VII, 438.)
Mr du Moütier rue Chanverrie à la ville de Hambourg tient magasin de petites Etoffes fabrique de Paris, et M. Brulé même rue, tient magasin de Taffetas et autres Etoffes de Tours et d’Avignon[22].
[22] Le taffetas d’Avignon, ou demi-armoisin, étoit le plus mince de tous; celui de Tours, ou «petit gros de Tours», l’était un peu moins.
Pour les Etoffes concernant le Theâtre et le Carnaval, voyez l’article des Passetemps et Menus Plaisirs[23].
[23] T. I, p. 269.
LINGES, POINTS ET DENTELLES DE FIL.
Messieurs Bourdet rue Troussevache, Moret rue du plat d’Etain, Thuisy rue du Coq[1], Thuiard rue Chanverrerie, Doujat, rue Dauphine à la ville de Bruxelle[2], etc., tiennent magasin de Toilles et de Dentelles.
[1] Il est seul nommé dans l’édit. de 1691, p. 25.
[2] Peut-être faut-il lire Boujat ou Bougeat, nom du marchand de dentelles à qui l’on accusoit Richelet d’avoir dédié son _Recueil de lettres_, vers ce temps-là. (_Sentim. crit. sur les Caract. de La Bruyère_, p. 75-76.) Richelet, qui demeuroit rue des Boucheries (v. t. I, p. 259), étoit presque son voisin.
Il y a un grand nombre de magasins pour les Points et Dentelles rue des Bourdonnois et rue saint Denis devant le Sepulcre[3].
[3] Dans l’édit. précédente, «la rue Betizy» est au nombre de celles où «les points et dentelles se vendent en plusieurs boutiques et magasins».--Il n’y a plus aujourd’hui de cet ancien commerce, dans la rue des Bourdonnois, que des magasins de bonneterie et de toiles.
Il y a aussi plusieurs boutiques de Lingeres qui vendent des Dentelles et Garnitures de tête au Palais[4] sur le quay de Gesvres et sous les galeries des Innocens[5].
[4] Elles étoient les plus en renom. Corneille, dans sa pièce _la Galerie du Palais_, jouée en 1634, n’a pas oublié les scènes pour la lingère. Ce sont les 12, 13 et 14es du IVe acte. On joua plus tard, à la Comédie italienne, une farce, _la Lingère du Palais_, où Arlequin, dans une scène d’invectives avec la marchande, lui dit entre autres choses: «Tais-toi, vendeuse de points d’Angleterre faits à Paris.» Leur réputation étoit mauvaise. Sauval, t. I, p. 147, cite des statuts qui les assimilent aux filles.
[5] «Et sous les charniers du cimetière des Innocents.» Édit. de 1691, p. 25. Le reste de l’art. est identique. Deux autres le précèdent, qui manquent ici: «les marchands qui font les garnitures de rubans, ont leurs boutiques dans les cours, salles et galeries du Palais.--Le sieur Le Gras est un des plus renommez, sa boutique est devant l’escalier de la Cour des Monnoyes.» Il s’appeloit Philippe Le Gras, et nous avons vu, t. I, p. 238, qu’il comptoit parmi les marchands les plus renommés de Paris. Après l’édit de mars 1700 sur les objets de luxe, sa boutique, place Dauphine, en face de la Cour des Monnoies, fut minutieusement visitée. (_Collect._ Delamarre, nº 21, 626, p. 70.)
Il y a aux Halles un marché franc pour les Toilles.
Plusieurs Marchands Lingers tiennent magasins de toutes sortes de Toilles à la place aux Chats.
Les Lingeres de la rue de la Lingerie, vendent toutes sortes de vieux linges, de lits, de tables, d’enfans, etc.
Il y a quelques Lingeres sur le Pont neuf qui vendent des Dentelles, et qui ont quelque fois de très bon linge de hazard.
DENTELLES, POINTS, BOUTONS, ET GALONS D’OR, D’ARGENT ET DE SOYE.
Messieurs Foissin et le Doux rue saint Denis[1], tiennent magasin de Dentelles et de Galons et de Boutons d’or, d’argent et de soye[2].
[1] Dans le curieux pasquil, la _Révolte des passements_, fait à propos de l’Edit somptuaire du 27 novembre 1660, et que nous avons publié, dans nos _Variétés_, t. I, p. 223, les Révoltés se rassemblent rue Saint-Denis, au _Vase d’or_.
[2] Ces boutons de soie et d’autres étoffes, qui se substituoient aux boutons d’argent ou d’or, amenèrent une grosse querelle entre les boutonniers et les rubaniers. A Lyon, cinq cents des premiers adressèrent des plaintes à l’intendant, le 26 avril 1695, contre les seconds «qui font, disoient-ils, des boutons avec des rubans d’étoffe d’or, d’argent et soie». (_Correspondance des Contrôleurs généraux_, publiée par M. de Boislisle, t. I, nº 1426.) On leur donna raison. _V. la Correspondance administrative de Louis XIV_, à la même date, t. III.
Les Marchands en boutique qui font commerce de Points, Dentelles et Galons d’or et d’argent, sont pour la plûpart rue saint Honoré, depuis la Croix du Tiroir jusqu’à la rue de la Feronnerie[3].
[3] L’édit. de 1691, p. 25, diffère un peu: «les dentelles et galanz d’or se vendent rue des Bourdonnois et rue Saint-Honoré, entre la place aux Chats et les piliers des Halles.» La place aux Chats fut remplacée par le cul-de-sac des Bourdonnois, qui existe encore.
Messieurs Boucher rue des Bourdonnois, et M. Payot devant l’Hotel de la Monnoye[4], en ont un grand assortiment.
[4] Il étoit alors dans la rue qui en a gardé le nom de rue de la Monnoie.
Les Dentelles, Guipures[5] et Galons de soye, se vendent principalement sur le petit Pont[6] et rue au Fevre, où l’on vend aussi des Galons de livrées.
[5] Ces guipures, qu’il ne faut pas confondre avec celles d’aujourd’hui qui ne sont que d’anciens passements de fil, étoient une sorte de dentelle de soie qui venoit de Flandre ou d’Angleterre, comme on le voit par le tarif du 18 avril 1667. Il en est parlé dans l’_École des maris_, acte II, sc. 7.
[6] La boutique des _trois Croissants_ étoit la principale de celles des galons d’or et d’argent, «vendus à Petit-Pont», comme on disoit. Auprès étoient de gros marchands d’étoffes, _à la Croix d’or_, _au Bras d’or_, _à la Tête d’Or_, _au Saint-Esprit_, _à l’Annonciation_, _à l’Enfant Jésus_, _aux deux Anges_. Toutes ces maisons furent brûlées à l’incendie du Petit-Pont en 1718. _V. le Mercure_, avril 1718, p. 208-209.
Le Sieur Guidot rue des Filles Dieu qui travaille aux Galons d’or et d’argent, entreprend des fournitures et les passe à un mediocre gain[7].
[7] Il le pouvoit d’autant mieux que les ouvriers rubaniers et passementiers, presque tous logés dans le misérable quartier du faubourg Saint-Marceau, étoient de pauvres gens qu’on faisoit travailler pour presque rien. La Reynie lui-même avoit conscience de les mettre à la taxe: «Il n’a été, écrivoit-il à Colbert, le 2 août 1675, signifié aucune taxe à aucun artisan de Paris. J’ai même pris soin, suivant vos ordres, de faire entendre et il y a longtemps, à cette communauté de rubaniers, qui est très-nombreuse et très-pauvre, qu’elle n’avoit qu’à continuer de vivre, comme elle avoit accoutumé.» Cette lettre étoit motivée par un horrible événement: un de ces rubaniers avoit tué quatre de ses enfants, et l’on disoit qu’il y avoit été poussé par les poursuites des collecteurs d’impôts. V., à ce sujet, la _Lettre_ de Mme de Sévigné, du 31 juillet 1675.
Entre les autres Ouvriers de Galons d’or et d’argent qui font beaucoup travailler, sont les Sieurs Mouzé rue de la Truanderie, Anduroy[8] rue Tictonne, Pelletier rue saint Denis près le grand Cerf[9], Merlier père et Merlier fils même rue près la fontaine du Ponceau, etc.
[8] Il faut lire Auduroy, nom qui fut longtemps en crédit dans le commerce de Paris et d’Orléans.
[9] C’étoit une grande hôtellerie dont il sera reparlé, sur l’emplacement de laquelle a été percé le passage du même nom.
MERCERIE ET QUINCAILLERIE.
Le Bureau des Marchands Merciers, Jouailliers, Quincailliers-Grossiers, etc.[1], est dans la rue Quinquempoix.
[1] Cet _et cætera_ n’est pas pour la forme. Les joailliers et les quincailliers n’étoient pas, en effet, les seuls métiers qui fissent, avec les merciers, proprement dits, partie du corps de la Mercerie. Dix-sept autres en dépendoient aussi. Ce n’étoit pas le premier des six corps, mais c’étoit le plus important. Voici, du reste, quel en étoit l’ordre: la Draperie, l’Épicerie, la Mercerie, la Pelleterie, la Bonneterie, l’Orfévrerie. Les libraires et les marchands de vin, qui n’en étoient pas, mais venoient immédiatement après, avoient des priviléges égaux: ils pouvoient être aussi échevins et juges-consuls.
Les Maîtres et Gardes en charge de la Marchandise de Mercerie, Jouaillerie, etc., sont Messieurs Arlot grand Garde rue saint Germain, Perichon rue saint Honoré, l’Evesque rue des Bourdonnois, le Doux, Baroy, Testart et Sautereau rue saint Denis.
Les Marchands de Fer pour le commerce desquels il y aura un article à part, sont néanmoins du même corps.
La Mercerie en gros se fait par un grand nombre de Marchands qui ont des Boutiques et Magasins rue saint Denis, depuis la rue des Lombards jusqu’à la rue du petit Lion[2], entre lesquels Mrs Maillet aux trois Maillets[3], le Bray à la Gibecière, Bioche au Cheval d’or, Choisy à la Lune, Deplanc à la Boëte d’or, Nique au Cheval noir, Regnault aux trois Agneaux, Milochin, Sauvage, Marcadé[4], etc., ont un grand assortiment de Mercerie pour les Détailleurs.
[2] Liger, dans son _Voyageur fidèle_, p. 359, donne la même indication.
[3] Son article est plus détaillé dans l’édit. de 1691, p. 21: «les marchandises qui conviennent aux savoyards et colporteurs ambulans, se vendent chez le S. Maillet, rue S. Denis, près le Sépulcre, à l’enseigne des Trois-Maillets.»
[4] «Rue Saint-Denis, à la Rose-Blanche.» Édit. 1691, p. 21. Deux lignes plus loin, il est encore question de lui: «le même M. Marcadé et Messieurs Bellavoine, rue Saint-Denis, et Villaine, rue Bourlabé, envoyent toutes sortes de marchandises de bijouteries dans les pays estrangers.» Marcadé et Bellavoine étoient, comme nous l’avons prouvé dans notre _Notice_ sur lui, des proches parents du poëte Regnard. C’est sans doute avec l’un d’eux qu’il commença ses voyages, dont le premier, qu’il fit de très-bonne heure, ne fut pas moins que jusqu’à Constantinople. Gelée, dont le nom viendra un peu plus loin, et qui, on le verra, faisoit le commerce des marchandises d’Outre-Mer, étoit aussi de sa famille. Monteil possédoit et a souvent cité l’inventaire d’un Bellavoine, sans doute père de celui qui figure ici. L’acte est de 1667.
M. du Moutier rue de la Chanverrie à la Ville d’Hambourg, tient magasin de toutes sortes de Rubans.
Autant en font Mrs le Clerc rue saint Denis aux Balances, et le Roy au Chevalier du Guet.
Il y a un grand magasin d’Evantailles chez M. Lambert derriere saint Leu et saint Gilles, où se fournissent la plus grande part des Détailleurs[5].
[5] «Les magasins d’éventails sont derrière Saint-Leu et Saint-Gilles, au Grand-Navire, et en différents endroits de la rue Saint-Denis et de la rue du Petit-Lion.» Édit. de 1691, p. 26.
M. le Leu rue du petit Lion, fait le même commerce[6].
[6] Les éventaillistes faisoient dans le corps des merciers une communauté à part, de même que les tablettiers, avec lesquels ils eurent même, en juin 1701, un procès assez vif pour une affaire de privilége.
Mrs Gelée au Chevalier du Guet, et Guillery[7] rue de la Tabletterie, tiennent magasin de diverses marchandises d’outremer.
[7] Nous le retrouverons plus loin au chap. des «Marchandises des gantiers et parfumeurs.»
Pour les Curiositez et Bijouteries qui sont commercées par divers Marchands du même corps, il faut recourir à l’article de ces sortes de Marchandises.
Les Bijouteries communes pour les Savoyards, Colporteurs[8] et autres, sont commercées par Madame la veuve Lagny au Cloître saint Jean de Latran.
[8] Presque tous étoient du Dauphiné ou de la Savoie. On les y appeloit _bizordi_, et chez nous _bisouart_, à cause de leurs habits de grosse étoffe bise.
Les Marchands de Soyes qui vendent en gros et en détail, sont au quartier de la rue saint Denis et de la rue Briboucher[9], par exemple, Mrs Vince[10], du Courroy, etc.
[9] Le peuple prononçoit et prononce encore ainsi le nom de la rue Aubry-le-Boucher.
[10] C’est le même que nous avons vu tout-à-l’heure appelé De Vins au chapitre des _Étoffes_.
Le Sieur Avalon qui demeure dans le Temple, tient magasin de petits Miroirs pour les Colporteurs[11].
[11] Le Temple, comme l’enclos de Saint-Jean de Latran, étant lieu de franchise, les magasins où les colporteurs venoient s’y fournir, pouvoient vendre à meilleur compte que partout ailleurs.
Les Coffres et Miroirs d’écaille tortue[12] se fabriquent rue saint Denis joignant le Coq croissant[13].
[12] Lisez «de tortue», correction des plus simples, et que Liger, copiste de ce volume, n’a cependant pas faite pour le sien. A la page 360 du _Voyageur fidèle_, il répète la faute.
[13] Le commerce des miroirs étoit alors le plus en vogue. Le Sicilien, dont nous avons déjà cité la lettre, nous en donne la raison: «les rubans, dit-il, les miroirs et les dentelles sont trois choses sans lesquelles les françois ne peuvent pas vivre»; et un peu plus loin: «ceux qui ne sont pas françois ne peuvent souffrir que les hommes se peignent publiquement dans la rue, et que les dames portent toujours un petit miroir à la main.»
Les Joyaux d’Orfeverie au tour, qui se vendent, par les Merciers du Palais, sont très proprement fabriquez par le Sieur Gorin, rue saint Louis de la Cité[14].
[14] «Rue Saint-Louis, quartier du Palais.» Édit. de 1691, p. 22.
Pour les autres ouvrages d’Orfeverie, de Pierreries et de Perles, qui se vendent par les Merciers Jouailliers, voyez l’article qui en traite.
Mademoiselle Richard près l’Echelle du Temple[15], fait et vend des Ecrans d’une beauté singulière.
[15] L’ancienne échelle patibulaire, marque de la haute justice des Templiers. Elle étoit placée au coin des rues du Temple et des Vieilles-Haudriettes. Quelques étourdis de la noblesse du Marais l’avoient brûlée un soir d’hiver, en 1649, ce qui avoit inspiré à Blot une amusante complainte qu’on peut lire dans le _Recueil Maurepas_, et dont l’air fut long-temps célèbre.
David Laurent et David l’Escuyer qui apportent des Marchandises de Diepe[16], logent à Paris, rue Bourlabé au Lion d’or.
[16] C’est-à-dire toutes sortes d’objets d’ivoire et de corne sculptés, ou faits au tour: «Dieppe, dit Piganiol, est peut-être le lieu du monde où l’on travaille le mieux l’ivoire et la corne. On y fait des ouvrages d’une délicatesse étonnante, et il n’y a guère de gens plus adroits à manier le tour que les Dieppois.» _Nouveau Voyage de France_, t. II, p. 332.
Les Sieurs Gaudet, le Clerc et du Val rue d’Arnetal[17], vendent en gros les Rubans étroits qu’on nomme nompareilles[18].
[17] Aujourd’hui la rue Grenetat, dont le nom n’est peut-être qu’une altération de celui-ci.
