X. - XI. - XII.
De Blair[13], Vallier, le Jariel:
[13] Melchior de Blair, d’abord simple intéressé dans les fermes. Il étoit arrivé à être fermier général, après deux missions qu’il avoit habilement remplies: l’une, en 1690, en Picardie; l’autre, en 1691, en Bretagne.
Directions d’Angers, Laval, le Mans et Bretagne.
Des Espoisses, Rancy, Dumas:
Directions d’Orléans et de Tours.
Martin, Germery, d’Apougny:
Directions de Bourges et Moulins, avec les Dépôts d’Auvergne, Limosin et la Marche.
La Manufacture Royale des Bandages de nouvelle invention[14], qui a toujours sa principale entrée par la rue de Guénégaud, communique d’ailleurs presentement avec la boutique de M. de Blegny le fils Apoticaire du Roy, sur le quay de Nesle à la Devise Royale[15], où l’on fera bien de s’adresser pour eviter la surprise de quelques imposteurs.
[14] L’industrie des bandages avoit été la première qu’eût exploitée Blegny. Aussi, ne manque-t-il pas d’y revenir sans cesse. _V._ plus haut.
[15] Il y avoit succédé, avec la même enseigne, à Delaunay, chirurgien herniaire, dont J. Lepaute a gravé l’adresse.
Ces Bandages ont des formes différentes selon les diverses dispositions des Malades et de leurs incommoditez; on y trouve à ressort, à visse, à charnieres ployantes, à champignons, à ceinture de Buffles, etc., mais telle que soit la conformation particuliere de chacun de ces Bandages, on y trouve cet avantage qu’ils retiennent parfaitement, et dans les plus impetueux mouvemens, les Décentes qui n’ont pû être arrêtées par aucune sorte de Bandages, et qu’ils conduisent à la guerison qu’on a coutume de tenter vainement par l’usage des bandages ordinaires.
On trouve au même lieu un livre et des mémoires curieux sur la guerison des Decentes[16], et sur le prix des Bandages et des Remedes.
[16] Voici le titre du livre de Blegny, donné déjà, d’ailleurs, dans l’_Introduction_, p. xlv: _l’Art de guérir les hernies de toute espèce dans les deux sexes, avec le remède du Roi_, in-12. La première édition parut en 1676, la seconde en 1693.
Messieurs l’Abbé de la Roque qui tenoit des Conférences rue de Guénegaud[17], et Legier qui étoit censeur de la Faculté de Medecine, sont décedez[18].
[17] Il a été parlé de lui plus haut, t. I, p. 128, au chapitre _Conférences_. L’époque de sa mort, qu’on ne savoit pas, peut être ainsi fixée à la fin de 1691.
[18] _V._ t. I, p. 151.
M. Frosne qui etoit Inspecteur des Batimens du Roy, a présentement un autre employ en Cour.
Les Droits et Bureaux des Chevaux de renvoy ont été suprimez[19].
[19] Ils étoient, on l’a vu, t. I, p. 108, à l’hôtel de Sens.
Le Sieur Marseilles Marchand rue Saint Denis qui vendoit des Cuirs dorez de Flandres, a manqué[20].
[20] Cette expression, pour dire faire banqueroute, commençoit à être employée. Dancourt s’en est servi dans les _Agioteurs_ (acte III, sc. VII), où un des personnages dit: «Son marchand est un fripon, elle a raison; il est prêt à manquer. Ses affaires périssent.»--D’autres reprirent le commerce mis en péril par la banqueroute de Marseilles. Liger, en effet, dit en 1715, dans son _Voyageur fidèle_, p. 366: «On vend des _Tapisseries de cuir doré_, rue St-Antoine, proche de la Bastille: celles de _cuir doré de Flandres_ se vendent dans la rue St-Denis, proche de la Sellette.»
BATIMENS DU ROY[1].
[1] Ici encore, nous trouverons beaucoup de noms déjà rencontrés plus haut, au chapitre des _Vérifications et Rapports des Jurez_ et ailleurs. Nous ne nous occuperons que des noms ou des détails nouveaux.
_Sur-intendant et ordonnateur general des Batimens et Jardins du Roy, et des Manufactures Royales des Gobelins._
Monsieur le Marquis de Villacerf ruë de l’Egout près la place Royal.
_Inspecteur Général, premier Architecte et Intendant des Batimens et Jardins de Sa Majesté._
Monsieur Mansard[2] rue des Tournelles[3], et encore pour Intendans Mrs de la Mothe, Coquart rue des Poulies, et Essein rue neuve des Petits Champs.
[2] Hardouin Mansard, architecte de Versailles, etc.
[3] L’hôtel, qu’il s’y étoit fait bâtir, auprès de celui de Ninon, existe encore en partie.
_Controlleurs en Charges._
Messieurs le Nostre aux Tuilleries, le Febvre au vieux Louvre, et Gabriel rue de Cléry.
_Intendans et Controlleurs par Commission des Batimens et Maisons Royales de Paris et de Versailles._
Messieurs de la Chapelle, Besse ancienne cour du Palais, et Lambert rue neuve des Petits Champs.
_Architectes ordinaires des Batimens de Sa Majesté._
Messieurs Dorbay rue des Poulies, Buland[4] rue saint Louis du Marais, de Coste[5] rue des Tournelles, et Perrault l’ainé place du Chevalier du Guet.
[4] Seroit-ce un arrière-petit-fils de Jean Bullant, architecte des Tuileries et d’Écouen? Il n’y a rien là d’impossible. Le fils de Bullant, Charles, fut entrepreneur de maçonnerie, et sa descendance dut rester dans le même métier.
[5] Robert de Cotte, qui succéda, en 1708, à Hardouin Mansart, son maître, comme premier architecte du Roi. Il existe à la Biblioth. Nat., cabinet des Estampes, un grand nombre de mémoires, devis, procès-verbaux de travaux faits à Paris ou dans les environs, qui viennent tous de Robert de Cotte. Ils furent acquis en 1821.
_Inspecteurs par Commission pour les Batimens des Maisons Royales de Paris._
Messieurs Fossier père et fils rue des Poullies, le Court aux Invalides, et l’Abbé au vieux Louvre.
_Trésoriers alternatifs des Batimens de Sa Majesté._
Messieurs de Mageinville rue Traversine qui est en exercice, et Manessier rue de Cléry.
Ceux qui entreprennent d’ailleurs pour les particuliers les plus considérables edifices pour la Maçonnerie, sont Mrs le Maistre, Maziere, Gabriel et Pipault ci devant désignez, Marcoult[6] rue neuve saint Honoré, Bergeron le jeune[7] butte saint Roch rue Royale, etc.
[6] Le _Ms._ du commis de Mansart, G. Marinier, sur les travaux de Versailles, sous Louis XIV, et les entrepreneurs qui y furent occupés, le nomme Gérard Marcou.
[7] Pierre Bergeron, d’après le même _Ms._
Les Entrepreneurs de Sa Majesté pour les autres parties d’Architecture, sont pour la Charpente Messieurs Malet[8] quartier saint Germain, la Porte rue de Seine près la Pitié, Aubert à saint Germain en Laye, et Poisson à la porte saint Antoine.
[8] G. Marinier l’appelle Jean Mallet. Il ne nomme pas les trois autres qui suivent.
Pour la Menuiserie Messieurs Rivet[9] rue du gros Chenet, Remy porte Montmartre, Verdeau cloitre saint Julien le Pauvre, Nivet quartier saint Germain, et la veuve Dionis porte de Richelieu[10].
[9] Antoine Rivet, selon G. Marinier. Il nomme ensuite Louis Rivet, sans doute son frère, dont Blegny pourroit bien avoir altéré le nom, en l’appelant deux lignes plus loin Nivet. En 1733, un Jacques Rivet étoit encore «menuisier ordinaire des bâtiments du Roy». Sa nièce Geneviève Papillon avoit épousé le célèbre vernisseur Robert Martin, dont le petit-fils fut Martin le chanteur si connu. (Jal, _Dict. crit._, p. 845 et 846.)
[10] Son mari, dont elle continuoit le métier, avoit fait bâtir un certain nombre de maisons, rue de Richelieu, entre autres celle qui touchoit à la maison du tailleur Bandelet, où mourut Molière. La famille des Dionis ou Dyonis, à laquelle on dut plusieurs savants célèbres du XVIIIe siècle, étoit ancienne à Paris. Plusieurs figurent, de 1472 à 1527, dans l’Épitaphier des Saints Innocents. (Le Beuf, _Hist. du diocèse de Paris_, édit. Cocheris, t. I, p. 198.)
Pour les Couvertures, M. Yvon, rue Montmartre[11].
[11] Dans le _Ms._ de Marinier, il est, comme ici, nommé tout seul. C’est donc cet Étienne Yvon qui eut, sous Louis XIV, l’entreprise générale des toitures des Palais Royaux.
Pour la Serrurerie, Messieurs Roger[12] aux Invalides, Boutet rue Frementeau, Haté place de Cambray, Fordrain à la Monnoye, et Lucas rue saint Nicaise.
[12] Pierre Roger, d’après le même _Ms._
Pour la Plomberie, M. Lucas[13] place du vieux Louvre.
[13] Il eut, lui aussi, tout seul, l’entreprise de la plomberie de Versailles et des autres palais, suivant G. Marinier, qui l’appelle Jacques Lucas.
Pour la Vitrerie, Messieurs Pougeois vieille rue du Temple, Gombault rue saint Thomas du Louvre, et la veuve Janson rue de l’Arbre sec.
Pour les Ouvrages de marbre, Messieurs Deschamps place du Carrousel, Baudin porte Montmartre, et Ergo porte Gaillon.
Pour les Peintures d’Ornemens, Messieurs Poisson fils à saint Germain en Laye, et le Febvre rue de Richelieu.
Pour la Doreure, M. des Oziers[14] à Versailles.
[14] Guillaume Desauziers.
Pour la Sculpture, Mrs Jouvenet rue des Jeuneurs[15], Mazeline[16] à la Ville neuve, Dieu[17] au Palais Brion[18], Lespingola[19] rue neuve saint Honoré, Maziere[20] place du Carrousel[21], Bonvalet à la Ville neuve, et Carlier rue Montmartre,
[15] Il étoit cousin du peintre célèbre, mais n’arriva pas à l’Académie. Il travailla pour le Roi, à Versailles, avec le Hongre. Son prénom étoit Noël.
[16] Pierre Mazelines. G. Marinier ne l’oublie pas parmi les sculpteurs employés à Versailles. Mazelines y travailla, lui aussi, avec le Hongre. Il étoit de Rouen, fut reçu de l’Académie le 7 juillet 1668, et mourut le 7 février 1708, à soixante-quinze ans.
[17] Antoine de Dieu, né à Paris en 1653, mort en 1727. Il y avoit une statue de lui à Saint-Germain-des-Prés, chapelle de saint Jérôme.
[18] Nous avons dit, t. I, p. 124, ce qu’étoit cette dépendance du Palais-Royal.
[19] Il vint de Rome, où il étoit de l’Académie de Saint-Luc, travailla à Versailles avec Nic. Coustou, fut reçu de l’Académie le 29 février 1676, en fut exclu pour cause d’absence prolongée, en 1694, et mourut le 10 juillet 1705.
[20] Il travailla aux sculptures des Tuileries.
[21] C’est rue des Orties-du-Louvre, derrière l’hôtel de Beringhen, qu’il logeoit, et non sur la place même du Carrousel. (_Arch. de l’Art françois_, t. III, p. 227.)
Pour le Pavé Messieurs Renoult rue de Grenelle saint Germain, Aubry rue de Seine[22], et Colin rue des Tournelles[23].
[22] Cet Aubry, paveur des bâtiments du Roi, étoit bien probablement de la famille de Léonard Aubry, qui, en 1643, avoit le même titre, et joua, ainsi que plusieurs des siens, un certain rôle dans l’histoire de Molière. C’est lui qui mit en état, sur les fossés de Nesle, les abords du Jeu de paume, où Molière donna ses premières représentations; et l’un de ses fils, Jean-Baptiste Aubry, qui s’étoit fait auteur de tragédies, _Démétrius_ et autres, qui existent _mss._ à la Biblioth. Nat., épousa Geneviève Béjard, sœur de Madelaine, dont Molière avoit épousé la fille. Cet Aubry, auteur tragique, qui se faisoit appeler sieur des Carrières, n’étoit pas moins devenu, comme son père, paveur des bâtiments du Roi. Il l’étoit, en 1677, lorsqu’il signa au contrat du second mariage d’Armande Béjard. Peut-être est-ce lui qui figure ici?
[23] Ici devroit être nommé Villiard, qui eut pendant vingt-six ans l’entreprise du pavage et des aqueducs à Versailles. Ses comptes existent à la Bibliothèque du Ministère de l’Intérieur en 3 vol. in-fol. sous ce titre: _Registre des Ouvriers qui ont travaillé pour le Roy suivant les ordres du seigneur surintendant des bastiments de Sa Majesté, sous la conduite du SIEUR VILLIARD_. Le Ier va de 1679 à 1696; le IIe, de 1697 à 1701; et le IIIe, de 1702 à 1705.
Les Juges établis pour connoître des matières concernant les Batimens du Roy et les edifices publics, sont Messieurs de l’Epine rue neuve des Petits Champs[24], et Villedo[25] rue saint Louis au Marais, qui sera en exercice pendant les années 1692 et 1693.
[24] De la même famille que ceux que nous avons vus plus haut parmi les experts jurés.
[25] Un des fils de Michel Villedot, qui fut un des entrepreneurs de l’aplanissement de la Butte des Moulins, dont une rue a gardé son nom. _V._ notre _Histoire_ de cette butte.
OUVRAGES EXQUIS
_De Peinture et de Sculpture._
Cet article a dû suivre celuy des Batimens du Roy, parce que presque tous les Peintres et Sculpteurs dont on va voir les noms et les adresses sont employez aux ouvrages de Sa Majesté, et sont membres de l’Academie Royale de Peinture et de Sculpture, dont il a été parlé dans l’article général des Academies.
C’est au Palais Brion où elle se tient qu’on peut recouvrer la liste de ceux qui la composent. Le degré de distinction dans lequel il faut nécessairement parvenir pour y être admis, est une preuve certaine de leur habileté; c’est pourquoy en quelque occasion que ce fût, il n’y auroit point à balancer sur le choix, si ce n’étoit que plusieurs d’entre eux ont des singuliers dans lesquels ils excellent principalement, par exemple entre les Peintres.
Pour l’Histoire Mrs Mignard[1] premier Peintre du Roy, Chancelier de l’Academie, et Directeur des Atteliers des Gobelins[2] rue de Richelieu[3]; Jouvenet[4] à l’un des Pavillons du Collége Mazarini[5], Hoüasse[6] au Cabinet du Roy[7]; Coüapel père et fils[8] aux Galeries du Louvre, Corneille l’aîné[9] rue des Petits Champs, Verdier aux Gobelins[10], Paillet rue neuve saint Eustache[11], Blanchard cul de sac saint Sauveur[12], Montagne rue du Vieux Colombier[13], Vernensal[14] rue saint Honoré, Hallé[15] rue sainte Marguerite, Boulogne l’aîné[16] rue sainte Anne, Boulogne le jeune rue des fossez Montmartre[17], Person place du Palais Royal[18], Vignon[19], rue du Petit Lion, etc.
[1] Pierre Mignard, trop célèbre, pour que nous ayons à dire ici autre chose de lui, que ses noms.
[2] Il avoit eu toutes ces charges, à quatre-vingts ans, en mars 1690, après la mort de Le Brun.
[3] _V._ sur cette maison, qu’il occupoit depuis longtemps, et où il mourut le 15 mai 1695, notre _Histoire de la Butte des Moulins_, p. 114-115.
[4] Jean Jouvenet, dont la célébrité nous dispensera aussi de longs détails. Né à Rouen, en 1644, il fut reçu de l’Académie le 27 mars 1675, et mourut le 5 avril 1717. Les douze apôtres de la coupole des Invalides sont de lui.
[5] Il y mourut. Ce pavillon étoit celui qui touche au quai Malaquais. L’adresse de Jouvenet est donnée ainsi sur l’acte de mort de l’une de ses filles, le 5 juin 1680: «Sur le quai Malaquais, dans le grand pavillon sur l’eau, au collége des Quatre-Nations.»
[6] René-Antoine Houasse, né à Paris en 1644, reçu de l’Académie le 15 avril 1713, mort le 27 mai 1710. Le Brun, dont il fut un des bons élèves, l’avoit marié à une de ses parentes. Il y avoit des tableaux de lui à Notre-Dame, Saint-Eustache, Saint-Côme, etc.
[7] Sa véritable adresse étoit celle-ci: «rue du Coq, au cabinet des tableaux du Roi». Il étoit garde de cette collection, première idée, au Louvre même, du musée du Louvre.
[8] Noël et Antoine Coypel: Noël, le père, né en 1628, reçu de l’Académie en 1663, et mort en 1707; et Antoine le fils, né en 1661, académicien en 1681, mort en 1722. Noël fut directeur de notre école de Rome, en 1692; et, à la mort de Mignard, premier peintre du Roi. Il y avoit de ses œuvres aux Invalides, au palais-Royal, à l’Assomption, aux Tuileries, au Louvre, à Versailles, etc. Antoine, qui avoit suivi son père à Rome, s’y perfectionna. Il devint aussi premier peintre du Roi, et directeur de l’Académie. Un de ses travaux les plus considérables à Paris fut la galerie d’Énée au Palais-Royal. On a de lui vingt discours sur la peinture.
[9] Michel Corneille, dont le père, peintre aussi, avoit eu le même prénom. Il fut de l’Académie en 1663, et mourut le 16 août 1708, à soixante-six ans. Il travailla aux Invalides, à Versailles, à Meudon, à Trianon, etc.
[10] François Verdier, qui fut de l’Académie en 1678, et mourut en 1730, à soixante-dix-neuf ans. Le Brun qui se l’étoit attaché en lui faisant épouser une de ses nièces, et le logeant aux Gobelins, le fit beaucoup travailler pour lui.
[11] Il fut de l’Académie, qu’il n’illustra guère, dès 1659, et mourut le 30 juin 1701, à soixante-quinze ans. Séb. Boudon avoit été son maître. On ne connoît guère de lui qu’un tableau, à Notre-Dame.
[12] Gabriel Blanchard, reçu de l’Académie en 1663, mort en 1704, à soixante-quinze ans. Il travailla pour Trianon, et, avec Lafosse et Vignon, au plafond des Tuileries. Il habitoit le cul-de-sac Saint-Sauveur depuis vingt ans. Il le quitta pour le Louvre, où il mourut garde du cabinet des tableaux.
[13] Nicolas de Plate-Montagne, que, par abréviation, l’on appeloit Montagne, fut de l’Académie en 1663, et mourut en 1706, à soixante-quinze ans. Il fit des tableaux pour les Gobelins, d’après des dessins de Jules Romain, travailla aux peintures de la galerie voûtée des Tuileries, et fit surtout beaucoup de portraits. Il habitoit la rue du Vieux-Colombier depuis 1660, et il y mourut.
[14] Guy-Louis Vernansal, qui fut reçu de l’Académie en 1688, et mourut le 9 avril 1729, à quatre-vingt-trois ans. Il y avoit un tableau de lui à Notre-Dame.
[15] Claude-Guy Hallé, élève de son père Daniel Hallé, mort en 1674. Il fut directeur de l’Académie, et mourut en 1736, à quatre-vingt-cinq ans. Ses tableaux étoient nombreux dans les églises de Paris. Il y en avoit à Notre-Dame, à Saint-Jacques-de-la-Boucherie, aux Filles du Saint-Sacrement, à Saint-Paul, à Saint-Sulpice, à Saint-André-des-Arts, etc.
[16] Bon Boulogne, reçu à l’Académie le 27 nov. 1677, mort le 16 mai 1717, à soixante-huit ans. Plusieurs de ses tableaux se trouvoient à Notre-Dame, aux Invalides, aux Chartreux, à l’Assomption, aux Petits-Pères. Le plafond de la Comédie françoise, rue des Fossés-Saint-Germain, étoit aussi de lui.
[17] Louis de Boulogne, frère cadet du précédent, et moins connu. Il fut toutefois de l’Académie, et même directeur. On travailla aux Gobelins sur des copies de Raphaël, qu’il avoit rapportées d’Italie. Il y avoit de ses ouvrages à la chapelle de Versailles, à Notre-Dame, aux Invalides, aux Chartreux, aux Petits-Pères. Les Boulogne, financiers du dernier siècle, descendoient de lui.
[18] Poerson. Nous avons parlé de lui, au chapitre des _Experts jurés_.
[19] Claude-François Vignon, reçu de l’Académie, le 6 décembre 1664, mort le 17 février 1703, à soixante-neuf ans. Il marqua moins que son père, Claude, dont il étoit l’élève, et que son frère Philippe, dont nous parlerons tout-à-l’heure.
Pour les Portraits Messieurs de Troyes[20], Rigault[21] et Fouché rue neuve des Petits Champs[22], l’Argilliere rue sainte Avoye[23], le Febvre Isle Notre Dame, le Febvre le jeune[24] rue de Richelieu, Vignon, rue saint André des Arcs[25], etc.
[20] François de Troy, né à Toulouse, en 1645, reçu de l’Académie le 6 octobre 1674, mort le 1er mai 1730. Il fit de beaux portraits, surtout de femmes, mais trop flattées, dit-on. Il n’en fut que mieux en cour.
[21] Hiacynthe Rigaud, le grand portraitiste du grand siècle, et du siècle suivant, car il peignit jusqu’à son dernier jour, et ne mourut qu’en 1743, à quatre-vingt-deux ans.
[22] L’appartement de Rigaud se trouvoit au coin de la rue des Petits-Champs et de la rue Louis-le-Grand. On y pouvoit voir une belle galerie de tableaux, principalement des siens. Il y mourut, ainsi que sa femme un an après lui.
[23] Il a été parlé de lui plus haut, t. I, p. 239, au chapitre _Commerce de Curiositez_.
[24] Ces deux Lefebvre sont sans doute les fils de Claude Lefebvre, portraitiste distingué, mort en 1675, et qui, l’un et l’autre, quoique ses élèves, furent des peintres médiocres, sur lesquels on ne sait rien. (Jal, _Dict. crit._, p. 758.)
