L’AUTRE
Mais si tu gardes dans un coin de ton esprit cette idée que les choses ne tourneront pas inévitablement comme elles en ont l’air, tu seras obligé de tenir ton jugement en suspens, tu ne pourras pas t’abandonner tout à fait au pessimisme que tu préfères, et tu te garderas ouvert à d’autres hypothèses que des ruptures totales d’équilibre. Et l’homme ne finit pas plus qu’il ne commence, et rien ne s’est jamais arrêté en lui qu’on puisse fixer d’un mot. On ne peut pas dire: ceci est, a été et sera l’homme. Car, depuis qu’il existe sur cette planète un mammifère érigé sur ses deux pieds, il a déjà renouvelé plus d’une fois, pièce à pièce, toute son armature spirituelle et l’intime même du métal dont est faite cette armature. L’idée de la permanence des formes, sous ce crâne, ne peut subsister qu’à l’abri de l’ignorance. Le domaine cultivé par l’histoire, jusqu’hier, était assez étroit pour que l’homme rationnel pût se persuader que la terre ne pouvait produire d’autres fleurs mentales que celles dont il chantait, ces temps-ci, les couleurs toujours renaissantes et toujours pareilles. Mais voici que la préhistoire déborde de sa jungle irrésistible notre petit jardin. La préhistoire brise l’homme historique comme la considération de l’inconscient brise l’homme psychologique.
Pour moi, j’incline à me confier au flot à l’exemple de Christophe Colomb. Bientôt apparaîtront des choses nouvelles, terres ou étoiles. Nous leur donnerons un nom humain, ou bien les anges nous souffleront les termes ineffables qui conviennent à ces surprenantes Amériques.
MOI
Non, l’homme, c’est une espèce terrestre; il y a un point d’épanouissement pour chaque espèce qu’elle ne peut dépasser. Au delà, c’est la mort: peu importe ce qu’est la mort et si sous d’autres cieux cela pourrait s’appeler la vie.