[18] «Sorte de petit ruban fort étroit», dit en effet Richelet. On en bordoit les galons ou _galants_:
Le beau galant de neige avec sa nompareille
que le Gros René du _Dépit amoureux_ rend à Marinette, s’explique ainsi.
Les Jouailliers forains de saint Claude[19] logent rue Bourlabé au Lion d’argent.
[19] Ces joailliers de Saint-Claude, dans le Jura, venoient vendre à Paris les menus objets de buis fabriqués dans leurs montagnes: «les ouvrages de buis, dit Hesseln, sont le principal commerce de Saint-Claude. On y travaille fort bien en ce genre.» (_Dict. univ. de la France_, t. VI, p. 45.)--Aujourd’hui la «joaillerie de Saint-Claude» se vend et se fabrique aussi: rue Saint-Martin, rue Folie-Méricourt, rue Turbigo, etc.
Les Jouailleries enfantines pour les Foires[20], se font et se vendent chez les Sieurs Prevost rue saint Martin devant la rue aux Ours, et Favre, rue saint Denis devant les Filles Dieu.
[20] On appeloit ainsi ces petits ménages d’enfants faits d’étain commun ou de plomb, et aussi quelquefois d’argent. On sait combien la petite Françoise d’Aubigné, élevée à la prison de Niort, regardoit avec envie le ménage d’argent de la fille de son geôlier.
La veuve Caré même rue, et la veuve Poisson à la Pierre au lait[21], font commerce de cette sorte de Marchandises, et vendent d’ailleurs toutes les sortes de Boetes d’Allemagne peintes et en blanc, de Caffé et autres.
[21] Elle est seule nommée dans l’édit. précédente, p. 21: «la veuve Poisson, marchande à la Pierre au Lait, tient magasin de toutes sortes de boëttes d’Allemagne, de sapin et de bois blanc, peintes et non peintes.» On en fait encore de pareilles dans la Forêt-Noire et à Spa.
Il y a un magasin de Jartieres de soye rue d’Arnetal au Signe de la Croix[22].
[22] La renommée des jarretières de Paris étoit encore la même soixante ans après, lorsque Voltaire écrivoit à Madame de Fontaine, le 26 janvier 1758: «Madame Denis a cru qu’on ne pouvoit avoir une jarretière bien faite sans la faire venir de Paris, à grands frais.»
Les bonnes Epingles et les fines Eguilles se vendent rue de la Huchette à l’Y[23], et près la Croix du Tiroir à la Coupe d’or.
[23] C’est là, en effet, que se vendoient les «aiguilles de Paris», dont Gros René, «avec tant de fanfare», donna un demi-cent à Marinette. Cette maison de l’Y existe encore, avec la fameuse lettre figurée en fer au milieu des balcons du premier étage. C’étoit une enseigne en rébus, comme il y en avoit tant: «les grègues, ou culottes à la grecque, dit Aimé Martin, dans une note sur _la Fable_ 15 du livre III de La Fontaine, s’attachoient avec un nœud de ruban nommé _un lie-grègue_, qui a longtemps servi d’enseigne aux merciers, avec cette légende-rébus: _à l’Y_.» Plusieurs marchands avoient pris cette enseigne, entre autres un marchand d’épingles du Petit-Pont, dont la boutique fut brûlée par l’incendie de 1718, mais c’est le mercier de la rue de la Huchette qui la rendit le plus célèbre, il est parlé de sa boutique et de sa marchandise dans l’introuvable petit poëme scarronnesque du chevalier de Loutaud, _Plaidoyez d’Ajax et d’Ulysse..._ 1653, in-12, p. 28:
J’avois aiguilles de Paris De l’Y grec dedans la Huchette, Où j’en fais toujours mon emplette.
_V._ sur la maison où se trouve cette boutique célèbre l’abbé Le Beuf, édit. Cocheris, t. III, p. 61.
Le Sieur Langlois rue saint Sauveur au Fer à cheval, fait des Buscs et Bois d’Evantails[24] d’une grande propreté[25].
[24] «Les buscs et bois d’éventail curieux.» Édit. de 1691, p. 23.
[25] Les buscs, si nécessaires pour les hauts et roides corsages que les femmes portoient alors, se façonnoient en ivoire ou en bois. Mme de Villedieu en a fait le sujet d’une _galanterie_ assez leste, imprimée à la suite de son poëme le plus rare, _le Carousel de Monseigneur le Dauphin_. 1672, in-12, p. 14:
Qu’il est heureux de tous costez Le joly bois que vous portez, etc.
Les Marchands qui font les Garnitures de Rubans, et qui vendent les Coiffes, Fichus et autres Ajustemens des femmes, ont pour la pluspart leurs boutiques au Palais, et quelques uns devant saint Mederic, rue saint Antoine[26], et ailleurs.
[26] Les broderies du faubourg Saint-Antoine étoient déjà célèbres en 1660. (_Variétés hist. et litt._, t. I, p. 240.)
Pour les Gands, voyez l’article des Gantiers Parfumeurs.
Pour le Papier, l’Encre, la Cire d’Espagne, les Ecritoires, etc., voyez l’article des Papetiers, Cartonniers, etc.
Pour les Masques et Ornemens de Balets, voyez l’article des Passetemps et Menus-Plaisirs.
Entre les Quincailliers-Grossiers qui fournissent les Détailleurs, sont Mrs Bioche au Cheval d’or, Gabeüil au bon Pasteur, Moreau à la Teste d’or[27], et Menedrieux au saint Esprit rue saint Denis.
[27] «Marceau et Nedrigan, rue Saint-Denis.» Édit. de 1691, p. 23. A la suite, on lit encore: «Il y a aussi un magasin de quincaillerie rue des Deux-Boules, chez un charon.»
Il y a d’ailleurs plusieurs boutiques et magasins bien fournis de Quincailleries[28] à l’entrée du quay de la Mégisserie[29].
[28] «Qui font ensemble le gros et le détail.» Édit. de 1691, p. 23.
[29] Dans la partie qui s’appeloit plus spécialement quai de la Ferraille, non-seulement à cause de ces quincailliers, mais parce qu’il étoit encombré de petits marchands qui, sur le pavé même, y étaloient leurs ferrailles. Ils y restèrent jusqu’à l’époque du premier Empire. Piis résuma dans ce distique l’arrêté de police qui les fit déguerpir:
Enjoignons aux vieux ferailleurs De vendre leur vieux fer ailleurs.
MARCHANDISES DE PAPETIERS, CARTIERS ET CARTONNIERS.
Entre les Marchands Papetiers qui font en gros le commerce de Papiers et qui ont de grands magasins, sont, Mrs du Puis rue saint Jacques, Godart et Cousin rue des deux Boules, Melun Cloitre saint Jacques de la Boucherie, Nourry rue des trois Mores[1], etc.
[1] Cette rue peu connue alloit de la rue Trousse-Vache à celle des Lombards. Elle devoit son nom à l’enseigne d’un cabaret où M. de Roquelaure mena un soir Henri IV. (_Histor._ de Tallemant, édit. P. Paris, t. IV, p. 14 et 16.)
M. Beaumont Cartier du Roy, demeure près la place des Victoires[2], et M. Mathas[3] Cartier de Monsieur, près S. Roch.
[2] «Les sieurs Beaumont, rue Neuve-des-Petits-Champs, et Langlade, rue Platrière, font encore de très-bonnes cartes à jouer.» Édit. de 1691, p. 60.--Sauval, t. I, p. 109, parle de cet Anglade ou Langlade, à propos de la rue du quartier Saint-Roch, à laquelle on croyoit qu’il avoit donné son nom: «Jean Anglade, dit-il, maître cartier à Paris, qui met pour devise sur l’enveloppe de ses cartes:
Jean Anglade je me nomme, Et vous prie de jouer et n’offenser personne.»
Les fabriques de cartes étoient moins importantes à Paris qu’à Rouen, où toute l’Europe et l’Amérique s’en fournissoient. (_Archives curieuses_, 2e série, t. XII, p. 230.) A la suite de la révocation de l’Édit, les cartiers rouennais, la plupart protestants, ayant émigré, leur industrie baissa beaucoup. (_Segraisiana_, p. 40-41.) Il resta ceux de Paris, et ceux de Thiers en Auvergne, célèbres depuis plus d’un siècle. Montaigne, en 1588, visita la fabrique de Palmier, qui l’emportoit sur tous les autres. (V. son _Voyage_, édition in-12, t. II, p. 598.)
[3] Avant l’art. de Beaumont et Langlade, on trouve dans l’édit. précédente: «le sieur Ouynel, cartier du Roi, demeure près des Bâtons-Royaux.» Ensuite vient Mathan, et non Mathas, comme ici.
M. de la Bourde rue Bourlabé, vend les Cartons dorez pour les Reliquaires, et Mrs Culambourgt rue d’Escosse, Boissiere rue de Versailles[4], la Ruelle rue saint Victor, vendent celuy qui sert aux Relieurs, et d’autres pour differens usages.
[4] L’adresse de ces deux derniers est indiquée dans l’édit. de 1691: «près le Puits-Certain», qui étoit, en effet, situé à peu de distance de la rue d’Écosse et de la rue de Versailles.
Le même la Ruelle fait grand commerce de Boetes de Carte[5], et d’Estuis de Manchons et de Chapeaux.
[5] C’est ce que nous appelons «cartons de bureau». La préfecture de police, avant l’incendie de 1871, en possédoit de très-anciens, ceux entre autres qui contenoient les pièces du procès de Cartouche. Ils avoient été vendus par les papetiers des environs du Palais: Picard, _à la Vertu_; Gorgeret, _à la Grande Vertu_. Quand Guyot prit l’enseigne: _à la Petite Vertu_, ce fut par concurrence à celles-ci, qui n’étoient, au reste, qu’un rébus, comme l’Y de tout-à-l’heure. _La Vertu_ s’y figuroit pour un V voyelle, c’est-à-dire un U, peint en vert.
Les Ecritoires de corne sont fabriquées en gros par les Marchands rue Betizy et rue des deux Boules à l’Empereur, sur le quay neuf à la Renommée, et rue saint Denis au grand Charlemagne[6].
[6] Cet article est différent dans l’édit. de 1691, p. 22: «les écritoires de corne sont fabriquez par les sieurs Langlois frères, rue Bourlabé.» Ces sortes d’encriers, en usage encore dans notre enfance, servoient surtout aux écoliers. J.-J. Rousseau n’en eut cependant jamais d’autres. L’abbé de Tersan possédoit celui dont il se servoit à la fin de sa vie. Les écritoires à la mode étoient toujours «façon d’ébène», comme du temps de Loret, t. I, p. 244.
Les Dames Futeau, Gamet, Morand, la Bussière et quelques autres[7] qui logent aux environs de saint Hilaire, achetent et vendent toutes sortes de vieux Papiers et Parchemins.
[7] Toutes ces femmes, d’après l’édit. précédente, p. 60, formoient, à ce qu’il paroît, une sorte de Société. Quelques lignes plus loin que leur article s’en trouve un, qui complète celui qui le précède ici. Les mêmes marchands de la rue Bétizy, de la rue des Deux-Boules, etc., y sont indiqués pour la vente en gros, aux marchands, de la cire d’Espagne. On l’appeloit aussi «cire des Indes», suivant l’_histoire des Drogues_ par Pomet, liv. VII. Son nom de cire, soi-disant importée d’Espagne, où, par parenthèse, on ne s’en servoit pas, paroît lui être venu de ce que le premier livre qui en ait parlé étoit d’un Espagnol. C’est le _Traité sur les aromates et les simples_ publié en 1563 par Garcias de Orta.
A la Reigle d’or, place aux Chats près saint Innocent, on trouve un grand assortiment de Papiers reiglez pour la Musique[8].
[8] Plusieurs manuscrits de musique à la Bibliothèque du Conservatoire portent l’adresse de «La Reigle d’or».
A l’Image saint François, rue saint André du coté du pont saint Michel, il y a un Papetier renommé pour la bonne Encre[9], pour les Canifs fins et pour les Plumes taillées.
[9] On trouve la recette de «cette bonne encre», que le père de Mme Dacier avoit soigneusement transcrite, dans les _Mélanges de la Société des Bibliophiles_, 1850, in-18, p. 342. Nous ignorons le nom de son inventeur et l’époque de l’invention, mais peut-être étoit-ce la même que «l’encre nouvelle», dont la marchande qui en faisoit commerce «sur le pont», figure, en 1622, parmi les commères des _Caquets de l’accouchée_. _V._ notre édit., p. 60.
OUVRAGES ET COMMERCE DE BONNETIERS.
Le Bureau des Marchands Bonnetiers, Bastiers, etc., est au Cloitre saint Jacques de la Boucherie.
Les Maîtres et Gardes en charge des Marchands Bonnetiers sont Messieurs Besnard rue saint Denis, Jeson le jeune au coin du Marché neuf, Lory et Courcelle à la Halle, et Vaze rue saint Denis.
Entre les Marchands Bonnetiers qui tiennent magasin et font commerce en gros, sont lesdits Sieurs Besnard, Lory et Vaze, et encore Mrs Chastelain Chevalier du Guet, Mignot rue de la Savonnerie, de la Croix et le Comte, rue S. Denis, Banche sous les Pilliers des Halles.
Entre les Marchands Bonnetiers tenans boutiques, qui font un fort grand détail, sont Mrs Perdrigeon aux quatre Vents près saint Denis de la Chartre[1], Naü à la Place Royale près la Croix du Tiroir, du Four aux quatre Vents à petit Pont[2], de Lorme rue saint Antoine, et le Roux au Cerf volant Pont Notre Dame.
[1] Il est célèbre depuis les _Précieuses ridicules_, scène X, où Mascarille demandant à Madelon: «le ruban est-il bien choisi?» Madelon lui répond: «Furieusement bien. C’est Perdrigeon tout pur.» Loret se sert de la même expression dans sa _Gazette_ du 3 février 1663. Il figure comme le plus fameux vendeur de rubans dans la _Révolte des passements_. (V. nos _Variétés_, t. I, p. 235.)--En 1692, il est encore nommé dans la farce italienne d’_Arlequin-Phaéton_, acte II, sc. V, et mis bien au-dessus des médiocres marchands. Dans le _Procès-verbal de visites pour les marchandises de luxe_, en 1700, nous trouvons, p. 65, un Jean Perdrigeon, qui doit être ou lui, ou son fils. En 1711, cette fameuse boutique existoit encore, avec le nom qui en avoit fait la chalandise. Le Cabinet des Médailles possède un jeton de mercier, qui porte cette date, avec le nom de J. Perdrigeon.
[2] Variante de l’édit. précédente: «à la Place-Royale, près la Croix du Tiroir, et aux Quatre-Vents, au bout du pont Notre-Dame, il y a de gros magasins de bas de soie, de laine, de cotton, etc.» A la suite: «les bas de toile se font par des chaussetiers, près la porte Dauphine.»--Nous lisons dans le _Menagiana_, t. III, p. 99, une amusante anecdote sur le bonnetier des Quatre-Vents, et un docteur: «M. Peaucelier, y est-il dit, du collége des Cholets, achetoit une paire de bas _aux Quatre-Vents_. Le marchand lui en donna de plusieurs sortes, qu’il ne trouva pas à sa fantaisie. Ils n’étoient pas assez forts, ni assez épais. Donnez-m’en, dit-il, qui soient de _matière continue_, et non pas de matière discrète. Le tour d’expression est d’un véritable docteur.»
Il y a au Fauxbourg saint Marcel un grand nombre d’Ouvriers pour les Bas drapez.
Il se fait aussi des Bas drapez[3] de Laine de Cigovie[4] et de diverses autres sortes de Laine et de Soye, chez plusieurs Manufacturiers du Fauxbourg saint Antoine[5], de la Cour du Palais, Porte saint Marcel, saint Victor, saint Denis, saint Martin, et Fauxbourg saint Germain, qui travaillent au metier dont les Jurez sont Mrs Martin à la Villeneuve, Tonnelier rue Darnetal, Largilliere[6] même rue, Vaudin rue...
[3] On appeloit «bas drapés» ceux dont on épaississoit la laine, en la tirant légèrement avec le chardon à bonnetier.
[4] Ségovie. Les meilleures laines pour les draps fins se tirèrent longtemps de cette ville d’Espagne.