[25] Philippe Vignon, frère de Claude-François nommé plus haut, et son aîné. Il fut reçu de l’Académie le 30 août 1686, et mourut le 7 sept. 1701, à soixante-sept ans. Il rivalisa presque, en son temps, de réputation avec Rigaud: «Quoique Rigaud, lisons-nous dans les _Portraits sérieux, galants et critiques_, 1696, in-18, _Avertissement_, soit reconnu très-habile pour le portrait, on ne méprise pas les peintures qui sortent du cabinet de Vignon.»
Pour les Batailles Messieurs Parrosel[26] rue du Coq, Martin[27] et le Comte aux Gobelins[28], etc.
[26] Joseph Parrocel, de Brignoles en Provence, reçu de l’Académie le 16 nov. 1676, mort à cinquante-six ans, le 1er mars 1704. Il peignit beaucoup de batailles, à grands fracas, et se vantoit d’être le peintre qui savoit le mieux tuer son homme. On voyoit des tableaux de lui aux Invalides, à l’hôtel de Toulouse, à Versailles.
[27] Jean-Baptiste Martin. Élève de La Hire, il dessina pour Vauban, travailla avec Van-Der-Meulen, et lui succéda comme «peintre des conquêtes». Il mourut aux Gobelins, le 8 oct. 1735, à soixante-dix-sept ans.
[28] Sauveur Le Conte, peintre provençal, qui travailla, comme Martin, avec Van-Der-Meulen. Le Brun l’avoit logé aux Gobelins, où il mourut n’ayant que trente-cinq ans, le 31 décembre 1694. Son acte de mort portoit: «peintre ordinaire des conquestes du Roy, dans l’hôtel des manufactures roy. des Gobelins.»
Pour les Païsages Messieurs Forest[29] et Hérault[30] place Dauphine[31], Allegrain rue Montmartre[32], Beville rue de la Tixeranderie[33], Armand rue Montorgueil[34].
[29] Jean Forest, reçu comme peintre paysagiste, le 26 mai 1674, à l’Académie, et mort le 17 mars 1712, à soixante-seize ans. Il étoit beau-frère de Lafosse, dont il avoit un peu la couleur aux tons roux. Sa fille aînée épousa Largillière.
[30] Nicolas-Antoine Hérault. Il avoit étudié à Rome, dans la manière de Guaspre et de Salvator. Il fut de l’Académie en 1670, et mourut en 1718, à soixante-quatorze ans passés.
[31] Hérault y logea jusqu’à sa mort, à l’enseigne «du Buis», faisant face au cheval de bronze.
[32] Étienne Allegrain, né à Paris, en 1645, reçu académicien le 4 décembre 1677, et mort le 2 avril 1736, à quatre-vingt-douze ans. Il peignit pour le roi, en 1688, «des vues et perspectives des bosquets et parterres du jardin de Versailles».
[33] Charles Béville, reçu comme paysagiste à l’Académie, le 5 juillet 1681, mourut à soixante-cinq ans, le 2 février 1716.
[34] Charles Armand. Il étoit de Bar-le-Duc. Il fut reçu de l’Académie, comme paysagiste, le 13 mai 1672, et mourut à quatre-vingt-cinq ans, le 18 février 1720.
Pour les Fleurs et les Animaux, Messieurs de Fontenay[35] près le Palais Royal, Huliot[36] rue Bourlabé, etc.
[35] Jean-Baptiste Belin de Fontenay, de Caen: «Il avoit, dit d’Argenville, un vrai talent pour peindre les fleurs.» Aussi est-ce comme peintre-fleuriste qu’il fut reçu à l’Académie, le 30 août 1687. Il mourut le 12 février 1715, à soixante-un ans.
[36] Claude Huilliot, de Reims, fut reçu à l’Académie, comme peintre-fleuriste, le 7 nov. 1664, et mourut le 6 août 1702, à soixante-dix-sept ans.
Pour les ordres d’Architecture, Messieurs Anguerre[37] et Francart[38] aux Gobelins, Simon rue des Petits Champs.
[37] Guillaume Anguier, frère des deux célèbres sculpteurs normands, François et Michel Anguier. Dans l’_Éloge_ qu’il a fait de celui-ci, Guillet de Saint-Georges, d’accord avec Blegny, nous donne Guillaume Anguier, comme étant «fort recherché pour les tableaux d’architecture et les ornements». Il mourut aux Gobelins, où nous le voyons déjà logé, le 18 juin 1708, à quatre-vingts ans.
[38] Frère cadet de François Francart, qui avoit été le peintre des décorations de Molière au Petit-Bourbon et au théâtre du Palais-Royal. On le trouve lui-même qualifié «peintre des bâtiments du Roy», en 1672. Suivant Jal, dans un de ses _Errata_, il mourut en 1692, l’année même où Blegny le nommoit ici.
Pour la Mignature M. Deflan[39] rue de Guénegaud, Penel rue neuve des Petits Champs, Compardel[40] quay de la Mégisserie, Bonnet quay des Morfondus[41], Lucet rue du Four fauxbourg S. Germain.
[39] Abraham De Lan, et non Deflan, beau-frère du sculpteur Van-Clève, qu’on trouvera plus bas, p. 101. Jal fait naître De Lan en 1659, et mourir en 1722.
[40] On le connoît par des plans d’une admirable enluminure. De Bure en possédoit un, qu’il avoit fait du bois de Boulogne (_V._ son _Catalogue_, p. 11). M. le marquis de Maleyssie en exposa toute une collection: _Plans des forêts, bois et buissons du département de la grande Maîtrise des Eaux et Forêts de l’Ile-de-France, Brie, Perche, Picardie et pays reconquis_, 1688, à l’exposition archéologique et artistique de Chartres, en 1858. (_Rev. des Soc. sav._, 1859, t. I, p. 737.) Compardel fit aussi des miniatures de livres. Il passa à la célèbre vente de M. le baron Pichon un petit volume in-16, aux armes de la grande Mademoiselle: _Occupations de l’Ame pendant le saint sacrifice de la Messe_, avec neuf miniatures, dont cinq étoient signées de lui. Ce _Ms._ venoit aussi de la vente De Bure, où il avoit été payé 1,530 francs.
[41] Sylvain Bonnet, de Romorantin, suivant l’inscription de son portrait gravé, ou de Blois, suivant le _Ms._ de la Bibliothèque Nat.: _Extrait des noms des plus célèbres peintres_, 1679. Le frontispice des _Hommes illustres_ de Perrault est de lui. En 1672, il se qualifioit «peintre de feue Madame, duchesse d’Orléans». Alors déjà, il logeoit quai de l’Horloge ou des Morfondus. C’est lui qui, appelé par erreur Monet dans le _Carpentariana_, p. 79, y est qualifié «le premier homme que nous ayons pour exceller dans les portraits en miniature». Suivant le même livre, il avoit étudié le dessin chez Chauveau.
Mesdemoiselles Bonnard rue saint Jacques, et le Febvre rue de Richelieu peignent aussi en mignature.
Pour la Mignature en Email, Messieurs Petitot[42] rue de l’Université[43], Perrault rue du Chantre, le Brun rue neuve des Petits Champs[44], etc.
[42] Jean Petitot, dont le nom nous dispense de tout détail. Au moment même où Blegny le faisait figurer ici, il mouroit à Genève, sa ville natale. La Révocation de l’Edit de Nantes, qui n’avoit pu le décider à se convertir, l’avoit enfin forcé d’y retourner après quelques années de résistance, où toutes les obsessions, même celles de Bossuet, avoient été inutiles.
[43] Il y logeoit en face de l’hôtel Tambonneau, que remplace aujourd’hui, nous l’avons dit plus haut, la rue du Pré-aux-Clercs. G. Brice, après nous avoir donné son adresse dans sa première édition (1684, in-12, t. II, p. 202), ajoute: «C’est lui qui fait ces beaux portraits en émail, que l’on enchasse dans des bordures de diamants, dont on fait des présents aux ambassadeurs, ou des bracelets qui ne sont pas ordinairement plus grands qu’une pièce de quinze sous, et qui, souvent, sont beaucoup plus petits.» Richelet, dans les _Remarques_ mises en tête de la 1re édition de son _Dictionn._, parle ainsi, p. 46, de Petitot et de son émule, Bordier, que Blegny n’auroit pas dû oublier ici: «Monsieur Bordier et monsieur Petitot sont les plus fameux peintres en émail de Paris, et les premiers qui ont fait des portraits en émail. On ne faisoit avant eux que des fleurs et autres petites gentillesses.» Il ajoute ensuite ces détails curieux: «Un portrait en émail, grand comme la paume de la main, vaut quarante ou cinquante pistoles, quand il est fait par un habile peintre, et les plus petits quinze et vingt pistoles.»
[44] Son art. dans l’édit. de 1691 est au chap. XI, p. 24. Il y figure seul pour son genre de peinture: «Le sieur Lebrun, qui fait de beaux portraits en émail, demeure rue Neuve-des-Petits-Champs.»
Pour le Pastel, Messieurs Vencelin rue saint Martin[45], Viviers[46] quay de l’Ecole, Desgranges rue Tictonne, etc.
[45] C’est au chap. XI: _du Commerce de Curiositez_, qu’il figure, et là, sous son vrai nom et avec son père, dans l’édit. de 1691, p. 24: «M. Vercelin, rue Saint-Martin, _au Porcelet d’or_, a de très-beaux tableaux, et M. son fils peint très-bien en pastel et en mignature.»--Jacques Versellin fut reçu, comme peintre miniaturiste, le 7 juin 1687, à l’Académie. Il mourut le 18 juin 1718, à soixante-treize ans.
[46] Joseph Vivien, et non Vivier, né à Lyon en 1657. Il fut reçu de l’Académie, comme peintre au pastel, le 30 juillet 1701, et mourut à Bonn, le 5 décembre 1735. Le meilleur portrait que l’on possède de Fénelon est de lui. L’original se trouve à Munich. V. _Catal. de la Pinacothèque_, p. 76, nº 398.
Il en est de même des Sculpteurs qui pour être généralement habiles, ne laissent pas d’avoir de particuliers talens, par exemple.
Pour les Statües, Messieurs Girardon aux Galeries du Louvre[47], des Jardins fauxbourg Montmartre, Coisseveaux et Baptiste aux Gobelins[48], le Comte rue sainte Apoline[49], Renaudin aux Galeries du Louvre[50], Vancleve à la Ville neuve[51], Lespingola[52] à la Butte saint Roch, le Gros[53] porte de Richelieu, Tuby aux Gobelins[54], Flamand au Cabinet du Roy[55], Mazeline à la Ville neuve, Jouvenet rue des Jeusneurs[56], le Grand rue Montmartre, etc.
[47] «M. Girardon, qui demeure aux Galleries du Louvre, où il a un très-curieux cabinet de bronzes et de médailles antiques, est estimé un des plus excellents sculpteurs de l’Europe.» Édit. 1691, p. 113.--François Girardon, de Troyes, «Troyen», comme lui-même se qualifioit souvent en signant ses statues. Nous nous contenterons de dire ici qu’il fut de l’Académie, dès 1657, et qu’il mourut le 1er septembre 1715, à quatre-vingt-huit ans. Ce que Blegny écrit sur son cabinet des galeries du Louvre se trouve confirmé avec détails par Brice, 3e édit., t. I, p. 73-74.
[48] «Messieurs Coisevaux, aux Gobelins, et Des Jardins, faubourg Montmartre, sont encore de très-habiles sculpteurs.» Édit. 1691, p. 113.--Antoine Coysevox, né à Lyon, en 1640, reçu de l’Académie en 1676, mort en 1720. Ce fut un des grands artistes du siècle. Les Victoires sur des chevaux ailés qui se trouvent aux deux côtés de l’entrée des Tuileries, sont de lui.--Martin Desjardins, né à Bréda, dont le vrai nom, avant qu’on l’eût francisé, étoit Van den Bogaert. Il fut de l’Académie, en 1671, et mourut n’ayant que cinquante-quatre ans, le 2 mai 1694. Le groupe de Louis XIV et de la Victoire du monument de la place des Victoires, et le bas-relief le plus en vue de la porte Saint-Martin furent ses principaux ouvrages à Paris.
[49] Louis Le Conte, de Boulogne, près Paris, reçu de l’Académie, le 4 janvier 1676, et mort, encore jeune, le 24 décembre 1694. Il avoit sculpté, d’après les dessins de Le Brun, et sur l’ordre de Colbert, nommé marguillier d’honneur, la chaire à prêcher de Saint-Eustache.
[50] Thomas Regnaudin, de Moulins, fut reçu de l’Académie, le 7 juillet 1657, et mourut à soixante-dix-neuf ans, le 3 juillet 1706. Il travailla pour Versailles, où le groupe, fondu par les Keller, _la Loire et le Loiret_, est de sa main. On lui doit aussi celui de _Saturne enlevant Cybèle_, qui se voit, depuis le grand siècle, dans le jardin des Tuileries, et se trouve à présent dans une des salles du Louvre.
[51] Corneille Van-Clève, né à Paris, en 1644, reçu de l’Académie, le 26 avril 1681, mort à quatre-vingt-sept ans, le 31 décembre 1732. Il y avoit beaucoup de ses ouvrages dans les différentes églises de Paris.
[52] «Et Cotton», édit. de 1691, p. 63. L’Espingola, dont nous avons parlé plus haut, p. 90, s’y trouve nommé «Spingola». Quant à Cotton, il est des moins connus. Nous savons seulement qu’il avoit eu le second prix de sculpture en 1675, qu’il étoit élève d’Anguier, et qu’on lui devoit, sauf le buste, qui étoit de Coysevox, les sculptures du tombeau de Le Nôtre à Saint-Roch. Celles des tombeaux de Lulli et de Lambert aux Petits-Pères étaient aussi de sa main.
[53] Pierre Le Gros, de Chartres, reçu de l’Académie le 15 septembre 1663, mort le 17 mai 1714, à quatre-vingt-six ans. Il étoit élève de Sarrazin. Il travailla au pavillon central des Tuileries, et fit à la porte Saint-Martin un des bas-reliefs qui regardent le faubourg.
[54] Jean-Baptiste Tuby, né à Rome, en 1630, et pour cela surnommé _le Romain_. Il fut reçu de l’Académie le 7 août 1663, et mourut à soixante-dix ans, le 9 août 1700. Il avoit travaillé à l’arc de triomphe de la porte Saint-Bernard, deux des figures du tombeau de Colbert à St-Eustache étoient de sa main, et on lui devoit le tombeau de Turenne, qui, de Saint-Denis, fut transféré aux Invalides. Il l’avoit exécuté d’après des dessins de Le Brun.
[55] Anselme Flamen, de Saint-Omer, reçu de l’Académie en 1681, mort le 15 mai 1717, à soixante-dix ans. Le groupe de Borée et d’Orythie, du jardin des Tuileries, est de lui en grande partie. Marsy ne l’avoit qu’ébauché.
[56] Pour Mazeline et Jouvenet, _voy._ plus haut, p. 90.
Pour les Figures et Ornemens, Mrs le Febvre dans l’anclos saint Martin, et Maniere père et fils[57] rue des Gravilliers[58].
[57] Laurent Magnier--dont le nom se prononçoit Manière--et son fils Philippe. Tous deux furent de l’Académie: le père, en 1664, le fils, en 1680. Laurent mourut à quatre-vingt-deux ans, en 1700, le fils, à soixante-huit ans, en 1715. Laurent travailla aux sculptures des boiseries du Louvre, de Fontainebleau et de Chambord; et il y a quelques bons ouvrages de Philippe à Versailles.
[58] Dans l’édit. précédente, p. 63, cet article est plus détaillé: «Entre les sculpteurs qui ont une particulière réputation pour les ornements, sont Messieurs Deville et Le Grand, rue Montmartre; Briquet, près les Minimes; Charmeton, rue Saint-André; Cottin, rue Saint-Martin; La Lande, à la Villeneuve; Ouats, au Pont-aux-Biches; François, près le Temple; et Vilaine, rue Neuve-Saint-Médéric.»--De tous ces inconnus, dont pas un ne fut de l’Académie, nous ne relèverons que le nom de Christophe Charmeton, cousin du peintre Georges Charmeton, qui eut quelque réputation; et celui de François, dont il y avoit aux Invalides une assez bonne statue de sainte Monique.
Messieurs le Comte et Lespingola, sont d’ailleurs distinguez, le premier pour les Modèles, et le second pour le dessein.
ARCHITECTURE ET MAÇONNERIE.
On a compris l’Architecture et la Maçonnerie en un même article, par cette raison, que la plupart des Maitres Maçons qui sont au rang de distinction sçavent et pratiquent l’Architecture.
Pour les Architectes des Bâtimens du Roy, voyez l’article des Batimens de Sa Majesté.
Entre les Architectes de Paris dont l’habileté est généralement reconnue, sont Messieurs le Maistre rue neuve saint Honoré[1], Mazière[2] rue Neuve des Petits Champs, Gabriel rue saint Antoine, Pipault à l’Arsenal[3], Thevenot rue saint Claude du Marais, de Bourges[4] rue Montmartre, Beausire derriere saint Jean, Lambert quay de Nesle[5], Bornac à la Pierre au Lait, Tarrade rue des Orties[6], le Pautre[7] rue du Foin, Boffran[8] rue Beautreillis, etc.
[1] Il fut de l’Académie d’architecture, en 1698, et son fils, l’année suivante. La rue Neuve-Saint-Honoré, où il logeoit, étoit la partie de la rue Saint-Honoré qui alloit du Palais-Royal à la place Vendôme.
[2] Il a été parlé de lui plus haut, p. 91.
[3] Nous l’avons vu figurer plus haut, ainsi que Gabriel, parmi les _experts-entrepreneurs_.
[4] Boullier de Bourges. _V._ plus haut les _experts-bourgeois_.
[5] C’est le nom que l’on donnoit encore souvent au quai Guénégaud, qui devoit bientôt devenir le quai Conti.
[6] Il possédoit dans cette rue de la Butte-Saint-Roch et dans les rues environnantes un certain nombre de maisons qu’il avoit construites lui-même après l’aplanissement.
[7] Antoine Le Pautre, qui mourut l’année même où Blegny lui donnoit place dans son _Livre commode_. Il avoit soixante-dix ans. C’est lui qui avoit bâti pour la Beauvais-la-borgnesse l’hôtel qui existe encore au nº 64 de la rue Saint-Antoine.
[8] Germain Boffrand, de Nantes, né en 1667, du sculpteur Boffrand et d’une nièce du poëte Quinault. Il eut pour maître et ami Hardouin Mansart. Quand il mourut en 1755, il étoit doyen de l’Académie d’architecture. Il construisit à Paris la porte du cloître Notre-Dame, l’hôpital des Enfants-Trouvés, qui vient de disparoître; l’hôtel de Duras, rue du Faubourg-Saint-Honoré; l’hôtel d’Argenson, rue des Bons-Enfants; la maison de Le Brun, rue Saint-Victor, etc.
M. Maübois[9] qui demeure à la place du Carrousel au magasin des Marbres[10], est un homme incomparable pour les ouvrages du Tour sur lequel il travaille les plus dures matières dont il fait des ornemens d’Architecture, qui par leurs formes carrées, octogones, ovalles, etc., sembleroient ne pouvoir estre produites par la pratique du Tour.
[9] Jean Maubois, qui, d’après une lettre qu’il a écrite sur lui-même, en 1699, et qui a été publiée par _la Revue des Sociétés savantes_ (août 1868, p. 176), vint du Dauphiné à Paris, sur un ordre de Colbert, en 1680, «pour tourner tous les ouvrages d’or et d’argent pour S. M.»
[10] Il y étoit installé depuis 1685. «Il tenoit du Roi, dit-il en effet, dans sa lettre de 1699, un logement proche son palais des Tuileries, il y a quatorze ans.»
Son industrie a semblé si admirable à plusieurs personnes de considération, qu’elles ont pris à tache de l’acquérir seulement pour s’en faire un plaisir[11]; par exemple, M. le Prevôt de l’Eglise saint Nicolas du Louvre, et Mrs de la Guyche qui demeurent rue et près la place Royale[12].
[11] «Je vous diray, écrit encore Maubois, que tous les princes me font l’honneur de me venir veoir travailler.»
[12] Maubois eut une fille, d’autres--tels que Hulot dans son livre, _l’Art du Tourneur_--disent une sœur, qui fut presque aussi habile que lui. Elle apprit à tourner au comte de Clermont, à Louis XV, encore enfant, et même, s’il faut en croire _le Mercure_ (juin-juillet 1721, p. 121), au fils de l’ambassadeur turc.
Les Maçons Entrepreneurs denommez dans l’article des Batimens du Roy, entreprennent aussi pour le public.
Entre ceux des autres Maitres Maçons qui entreprennent aussi dans le public les plus considérables edifices, sont Messieurs Tarrade rue des Orties, Bertier[13] rue Neuve saint Roch, Guezard rue Royalle, Macon rue du Roy de Sicile, Tricot rue Jean Robert, Thevenot rue saint Claude du Marais, Perdeau place des Victoires, Convers Isle Notre Dame, Rohais quartier S. Germain, Bergeron le jeune rue Royale, butte S. Roch[14], etc.
[13] Nicolas Bertier. L’_Almanach royal_ de 1702 le loge près de la porte Gaillon, c’est-à-dire à l’endroit environ où se trouve aujourd’hui la fontaine.
[14] Ce fut jusqu’à la Révolution le nom de la rue des Moulins, depuis la rue des Petits-Champs jusqu’à la rue Thérèse.
Pour les compagnons Maçons, Manœuvres, Limosins, etc., voyez l’article des Domestiques et Ouvriers.
A l’égard des Matéreaux[15] servans à la construction des ouvrages de Maçonnerie, on les peut trouver aux prix et aux endroits ci-après designez; par exemple, le muid de Chaux de Melun qui arrive au Port saint Paul[16], coute rendu à l’attelier 48 livres.
[15] C’est encore ainsi que prononcent beaucoup d’artisans, surtout en province. A l’époque même de Blegny, cette prononciation passoit pour vicieuse: «Il n’y a que ceux qui ne savent pas parler qui disent _matéreaux_», écrit Richelet dans son _Dictionnaire_, 1688, in-4º.
