‹ Le livre commode des adresses de Paris pour 1692, tome 2/2Chapitre 1 sur 22 · LIVRE COMMODE

LIVRE COMMODE

DES ADRESSES DE PARIS pour 1692

par ABRAHAM DU PRADEL (NICOLAS DE BLEGNY)

Suivi d’appendices, précédé d’une introduction, et annoté par ÉDOUARD FOURNIER

Tome II

PARIS Paul DAFFIS, ÉDITEUR-PROPRIÉTAIRE DE LA BIBLIOTHÈQUE ELZEVIRIENNE 7, rue Guénégaud

M DCCC LXXVIII

OUVRAGES DU MÊME AUTEUR.

_Histoire de la Butte des Moulins_, suivie d’une étude historique sur les demeures de Pierre Corneille à Paris, avec deux vues de la Butte en 1551 et 1652. Beau volume in-18, papier vélin. 3 fr. 50

_Le Vieux Neuf_. Seconde édition, refondue et considérablement augmentée. 3 vol. gr. in-18. 15 fr.

_L’Esprit des autres_. 5e édition refondue et considérablement augmentée. 1 vol. in-18. (Sous presse.)

Imprimerie Gouverneur, G. Daupeley à Nogent-le-Rotrou.

Caractères elzeviriens de la Librairie Daffis.

ÉPICERIES ET AUTRES DENRÉES DOMESTIQUES.

Pour le Bureau des Epiciers et Droguistes, voyez l’article de la matiere Medecinale[1].

[1] T. I, p. 164.

Messieurs Jourdan rue saint Denis au Cheval blanc[2], Lion rue de la Truanderie[3], Chabouillé rue de la Poterie, Mercier rue de la Verrerie, du Bois rue Quinquempoix, etc., tiennent magasin d’Epiceries domestiques, de Sucre, d’Huiles, etc.

[2] Dans l’édit. précéd., p. 31, il est qualifié «epicier grossier»,--c’est-à-dire en gros--et nommé seul, comme faisant «gros commerce d’huiles d’olive et des fruits de Provence». A la suite, se trouve cet autre article omis ici: «M. Petit, Chef au Chevalier du Guet, fait venir beaucoup de caffé, de cacao, etc.» _Chef_ se prenoit à la cour et dans les grandes hôtelleries avec le sens qu’il a encore. On disoit suivant Richelet: chef de gobelet, chef d’échansonnerie, chef de panneterie, etc.

[3] «Lion, rue Jean de l’Épine, à l’enseigne de la Ville de Tours, tient magasin de fruits secs, d’eaux de vie, et de diverses autres sortes de drogueries.» Édit. 1691, p. 31.

M. Barre rue Quinquempoix[4], tient grand magasin de Sucre, rafinage de Roüen[5].

[4] «Joignant la Chambre des assurances.» Édit. 1691, p. 31. Les assurances, dont la Chambre est indiquée ici, étoient les _assurances maritimes_, constituées en 1681, et pour lesquelles un édit de mai 1686 avoit autorisé une compagnie.

[5] Le sucre du raffinage de Rouen, fait avec le produit de nos îles d’Amérique, étoit de ceux qui ne payoient pas de droits de sortie. On en consommoit à Paris beaucoup de cette provenance, comme on le verra plus loin.--Le sucre entroit pour une très-grande part dans le commerce des épiciers. Les apothicaires, communauté qui leur touchoit de très-près, le leur avoient, nous l’avons vu (t. I, p. 164), fort longtemps disputé, comme une sorte de monopole, dont ils pouvoient seuls disposer. Ils avoient pour eux le proverbe: «On ne prend pas un apothicaire sans sucre», mais cela ne suffisoit pas. Il falloit un privilége. Ce fut à qui l’auroit des deux corporations. Un arrêt de la Cour, du 27 novembre 1652, attribua aux épiciers le droit exclusif des confitures, sirops «restant des dites confitures», dragées, etc. Ce ne fut pas assez. Ces sucreries n’étoient pas le sucre, auquel prétendoit si ardemment l’épicerie. Il y eut un procès, dont Gui Patin a parlé (anc. édit., t. I, p. 38; II, 134). Les épiciers l’emportèrent. Nous trouvons, en effet, dans un arrêt du 1er septembre 1689: «Défense à autres que marchands épiciers de vendre aucun poivre, _sucre_, clous de giroffle, savon, huile, muscade, etc., à peine de confiscation, et cinq cents francs d’amende.» La querelle, apaisée à Paris, ne le fut pas en province. Un siècle après, par exemple, nous l’avons dit aussi, t. I, p. 164, elle s’étoit réveillée entre les apothicaires et les épiciers de Chartres.--Les épiciers de Paris faisoient un tel commerce de sucre, pour l’exportation, que le naufrage d’un navire venant de Rouen en fit perdre à l’un d’eux pour 8000 livres, à la fin de 1660. (V. Loret, t. III, p. 295.)