[5] Le 9 janvier 1683, par arrêt du Conseil d’État, permission avoit été donnée au sieur Corrozet d’établir, au faubourg Saint-Antoine, vingt métiers «pour faire travailler en bas et autres ouvrages de soie au métier». Il étoit neveu de Hindret, qui, en 1656, avoit fondé une manufacture pareille au château de Madrid.
[6] Il étoit parent du célèbre peintre, qui n’avoit, du reste, dans sa famille toute parisienne, que des passementiers, des boutonniers, des chapeliers. _V._ Jal, _Dict. crit._ à son nom.
Leur Bureau est rue des Canettes; ceux qui en font le plus grand commerce en gros et en détail sont Mrs Mirebeau, Guyart, et Josse Cour neuve du Palais, et Boucher Fauxbourg saint Marcel.
MARCHANDISES DES GANTIERS ET PARFUMEURS.
Il y a près les Peres de l’Oratoire rue saint Honoré, et dans la rue de l’Arbre sec, des Marchands qui vendent des Gands de Rome[1], de Grenoble[2], de Blois[3], d’Eslan, de Chamois et diverses autres sortes de la meilleure fabrique.
[1] On savoit déjà combien ils étoient en vogue dès le temps de la Fronde, par quelques lettres de Poussin à M. de Chanteloup, qui le chargeoit de lui en acheter. Un sien ami, «connoisseur en matière de gants», faisoit l’emplette, et, lui, faisoit le paquet et l’envoi: «Il y en a une douzaine, écrit-il, le 7 octobre 1646, la moitié pour les hommes, et la moitié pour les femmes. Ils ont coûté une demi pistole la paire, ce qui fait dix huit écus pour le tout.» Le 18 octobre 1649, autre achat, mais cette fois de gants parfumés à la frangipane. Poussin s’en est fourni, pour M. de Chanteloup, chez la signora Maddalena, «femme fameuse pour les parfums».
[2] Leur réputation commençoit. Sous Louis XV, elle s’étoit beaucoup étendue: «les étrangers, dit l’abbé Jaubert, dans son _Dict. des Arts et Métiers_, t. II, p. 313, les préfèrent à ceux d’Italie et d’Espagne.» Pour ces derniers, il en étoit ainsi déjà sous Louis XIII, même de la part des Espagnols. Pendant que nous recherchions leurs gants, ils ne vouloient que des nôtres. Il existe aux Archives, dans la partie qui vient de Simancas, une lettre de Dona Ines Henrique de Sandobal, datée de Madrid et adressée au duc de Monteleone à Paris, par laquelle demande lui est faite de douze paires de gants pareils à celui qu’elle lui envoie pour modèle. Il y est joint encore. C’est un gant de peau blanche, cousu à la diable, comme tous les gants parisiens de ce temps-là, mais d’une très-jolie coupe, avec son revers retombant du poignet sur la main, et les petits rubans et les fines rosettes de couleur incarnat qui s’entrelacent sur ce revers.
[3] Ils étoient de peau de chevreau bien choisie, et mieux cousus que ceux de Grenoble et de Paris, «à l’angloise», dit l’abbé Jaubert, car c’étoit autrefois un proverbe que, pour qu’un gant fût bon et bien fait, il falloit que trois royaumes y contribuassent: «l’Espagne, pour en préparer la peau, la France, pour le tailler, et l’Angleterre, pour le coudre.» C’est la souplesse des gants espagnols qui avoit donné lieu au proverbe, aujourd’hui mutilé: «souple comme un gant d’Espagne.» (_Francion_, 1663, in-12, p. 63.) Il étoit de mode, sous Louis XIII, «de présenter aux dames après la collation des bassins de gants d’Espagne». Tallemant, _Édit._ P. Paris, t. IV, p. 209.
Il y a d’ailleurs des Marchands Gantiers en divers quartiers de Paris qui sont bien assortis, par exemple, Mrs Remy devant saint Mederic, en réputation pour les bons Gands de peau de cerf, Arsan près l’Abbaye S. Germain, Richard rue S. Denis au petit S. Jean renommé pour les Gands de Cuir de Poules[4], et Richard rue Galande au Grand Roy qui fait grand commerce de Gands de Daim et façon de Daim.
[4] On appeloit «cuir de poule» l’épiderme de la peau du chevreau. Il falloit, pour l’enlever, une délicatesse extrême qui ne se trouvoit que chez les ouvriers de Rome et de Paris. Ces gants étoient d’une telle finesse qu’on en faisoit tenir une paire dans une coquille de noix. Les gants de Vendôme, dont il devroit être parlé ici, car ils étoient depuis longtemps célèbres, avoient la même réputation de finesse et de souplesse. Ils ne sont pas oubliés dans le petit poëme si curieux publié en 1588, _Le Gan_ de Jean Godard, reproduit dans nos _Variétés_, t. V, p. 180-181:
Il est temps de parler des gans blancs de Vendosme, Qui sont si délicats que bien souventes fois L’ouvrier les enferme en des coques de noix; On en parle aussi tant que leur ville gantière Reçoit presque de là sa renommée entière.
Mesdames de France rue de la Limace, et Charpy quay des Orfèvres, tiennent magasins de Gands de Rome, de Grenoble et de Blois.
Les Parfumeurs qui font grand commerce de Poudre[5] et de Savonnettes[6], sont au bout du Pont saint Michel, à l’entrée de la rue de la Harpe, à l’entrée de la rue d’Hurepoix, au bout du Pont au Change, à l’entrée de la rue de Gesvres et rue Bourlabé près la Trinité.
[5] La mode de la poudre, comme on voit, ne s’étoit jamais perdue depuis Louis XIII. La plus célèbre, «la poudre à la maréchale», datoit même à peu près de ce moment. Elle devoit son nom à l’une des femmes curieuses que nous avons vues plus haut: «le nom de _poudre à la maréchalle_, lisons-nous dans l’avertissement du _Parfumeur françois_, n’a été donné que parce que Madame la maréchalle d’Aumont se divertissoit à la faire.»
[6] C’est d’Italie qu’on faisoit venir les plus renommées: «les meilleures savonnettes sont celles de Boulogne (Bologne).» (Richelet, _Dictionnaire_.)--On en trouve la recette dans le _Nouveau Recueil des Secrets et Curiositez_ de l’académicien Lemery, p. 133.
Le Sieur Bailly rue du petit Lion près la rue Pavée, vend des Savonnettes legères qu’il dit être de crême de savon, et meilleures que les Savonnettes ordinaires.
Le Sieur Adam Courier du Cabinet du Roy pour l’Italie, apporte souvent des Essences de Rome, de Gennes, et de Nice[7]; il demeure chez M. Crevon Marchand devant la barrière saint Honoré[8].
[7] «Ces essences, ajoute Liger (_Voyageur fidèle_, p. 376), sont bien plus spiritueuses que celles de France, et par conséquent bien plus estimées.» On étoit, lorsqu’il parloit ainsi, à la veille de la Régence, qui fut l’époque des parfums violents. Louis XIV n’en avoit voulu que des plus modérés, dont il faisoit même assez peu d’usage, au grand étonnement du Sicilien, dont nous vous avons cité la lettre. Il suffisoit de papiers trop parfumés pour lui porter à la tête. (_Journal de la Santé_, p. 284.) Plus jeune, il veilloit lui-même à la confection des odeurs qu’il pouvoit supporter. C’est le gantier Martial, valet de chambre de Monsieur, que l’on connoît par la grotesque confusion que la comtesse d’Escarbagnas fait de lui avec le poëte Martial, qui les composoit devant lui: «le plus grand des monarques, dit l’avertissement du _Parfumeur françois_, s’est plu à voir souvent le sieur Martial composer dans son cabinet les odeurs qu’il portoit sur sa sacrée personne.»
[8] C’est-à-dire la barrière des Sergents, dont nous avons parlé.
M. Guilleri rue de la Tabletterie, fait venir de Portugal la véritable Eau de Cordouë[9].
[9] Cette eau de Cordoue, qui vient du Portugal, ne donne qu’une médiocre confiance dans le savoir de Blegny, pour peu qu’il fût apothicaire comme il étoit géographe.
L’Eau de Fleurs d’Oranges et les Essences pour les cheveux et pour le Tabac[10], sont apportées et commercées par les Provençaux au cul de sac saint Germain l’Auxerrois[11].
[10] «Les essences fortes et douces à tabac et à cheveux, les vins de liqueurs, les fromages de Roquefort, les eaux de fleurs d’oranges de Cette, etc., se vendent en gros en différents magasins du cul de sac des Provençaux, etc.» Édit. de 1691, p. 32.--Pour les cheveux ou perruques, c’est l’essence de jasmin qui étoit la préférée; et, pour le tabac, c’étoit déjà la civette, mais frelatée par un procédé que Lémery indique dans son _Nouv. Recueil des Curiositez_, p. 122.
[11] C’est de Grasse qu’il en venoit surtout. Antoine Artaud, «marchand parfumeur», en faisoit là un très-grand commerce. On a son adresse gravée en bois par Papillon. Le plus en vogue des parfumeurs de Lyon, Jean Chabert, dont la boutique se trouvoit sur la place des Terreaux, avoit pris pour enseigne: «au Jardin de Provence». On a son portrait gravé avec cette indication.
On trouve en détail de bonne Eau de Fleur d’Oranges à l’Orangerie rue de l’Arbre sec, et à la Devise Royale, sur le quay de Nesle près la rue de Guenegaud.
On vend au même lieu les fines Essences pour les Tabacs, les Eaux odoriférantes d’Anges[12] et de Mille fleurs[13], les Cassolettes philosophiques, le Lait d’Amarante qui parfume les chambres sans blesser les vaporeux, les Essences d’ambre, de musc, etc.
[12] Lémery a donné aussi, p. 131, la recette de cette eau, dont la gomme odorante, appelée _Benjoin_, l’iris et les clous de girofle étoient la base.
[13] C’étoit moins un parfum qu’un remède. On la devoit à la comtesse de Daillon, et la préparation en fut longtemps faite par le médecin Defougerais--le Défonandrès de Molière.--Plus tard, on en tira une sorte de panacée, que recommande une brochure, aujourd’hui rare, publiée à Lyon, en 1706: _Traité de l’Eau de Mille fleurs_.
Le Sieur Joubert[14] qui demeure au Soulier d’or, rue des vieilles Estuves près la Croix du Tiroir, est un Colporteur qui donne à très grand marché des sortes de Poudres et de Savonnettes communes.
[14] Peut-être faut-il lire Jobert. Il y eut, en effet, un peu plus tard, un parfumeur de ce nom, rue de la Croix-des-Petits-Champs, qui étoit célèbre pour sa «pommade au pot-pourri». Papillon a gravé son adresse.
PELLETTERIE ET FOURRURES.
Le Bureau des Marchands Pelletiers et Fourreurs qui sont des six Corps des Marchands[1], est rue de la Tabletterie ou des Fourreurs[2].
[1] Nous l’avons dit plus haut, c’étoit le troisième des six.
[2] La rue des Fourreurs, étant la prolongation de la rue de la Tabletterie, du côté de la rue de la Ferronnerie, où elle débouchoit au carrefour de la place aux Chats, on les confondoit souvent l’une avec l’autre.
Les Maitres et Gardes en Charge de la Marchandise de Pelletterie, sont Messieurs le Grand rue saint Antoine, Maillard rue saint Mederic, Lepreux, Ferrat, Hemins et Maçon rue de la Tabletterie ou des Fourreurs.
Les Marchands qui font grand commerce et qui tiennent magasins de peaux, sont Messieurs Goblet, Vendretin, Mole et Julien même rue; Denis, rue saint Honoré; Gorge rue saint Denis[3]; Loger Pont saint Michel, Charniette rue saint Martin, etc.[4]
[3] C’est le même qui, plus bas, est nommé Georges.
[4] «On trouve dans ces endroits, dit Liger, p. 379, de très-beaux manchons pour hommes et pour femmes et des plus à la mode... On y vend aussi de très-belles aumusses à petit gris.» Il ajoute un mot sur «les _palatines_ travaillées proprement, composées de peaux d’animaux, tant étrangers que du pays». Madame, princesse _Palatine_, mère du Régent, les avoit mises à la mode. Elles ont gardé son nom. Elle en porte une de la plus belle hermine sur son portrait peint par Largillière, qui est aujourd’hui au musée de Genève.--Liger, en parlant des manchons, auroit pu dire qu’il s’en tenoit au Temple une foire très-courue à la fin d’octobre. (V. Palaprat, t. II, 2e part., p. 20, et le _Journal de Collé_, t. I, p. 121.)
Les boutiques des Marchands Pelletiers qui font le détail sont pour la plupart près l’aport de Paris, rue du Crucifix saint Jacques de la Boucherie, et rue de la Juifferie aux environs de la Magdelaine[5].
[5] En la Cité.
On tire par le Messager de Niort des Peaux de Chevres et de Mouton passées en Chamois en huille[6].
[6] L’édit. de 1691, p. 37, contient sur l’article des peaux de Niort, qui sont encore célèbres aujourd’hui, un détail plus clair: «On fabrique à Niort, en Poitou, des peaux de chèvres et de moutons passées en chamois, en huile et en détrempe.» Un autre article suit: «les peaux imperméables à l’eau et à l’air se vendent rue du Four, faubourg Saint-Germain, au coin de la rue des Canettes.»
Le Sieur Rosnel au Plat d’Etain[7] à l’entrée de la rue saint Denis fait grand débit de toutes sortes de Peaux, et vend des Calçons et Chaussons de vray et de faux Chamois[8].
[7] «Près la porte de Paris.» Édit. 1691, p. 37. C’est porte Saint-Denis qu’il faut lire. Le _Plat d’étain_ en étoit tout proche.
[8] L’édit. précédente ajoutoit: «et de chèvre passée en huile».
Le Sieur l’Evêque Güaisnier[9] rue de la Coustellerie fait grand commerce de Peaux de Chagrin.
[9] Richelet dans son Dictionnaire donne une définition intéressante du «gainier» de son temps: «ouvrier, dit-il, qui fait des gaînes, et qui avec du veau, du maroquin ou du chagrin, couvre des cassettes, des coutelières, étuis, écritoires et autres pareilles choses qu’il figure (enjolive) avec des fers.»
M. Santeuil[10] rue Bourlabé, tient magasin de Vaches de Roussy[11], de Levant, de Peaux de Castors[12] et de diverses autres Peaux étrangeres.
[10] Il étoit de la famille du poëte, une des plus importantes du commerce parisien, et qui avoit même eu quelques-uns des siens dans l’échevinage.
[11] On prononçoit ainsi Russie. Ces cuirs russes servoient depuis Louis XIII à faire les bottes à la mode. On les imitoit à Paris, mais imparfaitement. Richelet explique le procédé dans son _Dictionn._, t. I, p. 427, et ajoute: «M. Mérigo, l’un des plus habiles tanneurs de Paris, m’a dit ce que j’avance ici de la vache de Roussy.»
[12] Notre compagnie du Canada ou de la Nouvelle-France en avoit le privilége, mais à la condition expresse de ne les tirer que de nos colonies pour les débiter en France. (_Correspond. des Contrôleurs généraux_, nº 174.) Sous Louis XIII, cette compagnie, dont le mercier Nicolas Libert étoit un des directeurs et associés, avoit une manufacture de ces chapeaux dans l’enclos de la Trinité, rue Saint-Denis. V. la réimpression faite pour l’Académie des Bibliophiles, en 1867, d’un «arrêt de 1634 pour les chapeaux de castor».
M. George rue saint Denis près la fontaine la Reine, fait commerce de Peaux de Lapin, de Lievres et autres pour les Chapeliers.
M. Toupault rue Quinquempoix fait le même commerce, et vend diverses sortes de Peaux pour les Fourreurs.
Les Marchands Foureurs qui font le détail des Manchons des Hermines[13], et generalement des Marchandises de Fourures, sont pour la plupart dans la rue des Foureurs près sainte Opportune et dans la rue de la vieille Bouclerie[14].
[13] «Peaux en poils.» Édit. précédente, p. 37.--L’hermine ne servoit pas seulement aux vêtements des avocats. On en faisoit aussi des pelisses. Voilà pourquoi, jouant sur le nom de Pelisson, Somaize, dans le _Dictionnaire des Précieuses_, l’appelle Herminius.
[14] On lit, à la suite, dans l’édit. de 1691: «Il y a beaucoup de corroyeurs au faubourg Saint-Marcel, aux environs de la rivière des Gobelins, rue Maubuée et cloître Saint-Jacques de la Boucherie.» On sait que les corroyeurs n’ont pas encore quitté les bords de la rivière des Gobelins.
