de son expérience et le secours plus précieux encore de son zèle et de ses bons exemples. Toujours il avait de pauvres familles à proposer et de nouveaux membres à faire recevoir. Il voyait à tout, se chargeait volontiers de la plus fatigante besogne, rédigeait souvent lui-même les procès-verbaux, faisait les visites d’enquêtes, faisait partie des Conseils les plus importants, et s’occupait activement de procurer des ressources à la Société. Il s’était donné une tâche de géant, et il ne succombait pas à la peine. Les Conférences de Saint-Vincent de Paul, c’était sa vie, c’était pour elles qu’il se dépensait tout entier.

Au mois d’août 1847, on envoyait de Québec à Paris un rapport sur neuf Conférences pour demander l’agrégation et l’on terminait en disant : « L’établissement de toutes les Conférences en cette ville est dû au zèle du jeune Painchaud, dernièrement de retour de la France et qui était membre d’une des Conférences de Paris. »

Le 10 août 1849, le président du Conseil particulier de Québec disait encore à M. Beaudon, président général, à Paris : « M. Painchaud, qui a fondé les Conférences, a travaillé avec un zèle admirable à leur bon fonctionnement. »

Les douze Conférences et le Conseil particulier établis à Québec par les soins du D Painchaud, fils, ont-ils prospéré et porté des fruits ? Le petit arbre transplanté du vieux sol de France sur la terre canadienne s’est-il développé et a-t-il étendu l’ombre de ses rameaux sur notre jeune patrie ?

Voici le tableau de la Société de Saint-Vincent de Paul au Canada que je traçais ici même, dans cette grande salle du Patronage, le 15 avril 1917, à l’occasion de la visite d’un prêtre français éminent, M. le chanoine Thellier de Poncheville :

« Aujourd’hui, M. le chanoine, la Société de Saint-Vincent de Paul du Canada comprend — je donne ici les chiffres de 1915, les statistiques de 1916 n’étant pas encore terminées — 228 Conférences, 20 Conseils particuliers, 2 Conseils centraux et 1 Conseil supérieur. Il existe des Conférences dans toutes les provinces du Canada : celle de Québec en possède 149, avec 13 Conseils particuliers, 1 Conseil central et 1 Conseil supérieur ; celle d’Ontario, 52 Conférences avec 5 Conseils particuliers et 1 Conseil central ; celle de la Nouvelle-Écosse, 4 Conférences et 1 Conseil particulier ; le Nouveau-Brunswick, 1 Conférence ; l’île du Prince-Édouard, 2 Conférences ; le Manitoba 2 Conférences ; la Colombie-Anglaise, 8 Conférences et 1 Conseil particulier. Les 228 Conférences du Canada renferment 7,349 membres actifs, qui ont visité et secouru en 1915 : 7,641 familles. Les recettes de ces Conférences se sont élevées à $332,616.14, soit 1,663,080 francs.

« Les différents Conseils ont créé et soutiennent des œuvres multiples, suivant les besoins des lieux ou des temps. C’est ainsi que nos Conseils et Conférences du Canada soutiennent ou dirigent cinq Patronages ; deux Colonies de vacances ; deux Fourneaux économiques ; deux Ouvroirs ; un Hospice ; un Orphelinat ; une Hospitalité de nuit ; une Œuvre de Marins catholiques ; un Comité pour l’éducation des sourds-muets ; un Comité Hôpital et Prison ; un Refuge ; un Bureau de renseignements ; un Comité de garde-robe ; une École. D’autres œuvres fondées par nos dévoués prédécesseurs ont pris un tel essor qu’elles se sont détachées du vieil arbre, le fruit étant mûr. Ces œuvres, telles que la Caisse d’économie Notre-Dame et le Bon-Pasteur, de Québec, vivent de leur vie propre et font un bien incalculable à la population de Québec et des environs.

« Je ne saurais taire l’existence, à Québec même, de dix Conférences composées exclusivement de jeunes gens, sur un total de trente-huit Conférences. L’Université, le Petit Séminaire, un groupe d’anciens étudiants de l’Université, les Unions du Patronage, un groupe d’anciens des Unions, et les jeunes Congréganistes de la Haute-Ville, de Saint-Jean-Baptiste et de Saint-Sauveur, constituent l’effectif de ces dix Conférences, qui sont la joie et la consolation des aînés. »

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