‹ Le livre de l'émeraude: en BretagneChapitre 21 sur 91 · XX

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ANNONCIATION DU SOIR

A B., le 30 septembre.

Sur la mer, le ciel est une pensée bleue tombée sur des feuilles de saule. Caresse tiède aux yeux, tout est velours de ce qu’ils voient, tout est soie.

Je regarde passer trois longs nuages d’or, fuseaux que laisse échapper de ses mains la journée défaillante: ils courent légers au-dessus des chênes.

La mer terrible est ivre de ses charmes. Mais en vain: si séduisante et si cruelle, dans son repos elle pousse soudain un soupir qui déchire, et qui appelle. Elle est amoureuse, et toujours triste.

L’inquiétude et le rêve se cherchent des lèvres, au bord de l’eau. La roche retient l’algue mouillée. Sur le sable de velours fauve, les cailloux polis luisent comme des pierreries. Le soleil couchant allume des rubis et des topazes sur la plage.

L’inquiétude délicieuse griffe le cœur. Le troupeau cherche la vachère; et le taureau, immobile sur ses sabots noirs, tend le cou. Les cornes noires de la vache semblent l’ombre d’une fourche dans l’air lumineux. On appelle sur l’autre rive. Un chien qui aboie. Un enfant qui rit.

Puis le silence, tandis que la lumière semble l’écho d’un concert inaccessible. Et la mer murmure.

· · ·

Le rêve mortel ondule sur la mer. Qu’est-ce que tout cela? La pensée d’un mort, qui médite la vie?... Ou la vie qui s’adore elle-même, dans la langueur? Ou...

On m’appelle, de l’autre rive.

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