Il y en a d’ailleurs quelques autres rue de Gesvres, sur le quay neuf et rue saint Antoine.
Pour les Peaux de Buffles, voyez l’article des Armes et Bagages de Guerre.
Pour les Vaches de Roussy et Maroquins façon de Levant, voyez l’article des Bureaux publics.
OUVRAGES ET MARCHANDISES DE CHEVEUX.
Monsieur Binet qui fait les perruques du Roy[1], demeure rue des Petits Champs, M. le Grain qui fait celles de Monsieur, est logé au Palais Royal dans la Cour des cuisines.
[1] Ces perruques, dont la forme fut longtemps en vogue, s’appeloient, à cause de lui, des _binettes_, ou _perruques-binettes_, comme dit Salgues dans un curieux chapitre de son livre: _Paris_, 1813, in-8, p. 352. Le mot se conserva dans le peuple, qui, de la perruque, finit par l’appliquer à la tête. Le mot tintamarresque «une binette» vient de là.--Le Roi avoit tout un cabinet de perruques, séparé de sa chambre par la salle du Conseil, et qu’on appeloit soit cabinet des perruques, soit cabinet des Termes. Il étoit, en effet, garni tout autour de Termes ayant chacun une perruque sur la tête. Les formes varioient suivant que le Roi alloit à la chasse, recevoit les ambassadeurs, ou restoit dans ses appartements. Binet, qui avoit soin de cette singulière collection, quittoit rarement la Cour. Il comptoit parmi les cent cinq personnes, distribuées en cinq tables, qui avoient droit de manger chez le Roi, et qui, à ce titre, comme nous l’avons vu dans le manuscrit que possédoit Techener: _État et menu des dépenses pour 1705_, recevoient chacune un chapon. La consommation de cheveux choisis qu’exigeoient les perruques royales étoit considérable. Binet n’y épargnoit rien: «Je pélerois, disoit-il, toutes les têtes du Royaume, pour parer celle de Sa Majesté.» Son fils François Binet eut en survivance sa charge de premier barbier, et sa fille épousa, en 1720, le fils de Quentin, un des barbiers ordinaires. (_Mercure_, mai 1720, p. 172.) C’est Quentin qui, avec Binet, avoit la garde des perruques du Roi, et lui donnoit celle du lever plus courte que les ordinaires.
Le Bureau des deux cens Barbiers, Baigneurs, Etuvistes et Perruquiers de Paris[2], est sur le quay des Augustins au coin de la rue Git-le-cœur.
[2] Cette corporation des deux cents barbiers de Paris avoit été créée le 14 décembre 1673, par déclaration royale, en exécution d’un édit du mois de mars précédent. En décembre 1691, au moment où ce _Livre commode_, déjà imprimé sans doute, étoit sur le point de paroître, le nombre des barbiers avoit été augmenté de cent, et, deux mois après, il le fut encore de cinquante; enfin, en 1701, cent nouvelles places héréditaires furent créées.
Les Prévots Sindics de cette Communauté, sont Messieurs Broussin rue de Bussy, Petit rue de la Verrerie, Boudet rue saint Loüis près le Palais, du Chemin rue Montmartre, Caquet rue Dauphine, et Daubons sous l’Orloge du Palais.
Entre ceux qui sont renommez pour faire les Perruques de bon air, sont Messieurs Pascal quay de Nesle[3], Pelé rue saint André, du Pont et des Noyers rue de Richelieu, Jordanis rue d’Orléans, l’Abbé rue des Petits Champs, d’Angerville près le Palais Royal, Vincent quay des Augustins, etc.
[3] «Le sieur Pascal, au coin de la rue de Guenegaud, est fort renommé pour les perruques.» Édit. 1691, p. 26.
Messieurs de la Roze[4] et du Bois sont renommez pour les petites Perruques servant aux Ecclésiastiques.
[4] «M. De la Roze, à l’entrée de la rue Saint-André, est renommé pour les perruques abbatiales.» Édit. 1691, p. 63.
Messieurs Pelé et Vincent ci-devant désignez font aussi commerce de Cheveux en gros et en détail[5].
[5] Ces marchands de cheveux avoient des coupeurs qu’ils envoyoient en Normandie, en Flandre, en Hollande, etc., d’où ils leur rapportoient à la fois, six, huit ou dix livres de cheveux, qui devoient avoir au moins vingt-quatre à vingt-cinq pouces de long. Les meilleurs venoient toujours du Nord. C’étoit ensuite la Normandie qui en fournissoit le plus. Le prix varioit de quatre francs la livre pour les cheveux communs, jusqu’à cinquante écus pour les blonds argentés, qui étoient les plus recherchés. _V._ sur tout cela, Jaubert, _Dictionn. des Arts et Métiers_, t. III, p. 436-437.
Autant en font Messieurs du Mont, Potiquet et Rossignol sous la galerie des Innocens, et encore Mesdames Lançois rue d’Orléans et Danteuil rue Tirechappe.
Le Sieur Thomé Clerc de la Communauté des deux cens Barbiers, demeure en leur Bureau, c’est à luy qu’il faut s’adresser pour les privileges qui sont à vendre ou à loüer[6].
[6] On a lu dans l’Introduction, t. I, p. xli, comment les privilèges, quels qu’ils fussent, se louoient.
Entre les Coiffeuses qui sont fort employées, sont Mesdemoiselles Canilliat place du Palais Royal, Poitier près les Quinze Vingts, le Brun au Palais, de Gomberville rue des bons Enfans, et d’Angerville devant le Palais Royal[7].
[7] «On fait des calottes de toile jaune et de serge à mettre sous les perruques, chez un calotier, qui a sa boutique sous la porte de la cour neuve du Palais. Les calottes ordinaires se trouvent sur le quay de l’Horloge du Palais.» Édit. précéd., p. 26. A l’époque de la Terreur, le commerce des cheveux se faisoit sur ce même quai, où l’on n’avoit vu jusqu’alors que «les perruquiers en vieux». Il s’alimentoit des chevelures des condamnés de la Conciergerie. Le nombre en fut si grand qu’à un moment le prix des cheveux en baissa! Aujourd’hui le bureau de placement des garçons coiffeurs est sur le quai des Orfèvres.
COMMERCE DES VERRIERS.
Le Bureau des Marchands Verriers[1] est au Renard rue saint Denis, où l’on décharge toutes les Marchandises de leur commerce.
[1] Dans l’édition de 1691, p. 30, il est dit que les verriers de ce bureau étoient seulement ceux «qui font des ouvrages de feugère», c’est-à-dire de fougère. On sait que le verre ne se faisoit alors qu’avec la potasse extraite des cendres de cette plante. De là, les métaphores des poëtes sur le vin qui pétille ou qui rit dans «la fougère», comme disent Chaulieu et Boileau.
Le Sieur Trincart rue de la Verrerie, l’Hoste porte saint Germain, Aubry près la Comedie Françoise, et le Grand rue saint Denis, ont un grand assortiment de Marchandises de Cristal, de Fayence et de Porcelaine[2].
[2] Dans l’édition de 1691, p. 30, ils ne sont tous trois mentionnés que pour ce dernier article: «Ils tiennent, y est-il dit, magasin de porcelaine.»
Le Sieur Rose rue Darnetal fait le plus grand commerce de Bouteilles couvertes[3], de Verres de tables, de Cloches de Jardins, de Vaisseaux chimiques, etc. Il fait des fournitures en gros et à bon compte aux détailleurs[4].
[3] C’est-à-dire entourées d’osier.
[4] Son article est un peu différent dans l’édition de 1691, p. 30. Après la mention du bureau des verriers, il y est dit: «Ce qu’on ne trouve pas dans ce bureau, peut être recouvert et acheté en gros, à bon compte, dans les magasins du sieur Rose, verrier, rue d’Arnetal (Grenetat), etc.»
On trouve des Bouteilles de Cristal taillées pour la poche chez le Sieur le Grand le Jeune, et de Guerre Verriers, rue saint Denis[5], le Quin Emailleur, rue saint Martin[6], Gilbert Lapidaire, rue sainte Croix de la Cité[7], et le Seür aussi Lapidaire, rue saint Denis près le Sepulcre.
[5] Ils sont indiqués, dans l’édition de 1691, p. 30, comme «verriers faisant grand négoce de bouteilles de poche à bouchons de verre». A la suite, viennent «Grancire, rue de la Coutellerie, et Ancelin, au cul de sac Saint-Sauveur», qui ne se retrouvent pas ici.
[6] Il étoit de la famille de l’orfèvre Lequin, que nous trouverons à la fin du chap. suivant.
[7] L’édition de 1691, p. 30, le place «sur le Quai-Neuf, au Berceau d’or».
Il y a une Fayancerie à saint Cloud[8] où l’on peut faire exécuter tels modèles que l’on veut.
[8] On en connoît les principaux ouvriers à cette époque: Trou, le potier, et Chicanneau père et fils. Ils fabriquoient une faïence à émail stannifère, en camaïeu bleu, le plus souvent. Leur faïencerie avoit assez d’importance pour que la duchesse de Bourgogne la visitât, en 1709, le 3 sept. Les Chicanneau ajoutèrent à la fabrication de la faïence celle de la porcelaine, «façon des Indes», dont ils se disoient inventeurs. A la fin de 1696, ils adressèrent, comme tels, un placet à l’intendant de Paris. (_Correspond. des Contrôleurs généraux_, nº 1342.) Lister (chap. V) admira fort leurs porcelaines. V. aussi J. Marryat, _Hist. des Poteries_, etc., trad. franç., t. II, p. 212.
M. de Saint Estienne Maitre de la Fayencerie de Rouen, a trouvé le secret de la Fayence violette tachetée, et de faire en France de la Porcelaine semblable à celle des Indes[9].
[9] Dans l’édition de 1691, p. 30, il n’est mentionné que pour la porcelaine qu’il a «le secret de faire en France».--Il fabriquoit bien réellement tout à la fois de la faïence et de la porcelaine, et cela, par privilége, avec d’autres concessionnaires, depuis 1644. Le 30 juin 1694, M. d’Ormesson envoya un rapport au contrôleur général sur l’état de cette fabrique et sur le renouvellement de son privilége. Comme on vouloit que Saint-Etienne livrât son secret pour que la fabrication fût continuée par les Invalides, et comme il refusa, ce renouvellement n’eut pas lieu. Le privilége obtenu en 1673 pour la porcelaine, «façon de Chine», fut seul continué pour vingt ans encore, mais à condition qu’au bout de ce temps le secret de fabrication seroit livré au public. (_Correspond. des Contrôleurs généraux_, nº 1342.)
Les Fayences de Nevers arrivent sur le quay de la Tournelle près la porte saint Bernard[10].
[10] Ces faïences de Nevers, qui avoient leurs collectionneurs, comme on le voit par quelques vers de Sénecé dans ses _Épigrammes_ (1717, in-12, p. 224), se fabriquoient depuis longtemps déjà, et en dernier lieu, sous la direction d’un nommé Castelnau.
M. Perrot Maitre de la Verrerie d’Orléans[11], a trouvé le secret de contrefaire l’Agathe et la Porcelaine avec le Verre et les Emaux. Il a pareillement trouvé le secret du Rouge des Anciens, et celuy de jetter le Verre en moulle pour faire des bas reliefs et autres ornemens. Il a son Bureau à Paris sur le quay de l’Orloge à la Couronne d’or.
[11] Bernard Perrot étoit neveu de Castelnau que nous venons de voir à la faïencerie de Nevers. Dès le mois de décembre 1655, il avoit obtenu le privilége de la verrerie royale d’Orléans et de celle de Fay-aux-Loges, qui en étoit la succursale, à six lieues de là sur le canal. En 1666, autre brevet délivré à Perrot en faveur d’une découverte fort importante pour l’exploitation de sa verrerie: il tiroit d’une pierre «qui abonde en France»,--la houille certainement--un combustible moins cher que le charbon. En 1688, ayant perfectionné la fabrication du verre, «soit colorié, soit en relief», et aussi «le coulage des métaux à table creuse, avec des figures», un privilége nouveau lui fut encore accordé. Il le garda, ainsi que les deux autres, jusqu’à sa mort, en 1710, malgré les concurrents qui firent faire sur ses fabriques une enquête, en février 1692, dont le résultat tourna pour lui. Deux de ses parents, peut-être ses neveux, Jean Perrot et Jacques Jourdan lui succédèrent avec un renouvellement de privilége en date du 2 août 1710, où il étoit dit que les ouvrages de Perrot «égalent en beauté et en qualité les porcelaines». La rue près des remparts Saint-Euverte, où Perrot avoit sa verrerie à Orléans, s’appelle encore aujourd’hui _rue des Bouteilles_.
M. Massolat Maitre de la Verrerie de Rizancourt[12], a son Bureau à Paris rue du Four près la Foire saint Germain chez le Sieur Feloix Huissier[13].
[12] Paul de Masselai, et non Massolat. Il avoit été un des concurrents de Perrot, et, n’ayant pu lui faire perdre le privilége de la verrerie d’Orléans, il étoit allé en établir une à Rizaucourt, au fond de la Champagne.
[13] L’édition de 1691, p. 30, ajoute «au Châtelet».
Pour le Verre blanc et le Verre des Vitriers, voyez l’article fait exprès.
Pour les Glaces, voyez l’article des marchandises de Miroitiers[14].
[14] On trouve dans l’édit. de 1691, au chap. «du Commerce du verre, etc»., p. 30, les indications suivantes qui manquent ici: «le verre blanc pour les mignatures et autres tableaux, se vend chez un vitrier qui demeure rue aux Ours, devant l’image de la Vierge, et chez un autre qui demeure vieille rue du Temple, au coin de la rue de Bercy.»
On dit que M. de la Motte de qui on a veü à la Foire, il y a quelques années de si beaux ouvrages d’Emaux et de Verre façon d’Agathe et de Porcelaine, va faire un établissement à Paris, en vertu d’un Privilege du grand Sceau[15].
[15] Il obtint ce privilége, mais ce faillit être au préjudice de Bernard Perrot, dont, comme Masselai, ce La Mothe étoit le concurrent. Ce fut sur ses instances que le contrôleur général écrivit, le 29 février 1692, à l’intendant d’Orléans, M. de Creil, pour savoir où en étoit la faïencerie-vitrerie privilégiée de Perrot, le sieur De La Mothe, disoit la lettre, demandant, lui aussi, un privilége «pour fabriquer avec une matière vitrifiée, dont il a le secret, des ouvrages en façon de porcelaine, d’agathe, de jaspe, de lapis». La réponse de M. de Creil fut, à ce qu’il paroît, favorable, car si La Mothe eut son privilége, Perrot garda le sien.
COMMERCE DE DIVERSES MATIERES METALLIQUES, ET OUVRAGES DE COUTELLIERS, TAILLANDIERS, ETC.
Messieurs Hébert cul de sac de la rue Quinquempoix, Presty et Alain rue Neuve saint Mederic, et Coquart rue Simon le Franc, font commerce d’Etain et de Plomb d’Angleterre[1].
[1] L’édit. de 1691, au lieu d’Hébert, nomme Duval. Son magasin y est indiqué «au cloître Saint-Thomas du Louvre».
Le Fer blanc est négocié en gros par Messieurs le Doux rue Jean de l’Epine, Fontaine rue des Lombards, et Frezan rue de la Vannerie[2].
[2] «Au bout de la rue de la Vannerie.» Édit. précéd., p. 22. Le fer blanc ne se fabriquoit en France que depuis Colbert, qui en avoit établi la première fabrique à Beaumont-la-Ferrière dans le Nivernois. Il avoit dû pour cela faire appel aux ferblantiers allemands. (_Correspond. administrat. de Louis XIV_, t. III, p. 740.)
Il y a plusieurs magasins de Cuivre et de Leton, rue Quinquempoix.
Les Bateurs d’or qui vendent l’or en feuilles et en coquilles, sont établis en différens quartiers de Paris, par exemple, rue du Cimetiere saint Nicolas des Champs, rue saint Jacques, rue de Gesvres, rue saint Denis, etc.
Les Tireurs d’or qui vendent l’or et l’argent trait et filé, sont pour la plupart rue saint Denis[3] au dessus de saint Jacques de l’Hopital[4].