[16] «Le pavé et la chaux se vendent au port Saint-Paul, près les Celestins.» Édit. 1691, p. 38.
Le muid de Ciment qui se fait sur les fossez de l’Estrapade et au fauxbourg saint Antoine, chez le Sieur Petit à l’entrée de la rue de Nappe[17], coûte rendu à l’atelier 20 livres.
[17] Lisez rue de Lappe, nom qui lui venoit du maraîcher Girard Lappe, qui avoit, par là, de grands terrains sous Louis XIII. Dans l’édit. de 1691, p. 39, il est dit: «à l’entrée de la rue de la Roquette.»
Le muid de Plâtre de Montmartre, de Montfaucon, de Norillon sous Belleville, de Charonne[18], etc., coute rendu 6 livres et au plus 6 liv. 10 sols à la mesure et choisi[19].
[18] «Les carrières et fours à plâtre sont, pour la plupart, au bas de Montmartre, au bas de Belleville, à Montfaucon. On tire de ces carrières une sorte de moellons qui est bonne pour les fondations.» Édit. 1691, p. 38. Le plâtre de Montmartre étoit «le plus estimé», selon Félibien, _Des principes de l’architecture_, 1676, in-4º, p. 698. Les carrières de plâtre au bas de Belleville existent encore. On les appelle aujourd’hui _Carrières d’Amérique_, à cause de l’exportation d’une partie de leurs produits aux États-Unis, où le plâtre manque.
[19] Soixante ans après, ce prix étoit augmenté d’un tiers. Le muid de plâtre se payoit 9 livres. (_Journal du Citoyen_, 1755, in-8, p. 381.)
Le tonneau de Pierre de Saint Leu contenant 14 pieds cubes coute rendu depuis 5 jusqu’à 5 livres 10 sols à proportion de l’eloignement, et sur le Port 4 livres 10 sols, avec cette différence que quand les morceaux ont plus de 28 pieds cubes, le prix est augmenté selon le plus ou le moins; c’est ce qu’on appelle Pierre d’échantillon.
Le bel appareil de Pierre de Liais[20] coute le pied en superficie rendu depuis 20 jusqu’à 25 sols, et celuy de la même Pierre de 13 à 14 pouces de haut 40 à 50 sols.
[20] «Pierre très-dure, dit Félibien, p. 66, blanche et approchant du marbre, c’est pour cela qu’elle reçoit une espèce de poly avec le grès et l’émeril, particulièrement celui de Senlis, qui ne se gaste ny à la gelée ny aux autres injures du temps.» C’est avec ce liais de Senlis, tiré d’une carrière tout près de la ville, que se firent en grande partie, sous Louis XIV, les constructions du Louvre. Nous reparlerons plus loin des pierres de liais.
Le pied cube de Pierre d’Arcueil[21] d’échantillon 10 sols.
[21] Il sera parlé, avec plus de détail, au chap. suivant, p. 111, de la pierre d’Arcueil, dont on se servoit alors beaucoup dans les constructions à Paris.
Le pied carré de Pierre de saint Cloud[22] pris sur toute sa hauteur et rendu 28 sols.
[22] C’est avec la pierre de Saint-Cloud et avec celle de Saint-Non, dont la carrière se trouve au bout du parc de Versailles, que furent faites les constructions du château. La pierre de Saint-Cloud se tiroit de la _carrière_, dite des _grès_, située à gauche en sortant de Saint-Cloud pour aller à Versailles. C’est de la partie appelée le _banc blanc_ que furent extraites quelques-unes des plus grandes pierres du Louvre. Celles du fronton de la colonnade, qui ont l’une et l’autre cinquante-deux pieds de long, ont été tirées auprès de Meudon. (Félibien, p. 68.)
La toise cube de Moellons de Paris et des Carriéres des fauxbourgs S. Jacques et S. Marcel[23] rendu en toise sur le lieu 18 livres, et celle de Moellons de plâtre depuis 16 jusqu’à 17 liv.
[23] Blegny oublie les meilleurs: ceux des carrières de Saint-Maur et de Vaugirard. (Félibien, p. 662.)
Le cent de Bottes de lattes de cœur de chêne sans obier[24], coûte sur le Port depuis 36 jusqu’à 40 livres.
[24] L’aubier est la partie molle qui se trouve entre l’écorce du chêne et son bois.
Le Clou à latte 13 sols le millier.
Le Clou de charette et de bateaux la livre 2 sols, et le cent de livres depuis 7 jusqu’à 8 livres.
Pour les Pots d’Aizances[25] et fouilles de terres, voyez l’article des Vuidanges.
[25] C’est ce qu’on appeloit, au XVe siècle, «tuyau des chambres aisées.» _Chron. du roy Louis XI_, an. 1479.
Pour le gros Fer, voyez l’article des Ouvriers et Marchands de Fer.
Le prix ordinaire des Murs de fondation depuis 22 jusqu’à 28 pouces d’épaisseur avec portes de pierres ceintrées, la toise superficielle.
On toise ordinairement les Fondations à la toise cube dont on paye 40 à 42 livres de chaque toise reduite à 216 pieds cubes, et alors on déduit les vuides qui s’y trouvent et même la place qu’occupe la Pierre de taille, pour la toiser ensuite à raison de 28 à 30 livres la toise quarrée tous paremens veus, à condition qu’elle soit des Carrières d’Arcueil[26].
[26] Félibien, p. 68, énumérant les diverses sortes de pierres «qu’on emploie à Paris», nomme celle d’Arcueil la première. Il en sera reparlé bientôt.
Des Voutes de caves et de fosses d’Aizances avec Arcs de Pierre de taille dure d’Arcueil de 18 pouces de longueur de tête l’une, et 30 pouces l’autre de 14 à 15 pouces d’epaisseur au couronnement de la Voute; espacez à 12 pieds de distance de milieu en milieu la toise superficielle 16 livres.
On observe ordinairement dans le milieu desdites Voutes un trou de deux pieds en quarré pour faciliter la vuidange desdites fosses d’Aizances, lequel trou est garni d’un chassis de Pierre dure d’Arcueil dans lequel se met une autre Pierre feuillée[27] de 3 pouces de largeur et renforcée d’autant pour s’emboîter dans ledit châssis que l’on paye séparement, ou qui est compris dans le toisé, suivant qu’il est expliqué dans le marché.
[27] C’est-à-dire plate, et comme en feuille.
Les reins des dites Voutes se doivent payer au moins à 9 livres la toise cube ou au tiers de la superficie des Voutes en berceau, ou au quart de la superficie des Voutes en lunettes[28]; mais il faut que les dits reins soient remplis et garnis avec moellon de la qualité des dits murs, maçonné avec mortier de chaux et sable, et arrasez d’après le couronnement de la dite Voute.
[28] Les voûtes en lunettes ou à lunettes sont, selon Furetière, celles qui s’élèvent sur les côtés pour augmenter la hauteur des fenêtres, comme sont toutes les voûtes gothiques.
Des murs de face de Pierre de saint Leu[29] avec trois assises de Pierre dure d’Arcueil, dont les deux derniers faisant parement en dedans, les dites trois assises faisant ensemble trois pieds et demi à quatre pieds de haut, de vingt deux pouces d’epaisseur au nud avec portes, croisées, fermetures, plinthes et entablemens de pierre de S. Leu, la toise superficielle 45 livres.
[29] Il ne faut pas s’étonner que le nom de la pierre de Saint-Leu revienne continuellement ici. C’étoit une des plus employées pour les constructions de Paris. «Elle est tendre à tailler, dit Félibien, p. 67, mais elle durcit à l’air.»
Des Murs metoyens[30] de vingt pouces d’épaisseur par bas avec jambes de pierre de Taille dure sous les poutres, le restant desdits murs avec moellon piqué et enduit des deux cotez, la toise superficielle 18 livres.
[30] Métoyen, pour mitoyen, étoit aussi de la prononciation populaire. Félibien lui-même l’emploie, p. 666.
Des Murs de refend depuis le retz chaussée en amont de quinze à seize pouces d’épaisseur, avec une assise de pierre dure par bas, faisant parement des deux côtez et parpins[31] entre deux quarteaux, un avec pieds droits et fermetures de portes, de pierre de saint Leu à chaque étage, le restant desdits murs avec moellon piqué, enduit par dessus des deux cotez, la toise superficielle 18 livres.
[31] Le mur de parpin, ou parpaing, est formé de pierres qui en traversent l’épaisseur.
Des Murs de chiffres[32] de quinze pouces d’épaisseur avec deux assises de pierre dure par bas, et le reste de saint Leu, la toise superficielle 25 livres.
[32] C’est-à-dire faits de pierres entrelacées, comme des chiffres ou «entrelas».
Des Marches moullées[33] en Pierre dure d’Arcueil pour les grands escaliers, la toise superficielle 30 livres.
[33] Celles qui ont une moulure, avec filet, autour du giron.
Les Marches non moullées 25 livres.
Et celles des descentes de caves 20 livres.
Des Murs de chiffres desdites descentes de caves de quinze pouces d’épaisseur avec une assise de pierre dure par bas, la toise superficielle 12 livres.
Des Murs de puits ayant deux assises de Pierre dure d’Arcueil cramponées et une mardelle[34] au dessus de ladite pierre d’une seule pièce, lesdites assises enterrées dans le retz de chaussée et levées de deux pieds et demy de haut jusque sous ladite mardelle, le restant au dessous jusque sur le roüet[35] avec moellon dur piqué et posé par arrases[36] egales de dix huit pouces d’épaisseur, la toise superficielle 25 livres.
[34] Pour margelle. Encore une mauvaise prononciation des artisans de ce temps-là, et de quelques-uns de celui-ci.
[35] C’est-à-dire le treuil où s’enroule la corde du puits.
[36] Nous dirions aujourd’hui assises.
Des souches de Cheminées de brique[37] avec plinthes et fermetures de pierre de saint Leu sans compter de plus valeur pour ladite pierre, la toise superficielle 14 livres.
[37] Partie d’un corps de cheminée qui s’élève au-dessus du toit.
Des Bornes de pierre dure de quatre pieds de long, posées en place sur un massif d’un pied d’épaisseur, maçonnées et scellées en plâtre pur, la pièce 11 livres.
Des Murs de cloture de dix huit pouces d’épaisseur avec moellon dur posé par arrases égales en mortier de chaux et sable, crepis des deux cotez, la toise superficielle 14 livres.
Des Murs aussi de cloture maçonnez avec pareil moellon apparent et posé à bain de mortier de terre[38], la toise superficielle 8 livres.
[38] C’est-à-dire en plein mortier: «les maçons, lisons-nous dans le curieux _Manuel lexique_ de l’abbé Prévost, t. I, p. 108, disent qu’une cour est pavée à bain de mortier, pour signifier qu’il y a du mortier en abondance.»
Le Pavé de pierre de taille dure posé en mortier de chaux et sable, la toise superficielle 28 livres.
Le Pavé noir et blanc 32 livres.
QUALITEZ ET COUPE DE LA PIERRE.
La Pierre dont on se sert dans les batimens à Paris, se tire des Carrières d’Arcueil, Bagneux, fauxbourg S. Jacques, fauxbourg S. Marceau et Vaugirard[1]; la meilleure de toutes celles que l’on tire aux Carrières du fauxbourg S. Jacques, d’Arcueil et de Bagneux, coûte rendue à l’atelier 10 à 12 sols le pied cube suivant la grandeur des morceaux dont il n’y en a au plus que deux à la voye, ou sinon le prix diminue: car les morceaux de 4, 5 ou 6 à la voye ne passent que pour libages et se payent depuis 4 jusqu’à 5 livres la voye.
[1] «Les meilleures espèces de pierres de taille, libages et moellons, se tirent des carrières d’Arcueil et de Mont-Rouge.--Il y a d’autres carrières, d’où l’on tire d’assez bonnes sortes de marchandise, vers le Marché-aux-Chevaux et à la vallée de Fecan.» (Édit. 1691, p. 38.) Le marché aux Chevaux étoit, où il se trouve encore, au faubourg Saint-Marceau, près du boulevard de l’Hôpital. Quant à la vallée de Fécamp, on appeloit ainsi une partie de la rue de Charenton à son extrémité, dans la campagne. Les carrières de Vaugirard commençoient presque dans Paris, derrière les Chartreux, voisins, comme on sait, du Luxembourg. Les meilleures même étoient dans cette partie. C’est avec le liais de la carrière des Chartreux et celui de Senlis que fut bâti le Louvre.
La meilleure pierre qui se tire encore auxdites Carrières du fauxbourg S. Jacques, d’Arcueil et Bagneux, est le Liais[2], dont il y en a de deux qualitez, sçavoir, Liais doux et Liais faraut[3], le Liais doux est de deux bancs différens dans la Carrière; le premier est de bas appareil[4] qui vaut 20 à 25 sols le pied carré pris sur son lit, sans avoir égard à sa hauteur, qui n’est que de 7 à 8 pouces.
[2] «La pierre, dit Palissy (édit. Cap, p. 294), que les Parisiens appellent _liais_.» Buffon (_Minéral._, t. I, p. 341) en a, comme Félibien cité tout à l’heure, vanté l’excellence et notamment la dureté, «qui lui vient, dit-il, de ce qu’elle est surmontée de plusieurs bancs d’autres pierres, dont elle a reçu les sucs pétrifiants».
[3] Les ouvriers prononçoient ainsi, mais le vrai mot est «liais-féraut». Il résiste au feu, et c’est pour cela qu’on l’employoit, au dernier siècle, pour faire les jambages des cheminées.
[4] C’est-à-dire par petits fragments, sans épaisseur.
Et le haut appareil qui porte 12 à 13 pouces vaut 40 à 50 sols le pied carré, le tout rendu à l’atelier.
Cette Pierre coute 40 à 50 sols la toise pour la taille polie au grais, et celle d’Arcueil coute 28 à 30 sols la toise coulante.
Le Liais faraut ne coute que 20 sols le pied carré, mais on n’en employe que rarement, parce qu’il est difficile à travailler.
La Pierre du fauxbourg saint Marceau et Vaugirard coute 4 à 4 livres 10 sols la voye, et coute 18 à 20 sols la toise à tailler.
Le Moellon[5] que l’on tire dans lesdites Carrieres, coute, savoir, celuy du Fauxbourg saint Marceau, saint Jacques, Bagneux, Pacy et Vaugirard[6], 17 à 18 livres la toise selon l’éloignement; celuy des Carrières d’Arcueil coute 18 à 20 livres.
[5] Blegny donne la véritable orthographe, que n’avoit pas adoptée Richelet, et dont on se départit au XVIIIe siècle pour la reprendre de nos jours. L’abbé Prévost la regrettoit: «On devroit, dit-il, écrire _moellon_, et non _moîlon_, puisqu’il vient de moelle.» (_Manuel lexique_, t. II, p. 97.)
[6] Celui d’Arcueil et celui de Saint-Maur, oubliés ici, passoient pour être les meilleurs, comme on l’a vu plus haut. Celui de Passy étoit le moins estimé.
On employe dans les batimens beaucoup de Pierre que l’on tire des Carrieres de saint Leu, de Serans près Chantilly; elle n’est bonne qu’à 4 ou 5 pieds de terre: c’est pourquoy on employe la Pierre dure des Carrières précedentes au retz de chaussée et le saint Leu au dessus; on la vend sur le port vers la porte de la Conférence[7] 4 livres 10 sols à 4 liv. 15 sols le tonneau, lequel contient 14 pieds cubes; cette Pierre est fort tendre, facile à travailler, et devient dure en œuvre par une croute qui se forme dessus; elle resiste à la gelée et à tous les autres mauvais temps, elle ne coute à tailler que 8 à 9 sols la toise courante, tous paremens veus sur un pied de haut.
[7] On sait qu’elle étoit située entre la Seine et l’extrémité orientale de la terrasse des Tuileries. Le port où se déchargeoient les pierres de Saint-Leu, comme le constate aussi La Tynna, étoit au bas. Il n’existe plus. Le port aux pierres est transféré de l’autre côté, un peu plus en amont, au-dessous du quai d’Orsay. Les pierres de Saint-Leu et de Senlis étoient à peu près les seules qu’on y débarquât. Les autres étoient apportées à pied d’œuvre des carrières mêmes qui avoisinoient Paris, «car, dit Félibien, p. 65, il semble que la nature même ait de tout temps voulu pourvoir aux besoins de cette grande ville, puisque toutes les choses nécessaires pour les édifices qu’on y fait se trouvent sur le lieu même.»
On scie les Pierres dures dont il est parlé ci-devant[8] afin de menager la pierre et même il est indispensable de le faire pour les apuis des croisées, seuils de portes, pavé de pierre, marelles[9], etc. On paye le sciage toisant un seul parement des deux qui viennent de chaque trait de scie à 4 sols, même 4 sols 6 deniers le pied carré.
[8] On les scioit comme le marbre dans les Pyrénées, d’après le procédé récemment inventé par Misson, avec des scies qui tournoient et scioient le marbre ou la pierre sur place. (Félibien, p. 736.)
[9] Lisez margelle.
Lors que les morceaux que l’on veut scier sont trop courts, on en joint plusieurs bout à bout de la longueur de la scie, ce qui est aussi tôt fait que si on scioit un seul petit morceau.
On scie aussi la Pierre de saint Leu, lorsque les morceaux sont d’une grandeur propre à en tirer deux pour mettre en œuvre, ce qui est d’un grand menage, parce qu’outre que cela epargne la pierre, on profite de deux paremens qui ne sont pourtant pas de conséquence comme à la Pierre d’Arcueil et de Liais, on donne du pied carré pour le Sciage à ne toiser qu’un des deux paremens 9 à 12 deniers.
On employe aussi de la pierre dure que l’on tire des Carrieres de S. Cloud[10], elle est fort blanche et bonne, on la scie comme les précédentes, elle coûte 14 à 15 sols le pied cube.
[10] Il en a déjà été parlé plus haut.
On tire desdites Carrières des pierres fort longues dont on fait des colonnes d’une seule pièce, et qui resistent au fardeau et à la gelée.
OUVRAGES ET FOURNITURES
DE CHARPENTE.
Les Charpentiers Entrepreneurs des batimens du Roy entreprennent aussi pour le public.
Entre les autres Maitres Charpentiers qui font des entreprises considérables, sont Mrs Petit père et fils[1] près la porte Montmartre, Guilbert[2] sur l’aile du Pont Marie[3], le Sage porte saint Antoine, Guesnier, rue [4], etc.
[1] Antoine Petit et Gaspard Petit. Ils avoient encore, en 1702, leur chantier près la porte Montmartre.
[2] Lisez Gilbert.
[3] C’est l’espace, formant une espèce de port, qui est au bas du Pont-Marie, du côté du quai des Ormes. Gilbert n’y étoit plus en 1702. Il avoit transféré son chantier au faubourg Saint-Antoine, rue de Lappe.
[4] Blegny, qui ignore son adresse, ne savoit guère mieux son nom. Il s’appeloit Jean Guemier, et demeuroit au bout de la Villeneuve, près de la porte Saint-Denis.
Le bois de Charpente arrive pour la plus grand’part au Port au plâtre[5] et à l’Isle Louvier[6].
[5] A Bercy, près d’un cimetière de protestants. C’est aujourd’hui la rue des Charbonniers.
[6] Jusqu’à la fin du règne de Louis XIV, ce ne fut qu’un dépôt pour le foin, les fruits, les bois de menuiserie et de charpente. On n’en fit plus ensuite qu’un immense chantier de bois à brûler.
Mrs Lion et Patissier Marchands de bois Carré, rue des fossez S. Victor, ont beaucoup de bois de Charpente dans leurs Chantiers.
Le prix ordinaire du cent de Bois de Charpente[7] pour combles, planchers, cloisons, pands de bois, escalier, etc., mis en œuvre et toisé aux us et coutume de Paris, est de 330 jusqu’à 340 livres, si ce n’est lorsque le bois des planchers est apparent qu’il va jusqu’à 360 livres[8].
[7] «A Paris, le bois de charpente se vend au cent de pièces. La pièce doit avoir douze pieds de long et six pouces en quarré: de sorte qu’elle contient trente-six pouces sur douze pieds de long.» Félibien, p. 117.
[8] Ce prix, en 1734, c’est-à-dire quarante-trois ans après, avoit presque doublé: «Montant du cent de bois façonné... 612 livres. _Prix de 1734._» (_Journal du Citoyen_, p. 385.)
Les Poutres et tirants au dessus de quatre toises de longueur, et les Solives au dessus de dix huit pieds de long, valent depuis 380 jusqu’à 400 livres le cent, et même depuis 410 jusqu’à 430 livres si les pièces sont apparentes.
On paye depuis 70 jusqu’à 75 livres pour le cent de vieux bois de chêne façonné et mis en œuvre.
Les Charpentiers tiennent compte du vieux Bois de chêne provenant des démolitions sur le pied de 200 livres le cent, celuy de Sapin sur le pied de 150 livres.
_Nota_, qu’avant la démolition on toise le vieux Bois, que l’on donne en compte aux Charpentiers, mais dans le toisé on ne comprend point le bois au dessous de trois pieds de longueur qui demeure au profit des bourgeois, et les Charpentiers en tiennent compte à 170 livres le cent.
Lorsque tous les ouvrages de Charpente sont de sujettion et d’assemblage, et qu’il n’y a aucuns planchers à faire, on les paye depuis 450 jusqu’à 500 livres le cent.
Le cent de Bois carré de saint Dizier[9] se vend sur les Ports du lieu 150 livres le cent, et il coute d’ailleurs 60 livres de voiture jusqu’à Paris.
[9] On y fait encore, par la Marne, un grand commerce de bois et planches de sapin.
La toise de Bois carré de 18, 20 à 21 pouces de grosseur vaut sur les Ports de Paris[10], 11 à 12 livres.
[10] C’est sur ces ports, dont nous avons parlé plus haut, que les experts-jurés devoient, même à l’exclusion des maîtres, visiter les bois à bâtir et non ouvrés.
Le Bois carré se vend dans les Chantiers de Paris depuis 250 jusqu’à 260 livres le cent, non compris le gros bois, si ce n’est de 15 à 18 pieds de long.