Le Sieur Chambellan rue de Baffroy fauxbourg saint Antoine, vend en gros du plus beau Miel blanc, du Miel commun, etc.

La Manufacture de Savon d’Alicanthe[6] est au même Fauxbourg rue de Charonne.

[6] Ce savon blanc jaspé, fait avec de la soude d’Alicante, passa jusqu’à la fin du dernier siècle pour être le meilleur de tous. En 1655, les fruitiers s’étoient mis à en vendre. Les épiciers firent opérer des saisies. Le 25 avril, on en faisoit une chez Henry Hue, qui a été nommé plus haut, et qui demeuroit rue de la Cossonnerie. Il s’agissoit de «huit pains de savon d’Alicante».

Le Sieur Moüèvre qui demeure rue Bertin Poirée, fait et vend au cent et au millier des Bouchons de liege[7].

[7] On les faisoit venir des Landes, où ils se fabriquoient au couteau. _V._ Pomet, _Histoire des Drogues_, chap. _liége_. Pomet, historien des drogues, étoit lui-même épicier droguiste.

Pour les Droguistes de parfums, voyez l’article des Gantiers parfumeurs.

Pour les Fruits de Provence, de Portugal, de la Chine, etc., voyez aux Offices de Fruiterie.

Pour les Drogueries, voyez l’article des matieres Medecinales.

On tient à la Halle les Mercredis et Samedis un marché franc pour la Chandelle, où elle n’est vendue en gros que six sols la livre.

Il y a une manufacture de tres belle Chandelle rue Neuve saint Mederic, où elle est vendue huit sols la livre.

Il y a une autre manufacture de Chandelle fauxbourg saint Antoine devant la Halle, où la plus belle Chandelle n’est qu’à sept sols la livre[8].

[8] Cette manufacture de chandelles étoit tenue, en 1676, par un nommé Orléans, qui, ayant voulu joindre à la vente de ses produits celle de l’huile d’olive, absolument interdite aux chandeliers, dut subir, le 14 mars, une saisie, dont nous avons vu le procès-verbal imprimé.--Il se trouvoit, au même faubourg, une autre fabrique de chandelles tenue par les frères Brès. (_Correspondance du Contrôleurs généraux_, nº 1177.)

Le marché au Suif[9] se tient tous les Jeudis dans la vieille place aux Veaux[10].

[9] On savoit déjà l’épurer avec une certaine perfection, et l’on obtenoit ainsi des «chandelles de suif, façon de bougies», pour lesquelles un valet de chambre de Monsieur avoit obtenu privilége en 1669.--Plus tard, à la fin de mars 1728, s’ouvrit, rue Saint-Martin, à l’Hôtel des Quatre Provinces, une fabrique de chandelles d’une épuration plus irréprochable encore. V. un fragment des _Nouvelles à la main_ de cette époque dans le _Bullet. des Biblioph._ 1846, p. 860.

[10] Elle se trouvoit entre la rue Saint-Jacques-la-Boucherie et la rue Planche-Mibray. La famille des Saint-Yon, qui, au XIVe siècle, y tenoit sa boucherie, lui avoit longtemps donné son nom. On l’appela _la Vieille Place aux Veaux_ à partir de 1646, lorsqu’une nouvelle place eut été créée pour ce marché, sur le quai des Ormes.

Le Grenier à Sel est à l’entrée du quay de la Mégisserie et rue saint Germain l’Auxerrois[11].

[11] Il étoit près de la rue de la Saunerie, qui lui devoit son nom.

Pour les Œufs, Beurre, Fromages et Legumes, voyez l’article de ces denrées.

Les Chantiers où se vendent les Bois à bruler, sont à la porte saint Antoine, à la porte saint Bernard, et à la Grenouillere[12].