[3] «Aux environs de la rue Mauconseil.» Édit. de 1691, p. 23.
[4] «Cet or et cet argent tirés, ajoute Liger, p. 394, s’emploient pour les broderies, les galons et les boutons qui se débitent pour les habits.»
Pour l’Or et l’Argent en lingots et grenaille, voyez l’article fait exprès.
Pour le Plomb en balles et en graine, voyez l’article des Armes et Bagages de Guerre et de Chasse.
Le Sieur Guilloüet Taillandier et Ferblantier, à l’entrée de la rue de Gesvres, a un particulier talent pour les plus beaux Ouvrages de Fer blanc et de Leton planez[5].
[5] «PLANER, c’est unir la besogne à force de petits coups de marteau». (Richelet, _Dictionn._)--A la suite de l’art. sur le sieur Guillouet, on lit dans l’édit. de 1691, p. 111: «Le sieur Jo et quelques autres potiers d’étain, près la porte Saint-Marcel, vendent des grandes et petites seringues bien faites et à juste prix.»--La vaisselle d’étain se travailloit avec le plus grand soin. On y étoit parvenu à donner au métal la consistance et le brillant de l’argent. _V._ Loret, t. II, p. 427-428; et Faugère, _Voyage de deux Hollandois, à Paris_, p. 276.
Pour les Arcs et Ressorts qui sont ouvrages de Taillandier, voyez l’article des Chevaux et Equipages.
Entre les Couteliers renommez pour les Couteaux et les Cizeaux sont le Maitre de l’Eglise rue saint Martin, et le Maitre du Coutelas rue de la Coutelerie, qui a un talent particulier pour les Lames de couteaux de tables qui se montent sur des manches d’argent[6].
[6] Dans l’édition de 1691, p. 59, il n’est recommandé que pour les rasoirs. Le coutelier «du Trèfle», rue de la Coutellerie, qui ne se retrouve plus ici, est indiqué à la même page, comme étant «renommé pour les couteaux».--Ce _trèfle_ étoit à la fois l’enseigne et la marque de ce coutelier en renom. Nous l’avons vu souvent sur des couteaux des derniers siècles. Toute marque--et chaque coutelier-fabricant avoit la sienne--étoit une propriété qu’aucun autre ne devoit prendre ni contrefaire. (_Lettres patentes sur le règlement des ouvrages de quincaillerie et de coutellerie de la ville de Thiers_, 24 déc. 1743, art. 2.) Suivant Clicquot-Blervache, _Considérat. sur les Compagnies, Sociétés et Maîtrises_, p. 165, on offrit jusqu’à 22,000 livres de la marque que Palme, de Thiers, mettoit à ses couteaux: «C’étoit, dit-il, la plus accréditée.»
Entre les Couteliers en réputation pour bien faire et bien repasser les Lancettes, sont les Sieurs Surmont au tiers-point[7] rue saint Julien le Pauvre, et Touyaret au Verre couronné rue de la Coutellerie[8].
[7] Le _tiers-point_ est un outil triangulaire, qui sert surtout aux bourreliers. Louvel, qui l’avoit été, assassina le duc de Berry avec un tiers-point.
[8] Dans l’édition de 1691, p. 59, il est mentionné avec son enseigne, pour la même spécialité des lancettes, mais n’est pas nommé.
L’acier crud est commercé par les Marchands de Fer, et les Instrumens de Moulins pour les Dents, par les Quincailliers, qui vendent d’ailleurs toutes les Marchandises foraines de Coutellerie.
Le Maitre de la Coupe rue Troussevache, est distingué pour les Instrumens de Chirurgie.
On peut par les Messagers de Moulins et de Langres tirer de bons Cizeaux[9]; et par celuy de Caen, de Couteaux de poche d’une propreté et d’une bonté singulière.
[9] Les couteaux de Langres étoient au moins aussi renommés que ses ciseaux. Les voleurs leur avoient même fait une réputation sinistre: le couteau pour eux étoit un _lingre_; et, pour assassiner, ils disoient _lingrer_. Diderot, on le sait, étoit fils d’un coutelier de Langres.
On fait de très bons Canifs à la Masse et au Pistolet, rue de la Coutellerie[10].
[10] Dans l’édition de 1691, p. 59, c’est «le coutelier de l’Antonnoir (_sic_), rue aux Ours», qui est recommandé pour les canifs.
Le Sieur le Quin Orfèvre, rue de la Fromagerie[11], fabrique les Instrumens d’argent servant aux Chirurgiens.
[11] C’est le grand-père du tragédien Le Kain, dont le vrai nom n’étoit ni celui qu’il prenoit, ni celui qu’on lui donne ici. Il s’appeloit Caïn. Son acte de naissance, reproduit par Jal, à ce nom, dans son _Dictionnaire critique_, nous le donne comme né le 3 avril 1729, de Henri Caïn, «marchand orfèvre, rue de la Fromagerie», lequel, ajouterons-nous, avoit succédé à son père dans la même boutique. Pour Caïn, on prononçoit Quin, et même Le Quin, comme on le voit ici. Le nom que prit Lekain, en se mettant au théâtre, fut un compromis entre les deux formes.
Le Sieur Landrieux Gaisnier près le Palais, fait très proprement les Etuis servant aux ouvrages de Coutellerie.
DOMESTIQUES ET OUVRIERS.
Le Bureau d’adresse pour les Maitres qui cherchent des Serviteurs, et pour les Serviteurs qui cherchent des Maitres, est au Marché Neuf devant saint Germain le vieil.
Il y a un particulier Bureau d’adresse à la Grève pour les Cuisiniers et Garçons de cabaret.
Les Nourrices et Servantes à louer se trouvent en des Bureaux de Recommanderesses[1], rue de la Vannerie[2], et rue du Crucifix saint Jacques[3].
[1] V. notre _Introduction_, p. x.--Dans une pièce de la fin du XVIe siècle que M. de Montaiglon a jointe à ses anciennes poésies, t. I: _Chambrière à louer à tout faire_, se trouve, p. 90, un passage curieux sur ces premiers bureaux de placement des servantes:
Pourtant me vient à souvenir Que chez les _recommanderesses_ Est le lieu où sont les addresses Pour trouver servantes à louer...
[2] Le bureau des servantes y étoit si connu, qu’au XIVe siècle on l’appeloit moins rue de la Vannerie que rue des _Commanderesses_ ou des _Recommanderesses_. Il en étoit de même de la rue de la Coutellerie, où se trouvoit un bureau pareil. (_Registres crimin._ du Châtelet 1389-1392, t. I, p. 37.)
[3] Quand une servante avoit mérité une punition publique, c’est devant le bureau des _Recommanderesses_ qu’on la lui infligeoit pour l’exemple. En 1576, une chambrière ayant eu un enfant du clerc de la maison où elle servoit, et l’ayant exposé la nuit à une porte voisine, fut condamnée au fouet par sentence du Châtelet, le 24 octobre, et c’est devant la maison des Recommanderesses qu’elle fut fouettée. (Bouchel, _Bibliothèque_, au mot _Exposés_.)
Plusieurs Laquais cherchant maitres, et qu’on peut même louer par jour[4], se tiennent tous les matins sur les degrez de la vieille Cour et près la petite porte du Palais.
[4] Liger, qui donne aussi ce détail, p. 403, le relève ainsi: «l’on voit qu’on peut, dans l’occasion, se faire suivre à Paris, et se donner l’air d’homme à laquais, sans qu’il en coûte beaucoup.»
Les Garçons de Métier trouvent des embauches ou adresses de boutiques[5] aux lieux ci-après, à sçavoir: pour les Marchands, au Bureau de la rue Quinquempoix; pour les Verriers, rue saint Denis au Renard; pour les Drapiers, au Bureau rue des Déchargeurs; pour les Chirurgiens, chez les Couteliers travaillant aux lancettes, et encore aux Ecoles de Chirurgie rue des Cordeliers; pour les Apoticaires à la Lamproye rue de la Huchette, et encore au Bureau, cloitre sainte Opportune; pour les Droguistes Epiciers, au même Bureau; pour les Fourbisseurs au Bureau rue de la Pelleterie; pour les Gantiers et Chapeliers, même rue; pour les Tourneurs Tablettiers, rue de la Savonnerie; pour les Tanneurs, au fauxbourg saint Marcel; pour les Fondeurs, près saint Nicolas des Champs; pour les Orfèvres, en leur Bureau et Chapelle rue S. Germain l’Auxerrois, et encore chez le Petit père cour du Palais; pour les Patissiers, rue de la Poterie; pour les Teinturiers, rue de la Tannerie; pour les Bonnetiers, au Bureau cloitre S. Jacques de la Boucherie; pour les Peintres, Doreurs et Sculpteurs, aux Filles Penitentes de la rue saint Denis tous les Dimanches au matin[6]; et pour les Menuisiers, rue des Ecouffes.
[5] Ces adresses imprimées, et souvent enjolivées de dessins gravés, que se faisoient faire tous les marchands, ont eu leur mention plus haut à propos de celles qu’illustra Papillon. Quelques-uns les faisoient frapper en jetons. Nous en avons vu une de ce genre, en cuivre rouge et de forme octogone, portant, d’un côté: un chiffre entrelacé, avec la légende PIERRE. BIZET. MARCHAND. MIROITIER, et la date de 1703, à l’exergue; de l’autre: une console drapée d’un tapis fleurdelisé, un miroir carré surmonté d’une pendule; au fond, un manteau retroussé, et, pour légende: AV MAGAZIN. ROYAL. RUE ST. MARTAIN.
[6] Ces filles pénitentes étoient les religieuses de Sainte-Catherine, dont il est parlé dans l’_Introduction_, p. ix-x. L’Académie des peintres avoit, au commencement du règne, loué, rue des Déchargeurs, le second étage d’une maison qui leur appartenoit et s’y étoit reconstituée. Elle y resta deux ans, puis alla s’établir au Louvre. Tout lien ne fut pas rompu entre elle et les religieuses de la rue Saint-Denis, qui se firent ses «recommanderesses», chaque dimanche, pour les jeunes gens qui voudroient y être admis comme élèves.
Les Cordonniers, Serruriers, Menuisiers, Tonneliers, Arquebusiers, Rotisseurs et autres, s’embauchent par eux mêmes en se présentant dans les boutiques.
Les Maçons, Manœuvres, Limousins, etc., s’assemblent à la Grève[7] tous les matins des jours ouvrables depuis quatre jusqu’à six heures, où l’on va prendre ceux dont on a besoin pour les atteliers.
[7] Ils y étoient tout près de la rue de la Mortellerie--aujourd’hui de l’Hôtel de Ville--où ils habitoient, et habitent encore en grand nombre, et qui devoit son premier nom à ces «mortelliers» ou maçons. Ils se tiennent à présent un peu plus haut que la Grève, sur la petite place qui se trouve entre la rue et le pont Louis-Philippe.
Les Revendeuses, Blanchisseuses, Ravaudeuses, etc., se melent de placer presque toutes les Servantes.
VÉRIFICATIONS ET RAPPORTS DE JUREZ.
Monsieur Rainsant Medecin Juré du Parlement[1], demeure Isle Notre Dame, et M. du Tertre Chirurgien Juré de la même Cour[2] rue du Jardinet. Madame Maillard y fait la fonction de Sage femme Jurée, et demeure près le Palais.
[1] Fils du savant médecin-numismatiste Rainssant, mort deux ans auparavant.
[2] Il a été nommé plus haut, t. I, p. 157, au chapitre des opérations chirurgicales.
Messieurs Chauvel et Moreau Jurez Medecins du Chatelet demeurent, sçavoir, le premier rue saint Severin, et le deuxième rue de la Verrerie[3].
[3] «M. Arlot, médecin juré du grand Conseil, demeure rue du Four, près la Croix du Tiroir.» Édit. 1691, p. 39. Il a aussi été nommé plus haut.
Les Jurez Chirurgiens du Chatelet sont Messieurs Auguy près la Magdelaine, Helot rue de la Calandre, le Dran quay de l’Orloge, et Clerambourg rue saint Germain l’Auxerrois.
Le Livre de M. de Blegny contenant la Doctrine et les formules des Rapports de Chirurgie[4] se vend chez la veuve Nion.
[4] Voici le vrai titre du livre de Blegny, qu’il abrège ici et rend ainsi plus clair: _la Doctrine des rapports, fondée sur les maximes d’usage, et sur la disposition des nouvelles ordonnances_. 1684, in-12.
Madame Bureau et Mademoiselle sa fille Jurées Sages-femmes du Chatelet, demeurent rue saint Germain l’Auxerrois.
M. Dozier reconnu pour le plus expert Genealogiste[5], demeure au carrefour des trois Maries[6].
[5] Charles d’Hozier, fils de Pierre, qui avoit commencé la célébrité du nom. Il fut, comme lui, juge d’armes de la noblesse de France.
[6] Son adresse étoit ainsi donnée l’année précédente, p. 40: «Monsieur d’Hozier, qui demeure au cloître Saint-Germain-l’Auxerrois, chez Monsieur Desvieux, greffier du Conseil...»
M. de Lonchamps au bout du Pont au Change du côté du Chatelet s’occupe pareillement à dresser et vérifier les arbres généalogiques.
Les Maitres Ecrivains Jurez nommez et employez pour la vérification des écritures et signatures contestées en Justice, ont leur Chambre chez M. des Planches[7], à présent Sindic en charge de leur Communauté, rue et devant le petit saint Antoine, tous peuvent être appellez à cette fonction, mais les plus ordinairement employez ce sont ceux des Anciens qui y sont occupez depuis longtemps; comme Messieurs du Houx à l’Hotel des Ursins, le Comte rue saint Jacques, Lesgret rue du gros Chênet, et de Blegny rue saint André, etc.
[7] Il a été nommé déjà plus haut.
M. de Blegny fils de l’Ecrivain[8] à l’entrée de la rue saint André, est ordinairement nommé par Nosseigneurs de Parlement pour les Calculs et verification de Comptes.
[8] Il a été parlé plus haut d’un de ses livres de première éducation.
M. Barême aussi Aritméticien[9], devant le Pont Neuf au coin de la rue Dauphine[10], est occupé au même employ à la Chambre des Comptes[11].
[9] François Barrême, dont le nom est encore si populaire. Son _Livre des Comptes faits_, auquel il doit cette popularité, avoit paru pour la première fois en 1670, avec une dédicace à Colbert. En voici le titre complet: «_le Livre des Comptes faits, où, sans avoir appris l’arithmétique, on y fait toutes sortes de comptes et multiplications les plus difficiles, quand il y auroit même des grandes fractions. Livre très-facile, et d’une grande utilité._» Barrême mourut en 1703.
[10] Il donne ainsi son adresse en tête de ses livres: BARRÊME, _arithméticien, demeurant au bout du Pont-Neuf, rue Dauphine, enseigne briefvement l’arithmétique_.
[11] «Il y a plusieurs écrivains déchiffreurs, qui ont leurs bureaux au Palais.» Édit. 1691, p. 41.
M. Penon fauxbourg saint Antoine près l’Abbaye, dresse et verifie les Arpentages[12].
[12] «M. Caron, rue Saint-Antoine, devant l’hôtel de Beauvais, est renommé pour l’arpentage.» _Ibid._
Les Jurez Bourgeois Expers pour le Toisé, Visite, et Estimation des ouvrages dependantes de l’Architecture, ont leur Bureau à l’entrée de la rue de la Verrerie, et sont compris dans les deux colonnes suivantes[13]:
[13] Ils avoient été créés au mois de mai 1690, sous le titre d’experts jurés pour les bâtiments, et ne formoient qu’une communauté avec les entrepreneurs.
_Expers Bourgeois[14]._
[14] Cette liste est plus complète ici que dans l’édit. précédente, surtout pour les adresses, qui y manquent pour la plupart. L’auteur s’en excuse par quelques lignes curieuses sur la création alors toute récente de ces experts: «Il y a, dit-il, p. 40, des Jurez bourgeois de nouvelle création pour le toisé, visite et estimation des bâtiments de la ville, fauxbourg, prévosté et vicomté de Paris, qui sont au nombre de cinquante ci-après dénommez, mais qui ont si nouvellement financé qu’on n’a pu encore recouvrer les adresses que d’un petit nombre d’entre eux; au besoin, il sera facile d’apprendre la demeure des autres par la liste qui sera apposée au Châtelet après la prestation du serment, après laquelle ils doivent être divisez en deux colonnes comme ci-après.»