Le cent de Poteaux et Solives se vendent sur le Port environ 200 livres, et dans les Chantiers depuis 230 jusqu’à 240 livres.
Les pièces de Bois carré propre à faire des Poutres de 4 toises de long et de 18 à 20 pouces de grosseur valent environ 100 livres, celles de 4 à 5 toises depuis 45 jusqu’à 50 écus, et celles de 5 à 6 toises environ 200 livres.
OUVRAGES ET FOURNITURES
DE COUVREURS.
Les Entrepreneurs des Couvertures des Batimens du Roy dénommez en l’article fait exprès, entreprennent aussi pour le public.
Entre les autres Maitres Couvreurs de Paris qui font des entreprises considérables, sont Messieurs Rottier rue saint Joseph, Bourgoin rue Françoise près l’Hôtel de Bourgogne[1], etc.
[1] Il s’établit plus tard à l’apport-Paris. Ses noms étoient Pierre Bourgoing.
M. Bidot rue saint Martin au Colombier, tient magasin d’ardoises d’Anjou[2].
[2] On ne se servoit à Paris que de ces ardoises et de celles de Mézières, qui étoient moins estimées.
Il y a d’ailleurs des magasins d’Ardoises sur le quay de la Tournelle[3] et sur le quay neuf[4] où l’on vend encore Briques, Tuiles et Carreaux.
[3] Au port des Miramionnes. On y débarquoit aussi les tuiles et les briques, comme on verra un peu plus loin. Il en avoit pris le nom de «port aux tuiles et ardoises».
[4] Le quai Le Pelletier, comme on l’a vu plus haut.
La Tuille commune se fabrique en divers endroits du fauxbourg saint Antoine.
Il y a au bas de Passy une Tuillerie où l’on fait une sorte de Thuille meilleure, et plus chère[5].
[5] Les tuileries avoient été nombreuses de ce côté, depuis Passy jusque bien au-delà d’Auteuil. Il en est parlé dans un titre de 1233, à propos d’un droit qu’y percevoient les génovéfains de Paris. Celle dont il est parlé ici fut une des dernières, du moins sous Passy.
La Thuille de Bourgogne se décharge sur le quay de la Tournelle, on tient que c’est la meilleure espèce de Tuilles.
Le bardeau de Douves de tonneau est façonné par les Menuisiers.
Pour ce qui est des Ouvrages de couvreurs, ils se payent ordinairement suivant le tarif qu’on va lire.
La Toise carrée de couverture d’Ardoyses avec lattes et contrelattes de chêne de trois pouces neuf lignes de pureau[6], se paye à neuf livres la toise carrée, ou seulement à vingt cinq sols pour façon en fournissant par l’entrepreneur les ardoises, clouds et lattes.
[6] «Le _pureau_ d’une tuile, dit Félibien, est la partie qui est à découvert et qui n’est pas cachée par les autres.» _Des principes de l’Architecture_, 1676, in-4º, p. 711.
La Toise carrée de couverture d’Ardoises sortes de cartelettes[7] pour les dômes depuis deux jusqu’à trois pouces de pureau lattées comme aux precedentes à 16 livres.
[7] Ou petites cartelles, c’est-à-dire planchettes.
Le millier d’Ardoises communes vaut vingt huit livres, et le millier de fortes depuis 36 jusqu’à 40 livres.
Les couvertures de tuille neuve du grand moule de Passy ou du fauxbourg saint Germain[8], latées de quatre pouces de pureau ou échantillon, se payent à sept livres la toise carrée.
[8] Le faubourg Saint-Germain avoit eu ses tuileries, qui se rattachoient à celles du Petit-Vaugirard et de Vaugirard. Il en existe encore un souvenir dans le nom de _la Cour des vieilles Tuileries_, située à l’extrémité de la rue du Cherche-Midi, qui, elle-même, s’étoit longtemps appelée ainsi, depuis la rue du Regard, jusqu’à la rue du Petit-Vaugirard. En 1389, il est déjà parlé des «Tuileries près Saint-Germain des Prés». _Reg. crimin. du Châtelet_, 1389-1392, t. I, p. 20.
Pour façon en tout fournissant quinze sols en batimens à lucarnes, et huit sols en simple grange.
Les couvertures de tuilles neuves du grand moule de Passy à claire voye, lattées comme dessus, se payent à quatre livres quinze sols la toise carrée.
La toise carrée de trente six pieds de superficie, se paye de quinze à vingt sols pour les recherches.
La couverture de tuille maniée à bout, latée de neuf, découverte et recouverte, se paye pour chaque toise de trente six pieds de superficie à 4 livres.
Les recherches[9] de couvertures d’Ardoises, et raccommodement des anciennes combles[10] dans les ouvrages neufs, à une livre cinq sols la toise carrée.
[9] «En termes de couvreurs et de paveurs, lisons-nous dans le Manuel lexique de l’abbé Prévost, t. II, p. 339, on appelle _recherche de pavé, recherche de couverture_, la réparation qui s’y fait lorsque l’on met de nouvelles ardoises ou de nouvelles pierres à la place de celles qui manquent.»
[10] Ce mot avoit été d’abord du féminin, mais l’usage auquel se conforma l’Académie lui avoit donné enfin le genre qu’il a gardé.
OUVRAGES ET BOIS
DE MENUISERIE.
Les Menuisiers Entrepreneurs des Batimens du Roy, cy devant designez, entreprennent aussi pour les particuliers les ouvrages considérables.
Entre les autres Maîtres Menuisiers qui font de pareilles entreprises, sont Messieurs de Sanceaux rue Royale quartier saint Roch, Girard et Senincourt à la Ville neuve, Marteau au coin de Rome[1], Saint Blimont devant saint Martin des Champs, du Coing rue Couture saint Gervais, etc.
[1] On disoit aussi cul-de-sac de Rome. C’étoit une impasse de la rue Frépillon, qui devoit son nom à l’enseigne du «puits de Rome», dont nous ignorons l’origine, et qui se voyoit encore il y a trente ans figuré en or sur plaque de marbre noir.
M. Paillard Menuisier de l’Opéra fort entendu dans les machines[2], demeure rue Fromenteau[3].
[2] Il existe aux Archives Nationales un manuscrit contenant un certain nombre de ces machines de l’Opéra au XVIIe siècle. Elles ont été reproduites en partie dans le _Magasin pittoresque_ de 1867, p. 283, 331, 379.
[3] Ce sont les menuisiers, et non les charpentiers, qui étoient aussi chargés de fournir les estrades et les châssis à tentures pour les grandes cérémonies. Monteil possédoit un manuscrit des _Menus plaisirs_, année 1678, où on lisoit: «A Nicolas Hertier, menuisier du Roi, la somme de 940 livres pour les menuiseries qui étoient nécessaires à la cérémonie des cinq _Te Deum_ chantés pour les victoires du Roi.»
Le plus grand’ aport du bois carré pour la Menuiserie, arrive à l’Isle Louvier[4].
[4] _V._ une des notes précédentes, p. 116.
Les planches chevrons et autres bois de batteaux se trouvent à la Grenouillière et sur le Port saint Paul.
Il y a des Chantiers de bois de Menuiserie dans presque tous les quartiers de Paris, où il est débité en détail aux Bourgeois et Menuisiers.
Le prix ordinaire des croisées à panneaux de verre avec chassis dormans et volets brisez aboument[5], de 4 pieds à 4 pieds et demi de large le pied courant mesuré sur la hauteur seulement.
[5] Lisez «à bouvement». C’étoit une certaine espèce d’assemblage, pour laquelle on employoit le bouvet, sorte de rabot.
Les Croisées sans volets pour les escaliers de pareilles largeurs et mesurez de même, le pied 30 à 35 sols.
Les Croisées à carreaux de verre, avec volets brisez aboument[6] et de pareille largeur, le petit bois orné d’un quart de rond et deux cartez à chacun, le pied de hauteur 3 l. 5 à 3 l. 10.
[6] Même note que la précédente.
Les Croisées aussi à carreaux de verre sans volets comme les precedens, le pied de hauteur 40 à 45 sols.
Les Chassis à carreaux de verre à coulisse[7] dont le petit bois de chêne semblable au precedent, sur 4 pieds de large, le pied de hauteur 36 à 38 sols.
[7] C’est ce qu’on appela depuis des croisées à guillotines. Le châssis à panneaux de verres étoit immobile et à demeure, tandis que le châssis à carreaux de verres et à coulisse se mouvoit de bas en haut, et _vice versâ_.
Les Chassis à papier[8] aussi de bois de chêne à coulisse de 4 pieds de large avec meneaux[9] arrondis comme les precedens 25 sols le pied de hauteur.
[8] Richelet, au mot «châssis», nous donne la définition de ce «châssis à papier»: «Clôture de bois qu’on rabotte, et qu’on fait par carreaux, sur laquelle on colle du papier qu’on huile, et qu’on met ensuite aux croisées des fenêtres devant les vitres, afin que la chambre soit plus chaude.»
[9] C’est ce que nous appelons «les montants».
Le Parquet[10] de bois de chêne dont le basti[11] aura un pouce et demi d’épaisseur, les panneaux et frises un pouce, le tout en œuvre bien assemblé et posé sur lambourdes[12] de 3 à 4 pouces de grosseur la toise carrée 25 livres.
[10] «Le parquet, dit Félibien, p. 682, est un assemblage de pièces de bois qui font un compartiment en quarré, ou d’une autre manière, pour servir au lieu de pavé dans les chambres, sales et cabinets.» L’usage alors en étoit encore nouveau.
[11] «Le bâti», l’encadrement.
[12] Pièces de bois mises de distance en distance sur un plancher, pour servir d’appui au parquet.
Le Parquet de même bois de chêne dont les bastis de 2 pouces d’épaisseur, les panneaux et frises un pouce et demi, le tout en œuvre posé aussi sur même lambourdes, la toise carrée 30 à 36 livres.
Les Planchers d’ais de chêne d’un pouce d’épaisseur en œuvre assemblez à raineure et languette, mis en place sur lambourdes de 3 à 4 pouces de grosseur espacées de 12 à 15 pouces de milieu en milieu, la toise carrée 12 à 13 liv.
Les Planches d’ais[13] de chêne d’un pouce et demi d’épaisseur avec les conditions precedentes, la toise carrée 15 à 16 liv.
[13] «L’ais», comme on voit, n’étoit pas la planche, mais la feuille de bois dans laquelle on tailloit la planche.
Les Cloisons[14] d’ais de chêne de 15 lignes d’epaisseur en œuvre dressées et rabotées des deux cotez, assemblées à reineures et languettes[15] avec coulisses par bas, et par haut, et avec poteaux et linteaux de 3 à 4 pouces de grosseur au droit des portes qui seront compris dans le prix cy-après 15 livres la toise carrée.
[14] Les cloisons ne se faisoient pas encore avec des briques et du plâtre, mais seulement en bois; aussi les appeloit-on, selon Félibien, p. 531, _pans de bois_ ou _colombages_. Richelet les définit ainsi: «Séparation qu’on fait par le moyen de quelque charpenterie dans quelque chambre et autre lieu de la maison.»
[15] Par la languette, on assujettissoit «l’ais» dans la rainure.
Lesdites Cloisons rabotées d’un seul coté 14 liv. la toise carrée.
N’étant point rabotée 12 liv.
Les Cloisons d’ais de chêne d’un pouce et demi d’epaisseur avec les qualitez précedentes, la toise carrée 18 liv.
Rabotées d’un coté 16 liv.
Et non rabotées 15 liv.
Les Cloisons d’ais de sapin d’un pouce d’épaisseur, assemblées et rabotées des deux cotez comme cy dessus 8 livres 10 sols la toise carrée.
Rabotées d’un coté 8 liv.
Et non rabotées 7 liv.
Les Lambris à hauteur d’apuy de 3 pieds de haut ou environ de bois de chêne, dont les bastis de quinze lignes d’épaisseur et les cadres un pouce et demi, assemblez à reyneures et languette dans le basti, lesdits cadres remplis de panneaux d’un pouce et demi d’épaisseur, ornez d’astragales[16], plinthes[17], cymaises[18], et socles par bas assemblez dans les montans du bastis, et ornez de moulures, le tout en œuvre la toise courante 12 à 13 liv.
[16] «L’astragale» n’étoit qu’une sorte d’ornement fort simple en forme de «talon», comme l’indiquoit, au reste, son étymologie grecque. Il se plaçoit en bas ou en haut des colonnes, ou servoit à séparer le cordon de l’architrave.
[17] «La plinthe» est, comme on sait, la bande de bois qui règne au pied d’un lambris courant.
[18] «La cimaise» n’étoit alors qu’une moulure mise au sommet d’une corniche, aussi est-elle ici distinguée du socle que l’on confond aujourd’hui avec elle.
Lorsqu’ils excedent la hauteur d’apuy, depuis quatre pieds en sus ils se payent à la toise courante 24 à 25 liv.
Les Lambris à hauteur d’apuy comme les precedens, dont les paneaux sont de sapin, la toise courante 9 liv.
Lorsqu’ils excèdent la hauteur d’apuy[19] comme cy dessus la toise carrée 18 à 20 liv.
[19] C’est ce qu’ils étoient le plus ordinairement, les vrais lambris consistant, pour les appartements sans tapisseries, «en ouvrages de bois, écrit Félibien, p. 628, dont les chambres sont revestues tant par les costez que par le platfond». V. au _Cabinet des Estampes_, Hd. 9, _Nouveaux dessins de lambris, menuiseries_, etc., par le sieur Cottard, architecte.
Les Lambris de bois de chêne à hauteur d’apuy assemblez aboument et ravalez[20] ou élégis[21], avec plinthe et cymaise, la toise courante 9 liv.
[20] Amincis, polis.
[21] «_Elégir_», dit l’abbé Prévost dans son Manuel-Lexique, «c’est pousser à la main un panneau ou une moulure dans une pièce de bois».
Lorsqu’ils excedent la hauteur de quatre pieds, on les toise à la toise carrée 18 liv.
Les Lambris de bois de chêne dont les bastis d’un pouce et demi, les cadres de deux pouces, et les panneaux de quinze lignes, le tout en œuvre avec pilastres saillants et arriere corps ornez de moullures, la toise carrée à hauteur d’apuy 16 liv.
Lorsqu’ils excèdent 9 pieds de haut, 30 liv. la toise carrée.
Les Portes de bois de chêne d’un pouce d’épaisseur, colées et emboitées avec goujons, mises en œuvre 5 à 5 liv. 10 sols.
Les Portes de bois de chêne d’un pouce et demi d’épaisseur, collées et emboitées avec clefs[22] et languettes mises en œuvre, la pièce 7 liv.
[22] On appeloit ainsi une sorte de tenon d’assemblage.
Les Portes de bois de chêne comme ci dessus de quinze lignes d’épaisseur, carderonnées[23] et ajustées sur un chassis dormant aussi carderonnées et de trois à quatre pouces de large et d’un pouce et demi d’épaisseur mis en œuvre, la pièce 9 à 10 liv.
[23] Pour «cadronnées», encadrées, bordées. On disoit aussi: «assemblées à cadre».
Les Portes ordinaires de chêne d’un pouce et demi d’épaisseur entrantes de toutes leurs épaisseurs dans un Chassis de deux pouces et de trois à quatre pouces de large mises en œuvre, la pièce 9 à 10 liv.
Les Portes de bois de chêne collées et emboitées de deux pouces d’épaisseur mises en œuvre 10 à 11 liv.
Les Portes à placard[24] à doubles paremens, dont l’assemblage d’un pouce et demi d’épaisseur, les cadres de deux pouces et les panneaux d’un pouce, le tout orné d’Architecture et mis en œuvre, 27 à 28 livres la toise carrée.
[24] On appeloit «porte à placard» la porte pleine et emboîtée du haut en bas, avec tous ses ornements. On la distinguoit de la porte brisée, ou à double manteau, qui s’ouvroit en deux.
Les Portes à placard dont les assemblages de deux pouces, les cadres de deux pouces et demi, et les panneaux de quinze lignes depuis sept pieds jusqu’à sept pieds et demi, la toise carrée 36 liv.
Depuis neuf jusqu’à dix pieds et demi 40 liv.
Les Portes du bas des escaliers ou perrons dont les batans de six pouces de large et trois pouces d’épaisseur; les traverses et assemblages de trois pouces, les panneaux de deux pouces, le tout orné d’Architecture mise en œuvre, la toise carrée 40 liv.
Les Placards au dessus des portes et revetemens des mantaux de cheminées[25], dont les battis d’un pouce, les batans deux pouces, et les panneaux de neuf lignes mis en œuvre, la toise carrée sans compter les saillies des corniches 22 liv.
[25] En été, suivant la mode italienne, rappelée par Tallemant dans une de ses _Historiettes_, l’on fermoit alors les hautes cheminées avec des portes, comme «les revêtements» dont il est parlé ici. Dans quelques hôtels, tels que celui de Chaulne, on remplaçoit ces portes par des buissons de verdure et de fleurs. Boisrobert, _Épistres_... 1659, in-12, p. 23.
Les revetemens des embrazemens[26] de portes et croisées de bois de chêne, dont les bastis d’un pouce d’épaisseur assemblez aboument[27], et les panneaux de neuf lignes mis en œuvre, la toise carée 15 liv.
[26] Le vrai mot est «embrasure», que, du reste, on employoit déjà.
[27] V. une des notes précédentes.
Les Chambranles des portes[28] de six pouces de large sur trois pouces d’épaisseur, la toise courante depuis six jusqu’à neuf pieds de haut 50 sols.
[28] «C’est, dit Félibien, p. 517, l’ornement qui borde les trois costez des portes, des fenestres et des cheminées.» Le mot ne s’emploie plus guère que pour celles-ci.
S’ils n’ont que deux pouces d’épaisseur, la toise carrée quarante cinq sols.
Depuis neuf jusqu’à douze pieds de haut, de six pouces de large et trois pouces d’épaisseur, la toise carrée 3 liv.
Les Chambranles de huit pouces de large sur quatre pouces d’épaisseur, depuis neuf jusqu’à douze pieds, la toise carrée 5 liv. 10 sols.
Les Tringles de bois de chêne pour attacher les tapisseries[29], de trois pouces de large et un pouce et demi d’épaisseur, la toise carrée 10 sols.
[29] On voit par là comment s’attachoient les tapisseries des chambres, non pas clouées aux murs mêmes, mais tendues sur des tringles assez épaisses, pour que, n’étant pas ainsi en contact avec la muraille, elles se trouvassent à l’abri de l’humidité.
Les Tringles de deux pouces et demi sur un pouce d’épaisseur 6 à 8 sols.
Les Armoires pour les gardes meubles dont les montans et traverses de six pouces de large sur un pouce et demi à deux pouces d’épaisseur, les panneaux d’un pouce à un pouce et demi garnis de leurs fonds et cotez et de Tabletes d’un pied et demi à deux pieds de profondeur, la toise carrée de paremens, du devant et des cotez 25 liv.
Les fonds, le derrière, le dessus et les tablettes, à raison de 12 livres la toise carrée.
Les Armoires ordinaires dont l’assemblage d’un pouce et demi, et les panneaux de neuf lignes, le tout de bois de chêne en œuvre, la toise carrée du devant et des cotez 15 liv.
Le derrière, le fond, le dessus et les tablettes d’un pouce d’épaisseur, la toise carrée 10 à 11 liv.
Les Chambranles d’Alcoves et de cheminées depuis huit pouces jusque à un pied de large sur trois à quatre pouces d’epaisseur, la toise courante mise en œuvre depuis quatre jusqu’à dix pieds, 7 livres.
Depuis dix pieds jusqu’à quinze pieds 8 liv.
Les Chambranles de neuf pouces de largeur sur trois pouces d’épaisseur 5 liv.
Les Chambranles de cinq à six pouces de large, même epaisseur 3 liv.
OUVRAGES ET MARCHANDISES
DE FER[1].
[1] On a plusieurs livres d’art très curieux sur la serrurerie au XVIIe siècle: d’abord _La fidelle ouverture de l’art de serrurerie_, etc., par Mathurin Jousse, La Flèche, 1627, in-fol.; puis les _Diverses pièces de serrurerie_ inventées par Hugues Brisville, maître serrurier à Paris, 1663, in-fol., consistant en 16 pièces, dont une est le portrait de Brisville gravé par Ladame, et dont toutes les autres, sauf trois, sont dues à J. Berain; enfin le _Livre de serrurerie nouvellement inventé par Robert Davesne, Me serrurier à Paris, et se vendant chez l’auteur rue neuve Montmartre près Saint-Joseph_, 1676, in-fol. Le portrait de l’auteur est en tête, avant la dédicace à l’architecte Bruant.
Les Serruriers qui entreprennent les fournitures pour les batimens du Roy, font de pareilles entreprises pour le public.
Entre les autres Serruriers qui font de grandes fournitures pour les édifices considérables, sont Mrs de la Motte rue saint Honoré, rue des Tournelles, Corneille fauxbourg saint Antoine, etc.
Le Sieur Dunemare près le Jardin medécinal de Pincourt, fauxbourg saint Antoine, a un particulier talent pour la fabrique des Tenailles et Marteaux de Carossiers[2].
[2] Ce «sieur Dunemare» est bien probablement un des premiers gros «feronniers» qui se soient établis dans le quartier Popincourt, où ils se sont depuis, ainsi que les fondeurs, multipliés en si grand nombre.
Le gros Fer que l’on employe ordinairement dans les batimens consiste en chaines, encres, clavettes, tirants, fantons de fer plat et fendu[3], barres de tremies[4], manteaux de cheminées, barres de seuils de portes, barres de linteaux pour les portes et croisées, corbeaux, grilles à mi-mur et en saillie garnies de barreaux et traverses, barres de contrecœur[5] et de potagers, tout lequel fer sert dans la construction de la Maçonnerie; et à l’égard du gros Fer pour la Charpenterie, il consiste en arpons[6], boulons, étriers, chevilles et chevillettes que l’on paye à la pièce à raison de leur longueur, comme il sera expliqué ci-après; le surplus de tout ledit Fer est compté pour gros Fer dont le prix est de dix à dix livres 10 sols le cent mis en œuvre.
