‹ Le jeune EuropéenChapitre 19 sur 26 · L’AUTRE

L’AUTRE

J’ai horreur de ces rêveries de promeneur placide qui tout à l’heure va retrouver son cabinet à la même place. Nous avons fait la guerre. Voilà qui nous a guéris des utopies, voilà qui nous a restitué le sens d’une certaine mesure: nous savons que l’idée est un acte et un acte de la douleur. Je demande sur quelle galère tu embarques l’humanité et quelles souffrances manœuvreront les rames.

Et je veux qu’ils réfléchissent, ces destructeurs, s’il s’en trouve, sur ce qui en eux est susceptible d’être détruit. Que changerions-nous si nous étions dans les conditions les plus efficaces pour tout changer? Je ne puis me maintenir dans les vues de l’esprit, je découvre la platitude des événements.

Donc, on détruit l’économie: au diable les banques, les usines, les chemins de fer. Plus d’argent. Plus de presse. Enfin les hommes respirent, ils ne vont plus au bureau, ils quittent les villes...

Car c’est bien cela, n’est-ce pas, que vous voulez? Votre effort ne peut aboutir qu’à cela. Votre passion pour ébranler le monde présent devrait être si violente qu’elle ne pourrait moins faire que le briser. Ou bien alors c’est un effort modéré, qui veut en prendre et en laisser, mais qui alors s’amortira et se confondra avec les autres compromis. Le communisme en Russie, parce qu’il n’a point rétrogradé à la horde, rejoint l’américanisme, un idéal de production de fer-blanc.

MOI

Oui, ce rude dilemme: un réformisme rafistoleur, équivoque, souffreteux, ou un anarchisme incendiaire qui seul puisse relancer le feu des âmes.

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