Simon Lambert, quay de Nesle.
Gabriel le Duc[15], rue saint Denis.
[15] Fils ou neveu de l’un des architectes qui avoient travaillé au Val-de-Grâce. Il avoit lui-même construit aux Petits-Pères la partie des bâtiments où se trouvoit la bibliothèque.
Nicolas de l’Epine[16], rue de Clery.
[16] Reçu de l’Académie d’architecture, en 1699. Nous trouverons plus loin son père Pierre-Nicolas de l’Épine parmi les entrepreneurs.
Jacques Mazières, rue Neuve des Petits Champs[17].
[17] Il avoit fait beaucoup bâtir dans la rue Neuve-des-Petits-Champs, où nous le voyons logé. C’est à lui et à Lulli qu’on en devoit les premières maisons dans la partie qui longeoit le versant septentrional de la butte Saint-Roch. Nous le trouverons plus bas, avec Le Maistre qui suit, parmi les grands maçons.
Pierre le Maistre, aux Invalides[18].
[18] Il fut au nombre des entrepreneurs de la place Vendôme et il y vint loger. Nous l’y trouvons en 1702.
Jean Boullier de Bourges, rue Montmartre.
Rolland le Proüst, rue Bardubec.
Michel de Mezerets, rue de la Verrerie.
Isaac Meusnier, rue S. Martin.
François Pageois, rue S. Bon.
François Doucet[19], rue S. Bon.
[19] L’Almanach royal de 1702, p. 113, lui donne son vrai nom: Doussot.
François le Clerc, rue de Grenelle, quartier saint Eustache.
Claude Alexandre Voullau, rue Montmorency.
Louis Couvers[20], rue Chapon.
[20] Il faut lire Convers, comme dans l’_Almanach royal_.
Charles Mollet[21], rue Champfleury.
[21] Nous l’avons déjà vu plus haut au chapitre Jardinages, ainsi que Michel Le Bouteux, qui suit.
Michel le Bouteux, rue de la Magdelaine, fauxbourg saint Honoré.
Charles François Person[22], place du Palais Royal.
[22] Lisez Poerson, qu’on prononçoit Person. C’est l’assez médiocre peintre Charles-François Poerson, qui fut professeur à l’Académie de peinture, en 1695, et directeur de notre école de Rome, en 1704. Nous le trouvons avec Mazière, nommé tout-à-l’heure, dans une expertise d’art assez délicate pour un différend soulevé entre le riche amateur Crozat et Boule. (_Archives de l’Art françois_, t. IV, p. 332.)
Jacques Piretoüy, vieille rue du Temple.
Jean François Gobin, rue de la Parcheminerie.
André Perravet[23], rue des Prouvaires.
[23] Lisez Perrault.
Jean Baillif, rue Levêque, quartier saint Roch.
Baudouin Paul Lourdet, rue S. Thomas du Louvre.
Nicolas le Juge, rue du Gindre, fauxbourg saint Germain.
_Expers-Entrepreneurs._
Bernard Menessier, rue des Roziers[24].
[24] «Près l’hôpital Saint-Gervais», ajoute l’_Almanach royal_ de 1702. Nous le trouverons plus bas parmi les trésoriers alternatifs des bâtiments.
Jean Richer, rue saint Martin.
Jacques de la Joue[25], rue sainte Avoye.
[25] Il eut un fils qui fut reçu de l’Académie d’architecture, en 1721.
Claude Aubry, rue Montmartre.
Jean Serouge[26], rue Beauregard.
[26] Il descendoit de Toussaint Serouge, qui avoit été pour une part dans la construction des Tuileries.
Charles Joubert, rue de Poitou.
Jean Bailly, rue Copeau.
Jean Dorbay, rue Montorgeuil[27].
[27] Il y logeoit, selon l’_Almanach royal_, à l’enseigne des «petits Carreaux», celle même qui donna son nom à la partie de cette rue comprise entre la rue Saint-Sauveur et la rue de Cléry. Elle se trouvoit en face du nº 29, et représentoit des petits carreaux à carreler, ce qui convenoit fort bien comme enseigne, à un entrepreneur. Jean D’Orbay l’étoit, en même temps qu’architecte. Il fut même, en 1705, de l’Académie d’architecture, dont son père, François D’Orbay, avoit été un des fondateurs.
Simon Pipault, à l’Arsenal[28].
[28] Il étoit grand entrepreneur de maçonnerie. _V._ plus bas.
Jacques Gabriel[29], rue S. Antoine[30].
[29] Premier architecte des bâtiments du Roi, reçu de l’Académie d’architecture, en 1700. Il fut aussi premier ingénieur des ponts-et-chaussées. On lui doit le projet du grand égout de Paris. Il mourut en 1742. C’est son fils, plus célèbre encore que lui, qui a construit le Garde-Meuble.
[30] La maison que Jacques Gabriel habitoit, rue Saint-Antoine, avoit été construite par lui-même, et ornée de sculptures par Le Hongre. On y remarquoit surtout la statue d’Uranie, que celui-ci avoit posée au-dessus de la porte. (_Mém. inéd. sur la vie et les ouvrages des membres de l’Acad. de peinture_, t. I, p. 369.)
Maurice Gabriel, rue S. Antoine.
Jean Philippes, rue Michel le Comte.
Nicolas Berthier, rue Neuve S. Roch[31].
[31] «Près la porte Gaillon», ajoute l’_Almanach royal_.
Estienne le Roy, rue du bout du monde.
Pierre Hacquan[32], rue Neuve saint Laurent.
[32] L’_Almanach royal_ l’appelle «Hequan».
Germain Guezard, rue Royale, quartier saint Roch.
Jean Michel Poisson, rue Roiale, quartier saint Antoine.
Pierre Levé, rue des Petits Champs.
Noel Masson, rue du Roy de Sicile.
Pierre Nicolas de l’Epine, rue de Richelieu[33].
[33] Père de celui que nous avons trouvé plus haut, rue de Cléry. Il avoit pris une grande part à l’aplanissement de la butte que longeoit la rue de Richelieu, et il s’y étoit fait bâtir un certain nombre de maisons. _V._ notre _Histoire de la Butte des Moulins_.
Jacques Guesniers, rue neuve saint Denis.
Jean Poisson, rue Jean Beau Sire[34].
[34] Nous le trouverons plus bas parmi les grands entrepreneurs de charpentes.
Estienne Yvon, rue Montmartre[35].
[35] Il faisoit des grandes entreprises de toitures. _V._ plus bas.
François Havart, rue Mauconseil.
Martin Coulle[36], quartier de l’ancienne Estrapade.
[36] Lisez: Caulle, comme dans l’_Almanach royal_.
Jean Baptiste Marteau, rue Phelipeaux[37].
[37] Il fut, ainsi que Caulle, qui précède, expert dans l’affaire de Boule et de Crozat, dont nous avons parlé plus haut.
Jean Laisné, rue Gervais Laurent.
HABITS D’HOMMES ET DE FEMMES.
Monsieur Oultran Tailleur ordinaire du Corps du Roy et de Monseigneur[1], demeure rue et vis à vis l’Hôtel de la Monnoye.
[1] Il s’appeloit Barthélemy Autran, «travaillant seul, dit l’_État de France_, pour les habits du Roy, de Monseigneur le Dauphin et de Messieurs les princes ses enfants».
M. Barois aussi Tailleur du Roy[2], demeure rue saint Honoré près les Pères de l’Oratoire.
[2] Il étoit sans doute des douze tailleurs ordinaires. L’_État de France_ ne le nomme pas.
Messieurs Francisques[3] et du Puis[4] Tailleurs de Monsieur et de Monseigneur le Duc de Chartres, demeurent sçavoir le premier près le Palais Royal, et le deuxième rue des Petits Champs.
[3] L’_État de France_ le nomme Francisque Sérini.
[4] François-Louis Du Puy. Son fils Gabriel avoit sa charge en survivance.
M. Mindy aussi Tailleur de Monsieur, demeure devant l’Hotel d’Aligre à l’Escouvette[5].
[5] L’_Écouvette_, que ce découpeur de draps avoit pour enseigne, étoit une longue brosse à manche, dont l’apprêteur se servoit, pendant le pressage des étoffes, pour asperger d’eau les plaques employées à les chauffer.
Le Bureau des Maitres et Marchands Tailleurs de Paris est sur le quay de la Mégisserie[6].
[6] Il n’y avoit, quai de la Mégisserie, que leur bureau. La confrérie étoit à la Trinité.
Les quatre Jurez en Charge de la Communauté, sont Messieurs Blin cloitre Notre Dame, la Lande rue saint Antoine, Brigüion rue Neuve saint Mederic, et Caubet rue de Grenelle.
Entre les Tailleurs pour hommes qui sont d’ailleurs renommez pour bien travailler, sont Messieurs Bonneau, Lagaru, Theveniere et la Lande devant l’Hôtel d’Aligre, Prévost et Landault rue des Petits Champs, la Lesse et Durant rue d’Orléans, la Borde rue du Four quartier saint Eustache, Chapignolle et du Chesne près la Boucherie de Beauvais[7], André rue Betizy, Guérard rue de Montmorency, Ruby rue de Guénégaud, Bresson rue saint Martin, Bausquet, Bouret et Ferret rue des Prouvaires, Goguet et Trallot rue de l’Arbre sec, Juste rue des Bourdonnois, Migeon devant le Jeu de Metz, etc.
[7] Cette boucherie, qui devoit son nom à la Halle, dont elle avoit pris la place, et que s’étoient longtemps partagée les tisserands de Paris et les marchands de Beauvais, se trouvoit au coin de la rue Saint-Honoré et des piliers des Halles.
Le Sieur Roussel Tailleur privilegié rue saint Honoré au coin des Pilliers des Halles, tient magasin de toutes sortes d’habits pour hommes, neufs et de rencontre.
Il y a sous les mêmes Pilliers un grand nombre de Tailleurs Fripiers, qui tiennent magasin d’habits de rencontre, entre lesquels le Sieur Fournerat[8] entreprend d’entretenir un homme d’habits honnêtes pour quatre pistoles par an[9].
[8] La rédaction est un peu différente dans l’édit. de 1691, p. 25: «Le sieur Fournerat, marchand fripier, sous les piliers des Halles, entretient bourgeoisement et honnêtement d’habits, pour quatre pistoles par an.» Avant cet article, on y trouve celui-ci: «Il y a une friperie aux Halles, qui s’étend jusqu’au Pont-Neuf, pour le commerce des habits tout faits, vieux et neufs, simples et garnis, et même pour les habits de deuil et pour ceux de théâtre et de mascarades qu’on peut louer à tant par jour.» Le Pont-Neuf étoit leur limite. Depuis une ordonnance de police du 9 mars 1669, ils n’avoient sous aucun prétexte le droit d’y étaler pas plus qu’à la place Dauphine. On les parquoit aux Halles et dans les rues avoisinantes pour mieux pouvoir les surveiller, presque tous étant soupçonnés d’être des recéleurs.
[9] Fournerat eut souvent, pour son genre d’industrie, maille à partir avec les drapiers. Il ne se conformoit pas--car il travailloit autant sur le neuf que sur le vieux--à l’arrêt du 6 février 1616, enjoignant aux fripiers de n’avoir que des morceaux d’étoffes de cinq aunes au plus, et non des pièces entières. Aussi les drapiers obtinrent-ils contre lui une condamnation, le 23 décembre 1697.--Les drapiers étoient, au reste, très-attentifs aux intérêts de leur commerce et, par là, très-processifs. Ils avoient eu par exemple, pour faire valoir les droits de leur corporation, un procès en 1688 avec les marchands de soie. Ils le gagnèrent. Regnard y fait allusion dans sa farce _Le Divorce_, acte III, sc. 6.
Les Frères Tailleurs[10] demeurent à présent rue saint Denis au bon Pasteur près sainte Opportune.
[10] C’étoit une communauté, moitié laïque, moitié religieuse, que ne lioit aucun vœu, mais dont quelques pratiques religieuses et surtout le travail étoient la règle.
Il y a au bout de la rue Dauphine un Marchand Chaussetier qui fait des bas de toiles pour hommes.
Entre les fameux Tailleurs pour femmes[11], sont Messieurs Regnaud devant l’Hôtel d’Aligre, Villeneuve près la place des Victoires, Lallemand rue saint Martin, le Brun, le Maire et Bonjuste rue de Grenelle, Chalandat rue de l’Arbre sec, Fabre rue saint Antoine au Plat d’Etain, la Barque devant le Sepulcre, Bertrand rue des Petits Champs, Taland vis à vis saint Germain, etc.
[11] Ils étoient moins des tailleurs que des _Corsetiers_: «Ils s’attachent particulièrement, dit M. de Paulmy, à faire les corps et corsets baleinés, ce qui est vraiment un ouvrage difficile et délicat.» (_Mélanges d’une grande Bibliothèque_, t. XXII, p. 223.)--C’est donc comme corsetier et non autrement que Bandelet, propriétaire de la maison de la rue de Richelieu où mourut Molière, étoit tailleur de la reine.
Entre les Maîtresses Couturières qui sont en réputation de bien habiller les Dames, sont Mesdames Charpentier rue Montorgueil près saint Eustache, Villeneuve près la place des Victoires, Remond et Prevot rue des Petits Champs, Billard rue sainte Avoye, Bonnemain rue des fossez saint Germain l’Auxerrois, Fauvé Port saint Landry, etc.
M. l’Hermineau Brodeur du Roy, demeure aux Galeries du Louvre[12].
[12] Il occupoit ce logement des galeries depuis 1663; il y mourut en 1694. L’abbé de Marolles, dans _Le Livre des Peintres_, etc., édit. G. Duplessis, p. 87, accorde ce détestable vers à cet artiste de la broderie:
Larmino, grand brodeur, le fut aussi du Roy.
Les autres Brodeurs qui travaillent pour Sa Majesté[13] et pour la Cour, sont Messieurs de la Croix rue Neuve Saint Martin, Quenain rue d’Enfer[14], etc.[15]
[13] Le roi, outre L’Hermineau, avoit deux brodeurs ordinaires.
[14] «M. Quenain, fameux brodeur, demeure rue d’Enfer, au faubourg Saint-Michel.» Édit. 1691, p. 63.
[15] Il faut placer parmi ceux que Blegny ne nomme pas, Moignon, «excellent brodeur», comme l’écrit Duché dans une note de ses Pensées, à la suite des _Préceptes de Phocylide_, 1693, in-12, p. 118, après avoir dit: «Vous êtes jeune, Lisandre, bien fait, bruyant, effronté, vous avez un habit brodé par Moignon, un carrosse du bon faiseur...»
Les Sieurs Thierry, Frères[16], fameux découpeurs, demeurent rue Tirechappe, et devant saint Mederic.
[16] «Qui découpent les étoffes en perfection.» _Id._, p. 60.
Pour les Habits de Théatre et de Balets, voyez l’article des Passetemps et Menus Plaisirs.
M. du Mont près les Quinze Vingts qui fait très bien les Habits ordinaires, travaille aussi par excellence aux Habits de Theâtre et de Balets.
COMMERCE DE CHAPEAUX.
Le Bureau de la Communauté des Maîtres et Marchands Chapeliers est rue de la Pelleterie où arrivent tous les Caudebecs[1] et autres Chapeaux manufacturez au dehors.
[1] Ces chapeaux étoient une fabrication toute spéciale à la ville de Normandie qui leur avoit donné son nom. Pour les obtenir, on feutroit la laine d’agneau ou l’agnelin, avec le poil de chameau et le duvet d’autruche. (Savary, _Dictionn. au Commerce_, au mot chapeau.) On en vendoit beaucoup à Paris. Les vers de Boileau, dans sa VIe épître, sont bien connus:
Pradon a mis au jour un livre contre vous, Et chez le chapelier du coin de notre place, Autour d’un _Caudebec_ j’en ai lu la préface.
Pour les Bureaux de la Marque des Chapeaux, voyez l’article des Bureaux publics.
M. le Page Chapelier du Roy et qui fournit presque toute la Cour[2], demeure rue saint Honoré près les Peres de l’Oratoire.
[2] Il ne figure pas dans l’État de France. On n’y trouve nommé que Edme De Jouy, chapelier de Monsieur.