[3] Le «fenton», et non fanton, est une sorte de crampon aplati qui sert dans les tuyaux et les souches de cheminée.
[4] «Bandes ou barres de tremie; ce sont des barres de fer qui servent aux cheminées à porter l’âtre entre la muraille et le chevestre, pièce de bois qui termine la largeur des tuyaux.» Félibien, p. 487, 525.
[5] On appeloit «contre-cœur» la partie de la cheminée où l’on mettoit la plaque, entre les deux jambages en largeur, et l’âtre et le tuyau en hauteur.
[6] _Lisez_: harpons.
Le cent pesant de Fer coute en barre chez les Marchands 6 livres 10 sols, on donne 105 livres pour cent.
Le Fer doux est plus cher[7], il coûte jusqu’à 10 livres le cent.
[7] Dans un édit de février 1626, le «fer doux», qui ne casse pas facilement, est déjà distingué du «fer aigre», très-facile à casser au contraire.
Le Fer de carillon[8] coûte 7 livres 10 sols à 8 livres le cent.
[8] Fer en ferraille, qui carillonne pour peu qu’on le remue.
Les barres de gros Fer servant de pilliers aux boutiques[9] coutent 4 à 5 sols la livre chez le Marchand, et on paye ensuite la façon à l’ouvrier à raison de 3 à 3 liv. 10 sols le cent pesant.
[9] L’usage de suppléer, pour avoir plus de place, aux supports en maçonnerie par des piliers de fer ou de fonte, n’est pas nouveau, comme on voit. C’est Louis toutefois qui, au siècle suivant, substitua tout à fait les charpentes de fer à celles de bois. Il put ainsi, par un véritable tour de force, établir le péristyle des Variétés Amusantes--à présent le Théâtre François--au-dessous même du parterre.
Les dents de loup pour la charpente, 5 sols la douzaine[10].
[10] Les «dents de loup» étoient une sorte de gros clous dont on se servoit pour attacher les fortes pièces de bois.
Les Chevilles et les Chevillettes trois deniers le pouce de longueur.
Les Crochets à enfaister le plomb des combles, et les Crochets à bavette[11], deux sols pièce.
[11] On leur donnoit ce nom parce qu’ils servoient à fixer sur le bord des chéneaux «la bavette», sorte de bande de plomb.
_Les Serruriers de distinction, sont:_
Messieurs
Roger à l’Hôtel Royal des Invalides.
Boutet près le vieux Louvre rue Fromenteau.
La Motthe rue saint Honoré.
Corneille fauxbourg saint Antoine.
Lucas pour les balanciers et coins de la monnoye, demeure près les Galeries du Louvre, Hasté place de Cambray, Fordetin à la Monnoye, etc.
_Legers ouvrages de Serrurerie achetez chez le Marchand._
Les Verrouils à ressort de trois pieds de long 1 liv. 10.
Ceux de deux pouces et demi 1 liv. 5 s.
Les Verrouils à ressort coudez 1 liv. 5 s.
Un Verrouil à ressort de trois pieds et demi avec sa serrure ovale à panache garnie de toutes ses pièces 5 liv. 10 s.
Un petit Verrouil à ressort pour armoires 3 s.
Les Verrouils à ressort garnis de serrure comme ci devant étamez[12] et de quatre pieds de long 6 liv.
[12] On étamoit à la poêle, comme on le verra plus loin, verrous, serrures, targettes, etc., pour empêcher la rouille, et pour leur donner une apparence argentée. On les étamoit aussi à la feuille.
Les Serrures d’armoires polies, la pièce 2 liv.
Les Serrures communes de portes cochères 12 liv. 0.
Les Serrures de portes cochères à deux pesles[13] et deux clefs polies et bien travaillées 20 liv. 0.
[13] Pesle ou pêle est l’ancienne forme du mot pêne, dont le radical latin _pessulus_ étoit ainsi mieux indiqué. Elle étoit encore en usage et même préférablement à l’autre, qui prévaut aujourd’hui: «On dit _pène_ ou _pêle_, dit Richelet, mais le plus usité de ces deux mots est pêle.»
Les Serrures ovales de fleaux[14] à deux pesles et deux clefs 6 liv. 0.
[14] Sortes de serrures en usage pour les anciennes portes cochères, dont elles fermoient les deux battants à l’intérieur à l’aide d’une forte barre transversale ou fléau.
Les Serrures polies garnies de tout 5 liv. 0.
Les Serrures communes[15] garnies de tout 4 liv. 0.
[15] Ces serrures de pacotille ne se faisoient pas à Paris, mais à Eu et dans les environs. Elles y étoient fabriquées par les gens du pays, serruriers l’hiver, agriculteurs l’été. La Picardie n’a pas d’ailleurs perdu cette industrie; on l’y trouve encore florissante dans les mêmes parages, entre la Somme et la Bresle.
Les Fortes Serrures de dix pouces 4 liv. 10 s.
Les Serrures plus communes 2 liv. 10 s.
Les Serrures d’armoires communes 1 liv.
Les Clous à vis 2 s.
Les Grands Clous à vis de porte cochère 4 s.
Une clef pour une serrure commune 15 s.
Une clef pour une porte cochère 1 liv. 10 s.
Les Pattes à lambris, 45 sols le cent.
Les Pattes en plâtre de huit à dix pouces, le cent 7 liv. 10 s.
Les Pattes coudées de Sujettion de 8 pouces de long, le cent 8 liv. 10.
Les Fiches de six pouces 7 sols la pièce.
Les Fiches de guichet de porte cochère 3 liv. la pièce.
Les Fiches à vaze de dix pouces, la pièce 17 s.
Les Fiches de même de quatre pouces 4 s.
Les Fiches à double nœud de cinq pouces 8 s.
Les pareilles Fiches de trois pouces 2 s.
Les Fiches à gond à vase de huit pouces 13 s.
Les petites Fiches à vase de six à sept pouces 7 s. 6 d.
Les Fiches de trois pouces, le cent 10 liv.
Les Fiches de deux pouces et demi, le cent 6 liv.
Les grosses Fiches à chapelet, la pièce 8 liv.
Les Fiches à vase de quinze pouces de haut 1 liv. 15 s.
Les Fiches à double nœud à vase de neuf à dix pouces 1 liv. 10 s.
Un Loquet de porte étamé 1 liv. 5 s.
Un Mantonet étamé 3 s.
Les Locquereaux avec leurs mantonets[16] 15 s.
[16] _Lisez_: loqueteaux.--Ce sont les petits loquets à ressort, qui, mis en mouvement par une corde et en s’agençant dans le mantonnet, servent à assujettir le haut d’un volet pour le fermer.
Un Bouton à rozette poli 10 s.
Les Couplets à cinq trous[17] 5 s.
[17] Sorte de pentures à deux pièces, avec rivures et charnières, dont on se servoit pour les portes et les fenêtres.
Les Couplets à trois trous 3 s.
Les Pomelles à queüe d’ironde[18] d’un pied 1 liv. 0.
[18] On écrit plutôt «paumelle» et «queue d’aronde». La paumelle est, comme on sait, une sorte de penture qui tourne sur un gond, à laquelle on donnoit, lorsqu’elle étoit à queue d’aronde, la forme triangulaire d’une queue d’hirondelle.
Les grandes Pomelles avec les gonds 2 l. 10 s.
Les Pivots, bourdonniers et crapaudines[19], fiches à gond, à repos, et equairres pour les portes cochères, la livre 3 s. 6 d.
[19] _Le bourdonnier_ est la penture à gond renversé, et _la crapaudine_, au contraire, le fer creusé qui reçoit le gond.
Une barre de porte, un moraillon et la serrure 1 l. 10 s.
Les Clous de six pouces faits exprès, la pièce 2 s.
Les Tourniquets longs étamez, la pièce 2 s.
Les Boulons de six pouces avec leurs clavettes 2 s.
Les Poulies de fer 8 s.
Les Targettes, et Locquereaux polis, la pièce 10 s.
Les Targettes étamées communes 3 s.
Les Targettes ovales garnies de crampons 10 s.
Les Targettes à panaches polies avec leurs crampons 1 l. 0.
Les Targettes à panaches et fleurs de lis étamées à la poele, la pièce 5 livres.
Les Targettes et crampons étamez et communs, valent ensemble pris chez le Marchand comme dit est, le cent 14 l.
Les Crampons de targettes, le cent 50 s.
Les Equaires étamées pour portes cochères avec fleurs de lis[20] aux deux bouts, la pièce 3 liv.
[20] On en mettoit alors partout. Félibien, p. 208, nous parle de clous avec «teste en façon de fleur de lys».
Les Roulettes 15 s.
Les Clous pour attacher ladite serrurie, la livre 6 s.
La serrure d’une porte à placards garnie de deux fiches à gonds de neuf à dix pouces de haut, deux targettes à panaches[21], deux crampons, une serrure, une gâche, un bouton, une rosette et une entrée, le tout de fer poli, treize livres dix sols.
[21] Félibien, pl. XXXIV, donne la figure d’une de ces targettes.
La serrure d’une porte cochère à l’ordinaire de quatre grosses fiches à gonds, une grosse serrure, deux grosses targettes à crampons, deux fiches pour le guichet[22] de quatorze pouces de haut, une boucle, un fleau[23], et à vingt-cinq livres.
[22] C’est la petite porte pratiquée dans la grande et qui peut s’ouvrir quand celle-ci reste fermée.
[23] _V._ une des notes précédentes, p. 133, que cette explication de Richelet, au mot _fléaux_, peut compléter: «barres de fer qui tournent sur un boulon et qui servent à fermer les grandes portes.»
La serrure d’une porte d’un pouce, deux fiches à gonds, deux targettes, deux crampons, une serrure à tour et demi avec sa gâche et son entrée, un bouton et une rosette, le tout étamé, à six livres quinze sols.
La serrure d’une porte de quinze lignes garnie comme la précedente, à cinq livres cinq sols.
Les Fiches pour les croisées, à trois sols pièce.
Les targettes fortes étamées à la poëlle et mises en place, cinq sols pièce.
Les targettes communes en ovale, étamées à la feuille et mises en place à trois sols.
Les serrures des portes de caves avec deux fiches à gonds et une forte serrure, à quatre livres dix sols.
Les serrures des portes d’aizances à trois livres cinq sols.
Les pattes en plâtre et en bois[24] depuis six jusqu’à huit pouces de long, à deux sols pièce; et celles depuis quatre jusqu’à six pouces à un sol pièce.
[24] C’est-à-dire qui se scellent dans le plâtre ou se clouent dans le bois.
Le cloud de toutes grandeurs à cinq sols la livre.
Le cloud à latte, à quatorze sols le millier.
La broquette[25], à sept sols la livre.
[25] On disoit aussi «clous à broquette», comme nous le voyons dans cet amusant passage d’une lettre écrite d’Uzès, le 11 novembre 1661, par Racine à La Fontaine: «Ayant besoin, dit-il, de petits clous à broquette pour ajuster ma chambre, j’envoyai le valet de mon oncle en ville et lui dis de m’acheter deux ou trois cents de broquettes; il m’apporta incontinent trois bottes d’allumettes.» Pour comprendre la confusion, il faut savoir que le mot qui signifie allumettes dans le patois d’Uzès se rapproche beaucoup de celui de broquettes.
La toise simple de ferrure façonnée suivant le plus ou le moins d’ornemens, à trente, trente cinq, quarante, soixante et soixante dix livres le cent pesant, même jusqu’à cent cinquante livres pour les plus enrichies.
Les contrecœurs[26] de fonte pour les cheminées se payent à un sol la livre.
[26] _V._, sur ce mot, une des notes précédentes.
Les panneaux de fil de leton se payent à huit sols le pied carré, et ceux de fer[27] à six sols et même à cinq et à quatre pour le grand treiliage.
[27] Ces «treillis de laiton ou de fil de fer», comme on les appeloit aussi, servoient pour les armoires, et surtout pour les bibliothèques. Ils se faisoient chez les épingliers.
OUVRAGES DE VITRIERS.
Les Vitriers entrepreneurs des Batimens du Roy, entreprennent aussi les ouvrages des particuliers.
M. Pougeois l’un desd. Entrepreneurs qui demeure vieille rue du Temple, fait grand commerce de Verre blanc pour les tableaux et estampes.
Entre les autres Maitres Vitriers qui font de fortes entreprises, sont Messieurs Cornu rue Dauphine, Abraham rue de l’Echarpe, Taboureux place du Collége Mazarini, etc.
Le Verre commun de Lorraine[1] arrive au fauxbourg saint Antoine[2] et au Renard rue saint Denis.
[1] Il se couloit dans les Vosges, où s’étoient réfugiés un certain nombre des gentilshommes verriers qui, par édits royaux, ne dérogeoient pas de leur noblesse en s’occupant de cette industrie. Beaucoup d’ouvriers des grandes verreries lorraines de Baccarat descendent de ces gentilshommes verriers.
[2] «Près l’abbaye.» Édit. 1691, p. 39.
Le prix des ouvrages de Vitrerie[3] est pour
[3] Les prix en cela, comme en tout, varioient beaucoup, mais plutôt pour augmenter que pour diminuer. C’est ce qui fait dire par Liger, en 1715, dans _le Voyageur fidèle_, p. 409: «Je ne parle pas des prix, parce qu’il est impossible de les fixer, étant sujets à changer selon les années; c’est ce que tout le monde n’a que trop remarqué depuis peu, à son grand désavantage.»
Le Panneau neuf de Verre de France posé en place, le pied carré 6 s.
Le Panneau mis en plomb[4] neuf et posé en place, le pied carré 4 s.
[4] L’usage des panneaux de plomb, pour les vitres, duroit encore, comme on voit. Celui des châssis de bois commençoit toutefois à se propager de plus en plus, surtout dans les palais et les hôtels. (_V._ Savot, _Architecture_, chap. _Verre_.)
Le Panneau relavé et mis en place, vaut 1 s. 6 d.
Le Pied de patron pour les panneaux 1 s.
Les carreaux de verre blanc d’un pied en carré ou environ[5], valent depuis cette grandeur en dessous 15 sols le pied.
[5] C’étaient les carreaux de vitre les plus grands qu’on fît alors.
Et au dessus d’un pied en carré 20 à 25 sols le pied.
Le carreau de Verre de France d’un pied en carré colé avec papier[6], vaut 7 sols, et en place 8 sols.
[6] On n’assujettissoit pas encore les vitres autrement: quelques pointes pour les tenir et une bande de papier collée sur chaque côté suffisoient. C’est encore le seul procédé qu’indique, en 1735, Savary dans son _Dictionnaire du Commerce_, art. _Vitrerie_. L’abbé Jaubert est le premier, _Diction. des arts et métiers_, 1773, in-12, t. IV, p. 421, qui parle du mastic, sans dire que l’emploi en fût encore très répandu: «On peut aussi, dit-il, sans employer ni pointes, ni papier, fixer le carreau de verre avec du lut composé de craie et d’huile de lin cuite. On forme, avec ce lut que les vitriers appellent _mastic_, un petit bourrelet que l’on met autour du carreau et que l’on aplatit ensuite avec le doigt.»
Les Lanternes ordinaires 3 livres la pièce.
Les Lanternes mises en plomb neuf[7] 2 livres.
[7] Les lanternes dont on éclairoit Paris, depuis leur établissement en 1666, étoient ainsi à petits vitrages de plomb, et par conséquent d’une clarté fort entrecoupée. Le 17 nov. 1770, des lettres patentes, pour la communauté des vitriers chargés de leur fabrication, permettoient qu’on les fît encore sur cet ancien modèle. Il fallut l’invention des réverbères, par Rabiqueau, pour les faire disparoître.
Les Lanternes netoyées 10 sols.
Les Verges de vitres[8] 1 sol 6 deniers le pied.
[8] Elles se clouoient par les deux bouts aux châssis de bois, et au milieu elles s’attachoient aux panneaux des vitres avec des liens ou attaches de plomb.
Un carreau de verre de quatorze à quinze pouces de haut sur dix à onze pouces de large, vaut 7 sols 6 deniers collé avec papier, et en plomb 8 s. 6 d.
Un carreau relavé et mis en place grand et petit 6 d.
Un carreau de papier fin huilé, grand ou petit un sol, ou neuf deniers suivant sa grandeur.
Calfeutrage de carreaux des croisées, la pièce 6 d.
OUVRAGES ET MARCHANDISES
DE MIROITIERS.
Outre la Manufacture des Glaces façon de Venise établie depuis longtemps au fauxbourg saint Antoine[1], on vient d’en établir une autre rue de l’Université allant au Pré aux Clercs, où l’on fabrique des Glaces d’une grandeur si extraordinaire qu’on y en trouve d’environ sept pieds de haut[2].
[1] Cette manufacture des glaces étoit rue de Reuilly, au coin du faubourg. On ne les y fabriquoit pas. Elles venoient toutes fondues de Tourlaville, près de Cherbourg, ou de St-Gobain; on les y polissoit seulement par un procédé qu’avoit plus ou moins inventé le poëte Du Fresny, et dont il eut quelque temps le privilége exclusif. Le besoin d’argent le lui fit vendre à la société qui régissoit la manufacture. «La manufacture de glaces de la porte Saint-Antoine, dit Lister, _Voyage à Paris_, chap. V, mérite bien d’être vue, mais je regrettai que pour économiser sur le prix du bois on eût transporté la fonderie à Cherbourg en Normandie... On y emploie journellement six cents hommes, et on espère bientôt avoir de l’ouvrage pour mille. A l’étage inférieur, on passe les glaces brutes au grès pulvérisé... Dans les étages supérieurs, où l’on donne le poli et la dernière main, les ouvriers sont disposés sur trois rangs, deux hommes pour chaque glace qu’ils passent à la sanguine détrempée dans de l’eau. On les met ensuite dans de la potée blanche sur des tables de pierre.»--Quant aux glaces de sept pieds de haut, dont parle ici Blegny, Lister n’en dément pas la dimension: «J’ai vu, dit-il, toute étamée et achevée, une glace de quatre-vingt-huit pouces sur quarante-huit, et d’un quart seulement d’épaisseur.»
[2] Cette manufacture des glaces de la rue de l’Université ne dut pas réussir, quoi qu’en dise Blegny. Nous n’en trouvons trace nulle part. Liger, qui le copie, pour presque tout le reste, n’en dit mot, dans son _Voyageur fidèle_, de 1715, où il n’oublie pas la manufacture de la rue de Reuilly. C’est à elle qu’il fait honneur des glaces «d’une grandeur extraordinaire, et, ajoute-t-il, à prix assez raisonnable». Lister s’étonne aussi du bon marché des glaces, après avoir admiré le procédé de fabrication auquel ce bon marché étoit dû: «On y a gagné, dit-il, d’avoir les glaces à si bas prix qu’il n’est pas jusqu’à toutes les voitures de remise, et la plupart des fiacres, qui par devant ne soient fermées d’une grande glace.»
M. le Duc et ses associez se trouvent ordinairement en leur Bureau au même lieu, où ils font débiter leurs Glaces à un prix fort modeste.
M. Fressoy Marchand Miroitier, tient magasin de Glaces façonnées joignant la manufacture du fauxbourg saint Antoine.
Il y a d’ailleurs un semblable magasin au bout de la rue Dauphine, qui a d’ailleurs une entrée rue Contrescarpe[3].
[3] «Les argenteurs et doreurs, qui vendent des chenets, foyers, girandoles, vaisselles et autres ouvrages de fer et de laiton dorés et argentés, ont leur boutique rue Dauphine et rue de la Verrerie.» Édit. 1691, p. 36.
On trouve des Glaces de Venise chez M. le Tellier et chez plusieurs autres Miroitiers du Pont Notre Dame[4] et encore chez Madame la Roüe rue saint Denis près la fontaine des Innocens, qui vend d’ailleurs des lustres et girandoles de cristal[5].
[4] Les marchands de miroirs étoient, en effet, en grand nombre sur le Pont Notre-Dame. Lorsque Louis XIV vint à Paris, après sa grande maladie de 1686, les miroitiers du Pont par lequel il devoit passer en allant du Palais à l’Hôtel de Ville crurent ne pouvoir faire mieux que d’étaler sur son passage leurs plus éclatantes marchandises. Un poète assez inconnu, nommé Viguier, fit à ce sujet quelques vers, dont voici les derniers. Il s’adresse au Roi, en lui parlant de Paris:
Et comme tu devois ne lui donner qu’un jour, Par une invention digne de son amour, Il fit de ses miroirs un pompeux étalage, Pour multiplier ton image.
Dans l’Édit. de 1691, il est parlé, p. 36, des miroitiers, non du Pont Notre-Dame, mais des alentours: «les plus fameux miroitiers sont aux environs du Pont Notre-Dame.»
[5] «Le sieur Vergne, rue Saint-Denis, près la fontaine Saint-Innocent, tient magasins de lustres et girandoles de cristal.» Édit. 1691, p. 36. C’étoit un des grands luxes du temps: «Je connois, dit l’abbé de La Varenne, un simple particulier, qui a pour un million de tableaux, de _lustres_ et de _girandoles_, de porcelaines, de glaces, de bronzes, de cabinets de la Chine.» _Amusements de l’Amitié... Recueil de lettres écrites vers la fin du règne de Louis XIV_, 2e édit., 1741, in-12, p. 306.
Le Sieur Lafond rue sainte Marguerite du fauxbourg saint Antoine, met toutes sortes de Glaces au teint pour les Marchands, et racommode pour les particuliers les miroirs et glaces des chambres qui sont gatées[6].
[6] L’usage de mettre des glaces au-dessus des cheminées commençoit. Il étoit dû à Hardouin Mansard et en portoit le nom. Voy. à la Biblioth. Nat. aux _Estampes_ Hd. 22, cheminées nouvelles _à la Mansarde_. On les appeloit aussi _à la Royale_ et _à la Françoise_. Dans l’_Architecture à la mode_ de Mariette, se trouvent six pièces de P. Lepautre: _Portes cochères des plus belles maisons de Paris; cheminées _à la Royale_, à grand miroir et tablettes_. On a aussi de Daniel Marot: _Nouvelles cheminées à panneaux de glace, à la manière de France_. On peut consulter encore le _Livre de cheminées_ et le _Nouveau Livre de cheminées_ de H. Bonnard.
