‹ Le Gel au nez rougeChapitre 10 sur 32 · XIV

XIV

Selon l’usage, on le descendit dans le trou, on couvrit de terre Prokl ; on pleura, on gémit tout haut, on plaignit la famille, on parla du mort en lui prodiguant des louanges. Le starots lui-même, Sidor Ivanitch, accompagnait à demi-voix les lamentations des babas, et : « Paix à toi, Prokl Sevastianitch ! » dit-il, « tu fus un bon garçon. Tu vécus honnêtement, et surtout, à date fixe (je ne sais comment Dieu te tirait d’affaire !) tu payais toujours la dîme au barine et l’impôt à l’État » ! Ayant épuisé toute sa provision d’éloquence, l’honorable moujik toussota : « Oui, la voilà, la vie humaine ! » Ajouta-t-il et il remit son bonnet. « Il a succombé !… et pourtant il était fort ! Nous succomberons… nous n’éviterons pas le sort commun… » On fit encore des signes de croix sur la tombe et on s’en alla avec Dieu, chacun chez soi.

Grand, les cheveux gris, maigre, — sans bonnet, immobile et muet comme une statue, le diedouchka, resta sur la chère tombe. Puis, le pauvre vieillard marcha lentement sur la fosse comblée en égalisant la terre avec sa pioche, accompagné des gémissements de la vieille. Et quand, laissant le fils endormi, il entra dans le village avec sa baba : « Le malheur les fait vaciller comme deux ivrognes, regardez donc ! » disait le peuple…

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