Entre les Marchands Chapeliers qui tiennent magasin, et qui font de grosses fournitures aux troupes et aux Marchands forains, sont Messieurs Coquelin, Halé l’ainé et Bizoret rue de la vieille Monnoye, Marie rue des Boucheries saint Germain, Veron rue du Four, Fromentin près le Palais Royal, Gobert rue de la Bucherie, Brisan et le Tourneur rue de Betizy, etc.
Les Veuves[3] qui font aussi un fort grand commerce de Chapeaux, sont Mesdames Meralde rue Briboucher, Durant pont saint Michel, etc.
[3] Ce sont des veuves de maîtres, qui continuoient, avec la même maîtrise, le commerce de leur mari. Dans la librairie surtout et l’imprimerie cette succession des veuves, à Paris du moins, étoit un droit: «A Paris, lisons-nous dans un document du temps de la Régence, les veuves des Libraires et Imprimeurs sont dans une possession constante de continuer la profession de leurs maris.» _Minutes des Lettres du Conseil_ pour 1717, p. 14, à la Biblioth. du Ministère de l’Intérieur.
Entre les Marchands Chapeliers qui tiennent boutique et qui font un grand détail, sont Messieurs Herard rue saint Honoré au Grand Mousquetaire, Vernault rue de l’Arbre sec, le Lievre et Verron place Maubert, Buquet, le Camus et Halé cadet fauxbourg saint Marcel, le Page et Fery Pont Notre Dame, Joffroy près l’aport de Paris, les Frères Gasteliers Pont au Change[4], Aprin Pont Saint Michel au Loüis d’argent, Menil rue aux Ours, Santerre rue des Juifs, etc.[5].
[4] Les vieux chapeaux, dont le commerce n’étoit pas moins considérable que celui des neufs, se vendoient tout près de là: «pour la commodité de bien des gens, dit Liger, p. 400, on vend des vieux chapeaux repassez sous le petit Châtelet.» C’est là que se fournissoit le poëte besogneux, dont Monteil possédoit manuscrite une requête rimée au prince de Turenne:
Je chercherai des nippes au hazard... Au Châtelet, à bon marché un feutre, Castor tout neuf est trop cher pour un pleutre.
Il a paru dans la _Revue des Provinces_ de juin 1865; p. 531, à l’article _Varia_, un curieux fragment inédit de l’abbé de Choisy sur _ce que devenoient sous Louis XIV les vieux castors_.
[5] «Il y a un grand magazin de chapeaux rue des Assis (Arcis); un autre rue des Boucheries, faubourg Saint-Germain, et un autre rue Saint-Denis, au grand Signe.» Édit. 1691, p. 26.
OUVRAGES ET MARCHANDISES DE CORDONNIERS.
La Halle aux Cuirs est au bout de la rue de la Lingerie, où arrivent tous les Cuirs forains[1].
[1] On y vendoit spécialement «les cuirs à soulier», suivant l’édit. de 1691, p. 37.
Le Bureau de la marque des Cuirs où l’on paye le sol pour livre[2], est rue Betizy[3].
[2] «Le bureau du sol pour livre pour les vendeurs de cuir.» Édit. 1691, p. 36.
[3] «Devant l’hôtel de Montbason.» _Id._
Le Bureau des Maîtres et Marchands Cordonniers, est sur le quay de la Mégisserie près le Chatelet[4].
[4] A quelque distance, se trouvoit un débit de marchandises dont parle la 1re édit., p. 37, et qui n’est mentionné nulle part dans celle-ci: «les vrais maroquins du Levant se vendent chez divers marchands pelletiers qui ont leurs boutiques et magasins près l’égoût du grand Châtelet, et qui font, d’ailleurs, commerce de buffles, de chamois et de toutes sortes de peaux.» Un peu plus haut, se lit cet autre détail: «la manufacture des maroquins rouges, façon du Levant, est dans la rue de Charonne, faubourg Saint-Antoine.» La comtesse de Beuvron avoit fait accorder le privilége d’une fabrique pareille, dont nous avons parlé t. I, p. 109, sous la condition d’une grosse part dans les bénéfices. (_Correspondance administrat. de Louis XIV_, t. III, Introduction, p. LV.)
Il y a pour les Cuirs de Paris un grand nombre de Corroyeurs rue de la Tannerie, rue Marivaux, cloitre saint Jacques de la Boucherie, et fauxbourg saint Marcel aux environs des Gobelins.
Il y a plusieurs Marchands Cordonniers qui vendent des souliers tous faits aux Halles, rue Notre Dame, rue Dauphine, rue de Bussy et rue sainte Marguerite[5].
[5] Ces souliers tout faits se vendoient principalement aux Halles, où il en venoit de toute la France. Le Berry en fournissoit beaucoup, la Flandre de même. Déjà, sous Henri IV, tout ce qu’elle avoit de vieux souliers étoit expédié à Paris, où on les remettoit à neuf. (Montchrestien, _Traité de l’Œconomie politique_, 1615, in-4º, p. 108.)
Entre les fameux Cordonniers pour hommes qui servent un grand nombre de personnes de considération, sont les Sieurs Lucas vieille rue du Temple, Carré rue de la vieille Bouclerie, Perrot rue de la Verrerie, des Ordres rue saint Jacques, Raverdy rue saint André, Chiroir sur les fossez saint Michel, Malbeau rue de la Harpe, le Breton rue Dauphine, Poiree rue des Nonnandieres, Soyer porte saint Germain, Parent et le Basque rue de Bussy, Loziers rue de Seine, Halloz rue Galande, etc.[6]
[6] Dans cet _et cætera_ de Blegny il faut placer le cordonnier Prudent que cite Coulange au premier couplet de son excellente chanson, _Les Moines_.
Entre les Cordonniers pour femmes qui se font distinguer par la propreté de leurs ouvrages, sont les Sieurs Raveneau rue des Cordeliers, Vernon, Gaborry et Couteaux rue des fossez saint Germain, Bisbot rue Dauphine, Sulphour rue saint Severin[7], etc.
[7] Il ne faut pas s’étonner de voir un cordonnier à la mode logé dans une rue aussi malpropre que la rue Saint-Séverin; celui qui chaussoit, au siècle suivant, la dernière favorite de Louis XV, ne l’étoit pas mieux. Chantoiseau l’indique ainsi, en 1773, dans son _Almanach général d’indication_: «Charpentier, cul de sac de la Fosse aux Chiens, cordonnier ordinaire de Madame la Comtesse du Baril (_sic_) et autres dames de la Cour.»
Le Sieur des Noyers rue sainte Anne, fait des Souliers de femmes d’une grande propreté qu’il vend un louis d’or[8].
[8] Le louis d’or étoit alors de 12 livres 10 sols, depuis 1689. Il descendit à 12 livres, en avril 1692, puis à 11 livres 10 sols, en 1693. (Dangeau, t. III, 39; IV, 61, 349.)
Le Poitevin rue Mazarine, fait[9] des Souliers d’hommes qui résistent fort à l’eau, et qu’il vend un demi louis d’or.
[9] «De très-beaux et bons souliers à la cavalière, qu’il vend un demi-louis d’or.» Édit. de 1691, p. 25-26.
Plusieurs Cordonniers des environs du Palais[10], dont il a été parlé à l’article des Armes et Bagages de guerre, font des Souliers de Cuir de botte qu’ils tiennent tous faits dans leurs boutiques, et qui sont d’un bon usage en hiver, par exemple, les Sieurs Noel, Picard, Simon, etc.
[10] Les pantoufles de velours, autrement appelées _mules_, se vendoient au Palais même. Les hommes s’y fournissoient surtout. (Liger, p. 401.) Ces pantoufles du Palais furent longtemps célèbres.
Les Frères Cordonniers logent présentement rue saint Denis au Bon Pasteur vers sainte Opportune[11].
[11] Dans l’édit. précédente, p. 61, on lisoit: «les frères cordonniers demeurent rue des Grands-Augustins.» C’étoit une communauté pareille à celle des frères tailleurs, dont il est parlé, p. 61, et avec laquelle, comme on voit, elle étoit venue se loger sous l’enseigne si bien choisie du _Bon-Pasteur_. Racine s’y fournissoit pour son fils aîné: «Vous trouverez, lui écrit-il, le 26 janvier 1698, dans les ballots de Monsieur l’Ambassadeur: un étui, où il y a deux chapeaux pour vous, un castor fin et un demi-castor; vous y trouverez aussi une paire de souliers des frères.»
Le Sieur Goubier Epicier rue de Gesvre, vend une bonne Cireure pour les Cordonniers[12].
[12] Son article est plus étendu dans l’édit. précéd.: «le sieur Goubier, apothicaire-épicier, fait et vend toutes sortes de bijouterie de cire pour les enfants, et une bonne cire neuve pour les cordonniers.» Richelet donne dans son _Dictionnaire_ la recette de ce cirage primitif: «composition de cire, dit-il, de suif et de noir de fumée, de térébentine de Venise, de blanc de plomb, et autres ingrédiens qu’on fait bouillir, pour cirer les bottes, les gros souliers...»
ADRESSES
_Concernant les articles precedens, recouvertes après leur impression._
Messieurs Doye et Falaiseau rue des cinq Diamans, Piogé rue du petit Lion, et Bastonneau vieille rue du Temple[1], tiennent comptoirs pour la Banque et les Remises de places en places.
[1] Il étoit de la famille de ces Bastonneau, les gros marchands de soie, dont Guy Patin a parlé (anc. édit., t. II, p. 220). Ils étoient venus de Lyon à Paris, où, après avoir continué leur commerce, ils s’étoient mis dans la banque. Un d’eux, Claude Bastonneau, avoit, en 1640, été enterré à St-Eustache (Le Beuf, _Hist. du. dioc. de Paris_, édit. Cocheris, t. I, p. 240). En 1662, François Bastonneau et Pierre Bidal, son associé, marchands de soie, avoient fait saisir, pour une forte somme qui leur étoit due, les biens du baron de Blancheface. (_Archives hospitalières_, Hôtel-Dieu, t. I, p. 172.)
M. Bourdon qui grave pour la Taille douce et pour les Cachets, demeure rue Dauphine, M. Garrier quay des Orfevres à la Banniere de France, est encore distingué pour les Cachets.
Entre les Chirurgiens renommez pour les opérations, sont Messieurs Lartet Chirurgien du Roy par quartier[2], Isle Notre Dame sur le quay Bourbon, et Gervais[3] premier Chirurgien de la feue Reine et ordinairement de Monseigneur à l’Hôtel de Noüailles près saint Roch pour la Saignée, M. du Pré rue Platrière, et pour les accouchements M. Marcel près la porte saint Martin.
[2] Il étoit de service chez le Roi pendant le quartier de janvier.
[3] Il servoit pendant le quartier d’octobre.
Madame Parfait au Pavillon des Tuilleries près la grande Ecurie[4], est une Sage femme de distinction[5].
[4] Celui qui, vers le même temps, commença d’être appelé le pavillon Marsan.
[5] Les sages-femmes étoient peu nombreuses alors, mais d’autant plus considérées. Plusieurs avaient marqué dans le monde, ainsi la fameuse Mme Pilou que l’abbé de Choisy (_Mém._, coll. Petitot, 2e _série_, t. 63, p. 515) nous dit formellement avoir été une accoucheuse; et la grand’tante de Racine, Mme Vitart. (Mesnard, _Vie de Racine_, p. 40.) On ne leur reprochoit que de n’être pas assez instruites. Elles ne l’étoient pas plus à Amsterdam, mais on y avoit avisé en leur donnant pour maître le célèbre Ruysch. V. son éloge par Fontenelle, _Œuvres_, t. VI, p. 512.
Messieurs Boudin[6], Poisson[7], Beaulieu[8] et Doquican[9] premiers Apoticaires du Corps du Roy, logent quand ils sont à Paris chez M. de Rouviere Apoticaire de Sa Majesté près saint Roch.
[6] Philibert Boudin. Son service chez le Roi, avec un aide-apothicaire, le sieur Damaron, étoit celui du trimestre d’avril.
[7] Il servoit pendant le quartier de janvier.
[8] Son service commençoit en octobre.
[9] Son vrai nom étoit de Hoquiquant, comme le donne l’_État de France_. Il étoit de service pendant le quartier de juillet.
M. Benoist qui tient le Cercle Royal rue des saints Pères, et Mademoiselle Benoist rue saint Antoine, font très bien les Portraits en cire[10].
[10] Ce Benoît fut, avec plus de perfection, le _Curtius_ du XVIIe siècle. Il faisoit, en effet, avec la cire, des portraits d’une ressemblance inouïe. Le plus curieux spécimen qui nous en soit parvenu, est celui de Louis XIV, retrouvé à Versailles par Eudore Soulié et placé aujourd’hui dans la chambre à coucher du Roi. Ses masques, dont Saint-Simon a parlé, n’étoient pas moins étonnants: «On avoit fait, dit-il, t. III, p, 135, pendant l’hiver précédent, plusieurs masques de cire de personnes de la Cour, au naturel, qui les portoient sous d’autres masques, en sorte qu’en se démasquant on y étoit trompé en prenant le second masque pour le visage, et c’en étoit un véritable, tout différent, qui étoit dessous; on s’amusa fort à cette badinerie.» Ailleurs, t. II, p. 72, il nous avoit déjà fait voir, dans un autre bal de la Cour, un masque, dont les quatre visages de cire, représentant quatre personnes différentes, et qu’il faisoit tourner avec la plus amusante adresse, avoient intrigué tout le monde.--Benoist ne s’en tenoit pas à l’industrie des bustes et des masques, il faisoit aussi des personnages de grandeur naturelle. C’est ce qu’il appeloit son _Cercle_, ou _le Cercle du Louvre_, comme dit Robinet dans sa _Gazette_ du 23 fév. 1667, époque vers laquelle il en commença l’exhibition. Chaque année, il l’exposoit à la foire Saint-Germain, voisine de son logement de la rue des Saints-Pères. Dancourt en fait une des principales curiosités de cette foire: «LORANGE. Voyez ici, Messieurs, le Cercle nouveau des figures parlantes, aussi hautes que le naturel.» _La foire Saint-Germain_ (1696), scène XVIII. La Bruyère n’a pas oublié Benoît. «B..., dit-il, s’enrichit à montrer dans un _Cercle_ des Marionnettes.» Benoît devint riche en effet: lorsqu’il mourut, en 1717, il l’étoit. Le Roi y avoit aidé, en lui donnant, en 1668, le titre de son sculpteur en cire, et permission d’exposer dans tout le royaume «les personnes de tout rang qui composoient le cercle de la feue Reine, d’en faire même de nouveaux, et de masquer en cire à sa convenance.» Cette permission, qui étoit de trente ans, lui fut continuée sous forme de privilége exclusif, pour trente années encore, en 1688. Il étoit né en 1632 à Joigny, où il avoit fondé un lit à l’hôpital. V. _Rev. des Soc. sav._, 4e série, t. II, p. 232.
M. Coquelin Chancelier de l’Eglise de Paris[11], demeure rue saint Louis en l’Isle.
[11] Il avoit, comme chancelier, le sceau du chapitre de Notre-Dame, et une partie du soin des petites écoles lui revenoit. Il faisoit aussi l’ouverture des conférences de l’archevêché. Ménage, qui logeoit au cloître et en savoit toutes les histoires, en racontoit une à ce sujet: «M. Coquelin, ayant quitté la perruque, étoit presque méconnaissable. En ce temps-là, il fit l’ouverture d’une des conférences archiépiscopales, fort bien à son ordinaire. M. de Vert lui dit: Monsieur, je ne vous ai reconnu qu’à votre éloquence.» (_Menagiana_, t. II, p. 72.)
On recite tous les Samedis et veilles de la Vierge, des Motets en musique à Notre Dame devant sa Chapelle après Complie.
M. Chartrain dont on n’a pas l’adresse, est un grand maître pour le Grec[12].
[12] Il étoit de la même famille que le M. Chartrain indiqué plus haut, t. I, p. 257, comme excellent maître de géographie, histoire, blason, etc.
Les Medecins en leur Collège rue de la Bucherie, visitent gratuitement les pauvres Malades tous les Samedis matin, et les Chirurgiens sous les Charniers de S. Côme tous les premiers Lundis des mois.
M. Gaultier enseigne en ville et chez luy rue des Petits Champs, l’Architecture civile et militaire, et généralement les parties de Mathématiques.
_Nota._ Qu’outre les jours marquez pour les Audiances des Officiers du Grenier à Sel, ils les tiennent encore tous les Lundis en Janvier, Octobre, Novembre et Décembre.