On trouve au Soleil et à la Couronne d’or sur le quay de l’Orloge, des lunettes d’aproches et communes d’Angleterre et de Paris, des microscopes, des visières, et généralement toutes les sortes de verres préparez pour l’optique avec toute la justesse qu’on peut désirer.
Les Glaces du fauxbourg saint Antoine se vendent de quatorze pouces de haut 10 livres, de seize pouces 12 livres, de dix sept pouces 14 livres, de dix neuf pouces 20 livres, de vingt pouces 24 livres, de vingt deux pouces 30 livres, de vingt quatre pouces 33 livres, de vingt sept pouces 55 livres, de vingt huit pouces 60 livres, de vingt neuf pouces 65 livres, de trente pouces 80 livres, de trente six pouces 180 livres, de trente sept pouces 225 livres, de quarante pouces 425 livres.
Les lustres de cristal[7] sont louez[8] et raccommodez par une veuve rue Betizy, près l’Hotel de Beauvais, et par une autre à l’aport de Paris près le Veau qui tètte[9].
[7] «Les chandeliers, lustres et girandoles de cristal.» Édit. précéd., p. 36.
[8] Liger, p. 368-369, parle ainsi de ces lustres en location: «On en loue aussi pour servir d’ornement dans les églises, aux fêtes solennelles et dans plusieurs spectacles qu’on donne au public, ce qui fait le plus bel effet du monde.»
[9] C’est le fameux cabaret, devenu plus tard restaurant, qui n’a disparu que de nos jours, dans les derniers remaniements et agrandissements de la Place du Châtelet. (_V._ nos _Chroniques et légendes des rues de Paris_, p. 151.)
PEINTURES, SCULPTURES ET DORURES
POUR LES ORNEMENS ET DÉCORATIONS DES APPARTEMENS, BOUTIQUES, ETC.
Les Jurez en titre d’office des Maitres Peintres, Sculpteurs et Doreurs sont Messieurs Maçon rue du Verbois, Béton près le Palais Royal, Rosé rue des fossez saint Germain et de la Porte à petit Pont[1].
[1] On ne parloit jamais autrement pour dire «sur le Petit-Pont», qui, on le sait, étoit alors chargé de maisons, chacune avec sa boutique.
La Chambre où les Maitres Peintres et Sculpteurs font leurs assemblées, est présentement rue de la Verrerie.
Les Peintres et Sculpteurs qui travaillent pour le Roi, donnent aussi quelque fois leur temps pour des ouvrages particuliers lorsqu’ils sont considérables.
Entre les Peintres renommez dans le public pour les Ornemens et Décorations, on estime Messieurs le Moyne le Lorrain aux Galeries du Louvre[2], le Moyne de Paris[3], cul de sac saint Sauveur, etc.
[2] G. Brice, dans sa 3e édition (1701), t. I, p. 76, nous le montre aussi parmi les artistes logés aux galeries: «Excellent peintre d’ornement, dit-il, dont les ouvrages ont beaucoup d’approbation.»
[3] Jean Le Moyne, qui dans le _Ms._ de Marinier figure parmi les décorateurs employés à Versailles. L’Académie de peinture, qui l’avoit fait son décorateur en 1681, le reçut cinq ans après. Il mourut à soixante-quinze ans, le 3 avril 1703.
Entre les Peintres renommez pour feindre le marbre, on compte Messieurs Binois près saint Innocent, Valencé rue du Petit Lion, etc.[4]
[4] Blegny devroit parler ici des peintres de l’Académie de Saint-Luc. Liger, p. 313, y supplée: «Il est, dit-il, un autre genre de peintres du dernier ordre, qu’on nomme communément _barbouilleurs_, et qu’on trouve lorsqu’on en a besoin dans la rue du Haut-Moulin, où est leur chapelle. On les y voit tous les dimanches et les fêtes au sortir de la messe.» V. aussi l’abbé de Fontenay, _Dict. des Artistes_, t. I, p. 3.
Entre les fameux Sculpteurs pour les bas reliefs et figures moulées en plâtre, on distingue Messieurs Cassegrain près la porte saint Martin, François[5] rue du Temple, Bertrand[6] rue Michel le Comte, de Caen rue de Grenelle saint Germain, etc.
[5] Il a été parlé de lui plus haut.
[6] Philippe Bertrand, né à Paris en 1664, selon d’Argenville, reçu de l’Académie en 1700, mort en 1724. Le Christ en plomb de la Samaritaine, du Pont-Neuf, étoit de lui.
Entre les Sculpteurs renommez pour les belles bordures[7], on choisit Messieurs le Grand rue des Jeuneurs, Renauda[8] rue du petit Lion, la Lande rue saint Martin, et Vilaine rue neuve saint Mederic qui fait aussi des meubles dorez.
[7] Cadres de bois sculpté pour les portraits ou «les glaces de miroir», comme dit Richelet.
[8] Lisez Renaudin ou Renaudain. C’étoit un parent de celui qui logeoit aux galeries du Louvre, et dont il a été parlé plus haut, p. 100.
M. des Oziers Doreur qui travaille pour le Roy[9], entreprend aussi pour le public de grands ouvrages.
[9] Il a déjà été parlé de lui, p. 90. Il logeoit à Versailles.
Les bons tableaux sont netoyez[10] et revernis en perfection par les Sieurs Vilaine à l’adresse cy-dessus, de la Pierre quay des Orfevres, et la veuve Lange rue saint André des Arcs.
[10] Ce mot sous cette forme n’étoit pas généralement employé. Richelet dans son Dictionnaire écrit: «_Netteier, nettoyer_. L’un et l’autre se dit, mais le grand usage est pour _netteier_, car pour _nettoyer_ il ne se dit guère que par les poëtes, encore y sont-ils obligés par la tirannie de la rime.»
Les prix ordinaires du marbre brute et façonné, et des autres ouvrages et fournitures des Peintres, Sculpteurs et Doreurs sont pour,
Le pied cube de marbre noir brute 7 l.
Et pour le Marbre jaspé brute, le pied cube 15 l.
Mais quand un bloc de Marbre est de douze pieds et au dessus, le pied cube se paye depuis 18 jusqu’à 25 livres.
Le pied de parement vaut 2 l.
Le pied de Chambranle en bois d’ornemens simples 3 l.
A Ornemens moyens 4 l.
A ornemens riches 6 l.
Une figure de pierre de saint Leu grande comme nature, vaut 75 liv.
Une pareille figure faite par un habile homme et bien finie vaut au moins 300 l.
Une figure de dix pieds de haut 200 l.
Une pareille figure faite et bien finie par un habile homme 550 livres.
Les Trophées en pierre de saint Leu de six pieds[11] de haut sur huit à neuf pieds de large et isolées valent 150 liv.
[11] Ces trophées étoient un des ornements les plus à la mode sur les façades ou sur le bord des toits des palais et des hôtels: «On fait, disoit alors Richelet dans son _Dictionnaire_, des trophées en architecture qui représentent les véritables trophées d’armes.»
Les Vases de même pierre et de cinq pieds de haut 30 liv.
Les chapiteaux, pilastres ioniques de même pierre pour façon seulement travaillez en place bien proprement et de cinq pieds de large 24 liv.
Les chapiteaux, colomnes de même pierre et même ordre, dont le vif[12] engagé d’un tiers dans le mur, valent 50 livres.
[12] Le vif de la colonne, c’est-à-dire «le fût».
Les chapiteaux colomnes isolez de même ordre et pierre 75 l.
Les chapiteaux pilastres, corinthes[13] et composites de cinq pieds de face façonnez en même pierre et en place 60 l.
[13] C’est le mot dont se servoient les ouvriers pour dire «corinthien», qui pourtant étoit déjà depuis longtemps en usage. Il se trouve dans Montaigne, et on lit dans la _Psyché_ de La Fontaine:
Le Dorique sans fard, l’élégant Ionique, Et le Corinthien superbe et magnifique.
Les mêmes ornemens bien finis par d’excellens ouvriers 120 l.
Les chapiteaux colomnes, même ordre, pierre et grandeur, dont le vif engagé d’un tiers dans le mur 100 liv.
Et par de bons ouvriers, bien finis 200 liv.
Les chapiteaux colomnes isolez même ordre, pierre et grandeur 150 liv.
Et aux conditions précédentes 260 liv.
Les Consolles[14] simples de 5 pieds de haut aux mêmes conditions, mais bien travaillées 8 livres.
[14] «La console», mot employé dans le _Théâtre d’Agriculture_ d’Olivier de Serre avec le sens de soutien, qui «consolide», se prenoit alors presque exclusivement pour désigner, comme le fait Richelet, «un membre d’architecture, placé aux deux côtés de la porte ionique pour soutenir la corniche mise au dessus». Elles servoient aussi, selon Félibien, à porter des figures, des bustes, des vases, etc.
Celles plus chargées d’ornemens, 11 livres plus ou moins à proportion de l’ouvrage.
Les Masques façonnez sur les clefs des portes d’entrées[15] en même Pierre de saint Leu 30 liv.
[15] «Les masques, aux clefs des arcades», comme il est dit dans les livres d’architecture du temps, étoient un des ornements les plus en faveur pour les façades des hôtels. Ceux qui se voient sur la fameuse maison de Lulli, au coin de la rue des Petits-Champs et de la rue Sainte-Anne, en sont un des premiers et des plus curieux spécimens. «Quelques-uns, dit Félibien, p. 650, nomment _mascarons_ de gros masques faits de sculpture.»
Mais étant faits par un bon ouvrier et bien finis valent depuis 45 jusqu’à 60 livres et plus.
Il est difficile de mettre les prix justes aux ouvrages de Sculpture et Peinture, particulierement aux Tableaux et Statües; c’est suivant les Maitres qui y sont employez que le prix doit estre reglé, parce que c’est la beauté qui en regle la valeur; ainsi les curieux qui voudront avoir du beau de l’un des deux Arts, doivent s’informer des bons Maitres, qui ne laissent rien sortir de leurs mains que de bien fini.
Les bas reliefs de plâtre, placez en cheminées bien finis et de moyenne grandeur valent 8 liv.
Le pied courant d’ornemens en plâtre 2 liv.
Un buste en plâtre grand comme nature 6 liv.
Une figure de ronde bosse, même figure et grandeur pour poser sur un pied d’estail[16] depuis 36 jusqu’à 40 livres.
[16] C’est une des premières formes du mot. Richelet la donne comme étant employée en même temps que celle de «piédestal», et ne dit pas quelle est celle qu’il faut préférer. On avait dit auparavant «pied d’estrait». V. _Biblioth. de l’École des chartes_, 4e série, t. III, p. 63.
On trouve un grand assortiment de beaux Moulles chez M. Cassegrain à l’adresse ci devant donnée. La beauté des Moules fait l’excellence des figures sans en augmenter le prix.
L’Or sculpé[17] couvert, vaut le pied carré deux livres cinq sols, l’Or bruni[18] deux livres dix sols, l’Or bruni sculpé trois livres quinze sols, l’Or bretelé[19] trois livres, l’Or repassé uni deux livres, l’Or repassé sculpé deux livres dix sols, l’Or uni à découvert deux livres cinq sols, l’Or sculpé à découvert deux livres quinze sols, la Mosaïque trois livres.
[17] Pour «sculpté», c’est-à-dire appliqué sur des sculptures.
[18] C’est-à-dire «éclairci, poli» avec le brunissoir.
[19] En croisillons ou en filets.
L’impression[20] en huile de jaune de couleur de bois de luth[21] à deux couches, quatre livres quinze sols la travée ayant six toises de superficie qui montent à deux cens seize pieds.
[20] Ce mot, dans le langage des vernisseurs et doreurs, se prenoit pour _couche_: «Les Chinois, lisons-nous dans le _Diction. des arts et métiers_ de l’abbé Jaubert, t. IV, p. 361, n’emploient jamais leur vernis sur le bois qu’auparavant ils n’aient mis une couche ou _impression_, comme font les peintres, avant de peindre.»
[21] C’est-à-dire veiné comme le bois d’un luth, et de la même nuance.
L’impression deux couches de blanc de ceruse avec huile de noix, sept livres la travée.
L’impression à deux couches de jaune et de blanc en détrempe, deux livres cinq sols la travée.
La toise carrée de bois veiné en huile, deux livres dix sols, et en détrempe une livre dix sols.
Les ornemens de cheminées marbrez et jaspez[22] en huile par un bon œuvrier, reduits à la travée, trente six livres, et en ouvrage commun, vingt quatre livres.
[22] Ces imitations du jaspe par la peinture étoient déjà connues du temps d’Henri IV. D’Aubigné, dans son _Histoire universelle_, t. II, ch. 104, parle de piédestaux «qui estoient peints comme de jaspe.»
Le même ouvrage en détrempe par un bon œuvrier, trente livres, et en commun ouvrage, vingt livres.
Le vermillon et la laque valent trois livres le pied.
Le brun rouge vingt sols la toise.
Le nettoyement et le rechampissage[23], deux livres dix sols la toise.
[23] Il consiste à couvrir, avec une infusion de blanc de céruse, les couleurs qui se sont répandues sur le fond d’un ouvrage, pour le rendre aussi net qu’il doit l’être.
Le Verny, même prix.
L’Impression pour les berceaux peints en vert de montagne avec une couche de blanc de ceruse, et deux couches de vert sur échallas espacez de six pouces, trente cinq sols la toise[24].
[24] Il n’y avoit pas de plus piètre besogne pour les peintres de l’Académie de Saint-Luc. Liger en parle ainsi: «D’autres ne sont propres que pour les _treillages_, blanchir les murs, et donner quelque couleur en plein à des portes ou autres pièces de menuiserie.»
Les Couleurs et les Pinceaux pour la Mignature, se vendent rue d’Arnetal.
Les Couleurs et Pinceaux ordinaires, se vendent aux environs de l’Aport de Paris chez plusieurs Epiciers et Broyeurs[25].
[25] «Le verre blanc pour les mignatures et autres tableaux se vend chez un vitrier qui demeure rue aux Ours, devant l’image de la Vierge, et chez un autre qui demeure vieille rue du Temple, au coin de la rue de Bercy.» Édit. 1691, p. 30.
OUVRAGES DE GRAVEURS.
Cet article aurait dû être placé après celuy de l’Orfevrerie, mais ayant été quelque temps égaré à l’Imprimerie, on n’a pû luy donner une meilleure place que celle-ci.
Entre les fameux Graveurs au Burin, sont au quartier de la rue saint Jacques, Messieurs Poilly l’ainé[1], Eudelink[2], Wansculpes[3], Picart[4], Vermeulen[5], Rolet et Poilly le jeune[6], Baudet rue de Harlay[7], etc.
[1] François Poilly, qui fut le maître d’Edelinck: «Jamais, est-il dit dans la Vie de celui-ci, jamais graveur au burin ne fit autant d’élèves, et peu ont entrepris autant d’ouvrages.»
[2] Gérard Edelinck, un des plus fameux graveurs de son temps. Il étoit d’Anvers. L’Académie le reçut le 6 mars 1677 et il mourut à cinquante-huit ans en 1707.
[3] Pierre Van Schuppen, d’Anvers comme Edelinck, fut de l’Académie le 7 août 1666 et mourut le 7 mars 1702, à soixante-quatorze ans.
[4] Étienne Picart, dit le Romain, parce qu’il avoit travaillé à Rome avec Carlo Maratta. Il eut pour fils Bernard Picart, plus célèbre que lui. On l’avoit reçu de l’Académie en 1664 et il en mourut le doyen, le 21 nov. 1721, à Amsterdam, où il s’étoit retiré; il avoit quatre-vingt-dix ans.
[5] Corneille Vermeulen, d’Anvers; venu à Paris, où se trouvoit la meilleure école de gravure, il y resta. A sa mort, en 1704, il avoit soixante ans. Il a gravé beaucoup de portraits, surtout d’après Rigaud.
[6] Frère de Fr. Poilly, nommé tout à l’heure, il fut reçu de l’Académie le 26 juillet 1714 et mourut le 29 avril 1728, à soixante ans.
[7] Étienne Baudet, de Blois. Il étoit de l’Académie de peinture depuis 1675. Le roi le logea aux galeries du Louvre, en 1693, et c’est de là qu’il data quelques-unes de ses gravures des paysages du Poussin. Il mourut le 7 juillet 1711, à soixante-treize ans.
Rue saint Jacques sont encore Messieurs Audran[8] et Simonneau[9] qui gravent très bien à l’Eau forte et au Burin, et encore Messieurs Berey[10] et Roussel[11] qui s’attachent principalement à graver des Lettres[12] qui représentent l’écriture et l’impression, en quoy M. Berey travaille par excellence[13].
[8] Gérard Audran, le premier et le plus célèbre de la dynastie des Audran. Il étoit de Lyon et mourut à Paris en 1703 à soixante-trois ans. Il a gravé les batailles d’Alexandre, par Lebrun.
[9] Ch. Simonneau, d’Orléans. Né en 1639, étudia chez Coypel, fut de l’Académie en 1710, et mourut en 1728, à quatre-vingts ans. Il grava d’après Carrache, Le Brun, etc.
[10] Il avoit, en 1656, donné une contrefaçon du plan de Paris, par Gomboust. Elle porte son nom, comme si c’étoit un plan nouveau. V. sur Cl. Berey, sans doute son fils, t. I, p. 252.
[11] C’est lui qui grava en 1704 les lettres d’un plan de Paris qui, pour cela, porte son nom.
[12] «Le sieur Senault, le plus fameux graveur en lettres, demeure rue de Bussy.» Édit. 1691, p. 112. Louis Senaud, de qui l’on a des cahiers d’écriture gravés en 1667.
[13] «Messieurs Sylvestre et Melan, fameux graveurs, demeurent aux galleries du Louvre.» Édit. 1691, p. 63.--Claude Mellan n’auroit pas dû figurer même dans cette édition de 1691, puisqu’il étoit mort à quatre-vingt-dix ans en 1688; quant à Israël Silvestre, Blegny avoit eu raison de ne pas le faire figurer dans celle de 1692: il étoit mort dans son logement des galeries le 11 octobre 1691, à soixante et onze ans. V. _Bulletin de la Soc. d’archéologie lorraine_, t. VIII, 1859, _ad fin._
Entre les fameux Graveurs de Médailles, sont Messieurs Rottier[14], Chéron[15] et Moland aux galleries du Louvre[16], Bernard[17] près la Magdelaine, Mauger place Dauphine[18], etc.
[14] Joseph Roettier, d’Anvers, graveur en médailles, logé au Louvre en 1679, reçu de l’Académie en 1683, mort en 1707, à soixante-huit ans. Il y eut cinq graveurs en médailles de son nom, jusqu’en 1784, époque où mourut le dernier.
[15] Ch. Chéron, de Nancy, reçu de l’Académie en 1676, mort en 1698, à cinquante-cinq ans.
[16] Michel Molard, et non Moland, de Dieppe, où il avoit travaillé l’ivoire. Le roi l’avoit logé au Louvre en octobre 1684.
[17] Thomas Bernard. Reçu de l’Académie, comme graveur en médailles, le 27 mars 1700, il mourut en 1713, à soixante-trois ans.
[18] Jean Mauger, de Dieppe. Le roi le logea au Louvre, après la mort de Ch. Chéron, en 1698. Il y mourut en 1722, à soixante-quatorze ans.
M. le Clerc aux Goblins[19], qui travaille par excellence à toutes sortes de Gravures, a d’ailleurs le talent de faire des Desseins originaux.
[19] Sébastien Le Clerc, de Metz, dont la réputation nous dispense de tous détails. Il étoit graveur ordinaire du cabinet du roi et Colbert l’avoit logé aux Gobelins. Il mourut en 1714, à soixante-dix-sept ans.
Entre les Graveurs renommez pour la Vaisselle, pour les Sceaux et pour les Cachets, sont Messieurs Thiault galleries neuves du Palais[20] à la Pomme d’or, Chalochet, quay Pelletier, Aury à la Monnoye[21], Verien[22] et Garrier quay des Orfèvres, Mavelot et Langlois Cour neuve du Palais, etc.
[20] «Place Dauphine.» Édit. de 1691, p. 59.
[21] Pierre Aury, qui, depuis 1688, logeoit à la Monnoie comme «graveur en acier du Roi».
[22] «Aux armes de Mademoiselle.» Édit. 1691, p. 59.
M. Bourdon place Dauphine qui est d’ailleurs renommé pour les Cachets, grave aussi pour la Taille douce.
Messieurs Richard et Maurice sur le quay de l’Orloge, ont le talent de graver sur l’Agathe et sur les autres Pierres précieuses[23].
[23] «Le sieur Certain, au dessus de la porte neuve du Palais, grave en agathe et autres pierres.» _Id._, p. 63.
On trouve chez M. Jollain l’ainé Graveur et Marchand Imager rue saint Jacques à la Ville de Cologne[24], les Portraits de la Cour gravez par M. Simon[25], l’Architecture de Vignolle au Burin et diverses Cartes et Estampes curieuses.
[24] Fr. Jollain, à qui son fils succéda.
[25] Pierre Simon. Ses portraits sont à l’eau-forte.
M. Landry[26] aussi Graveur et Marchand Imager[27] même rue à l’Image saint François de Sales, vend des Estampes de dévotion de 7 pieds de haut et de divers autres grandeurs extraordinaires, un Scelet[28] humain grand comme nature, et un grand nombre d’autres Estampes curieuses[29].
[26] Pierre Landry gravoit et vendoit des portraits au burin.
[27] Parmi les imagers, graveurs en taille-douce, Blegny auroit pu citer Boudan, qui grava entre autres histoires populaires toute la suite de celle de _Lustucru_. V. nos _Variétés_, t. IX, p. 70. Mariette, _Abecedario_, t. IX, p. 116, a dit un mot de lui. Il avoit dessiné pour Gaignières et pour ses collections d’armoiries à des prix dérisoires. On lit dans un mémoire de ceux dont il étoit convenu avec le célèbre amateur: «Les armes croquées à l’encre, un liard la pièce.» Il travailla au plan de Paris de La Caille, en 1714.
[28] Squelette. Sur ce mot, v. plus haut, note.