[12] Le quai d’Orsay, aujourd’hui. Quand furent bâtis les hôtels de la rue de Lille, les propriétaires se plaignirent de ces chantiers, qui leur masquoient la Seine, et qui étoient, pour eux, un continuel danger d’incendie. Ils ne purent rien obtenir. Les _mss._ légués par Beffara à l’Hôtel de Ville contenoient à ce sujet de curieuses pièces. Ces chantiers ont existé jusqu’à nos jours. Le palais de la Cour des Comptes a remplacé le dernier, qui étoit immense. C’est dans un autre plus rapproché de la rue de Bourgogne, qu’Adrienne Lecouvreur, à qui l’Église refusoit une sépulture en terre sainte, fut clandestinement enterrée en 1730.

On vend aussi du Bois neuf, des Cottrets et des Fagots sur le quay de l’Ecole[13], sur le quay de la Grève, et au Port saint Paul.

[13] Le _Pédant joué_, de Cyrano de Bergerac (acte II, scène 4), a rendu célèbres, nous l’avons déjà dit, les cotrets du quai de l’École. «GRANGER. Eh! qu’allois-tu faire à l’École, baudet?--CORBINELLI. Mon maître s’étant souvenu du commandement que vous lui avez fait d’acheter quelque bagatelle qui fût rare à Venise, et de peu de valeur à Paris, pour en régaler son oncle, s’étoit imaginé qu’une douzaine de cotrets n’étant pas chers, et ne s’en trouvant pas par toute l’Europe de mignons comme en cette ville, il en devoit porter là bas: c’est pourquoi nous passions par l’École pour en acheter.»

Le Charbon se vend sur le Port de la Grève.

On trouve quelquefois sur les Ports et dans les Chantiers du Bois de rebut qui se donne à bon marché.

ETOFFES.

Le Bureau des Marchands Drapiers est dans la rue des Déchargeurs[1].

[1] Le portail de cette maison des Drapiers, d’un beau style dorique, dont Piganiol (t. II, p. 176) regrette qu’on eût trop tôt gâté les sculptures «par une couleur à l’huile», avoit été construit, avant 1675, par Jacques Bruant. On l’a conservé, lorsque la maison fut démolie, et il sera rétabli, tel qu’il étoit, dans l’ancien jardin de l’hôtel Carnavalet.

Celuy des Marchands Merciers Grossiers, qui vendent les Etoffes de soyes et autres petites Etoffes, sera indiqué dans l’article de la Mercerie.

Pour les petites Etoffes de l’aport de Paris, voyez l’article des Tapisseries et Marchandises ordinaires.

Entre les Marchands Drapiers qui ont de gros fonds et qui font de grandes fournitures, sont dans la rue saint Honoré[2]:

[2] «Depuis les piliers des Halles, dit Sauval (t. I, p. 142), jusqu’à la rue d’Orléans, ce ne sont que gros marchands merciers.»

Messieurs de Vins au Grand Loüis[3]; les frères Berny au Château couronné; Faré et Paris au Grand Monarque, Charon au chateau de Vincenne, Yon au Grand Turc[4], Boucher au Lion d’argent[5], le Large à la Clef d’argent, et Forquin au Croissant d’argent, rue de l’Arbre sec, Messieurs les frères Brochand à la Trinité[6]; près l’aport de Paris, Messieurs Tourau[7] au Cheval noir, Revelois[8] et Arsan à la Croix de fer, et Caron aux deux Moines rue des Fourreurs, M. Porcher, rue de Bussy, M. Vassal[9], etc.

[3] «Monsieur Devins, au grand Louis, rue Saint-Honoré, fournit des draps pour les personnes royales, dont il fait d’ailleurs grand commerce.» Édit. 1691, p. 63.--On écrivoit aussi De Vins. De 1676 à 1683, un De Vins fut conseiller de ville et échevin. C’étoit sans doute celui-ci. Comme drapier, et faisant par conséquent partie des six corps, il avoit le droit d’arriver à l’échevinage et au titre de juge-consul.--Il existe, au Cabinet des médailles, un jeton des drapiers, avec le nom de J. de Vin, et la date de 1703 à l’exergue.

[4] Cette enseigne du Grand Turc existoit encore, et pour le même commerce, en 1789, rue Saint-Honoré. Buffault, que la protection de Mad. Du Barry fit directeur des octrois de Paris, ce qui lui permit de donner son nom à une rue nouvelle, l’avoit rendue célèbre. (_État actuel de Paris_, 1789, in-32, _Quart. du Louvre_, p. 77.)

[5] Au coin de la rue des Prouvaires. La boutique existe toujours avec sa devanture en boiserie du meilleur style. Le _Lion d’argent_, qui se voyoit encore, il y a quelques années, dans un médaillon au-dessus de la porte, a seul disparu.

