L’AUTRE
Abandonne cette vue borgne que l’évolution à venir ne consistera qu’à épuiser les prémices que tu discernes dans les faits actuels: dans l’état présent germent des causes mystérieuses qui engendreront des conséquences inattendues. Tu ne peux condamner sans recours un futur qui ne te réserve que des surprises. Tout peut être changé d’une minute à l’autre par une découverte. Et par exemple, cette époque de la machine où nous nous débattons peut être terminée d’un instant à l’autre. En tout cas tout nous engage à modifier une conception de la vie et de la beauté à la fois trop stable et trop périssable que nous tenons de la Méditerranée, région qui n’est pas hantée par les tremblements de terre. Ne soyons pas fétichistes, n’attachons pas tout notre intérêt à une statue de marbre cassable, à une machine que la rouille menace; corrigeons l’exemple grec par l’exemple japonais: apprenons à renouveler la beauté chaque matin avec un peu de papier et quelques petits bouts de bois.
MOI
Oui, certes, songeons que les civilisations sont périssables, préparons-nous à lever le camp, jetons du lest, accrochons-nous au principe vivant. Cette planète même se dérobe sous nous. Alors, allons jusqu’à l’exemple de l’Indien qui, entraîné aux plus riches méthodes de dépouillement, s’accorde mieux que nous à une destinée de déluges et de collisions astrales...
Non, je reviens me réfugier près de cette statue de marbre, immobile pour une heure dans un parc qui invinciblement retourne à la brousse. Je ne puis penser autrement que je fais. L’avenir, je ne puis le composer que des traits que je vois à aujourd’hui qui me montre le visage d’agonie de tout ce qui m’est cher. Je n’ai pas le cœur dur d’un démiurge.