[29] «On trouve des estampes de toutes sortes chez le portier de l’Académie des peintres, rue de Richelieu.» Édit. 1691, p. 24. Une singulière industrie, qui dut détruire bien des gravures, est indiquée dans cette édition, p. 111, et omise ici: «Le sieur des Trapières, rue Bétizy, aux trois Bources, enlève et transpose sur verre les lignes et traits des estampes, qu’il peint ensuite d’une façon à les prendre pour de vrais tableaux.» Poisson, en 1665, dans l’_après-soupé des Auberges_, sc. 3, avoit déjà parlé d’estampes découpées qu’on appliquoit derrière un verre, comme on a fait de nos jours pour la _potichomanie_.
OUVRAGES DE PLOMBIERS
ET DE FONTENIERS[1].
[1] Les plombiers et fontainiers ne formoient qu’une seule corporation, et même assez peu nombreuse; elle ne comptoit au XVIIIe siècle que cinquante maîtres au plus. Ses statuts, en quarante articles, datoient de juin 1647.
Les Plombiers des batimens du Roy fournissent aussi plusieurs particuliers de considération.
Entre les autres fameux Plombiers, sont Messieurs Desgoutières près la Comedie Françoise, le Roy rue saint Honoré, rue saint Antoine, près la Magdelaine, rue saint Martin, etc.
M. Denis premier Fontenier du Roy, demeure au fauxbourg saint Germain, et Mrs ses fils, l’un du Chateau de Trianon, et l’autre de Versailles, demeurent au même endroit.
Entre les autres Fonteniers fameux qui travaillent pour Sa Majesté et pour le public, sont Messieurs Dorival, Cimetiere saint Jean, et Balo près la Croix du Tiroir.
Les Fondeurs qui travaillent aux Robinets des tuyaux et Regards, sont rue des Assis et rue neuve saint Mederic.
Le Plomb est fort rencheri depuis la déclaration de la guerre avec l’Angleterre[2]; le plus commun vaut à présent 4 sols la livre mis en œuvre compris la soudure[3].
[2] Il s’agit de la guerre de 1688 qui nous avoit mis sur les bras l’Angleterre et la Hollande. De l’une nous venoit en grande partie ce que nous consommions de plomb, notamment le plomb laminé, et de l’autre presque toutes les préparations plombifères.
[3] Dans la 1re édition, p. 48, on trouve un exemple de ce renchérissement du plomb: «Les tuyaux de fontaines soudés en long avec joints et nœuds de soudure, depuis deux jusqu’à six pouces de diamètre, tranchées et remplages mis en œuvre, ci devant quatorze livres, et à présent vingt livres le cent.»
Le Plomb blanchi, tant pour tuyaux de descentes, que cuvettes, entonnoirs, membrons[4], chesnaux, boursaux, ennusures[5], et enfaistemens, vaut depuis 4 sols et demi jusqu’à 5 sols la livre mis en place compris la soudure[6].
[4] «Le membron» étoit une partie du «bourseau», sorte d’ornement d’enfaîtage employé surtout dans les grands bâtiments.
[5] Ce mot, dans la 1re édition, p. 48, est écrit «annesures». Nous ignorons ce que, sous l’une ou l’autre forme, il signifie.
[6] Suivant la 1re édition, p. 48, «le cent de plomb» employé pour tous ces objets se payoit «treize livres dix sols».
Le Plomb noir aussi y compris la soudure, vaut 18 à 20 livres le cent mis en œuvre.
La Soudure pour les réparations vaut quatorze à quinze sols la livre.
Les vieux Plombs se donnoient ci-devant au Plombier trois livres pour deux d’employées, mais à present cette évaluation seroit trop forte[7]; mais pour plus de justesse, on peut faire remettre la même quantité en œuvre que l’on a donné au Plombier, et luy payer 36 à 40 livres le millier compris la soudure en œuvre.
[7] «Pour six livres de vieux plomb, les plombiers en fournissent trois de neuf posé en place.» Édit. de 1691, p. 48.
OUVRAGES DES PAVEURS.
Les Paveurs des batimens du Roy entreprennent aussi pour le public.
Entre les autres Maîtres Paveurs qui font de grandes entreprises, sont les Sieurs Touchay rue des Noyers, Hierosme rue de la Mortellerie, etc.
Autant en fait la veuve Maçon près la porte saint Antoine.
Le gros Pavé de rue[1] de 7 à 8 pouces en quarré[2] posé sur une forme de sable[3], se paye à 9 livres la toise carrée[4].
[1] On l’appeloit aussi: «pavé du grand échantillon».
[2] C’étoit encore la mesure à la fin du XVIIIe siècle. Elle avoit été réglée par la coutume de Paris.
[3] «La forme est le lit de sable sur lequel est posé le pavé.» L’abbé Jaubert, _Diction. des arts et métiers_, t. III, p. 387.
[4] «Le sable de rivière se trouve aux environs de l’Ile Louviers. On en tire pour les paveurs entre Pincourt et la Courtille, où l’on trouve du vieux pavé retaillé.» Édit. de 1691, p. 39.
Le Pavé de la qualité ci dessus fendu en trois, taillé et posé avec mortier de chaux et sable à 8 livres la toise.
Le Pavé de 5 à 6 pouces, fendu en trois[5], et posé avec mortier 7 livres la toise.
[5] C’est dans l’épaisseur qu’on le fendoit, mais en deux seulement plutôt qu’en trois. Ce «pavé fendu», comme on l’appeloit, servoit pour les cours et les écuries.
Le même posé avec mortier de chaux et ciment à 10 livres.
Le vieux Pavé posé avec mortier de chaux et de sable à 2 livres la toise.
La pose du même Pavé avec chaux et ciment à 4 livres, et avec chaux et sable à 30 sols, le seul Pavé fourni par l’Entrepreneur.
Le vieux Pavé tendre qui sert à polir les Glaces se trouve dans les Chantiers des Paveurs du Roy et de la Ville[6], ainsi que toutes autres sortes de vieux Pavez.
[6] Lister, ch. V, après nous avoir dit qu’on passe les glaces brutes au grès pulvérisé, ajoute: «C’est le même dont est fait le pavé de Paris, mais pulvérisé et tamisé très-fin.»
Le sieur Petit à l’entrée de la rue de Nappe[7] fauxbourg saint Antoine, fait battre du vieux Pavé tendre pour la manufacture des glaces.
[7] Lisez de Lappe. V. plus haut, une note.
POTERIE, CARELAGE, VUIDANGES,
NATTES ET FROTAGES DES BATIMENS.
Les Vuidangeurs pour curer les puits et fosses d’aisances, demeurent la plupart au quartier de la porte saint Victor.
Les fouilles, vuidanges et transport des terres des caves et fosses d’aisances se payent depuis 7 jusqu’à 10 livres la toise cube à proportion de l’éloignement du transport.
Les vuidanges de matieres des fosses d’aisances se payent aussi aux Vuidangeurs depuis 30 jusqu’à 40 livres aussi à proportion de l’éloignement du transport.
Les Potiers qui ont de grands ateliers et qui font de grosses entreprises de Carrelage[1], sont les Sieurs du Vivier fauxbourg saint Antoine, Harrivel fauxbourg saint Marcel, etc.
[1] Dans leurs statuts, qui datoient de 1456, et qui avoient été confirmés en 1607 par Henri IV, ils étoient qualifiés «maître potiers de terre et carreleurs».
Le prix reglé des ouvrages de Carreleurs est pour chacune toise superficielle du petit Carreau à huit pans 3 livres 5 à 3 livres 10 sols, et pour les grands Carreaux aussi à huit pans 4 livres 10 sols à 5 livres la toise.
Les Potiers vendent aux Entrepreneurs les Pots d’aizances 18 deniers le pouce de diamettre.
Le millier de grands Carreaux à 18 livres le millier, et le millier de petits à 10 livres.
Le Sieur Piton à l’entrée de la rue Briboucher[2] du coté de la rue saint Denis met les planchers en couleur[3] et les entretient de frotage au mois et à l’année.
[2] Lisez Aubry le Boucher.
[3] L’usage, qui commençoit alors, de faire mettre les carreaux en couleur par des barbouilleurs amena pour Hiacynthe Rigaud une amusante aventure par quiproquo, dont la conclusion fut son mariage avec la jolie veuve Mme Le Juge. Elle avoit envoyé son laquais chercher un peintre pour mettre sa chambre en couleur. Il alla chez Rigaud, qui, croyant à la commande d’un portrait, ne se fit pas attendre. L’erreur fut bien vite reconnue; la dame s’excusa avec une grâce charmante. On se quitta fort bons amis, pour se revoir bientôt et enfin se marier. (_Encyclopediana_, 1791, in-4º, p. 827.)
Il y a encore plusieurs Froteurs de planchers rue sainte Placide près les Incurables, et rue Jean Beausire près la porte saint Antoine.
Les Planchers de parquet et ceux à carreaux mis en couleur, cirez et frotez, se payent à 8 sols la toise carrée.
Les Planchers seulement mis en couleur à cinq sols, et ceux qui sont seulement cirez et frotez à quatre sols.
Les Paillassons[4] de nattes servant à boucher les croisées en hiver se payent à raison de trente sols la toise carrée, et les Paillassons d’été à quatre livres dix sols, lorsqu’ils ne sont garnis de toille que d’un seul côté, à six livres étant doublez dessus et dessous.
[4] Richelet dit dans son _Dictionnaire_: «Paillasson ou _nate à fenêtre_. C’est une pièce de nate couverte par dehors d’une grosse toile, qu’on met l’été devant les fenêtres pour empêcher l’ardeur du soleil, et qu’on hausse et baisse avec des cordes autant qu’on veut.»
La Natte ordinaire se paye à quarante cinq sols la toise carrée.
CARROSSES DE ROUTES[1].
[1] C’est le nom qu’on leur donnoit pour les distinguer des carrosses ordinaires. On dit aussi plus tard carrosses de voiture. Marivaux, dans _Marianne_, appelle ainsi celui qui alloit de Paris à Bordeaux. Il partoit à jour et heures fixes, qu’il y eût ou non des voyageurs. On fit à ce sujet une épigramme sur le _Mercure_, qui, lui aussi, se mettoit à circuler, qu’il y eût ou non quelque chose dedans:
C’est le carrosse de voiture, Il faut qu’il parte vide ou plein.
Rue saint Nicaise sont les Carrosses de la suite de la Cour et du Pech saint Germain, qui partent tous les jours et à toutes heures.
Rue Contrescarpe près la rue saint André, chez Mademoiselle Blavet, logent les Carrosses d’Orléans[2] qui vont jusqu’à Die, Chambon et Blois[3], et qui partent tous les jours[4] l’été à cinq heures du matin, et l’hiver à neuf[5].
[2] C’est la même qui avoit aussi l’entreprise des carrosses de Rouen. V. _Correspondance des contrôleurs généraux_, nº 235. Elle s’appeloit Anne Boucher, veuve Blavet. Ses carrosses alloient jusqu’en Espagne.
[3] Dans l’édition précédente, au chap. XXIV, qui a le même titre que celui-ci, c’est de «Monsieur Blavet» qu’il est parlé, p. 51; et au lieu d’une seule maison rue Contrescarpe, on voit qu’il en avoit une autre «rue Saint-André, à l’Hôtel de Lion». L’an d’après, sa veuve lui avoit succédé.
[4] Le messager de la poste partoit aussi tous les jours. C’est ce qu’on appeloit la Malle du Courrier. La nuit du 19 décembre 1700, celle de Tours fut dévalisée au bout du Pont-Neuf, près de la Samaritaine, par des filous. (_Corresp. admin. de Louis XIV_, t. II, p. 735.)
[5] Les «carrosses d’Orléans», qui avoient fourni à La Chapelle, en 1680, le sujet d’une amusante comédie restée longtemps au répertoire du Théâtre François, descendoient encore, sous la Restauration, dans la rue Contrescarpe, aujourd’hui rue Mazet. L’auberge du Cheval blanc d’où ils partoient existe toujours et n’a presque pas changé de physionomie.--On lit dans l’un des 9 numéros des _Affiches_ de Dugone pour 1716 un avis sur ces carrosses qui partoient régulièrement tous les jours, à 5 heures 1/2 du matin, de la rue Contrescarpe, pour aller à Orléans en deux jours et revenir de même, «lesquels, y est-il dit, conduisent toutes sortes de personnes, hardes et bagages, or et argent.»
Au même lieu sont les Carrosses d’Auvergne qui partent le Mercredi et qui passent par Chenerailles, Chasteauneuf, Ligniere, la Chatre, la Bourance, Jarnage, le Busson Feuillentin, Guéret, Chambon, saint Amant, Mont-Luçon, Isset, Neuvy, Rillac, Moriac, Nivdan, Aurillac, etc.
On fait partir du même endroit et le même jour le Carrosse du Berry, passant par Orléans, Gien, Aubigny, Bourges, etc.
Tous les jours celuy de Normandie, passant par Rouen, Diepe, le Hâvre, etc.
Les Mardis celuy de Bourdeaux qui communique avec toute l’Espagne.
Les Mercredis ceux de Chartres, de Chasteaudun, de Vendosme, etc.
Et les Vendredis et Samedis ceux de Maintenon.
Les Carosses de Caen qui étoient ci devant à l’Hôtel de Monbason[6] et qui logent présentement rue du Jour près S. Eustache, partent tous les Dimanches à dix heures du matin.
[6] Dans l’édit. précédente, p. 52, c’est à cette adresse qu’ils sont indiqués. «L’hôtel des ducs de Montbazon, dit Sauval, t. II, p. 124, est à la rue de Bétizy... Ce n’est plus qu’une auberge et une maison garnie, et pourtant toujours au dessus de la porte se lit sur du marbre en lettres d’or, _l’Hôtel de Montbazon_.»
Au même lieu sont les Carrosses d’Alençon pour le Maine, qui partent le Mercredi, de Séez, d’Argentan et de Falaise, qui partent le Lundi, de Houdan, de Dreux et de Mortagne, qui partent le Samedi, etc.
Rue Bourlabé à l’Ecu dauphin sont les Carrosses de Boulogne, Montreuil, Calais, saint Omer et Dunkerque qui partent le Dimanche.
A l’entrée du quay de la Tournelle est le Bureau des Carrosses de Montargis et de Nemours qui partent les Mardis et les Vendredis.
Rue saint Victor[7] logent les Carrosses qui partent le Dimanche, pour l’Auvergne, et qui passent par le Puy, Mandre, saint Flour, Issoire, Brioude, Saintpoursaint, Gannat, Aigueperche, Riom, Clermont, etc.
[7] «A l’entrée de la rue Saint-Victor.» Édit. de 1691, p. 52.
Au même lieu sont les Carrosses de Languedoc qui partent le même jour, et qui vont à Montpellier, Nimes, Beaucaire, Milhaud, Lodève, Besiers, Narbonne, Perpignan, etc.
Et encore ceux de Bourbonnois qui partent aussi le même jour, et qui passent par Boni, Briard, Cosne, la Charité, saint Pierre le Moutier, Nevers, Bourbon-les-Bains, Moulins, etc.
Rue Jean Robert est le Bureau des Carrosses d’Allemagne[8] qui partent les Lundis et Vendredis, qui vont à Clermont, Thionville, d’Auvilliers, Arlon, Vuirton, Sarloüis, Vandrevanche, Sarbrike, Hombourgt et autres Villes des trois Evechez, Comté de Chiny et places de la Sarre, et encore à Barleduc, Ligny, Commercy, Thoul, Nancy, Pont-à-Mousson, Lunéville, Sarbourg, Philisbourg, Saverne, Strasbourg, Benfelt, Scelestadt, Colmart, Brissac, Fribourg, etc.
[8] Pour ce qu’on appeloit l’Allemagne haute, il y avoit un autre carrosse par la voie de Strasbourg, qui partoit de l’Hôtel de Pomponne, rue de la Verrerie, en été, tous les lundis, en hiver, tous les samedis. L’hôtel de Pomponne existe encore.
Rue saint Antoine à l’Ours logent les Carrosses de Troyes en Champagne qui part les Mercredis et les Samedis.
Rue de la Verrerie[9] est le Carrosse de Sézanne en Brie qui part les Mercredis et Vendredis.
[9] «A la Trinité.» Édit. 1691, p. 53.
Au même lieu sont les Carrosses de Châlons en Champagne, Vitry le François, saint Dizier, sainte Menehout, et Joinville qui partent le Mercredi.
A l’Hôtel de Sens[10] près l’Ave Maria, logent les Carrosses de Lyon qui part de deux en deux jours, et qui passent en été par la Bourgogne et en hiver par Nevers, Moulins et Auvergne.
[10] Il en sera parlé un peu plus loin.
Au même lieu sont les Carrosses de Dijon et Chalons sur Saone qui partent les Jeudis pour passer par la route de Troyes et de Chatillon, et les Lundis pour passer par Melun, Montreau, Sens, sainte Reyne, etc.
Et encore ceux de Chaumont, Langres et Bar sur Aube, qui partent le Dimanche.
Rue de la Tixeranderie[11] à la Maque[12], logent les Carosses d’Amiens, de Clermont en Beauvoisis qui partent les Dimanches, Lundis, Mercredis et Vendredis.
[11] «Au Heaume.» Édit. 1691, p. 53. Le Heaume servoit d’enseigne à plusieurs hôtelleries. La plus célèbre, qui n’a disparu que dans ces derniers temps, se trouvoit aux Halles, rue Pirouette. Cl. Fauchet la cite dans ses _Origines des chevaliers_, 1608, in-8º.
[12] La Maque étoit une grande maison de la rue de la Tixéranderie, près de la Grève. Elle devoit son nom à Thomas Lamaque, qui, en 1527, y avoit établi une fabrique de tissus de soie. Elle étoit ensuite devenue une auberge. On la voit figurée sur le plan Gomboust.
Rue Jean pain molet à la Teste noire, loge le Carrosse d’Abbeville qui part le Mercredi.
Rue saint Martin au Cardinal le Moine, loge le Carrosse de Reims qui part le Vendredi.
Au même lieu sont les Carrosses de Soissons, Laon et Notre Dame de Liesse[13] qui partent le Jeudi.
[13] Dans un très curieux volume publié en 1647: _Le vray thrésor de l’histoire sainte sur le transport miraculeux de l’image de Notre Dame de Liesse_, se trouve l’itinéraire détaillé de Paris à Laon: il falloit trois jours pour s’y rendre «en coche».
Rue saint Denis au grand Cerf[14], loge le Carrosse de Bruxelle, qui part les Mercredis et Samedis, et qui passe par Senlis[15], la Ferté, Guise, l’Isle, Tournay, Douay[16], etc.[17]
[14] Vaste auberge, dont la cour faisoit communiquer la rue des Deux-Portes-Saint-Sauveur avec la rue Saint-Denis. Un passage du même nom la remplace. Il fut question, en 1763, d’y mettre la Comédie Italienne.
[15] Senlis avoit son coche particulier. Il fut pillé en 1652, et sept de ses voyageurs tués. (_Mém._ de Conrart, p. 35.)
[16] Un autre carrosse alloit par Péronne, Cambray, Valenciennes, Mons, etc. C’est celui que prit Regnard, se rendant à Bruxelles: «Le premier jour, avons-nous dit dans la _Vie de Regnard_, il ne va pas plus loin que Senlis, où l’attend Fercourt, qui vient de Beauvais, et où ils couchent, les coches ne marchant pas de nuit. Le lendemain, tout ce qu’ils peuvent faire est de pousser jusqu’à Péronne, et le surlendemain jusqu’à Gournay. Le jour suivant, qui est le quatrième, ils couchent à Cambray; le cinquième à Valenciennes, le sixième à Mons, le septième à Notre-Dame-de-Halle; le huitième, ce terrible coche de Flandre les dépose où ils doivent s’arrêter, et Regnard peut écrire avec soulagement: «Nous arrivâmes enfin à Bruxelles.»
[17] «On trouve rue Saint Germain de l’Auxerrois des carrosses de renvoi pour Évreux et pour Caen.» Édit. 1691.
On trouve rue saint Germain l’Auxerrois des Carosses de renvoi pour Evreux et pour Caën.
MESSAGERIES[1].
[1] La différence entre le carrosse et la messagerie étoit que l’un ne prenoit que des voyageurs et leurs hardes, tandis que l’autre voituroit voyageurs et marchandises. Les messageries dépendoient de l’État et s’affermoient. Elles étoient régies par un règlement général daté de 1678.
Rue Contrescarpe près la rue saint André, chez Mademoiselle Blavet[2], logent les Messagers de Bourdeaux qui partent tous les jours en été à cinq et en hiver à neuf heures du matin.
[2] V. plus haut, p. 161.
Au même lieu loge le Messager d’Auvergne qui part les Mercredis et Samedis, et qui vont à saint Amant, Aurillac, Chambon, Chasteauneuf, Chenerailles, Paeillentin, Gueret, Jarnage, Isset, la Broutance, la Charité, le Busson, Leguire, Luçon, Monluçon, Moriac, Neuvy, Modan, Rillac, etc.
Et encore les Messagers du Blaisois et du Maine, qui partent le Samedi et qui vont à Blois, au Chasteau du Loir, à saint Calais, à Laval, etc.
Le Messager de sainte Menehoult[3] qui ne vient que de trois en trois semaines, et celuy de Sezanne en Brie qui ne vient que de dix en dix jours, logent rue saint Antoine à la Trinité.
[3] Il étoit indépendant des messageries de la Champagne, affermées comme celles de la Lorraine par Fr. Précy.
Même rue à la Bannière de France, logent les Messagers de Rebay, de Tournant, de Bray sur Seine et Dannemarie, etc., qui arrivent le Mercredy et partent le Jeudy.
Les Messagers de Bretagne qui vont à Nantes, à Rennes, à Vannes et dans toutes les autres Villes de cette Province, logent rue de la Harpe à la Rose rouge[4], et partent les Jeudis et Samedis.
[4] Rue de la Harpe, se trouvoit aussi l’hôtel de _l’Arbalête_, où étoit longtemps descendu le coche d’Angoulême. Balzac se plaint de ce qu’un paquet qu’on y mit pour lui y resta un mois et demi sans partir. Lettre _inédite_ du 21 août 1645, publiée dans le recueil si curieux et si bien annoté de M. Tamizey de La Roque.