[6] «Où sont fournies toutes les étoffes pour les livrées du Roy.» Édit. 1691, p. 63.--Les Brochand étoient très-célèbres dans le commerce de Paris. Plusieurs furent échevins ou juges-consuls. Ils touchoient aux Poquelin de la branche riche, qui n’étoit pas celle à laquelle nous devons Molière. Leur généalogie complète existe aux _Mss._ de la Biblioth. Nat. Un d’eux, qui avoit été consul, possédoit une magnifique maison à Fontenay-aux-Roses. (_V._ Piganiol, t. IX, p. 241.)

[7] Lisez Thourou. Nous trouvons son nom ainsi écrit dans un arrêt du Conseil d’État, du 11 oct. 1687, servant de règlement entre les drapiers et les merciers, et dénommant tous ceux de ces derniers qui avoient opté pour la draperie et s’y étoient fait recevoir.

[8] Il est nommé Adrien Revelois dans l’arrêt que nous venons de citer. Celui qui suit ici, et qui sans doute étoit son associé, y est nommé François Hersant.

[9] Louis Vassal.

M. Sauvage[10] rue S. Denis fait encore un grand détail de Draperie.

[10] Pierre Sauvage l’aîné. Il étoit d’une famille de grande considération dans le commerce parisien. On trouve dans l’épitaphier de Saint-Jacques-la-Boucherie, un P. Sauvage qui avoit été échevin, «et l’un des porteurs de la châsse de sainte Geneviève», ce qui n’étoit pas un moindre honneur.--C’est surtout dans la partie de la rue Saint-Denis qui avoisinoit celle d’Aubry-le-Boucher, et, en face, l’église des Saints Innocents, qu’il y avoit aussi de riches drapiers. Dans le _Bourgeois gentilhomme_, acte III, sc. 12, Mme Jourdain dit que son père et celui de son mari «vendoient du drap auprés de la porte Saint Innocent».

Enfin les Marchands Drapiers qui ne vendent qu’en gros, sont Messieurs Fayert et Feroüillac[11] rue des mauvaises Paroles, Cadeau[12], Rousseau, de la Mothe le jeune, Mignot et Sellier au Chevalier du Guet[13], Poncet[14] rue des Prouvaires, Bachelier rue Montorgueil, Gaillée rue de la Truanderie, Marchand rue des Déchargeurs, etc.

[11] L’arrêt du Conseil d’État le nomme Ferouillet, mais peut-être--ce qui se rapprocheroit davantage du nom écrit ici--faut-il lire Férouillard. Il y eut, en effet, un fameux marchand de draps qui s’appeloit ainsi, et chez lequel fut commis, pendant la Fronde, un vol considérable. (_V. le Journal des Savants_, 1854, p. 440.)

[12] Les Cadeau étoient une des plus anciennes familles du commerce de Paris. Il en existe encore, qui connaissent leur origine, et en sont fiers. Un Cadeau, marchand de draps, de la rue Saint-Denis, au _Marteau d’or_, père sans doute de celui qui est ici, fut un des grands meneurs de la Fronde à ses commencements. Le Parlement dut ordonner prise de corps contre lui. _V._ aux Mss. de la Biblioth. Nat., _Remarques journalières et véritables de ce qui s’est passé dans Paris... durant l’année 1648_, p. 10.--Marchands et courtauds de boutique de la rue Saint-Denis avoient, du reste, la réputation d’être tapageurs et même bretteurs: «Bon! dit M. de Colafon, dans _Arlequin Misanthrope_, acte II, scène VIII, je suis le premier homme du monde pour escrimer. C’est moi qui ai mis les armes à la main aux trois quarts de la petite gendarmerie de la rue aux Fers et de la rue Saint-Denis.»--Le magasin des Cadeau étoit si célèbre, que le drap qu’ils vendoient n’étoit connu que par leur nom: on disoit «le drap Cadot (_sic_)». (_Théophraste moderne_, 1701, in-12, p. 40.)

[13] François Mignot et François Scellier. C’est ainsi qu’ils sont nommés dans l’arrêt du Conseil d’État de 1687. Ils étoient associés. Mignot épousa la sœur de Scellier, et il naquit de ce mariage un fils, Pierre-François Mignot, qui se maria, le 29 janvier 1709, avec Catherine Arouet, sœur aînée de Voltaire, dont l’abbé Mignot et la fameuse mad. Denis furent les enfants. Jal a retrouvé l’acte de mariage de ce fils du marchand de draps, qui, lui, n’étoit pas dans le commerce, mais conseiller du Roi, correcteur en sa Chambre des Comptes. Il y est dit «fils de deffunt François Mignot et de dame Anne Sellière (_sic_)».