On vend des Truffles rue Serpente au Messager de Thoulouse[13].
[13] Il étoit du bel usage, selon Richelet, d’écrire et de prononcer _truffles_. Elles étoient un régal en vogue. Les dames surtout en étoient très-friandes. (L’abbé de Villiers, _Vérités satiriques_, p. 199.)
Aux environs du Temple, de la porte Mouton et de la porte saint Louis, il y a des femmes qui fournissent aux malades du lait d’anesse[14], de vaches et de chevres frais tiré.
[14] C’étoit déjà, sur la recommandation des médecins galénistes, qui l’avoient trouvé prescrit par Galien, leur maître, un des remèdes en vogue pour les poitrines débilitées. Gui Patin dit que sa grand’mère put vivre jusqu’à quatre-vingts ans, parce qu’elle avoit pris du lait d’ânesse pendant soixante. (_Lettres_, édit. in-8, t. III, p. 462-463.)
M. Martin rue de Richelieu, est encore un fameux pour le Clavesin[15], M. de Vizé à Luxembourg pour le Theorbe[16], Louis Horteterre près saint Jacques de la Boucherie pour tous les Instrumens à vent[17], des Cotteaux au fauxbourg saint Antoine, et Filbert rue saint Antoine pour la Flute Allemande[18].
[15] Blegny oublie qu’il l’a déjà dit plus haut.
[16] Il n’avoit été cité plus haut, t. I, p. 211, au chapitre des musiciens que pour son talent sur la guitare, fort semblable du reste au théorbe. C’est pour la guitare qu’il est surtout vanté dans les lettres de Mad. de Sévigné, t. X, p. 352. Un autre instrument de la même famille que le théorbe, le luth, et la guitare étoit «l’angélique» dont jouoit «excellement», suivant Richelet, t. I, p. 59, Lefèvre, de la même famille que celui que nous avons vu, t. I, p. 209, parmi les fabricants d’orgues.
[17] Il étoit de la famille de Colin et Jean, qui ont eu plus haut, t. I, p. 212, leur mention pour la fabrication des instruments.
[18] Blegny ne fait encore que répéter à peu près ce qu’il a déjà dit. V. t. I, p. 212-213.
M. Coquart rue Simon le Franc, fait commerce en gros de toutes sortes de cannes[19].
[19] Nous verrons un peu plus loin, par les bois dont il faisoit commerce, qu’il étoit tablettier. Ses cannes ne pouvoient donc être d’un grand prix. Des arrêts, que celui du 26 avril 1700 confirma, enjoignoient, en effet, aux tablettiers, de ne vendre qu’une seule espèce de cannes, sans ornement d’or, d’argent ou d’acier.
Messieurs Halin rue Jean saint Denis, indiquez[20] pour les Timballes et Trompettes, sont aussi d’excellens Maîtres pour le Basson[21].
[20] _V._ plus haut, t. I, p. 215, à la suite des maîtres, pour l’art de chanter.
[21] C’est le _fagotto_ italien, adopté depuis peu chez nous, où on l’avoit appelé «basson», parce qu’il y servoit surtout de basse dans les concerts de musette, alors à la mode. (Mersenne, _Harmonie du Monde_, liv. 5.)
Mademoiselle Cochois rue Briboucher près saint Josse[22], est fort stilée aux Coiffures de Toilles et de Dentelles pour les Dames[23].
[22] La chapelle Saint-Josse faisoit le coin de la rue Aubry-le-Boucher et de la rue Quincampoix.
[23] Les marchands lingers et les marchandes lingères étoient depuis longtemps en nombre dans la rue Aubry-le-Boucher. Bodeau, le riche linger, qui fit tant de folies pour Mlle Paulet, y logeoit. C’est là que Lemaître, dont le fils, Antoine Lemaître, fut une des gloires de Port-Royal, avoit sa boutique de dentelles de Flandre; enfin, c’est rue Aubry-le-Boucher que Mme Coisnard, la grosse lingère et dentellière, fit sa fortune. (_V._ Tallemant, _Historiettes_, édit. P. Paris, t. I, 225; III, 16, 34, 114; VI, 116.)
Madame Roüin devant le Collège des Plessis fait des Rabats unis par excellence[24].
[24] Dans l’édit. précéd., elle est nommée avec «le sieur Des Trapières, rue Bétizy, aux Trois-Bourses», p. 62.
M. Ladoireau rue Tictonne fait de beaux Ouvrages d’Orfèvrerie[25].
[25] Pour une saisie faite chez lui, en 1693, _v._ t. I, p. 244, note 4.
DIVERSES ADRESSES
_Concernant des talens distinguez des articles précédens._
Entre les Orlogeurs qui sont en réputation pour les Montres et Pendules, sont Messieurs Turet aux Galeries du Louvre[1], de Mergue Cour Neuve du Palais, Cribelin rue de Bussy, etc.
[1] Il avoit ce logement des galeries depuis le 30 janvier 1686: «Isaac Turet, écrit G. Brice, horloger de l’Académie des Sciences, qui a beaucoup contribué à perfectionner la pendule.» (3e édit., t. I, p. 73.) Il ne faut pas le confondre avec Huret «horlogeur du Roy», gendre de Bérain.
Le Sieur Chambon habile Guainier, demeure Cour neuve du Palais.
Le Sieur le Sansonnier Ecrivain Juré de l’Université, a le talent de bien dresser et de bien écrire les Placets sur quelque sujet que ce soit, dont il garde religieusement le secret[2], son Bureau est à l’Hôtel de la Préférence sous le Cadran de l’Eglise des Innocens.
[2] Blegny nous surfait beaucoup l’honnêteté de l’écrivain-juré. Il n’étoit rien moins que sûr. Il fut compromis, en 1699, avec les prévaricateurs du commerce des blés et arrêté. Les détails de son affaire se trouvent dans les _mss._ Delamarre, à _la Biblioth. Nat._, nº 21,644, p. 187.
Le Sieur le Febvre rue de Venise au quartier de la rue Quinquempoix, vend et loue des chevaux à toutes mains.
Nicolas le Heurteur, aporte à Paris de Fleury-la-Forest en Normandie, toutes sortes de boettes de Liettiers[3] qu’il vend en gros à juste prix; il vient ordinairement deux fois le mois et loge rue Montorgueil à l’image saint Nicolas.
[3] C’est laïettier qu’il faut lire. La «laïette» n’étoit, en effet alors, qu’une de ces sortes de boîtes qu’on faisoit venir de Fleury-la-Forest, près les Andelys, d’où il n’en vient plus: «petit coffre de bois, dit Richelet, qui n’a qu’une simple serrure, et qui n’est couvert ni de peau ni de cuir.»
Le Bois d’Ebène et de Gayac, sont commercez en gros par M. Coquart rue Simon le Franc.
La Dame Passavant[4] près la Magdelaine a le talent de bien faire les Bonnets carrez.
[4] «Sage-femme.» Édit. 1691, p. 26.
On fait des Calottes de toile jaune et de ratine à mettre sous les perruques, chez un Calotier à la porte neuve du Palais.
La Manufacture de Stuc Cuit[5] est au fauxbourg saint Antoine.
[5] Le stuc est toujours cuit. C’est du plâtre mêlé de poudre de marbre, qu’une forte cuisson durcit, et permet de polir. On en faisoit alors des plafonds, sur lesquels on peignoit comme à fresque.
Les faiseurs de Fourneaux et de Creusets servant à la Chimie, demeurent place de l’Hotel de Conty, rue Mazarini et au fauxbourg saint Jacques.
Le Sieur Rohault Emailleur[6] rue saint Denis, fait des Figures et Aigrettes d’émail.
[6] _V._ les notes sur lui et sur Hubin, qui suit, au chapitre du _Commerce de Curiositez_, t. I, p. 242.
Les Yeux artificiels se font chez le même Hubin rue saint Martin et chez le Sieur le Quin rue Dauphine.
La Folie rue du petit Pont[7], et Thevenot rue Git le Cœur, affichent pour le public.
[7] Dans la première édit., p. 59, son adresse est donnée «rue de la Huchette, aux Trois-Bources». A la suite, vient «le Comte, rue du Petit-Pont, à la Rose-Rouge».
Le Sieur Bara qui vend du Canepin[8] pour boucher les bouteilles, demeure au cul de sac de la porte saint Martin[9].
[8] On appeloit ainsi l’épiderme de peau d’agneau ou de chevreau. Il avoit servi, comme un vélin très-fin, pour écrire; et nous ne serions pas surpris que le mot _calepin_ en fût venu, quoi qu’en dise l’étymologie courante.
[9] Les Bara étoient nombreux dans Paris et d’industries différentes. Mme Sand, _Histoire de ma vie_, t. I, p. 19, en cite un, qui avoit été parrain de sa mère, et dont nous avons connu le petit-fils, qui vendoit des oiseaux, comme son aïeul, au coin de la rue Saint-Claude et du boulevard, dans l’hôtel où avoit logé Cagliostro. Le grand-père de Mme Sand étoit lui-même «maître oiselier» et de plus «maître paulmier», ce qui ne nous surprend pas, les marchands d’oiseaux faisant volontiers plusieurs métiers. Un d’eux, que Blegny n’auroit pas dû oublier au chapitre du _Commerce de Curiositez_, s’étoit enrichi à vendre toutes sortes de bijoux, après n’avoir d’abord vendu que «des cages de prix et des oiseaux». On ne l’appeloit pour cela que l’Oyselier. Son vrai nom ne nous est pas parvenu. (_Mercure galant_, nov. 1683, p. 287.) Chevreau parle de lui dans cette note de ses _Œuvres meslées_, 1697, in-8º, p. 200: «L’Oiselier étoit un fameux marchand de Paris, qui vendoit à toute la Cour toutes sortes de curiosités.»
Le Sieur Dalesme[10] rue saint Denis près la fontaine la Reine, vend des Plumes et Semelles d’acier de son invention, et encore un Tuyau de tolle de fer, où l’on brule le bois sans cheminée et sans fumée.
[10] André Dalesme, qui, de simple marchand de tuyaux fumivores, devint membre de l’Académie des Sciences. On voit ici qu’il avoit devancé les inventeurs de plumes d’acier. Il toucha de près aussi à l’invention du _Thermolampe_ et à celle de la machine à vapeur. _V._ sur lui, _le Vieux-Neuf_, 2e édit., t. II, p. 384-385.
La bonne faiseuse de Mouches demeure rue saint Denis à la perle des Mouches[11].
[11] Blegny auroit bien dû nous dire son nom. Nous aurions su ainsi--ce qui ne manquoit pas de curiosité--si c’étoit toujours la femme Chevalier, dont, suivant l’auteur du _Peintre-Graveur_, la fille Madeleine avoit épousé le peintre Bernard, et étoit devenue mère du fameux financier Samuel Bernard.--_V._ dans nos _Variétés_, t. VII, p. 9, une pièce de 1661, _La faiseuse de mouches_.
Les Manufactures de Toilles cirées sont dans la grande rue du fauxbourg saint Antoine[12].
[12] C’est à Paris qu’il s’en fabriquoit le plus. Jusqu’à la fin du dernier siècle, le secret de l’enduit des toiles cirées fut gardé par ceux qui les fabriquoient.
Les Boisseliers de la Halle au bled font[13] les tamis d’Apoticaires et de Parfumeurs.
[13] «Un particulier commerce de tamis à passer les poudres.» Édit. 1691, p. 64.
Le Sieur Barbier qui indique des Privilèges à vendre et à louer pour les Arts et Métiers, demeure rue des Lombars au Plat d’Etain.
Le Sieur Jo et quelques autres Potiers d’Etain près la porte saint Marcel, font de grandes et petites Seringues qu’ils vendent aux Marchands à juste prix.
Le Sieur Colson fauxbourg saint Antoine devant la rue de Charonne, a un particulier talent pour monter les Scelets[14] de toutes sortes d’Animaux, et pour les monter en poil et en plumes.
[14] C’est ainsi qu’on écrivoit encore squelette. L’orthographe d’Ambroise Paré se rapproche toutefois un peu plus de cette dernière forme: «une desquelles, dit-il, parlant d’autruches qu’on faisoit voir à Paris, estant morte, me fut donnée, et en fis un _scelette_.» Ailleurs, il dit un «sceletos», se rapprochant ainsi tout-à-fait du mot grec, d’où vient squelette, et qui signifie séché.
M. Antoine, Chevalier et Medecin Général des Hopitaux du saint Esprit[15], logé au Collège de Boncour, se dispose à donner des preuves publiques du secret qu’il dit avoir trouvé, pour connoitre par la disposition des poux et des urines, les causes cachées et les crises futures des plus extraordinaires maladies; il a une nouvelle espèce de plante Sensitive[16] que les curieux ont veüe avec admiration.
[15] Il n’y avoit à Paris qu’un hôpital du Saint-Esprit, celui qui occupoit tout le côté gauche des bâtiments qu’envahit ensuite tout entiers son voisin l’Hôtel-de-Ville. On n’y recevoit que des orphelines légitimes et il s’appeloit aussi _Hôpital des Enfants-Dieu_.
[16] La Sensitive, _mimosa pudica_, bien qu’elle eût été importée d’Amérique sous Henri IV, par Robin, avec les autres espèces du genre acacia, n’étoit pas encore bien connue, comme on le voit ici. L’Académie des Sciences ne s’en étoit même pas encore occupée. Mairan n’en fit l’objet d’un premier travail qu’en 1729, puis on eut en 1736 le mémoire plus complet de Du Fay.
Le Sieur Lelot sur le Quay neuf[17] à la Perruque d’or, trace et peint les Cadrans au soleil[18].
[17] On appela presque toujours ainsi, jusqu’au commencement du XVIIIe siècle, comme on le voit par _le Journal_ de Barbier, édit. in-18, t. I, p. 142, le quai voisin de la Grève, construit, en 1675, sous la prévôté de Claude Le Pelletier, qui lui avoit donné son nom.
[18] Il étoit rare qu’il n’y eût pas dans la cour ou le jardin de chaque hôtel un de ces cadrans peints sur la muraille en bonne exposition.
OMISSIONS ET CHANGEMENS.
On aurait dû dire à l’article des Vacations des Tribunaux.
Que Nosseigneurs de la Cour des Aydes prennent les mêmes vacations que le Parlement, et encore les veilles de Fêtes de Notre Dame, le lendemain de la saint Jean, et la veille et le lendemain de la Magdelaine.
Qu’à la Chambre des Comptes on n’entre ni les Jeudis ni les Samedis ni les veilles de Fetes de relevée[1], et que la Chambre vaque d’ailleurs le Jeudi de la mi-Carême, en May le neuf, en juin le onze, et encore depuis le Vendredy qui precede la Pentecôte jusqu’au lendemain de la Trinité; en Septembre le onze, et encore depuis le vingt dudit mois jusqu’au lendemain de la saint Denis, en Octobre le dix huit jour de saint Luc, et le trente et un veille de la Toussaints, en Novembre le vingt cinq jour de sainte Catherine, en Décembre le six jour de saint Nicolas et le vingt quatre veille de Noël, outre les veilles et Fêtes de la Vierge, les Foires, etc.
[1] Les fêtes de relevée étoient celles où l’on ne siégeoit pas «de relevée», c’est-à-dire après midi.
Qu’au Chatelet les Vacations durent depuis le 9 Septembre jusqu’à la saint Simon et saint Jude; et qu’outre les jours de Vacations qui sont communes à tous les Tribunaux et particulierement au Parlement; on y vaque encore en janvier le 22 jour de S. Vincent, en May les 2, 6, 9, 10 et 19, et les veilles de la Pentecôte, de la Fete Dieu et de l’Octave, en Juillet le 31, et en Octobre le premier.
La veuve Nion à l’adresse marquée à la première page, vend un traité très curieux sur les Vapeurs du Corps humain[2] de M. Lange Medecin de la Societé Royale; et le Medecin sincère de M. de la Haye Docteur en Medecine.
[2] Voici le vrai titre: _Traité des Vapeurs_, par M. Lange, 1689, Paris, chez Nyon.
CHANGEMENS.
Les Fermes des Aydes et Domaines de France et droits y joints, ont été réunies en cinq grosses Fermes.
Le Département de Messieurs les Fermiers Généraux des Fermes Unies, pour le service desdites Fermes, pendant l’année 1692, a été réglée comme il s’ensuit par Monseigneur le Controlleur Général.
PARIS.