Rue Contrescarpe logent les Messagers d’Estampes et d’Orléans, qui partent tous les jours.
Près l’Ave Maria à l’Hôtel de Sens[5], logent les Messagers de Dijon[6], Bourg en Bresse, Baune, Chalons sur Saône, Macon, Auxonne, Salins, Grey, Dôle, Besançon, Montbéliard, Belfort, Pontarlier, Neufchastel, Sens, Joigny, Auxerre, Noyers, saint Florentin, Ancy le Franc, Chably, Ravière, Montbart, Autun, Semeur, Avalon, sainte Reyne, Issoudun, Bar sur Seine, Mussy l’Evêque, la Palisse, saint Geran, Bacaudière, Rouanne, et qui partent presque tous les jours[7].
[5] Rue du Figuier. Il devoit son nom aux archevêques de Sens, qui longtemps y étoient descendus, et dont il n’avoit pas cessé d’être la propriété. On sait qu’il existe encore.
[6] Le carrosse de Lyon y descendoit aussi, ainsi que son messager, qui se chargeoit de toutes les marchandises qu’on lui confioit, affranchies ou non. Voici à ce sujet quelques lignes d’une intéressante lettre de Fléchier: «Je n’avois pas oublié, Madame, que je vous avois promis du miel de Narbonne... Je vous en envoie donc un baril de vingt livres que j’ai fait donner au messager de Lyon, pour être mis à la diligence et porté à l’hôtel de Sens, près le port Saint-Paul. J’ai donné ordre qu’on l’affranchît de toutes sortes de droit de port. Je vous prie de l’envoyer prendre.» Jean Dubray et Louis Langlois, associés à M. De La Bruyère, étoient fermiers des messageries de Paris à Lyon.
[7] Dans l’édit. de 1691, p. 54, l’Hôtel de Sens n’est pas indiqué comme point de départ de ces messageries. On lit seulement: «Près l’_Ave Maria_, aux diligences de Lyon, logent les messagers de Dijon, Bourg, etc.» Le mot _Diligence_, alors nouveau dans ce sens, paroît ne s’être employé d’abord que pour la voiture de Lyon. Palaprat s’en est bien moqué dans la préface de sa comédie l’_Important_, jouée en 1694: «Me voilà parti, dit-il, me voilà empaqueté et emballé entre deux énormes magasins dans ce char à rouliers qui mène à Lyon, et qu’on appelle fort improprement la _Diligence_, formidable machine dont les fermiers... n’ont pas laissé de trouver le mouvement perpétuel; car ni leur corbillard terrible, ni les malheureux condamnés à la roue qu’il renferme, n’ont pas un moment de repos pendant tout le voyage.» Qui pis est, n’y trouvoit pas de place qui vouloit. Il falloit laisser passer d’abord les personnes recommandées par le secrétaire d’État, administrateur de Paris et de l’Ile-de-France. C’étoit une des conditions du privilége accordé à l’entrepreneur de ces voitures. Seignelay écrivoit, par exemple, le 7 septembre 1688: «De par le roy, il est ordonné au maître de la diligence de Lion, de donner au sieur coadjuteur d’Arles cinq places dans le carrosse qui partira le samedi xje du présent mois, et ce préférablement à toutes autres personnes.»
Rue de la Huchette aux Bœufs, loge le Messager de la Ferté Alais qui part le Lundy.
Celuy de Chatillon sur Inde, loge rue de la Harpe à la Croix de fer[8].
[8] Cette auberge, à l’enseigne de la Croix de Fer, rue de la Harpe, tenoit aux ruines du Palais des Thermes.
Rue d’Enfer fauxbourg saint Michel[9] loge le Messager de Chatre[10] sous Montléhery, qui part les Lundis, Jeudis et Samedis.
[9] «A la Couronne d’or.» Édit. 1691, p. 54.
[10] On sait que c’est aujourd’hui Arpajon. Châtre n’est plus connu sous son premier nom que par un noël très populaire.
Rue du Four S. Germain, loge le Messager d’Espernon.
Rue saint Victor aux Carosses d’Auvergne, logent les Messagers de Bourbonnois passant par Bonybriart, Cône, la Charité, saint Pierre le Moustier, Bourbon les Bains, Vichy et Moulins, qui part le Samedi.
Au même endroit sont les Messagers du Puy, Mandre, saint Flour, Brioude, Sainpoursain, Gannat, Aigueperche, Riom, Clermont, etc., qui partent aussi le Samedi.
Et encore les Messagers de Languedoc qui vont à Montpellier, Nismes, Beaucaire, Frontignan, etc., qui partent les Dimanches, Mercredis et Samedis.
Rue saint Germain de l’Auxerrois au Gaillard Bois, loge le Messager de l’Aigle qui part le Vendredi.
Même rue à la Rose blanche, loge le Messager de Dreux et Nogent le Roy qui part le Vendredi à midi.
Rue Git le Cœur, loge le Messager de Tours qui part les Dimanches et les Jeudis.
Rue Betizy à l’Image saint Pierre, logent les Messagers de Coutance, Breiza, Perriere, saint Sauveur, Landilin, Marigny et Basse Normandie, qui arrivent le Jeudi au soir et partent le Samedi à midi.
Rue Montorgeuil à l’Image saint Claude loge le Messager de Forge qui part le Vendredi[11].
[11] «Au même endroit logent les messagers d’Oizemont, Honfleur, Pont-eau-de-mer, et Pont-l’Evêque, qui partent le vendredi.» Édit. 1691, p. 54.--A la fin du siècle suivant, c’est à _l’Image St-Claude_ que descendoient les marchands de beurre de Pontoise.
Même rue logent les Messagers de Diepe et de Gisors qui partent le Mercredi.
Rue Bourtibourg au Comte Robert, loge le Messager de Fontainebleau qui part le Vendredi[12].
[12] «Rue d’Arnetal, au Mouton couronné, loge le messager de Dan-Marie et de Bray-sur-Seine.» Édit. 1691, p. 14.
Rue d’Arnetal à la Couronne d’or, loge le Messager de Condé qui part le Samedi[13].
[13] «Rue Saint-Antoine, à la Bannière, logent les messagers de Languedoc et de Chaumont.» _Id._, p. 55.
Rue de la Mortellerie à la Clef d’argent, loge le Messager de Tonnerre qui part le Lundi, et celuy de Champeau qui part le Samedi[14].
[14] «Rue Saint-Denis, au Grand-Cerf, logent les messagers de Soissons, Laon et Notre-Dame de Liesse, qui partent le samedi.» _Id._, _ibid._
Rue saint Denis au grand Cerf, loge le Messager de Rouen et ceux d’Arras, de Tournay et de l’Isle en Flandres.
Même rue à la Croix blanche, loge le Messager de la Ville d’Eu.
Au bas de la rue de la Harpe à l’Image saint Eustache, logent les Messagers d’Angers[15], de Nantes, de la Flèche, de Beaufort, de Saumur, de Bourgeuil, etc., qui partent les Mercredis et Samedis.
[15] Par un procès, qui avoit eu lieu trois ans auparavant, on sait ce qu’il en coûtoit de Paris à Angers pour un voyageur et son bagage. En vertu d’une sentence du Châtelet en date du 9 nov. 1689, le sieur Bernard, bourgeois de Paris, fut condamné à payer au messager 36 livres au lieu de 33 qu’il offroit, et en sus 3 sous de la livre pesant de ses hardes, au lieu de 2 sous 6 deniers.
Rue saint Jacques au Lion ferré, logent les Messagers de toutes les Villes de Bretagne qui partent les Mercredis et Samedis.
Rue Serpente logent les Messagers de Carcassonne, Castelnaudary, Castres, Alby, Gaillard, Montauban, Cahors, Rhodez, Villefranche, Perat, Sarlat, Limoges, Brives, Thul, Thoulouse, Userche, Souliac, etc., qui partent le Mardi[16].
[16] C’est à l’Hôtel d’Anjou, rue Serpente, que ces messagers logeoient. D’autres y vinrent un peu plus tard, notamment celui de Château-du-Loir.
Rue Jean Pain molet à la Teste noire, logent les Messagers d’Abbeville.
Au Colombier près saint Martin des Champs, logent les Messagers de Crespy et de Villers Cotterets, qui partent le Vendredi.
Ceux d’Allençon, de Petiviers, de Caen, etc., qui partent le Dimanche et qui logeoient ci-devant à l’Hôtel de Montbason, sont à présent rue du Jour près saint Eustache.
Ceux d’Amiens et de Mondidier logent rue de la Tixeranderie à la Maque[17] et partent les Dimanches, Lundis, Mercredis et Vendredis.
[17] Nous avons parlé plus haut, p. 164, de cette auberge et de l’origine de son nom.
Rue du Cimetière saint André logent les Messagers de Mommirel, de Perigueux et de Rochoir qui n’ont pas de jours reglez, et ceux de Chinon, de Loudun, de Poitiers, de Thouars, de la Rochelle, etc., qui partent le Dimanche[18].
[18] Blegny oublie le messager de «Bonnétable et route», qui logeoit quai des Augustins, à l’enseigne si curieuse de la Reine des Reines.
Rue Montorgueil à l’Image saint Christophe, loge le Messager de Beaumont en Picardie qui arrive le Mardi et part le Mercredi.
Rue des Precheurs à la Pomme de pin, loge le Messager de Boine en Gatinois qui arrive le Jeudi et part le Vendredi.
A l’entrée du quay de la Tournelle[19] à la Corne[20], logent les Messagers de Montargis, de Giens et autres lieux circonvoisins.
[19] «Rue de la Tournelle, devant la rue de Bièvre.» Édit. de 1691, p. 55.
[20] C’étoit une très ancienne auberge, qui, de la rue des Sept-Voies, où Érasme y avoit logé en arrivant à Paris, avoit été transférée tout près, quai de la Tournelle.
Rue Jean Robert aux Carrosses d’Allemagne, logent les Messagers de Strasbourg, Fribourg, Scelestat, Colmar, Brissac, etc.
Rue saint Denis au grand Cerf, loge le Messager du Quesnoy.
COCHES PAR TERRE ET PAR EAU[1].
[1] Comme les messageries et les carrosses de voiture, auxquels ils étoient inférieurs en vitesse, et qui coûtoient plus cher, les coches voituroient voyageurs et marchandises. Ils n’en différoient que par le prix moins élevé, et parce qu’ils étoient des entreprises particulières, tandis que les messageries étoient un établissement royal, et les carrosses de voiture des établissements privilégiés. Les _coches_, comme le prouvoit leur nom, qui sentoit son vieux temps, les avoient précédés les uns et les autres. Ils datoient de l’époque des premières voitures de ville, qui s’appeloient comme eux et qui peu à peu perdirent cet ancien nom pour en prendre d’autres. Ils le gardèrent seuls: «Les coches, écrivoit Sauval, t. I, p. 191, en 1670, sont encore en usage pour aller d’une ville à l’autre.»
Rue Jean Robert aux Carosses d’Allemagne[2], logent aussi les Coches de Metz, Verdun, Clermont, Thionville, Danvilliers, Arlon, Wirton, Sarloüis, Vandrevanche, Sarbrik, Hambourg, Bik, la petite Pierre, Litemberg, Marsal, et autres Villes des trois Evechez, Comté de Chiny et places de la Sarre, Lorraine haute et basse, Barleduc, Ligny, Commercy, Pont Amousson, Luneville, Sarbourg, Philisbourg, Benfeld, Scelestat, Colmar, Brisac, Fribourg, etc., qui partent les Lundis et Vendredis[3].
[2] V. plus haut.
[3] Dans la première édition, Blegny n’avoit pas oublié moins que le nom de la rue et celui de l’auberge où tous ces coches descendoient. V. p. 56.
Rue saint Antoine à l’Ours, logent les Coches de Troyes en Champagne, qui partent les Mardis et Vendredis.
Celuy d’Amiens qui part de deux en deux jours, rue de la Tixeranderie à la Maque[4].
[4] V. plus haut.
Celuy de Chalons en Champagne, rue de la Verrerie, qui part les Mardis et Vendredis.
Rue Montorgueil à l’image saint Christophle, loge le Coche de Beaumont qui part le Samedi.
Rue Bourlabé à l’Ecu Dauphin, logent les Coches de Montreuil, Boulogne, Calais, Dunkerque, etc., qui partent le Lundi.
Rue Bourtibourg au Comte Robert, loge le Coche de Lagny qui part les Mardis, Jeudis et Vendredis.
Celuy de Monfort Lamaury rue du Four saint Germain, à l’enseigne de la Ville d’Espernon, qui part les Mercredis et Samedis.
Celuy d’Abbeville qui part le Dimanche, rue Jean Pain Molet.
Rue saint Martin au Cardinal le Moine, logent les Coches de Rheims, qui partent les Lundis et Vendredis et ceux de Soissons, Laon, Notre Dame de Liesse, etc., les Lundis, Jeudis et Samedis.
Rue saint Paul à la ville de Joigny, est le Bureau des Coches par eau d’Auxerre[5], qui partent les Mercredis et Samedis, et qui passent par Corbeil, Melun, Valvin, Montreau, Villeneuve le Roy, Joigny, etc.
[5] Béranger, qui l’avoit encore pu voir dans son enfance, en a parlé dans une de ses chansons:
Six francs et ma layette en poche, Belle nourrice de vingt ans D’_Auxerre_ avec moi prit _le coche_.
Le Bureau des Coches d’eau servant pour la diligence de Lion[6], est à l’Hôtel de Sens près l’_Ave Maria_.
[6] C’est-à-dire amenant de la haute et basse Seine les voyageurs pour Lyon. A propos d’un autre coche qui, moitié par terre, moitié par eau, vous amenoit de Lyon à Paris, v. Gui Patin, _Lettre_ du 17 nov. 1662.
Le Bureau des Coches par eau de Montreau, Bray et Nogent-sur-Seine, est sur le port saint Paul d’où ils partent le Lundi seulement deux fois le mois.
Le Bureau des Coches par eau de Fontainebleau qui partent les Lundis à l’ordinaire et tous les jours à l’extraordinaire pendant le séjour de la Cour audit lieu, est sur le quay de la Tournelle à la Croix blanche[7].
[7] Ce chapitre, dans l’édition précédente, p. 56-57, diffère de celui-ci par quelques détails que nous n’avons pas cru devoir signaler. S’ils n’ont pas été reproduits par Blegny, c’est sans nul doute que, vérification faite, il y avoit reconnu des erreurs. Pour la même raison, nous n’en avons pas parlé.
ROULLIERS ET CHARETTES
DE ROUTES.
Rue de la Harpe à la Croix de fer, logent les Charettes pour Laval, Mayenne et Vitré en Bretagne[1].
[1] Ce chapitre commence autrement dans l’édit. précédente, où il est le XXXVIIe, p. 57. On y trouve cet article qui manque ici: «Rue de la Huchette aux Bœufs, logent les charettes pour la Ferté Alais, qui partent le mercredi.»
Celles de Chartres rue Contrescarpe aux Carosses d’Orléans.
Celles de Chevreuse qui partent les Mardis et Vendredis, rue saint Dominique du Fauxbourg saint Michel[2], à l’Ecu d’Orléans.
[2] C’est l’ancienne rue Saint-Dominique-d’Enfer, qui alloit de la rue d’Enfer à la rue Saint-Jacques.
Celles de Montargis et de Nemours qui partent le Dimanche, rue du quay de la Tournelle.
Celles de Beny-Briard, Cone, la Charité, saint Pierre le Moutier, Nevers, Bourbon les Bains, Vichy, Moulins, etc., qui partent le Mercredi, rue saint Victor aux Carosses d’Auvergne, et encore celles du Puy, Mandre, saint Flour, Issoire, Brioude, saint Poursaint, Gagnac Aigueperche, Riom et Clermont, qui partent le Mercredi. Enfin celles de Montpellier, Nismes, Frontignan, Baucaire, Milhaud, Lodève, Beziers, Narbonne et Perpignan qui partent le Mercredi.
Celles de Gournay qui partent le Vendredi, rue Montorgeuil à l’image saint Christophle.
Celles de Senlis, Compiègne, Noyon, Chaunis, la Fère, Ham, saint Quentin, le Quesnoy, Maubeuge, Roye, Peronne, Cambray, Douay, Valencienne, Tournay, Bapaume, Arras, l’Isle, Rouen, Diepe et le Havre qui partent tous les jours, rue saint Denis au grand Cerf.
Celles de Beaumont-Roger en Normandie qui partent le Mercredi, rue Montmartre à la grosse Tête.
Celles de Dijon, Bourg en Bresse, Nuis, Baune, Chalons sur Saône, Macon, Auxonne, Salins, Grey, Bezançon, Monbelliard, Befort, Pontarlier, Neufchastel, Sens, Joigny, Auxerre, Noyers, saint Florentin, Ancy le Franc, Tonnerre, Chably, Bavière, Mon-bar, Autun, Semeur, Avalon, sainte Reine, Bar sur Seine et Mussy l’Evesque, qui partent tous les jours près l’_Ave Maria_ à la Diligence de Lion.
Les Roüilliers[3] de Troyes et autres Villes de Champagne et de Bourgogne, logent rue de la Verrerie à l’Image Notre Dame[4].
[3] Blegny écrit comme on prononçoit, et comme on prononce encore dans quelques provinces. L’orthographe étoit déjà «roulier». Richelet écrit ainsi, et l’exemple qu’il donne: «Il s’en va à Orléans avec les rouliers», indique que les rouliers ne prenoient pas seulement des marchandises dans leurs charrettes, mais des voyageurs à qui manquoit l’argent nécessaire pour aller par le carrosse de voiture, les messageries ou le coche.
[4] Cette auberge existoit encore avec la même enseigne et la même destination à la fin du XVIIIe siècle. C’est là que descendit la fameuse Mme de La Mothe lorsqu’elle vint de Troyes à Paris pour commencer ses intrigues, dont l’affaire du Collier fut la plus scandaleuse.
Ceux d’Anvers, de Lorraine et d’Allemagne, rue d’Arnétal au Chariot d’or, qui partent le Mardi et quelquefois le Mercredi.
Ceux de l’Isle, Tournay, Douay, Arras, Maubeuge et Guise en Picardie, même rue au Mouton, qui partent le Jeudi.
Et ceux de Compiègne, Peronne, la Ferre, etc., même rue à la Croix de Lorraine, qui partent le Samedi.
Rue saint Denis aux deux Anges, logent les Charrettes de Montmirel, de la Ferté Gauché et du Bois Commun, qui partent le Vendredi.
AUTRES ADRESSES NOUVELLEMENT RECOUVERTES.
Chez les Sieurs Michallet et d’Houry rue saint Jacques, et chez la veuve Nion à l’adresse qui est à la première page, on trouvera au commencement de cette année 1692, le premier tome d’un livre également utile et curieux, qui aura pour titre _les Travaux d’Esculape_, ou les Découvertes successives des secrets de l’Art de guerir[1]. Ensuite de quoy on y trouvera régulièrement tous les trois mois un volume nouveau du même livre, pour satisfaire aux ordres du Roy et de Monsieur le premier Medecin de Sa Majesté, en conformité desquels la Société Royale de Medecine a été établie, pour travailler à la recherche et vérification des nouvelles Découvertes qui ont été faites, qui le sont, et qui le seront cy-après dans toutes les parties de la Medecine et dans tous les Arts qui luy sont subordonnez.
[1] C’est encore un livre de Blegny, qui ne pouvoit mieux finir qu’en se faisant une réclame de plus. Il avoit déjà publié, en 1679 et 1680, sous un titre à peu près pareil, 2 vol. du même genre, _Le Temple d’Esculape_. Voy. notre _Introduction_, p. XLVIII.
M. Rebel attenant au Jeu de paume de la rue Tireboudin[2], dit avoir apporté d’Egypte une Eau qui appaise sur le champ la douleur des Dents, qui se prend par le nez, qui fait larmoyer abondamment, et dont la phiole de quatre prises se vend un louis d’or; mais la vertu de ce Remede est encore inconnu à l’Auteur.
[2] C’est aujourd’hui la rue Marie Stuart.
Le Sieur Do Emailleur[3] rue de Harlay scelle hermétiquement des Vaisseaux chimiques.
[3] Il a déjà été parlé de lui. V. t. I, p. 242.
Le Sieur le Roy à l’entrée du fauxbourg saint Antoine vis-à-vis le Croissant, peint toutes sortes de Meubles en verni façon de la Chine[4], et travaille d’ailleurs dans les appartemens aux ornemens de Peintures.
[4] C’est un prédécesseur bien peu connu des Martin, si célèbres vers le milieu du siècle suivant, mais en d’autres quartiers que le faubourg Saint-Antoine: «La manufacture royale de MM. Martin, lisons-nous dans l’_Esprit du Commerce_, 1748, in-8º, p. 41, est située faubourg Saint-Martin, faubourg Saint-Denis, et une autre rue Saint-Magloire.»
Les Suisses qui apportent des Serains de Canarie[5], logent à l’entrée du même faubourg[6].
[5] «Les Suisses, lisons-nous dans le _Diction._ de Furetière, apportent beaucoup de serins de leurs pays, du Tyrol et des provinces méridionales de l’Allemagne.» Le Tyrol déjà en fournissoit surtout: «Dans une bourgade du Tyrol, nommée Imst, dit Malte-Brun, se trouve le grand séminaire de serins, nommés encore, ajoute-t-il ironiquement, _oiseaux des Canaries_, dans la plupart des langues d’Europe, et qui sont exportés jusqu’à Lisbonne et peut-être jusque dans les Iles Canaries.»
[6] Hervieux dans son _Traité des serins de Canaries_, 1709, in-12, chap. 23, dit qu’ils y venoient deux fois par an, et qu’ils logeoient dans ce faubourg, à l’hôtellerie de la Boule, où ils apportoient des serins par milliers.
Le Sieur Quillet Sculteur à la Boule royale, grande rue du même fauxbourg, fait des Bordures de Tableaux pour les Marchands à juste prix.
On vient d’établir une nouvelle Manufacture de Chandelle dans le même fauxbourg, rue de Pincourt, près la barrière[7].
[7] Une note en a parlé plus haut, p. 7.
FIN DU LIVRE DES ADRESSES.
TABLE
DES ARTICLES
DU