[14] Un jeton des drapiers, au Cabinet des Médailles, porte son nom à l’exergue, avec la date de 1701.

Ceux qui ont un grand assortiment d’Etoffes d’été, sont Messieurs Rotisset rue des cinq Diamans, Bergeon[15] rue des Lombars, Picart rue de la vieille Monnoye, etc.

[15] Peut-être faut-il lire Bergeron, comme dans l’arrêt de 1687.

Les Marchands Merciers qui vendent des Toilles peintes et autres Etoffes de la Chine, sont près l’aport de Paris, Messieurs le Brun ainé et cadet, Chauvin[16] et Liettier, et encore au Cloitre sainte Opportune, M. Barroire.

[16] Dans l’édition de 1691, chap. XII, _du Commerce des habillements_, p. 26, il est seul nommé: «les étoffes de la Chine se vendent chez les marchands tapissiers de la Porte de Paris, entre lesquels M. Chauvin, à l’enseigne du Roy de la Chine, est toujours bien assorti.»

Les Crepes et Crepons se vendent en magasin chez Messieurs le Breton rue des Lavandieres, Gaubas et Solicoffre au cul de sac des Bourdonnois[17].

[17] Jusqu’au règne d’Henri IV, les crêpes et crêpons nous venoient de Bologne. On en dut la fabrication en France à Sully, dit Laffémas, «à la prétieuse manufacture par lui establye dans le château de la ville de Mantes». _Archives curieuses_, 1re série, t. XIV, p. 223.

On vend aussi au même lieu les Treillis d’Allemagne, et encore chez M. de la Riviere, rue des Bourdonnois[18].

[18] A la suite, on lit dans l’édit. de 1691, p. 25: «Au Cheval noir, près la porte de Paris, il y a grand magasin de draperie.»--Les treillis, selon Richelet, étoient «une sorte de grosse toile, dont s’habillent, dit-il, les charretiers, les mariniers et autres gens de cette manière, et dont on fait quelques sacs».

Les Etoffes de soyes, d’or et d’argent[19], sont[20] commercées par Messieurs Gautier[21] et Regnault, rue des Bourdonnois.

[19] Le milannois Furato avoit, sous Henri IV, importé à Paris, hôtel de la Macque, rue de la Tixeranderie, l’art de faire ces étoffes d’or, ce qui fut pour le royaume une épargne de plus de douze cents mille écus par an, suivant Laffémas. (_Loc. citat._)

[20] «Amplement», édit. de 1691, p. 25.

[21] C’étoit le plus en vogue. On se ruinoit surtout chez lui--du moins pour les étoffes--en corbeilles, ou, comme on disoit alors, en «carreaux» de mariage: «l’utile et louable pratique, dit La Bruyère, de perdre en frais de nôces le tiers de la dot qu’une femme apporte! de commencer par s’appauvrir, de concert, par l’amas et l’entassement de choses superflues, et de prendre déjà sur son fonds de quoi payer Gautier, les meubles et la toilette.» Le marquis de la _Femme d’intrigue_, de Dancourt, «dont le revenu est en fond de crédit», assure (acte III, sc. X) qu’il se fait des rentes avec ce qu’il achète, pour le revendre, dans cette boutique célèbre: «Il n’y a point d’années, dit-il, ... que je ne touche sept à huit cent pistoles chez Gauthier, cela en étoffes.» Les gros gains de Gautier étaient les noces de rois ou de princes, qu’il fournissoit tous. A la fin de 1679 et au commencement de 1680, il eut, par exemple, après le mariage du roi d’Espagne, celui du prince de Conti. Mme de Sévigné écrivit alors à sa fille: «Gautier ne peut plus se plaindre, il aura touché en nôces, cette année, plus d’un million.» Ce dont il se plaignoit peut-être, c’étoit des lenteurs à payer que se permettoit la marquise. Elle et sa fille achetoient beaucoup chez lui, et payoient rarement. Il réclamoit, et il falloit lui écrire le plus honnêtement du monde pour qu’il prît patience. (_V._ les _Lettres_ de Mme de Sévigné, édit. L. Hachette, t. III, 76 et 88;