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XXXIV

LA NUIT DES FÉES

Le petit bois de Ker-Mor. 5 septembre.

J’ai vu les fées, par cette douce nuit.

J’allais sur le chemin, qui monte et descend par la lande, bordé de vastes champs, et semé de beaux arbres, de loin en loin. J’allais par le sentier, que l’on perd dans l’herbe; je marchais sur le tapis frais et touffu de la prairie; et l’herbe était glauque au clair laiteux de la lune.

L’exquise joie de la nuit d’été, suspendue, était muette. Seule, là-bas, au delà des sables blancs comme la neige, la berceuse de la mer soupirait doucement son murmure... La vague expirait sur la grève comme le souffle enchanté de cette nuit.

Il était tard, déjà; et l’arc de la lune tirait ses flèches de perles déjà plus bas que le front des arbres; au bord de l’oreille, l’arc rieur jetait ses traits dans les cheveux. Toute la mer lointaine brillait de cette lumière, pareille à un bouclier tremblant sur une gorge voluptueuse. Et la vague pâmait.

Près d’un ruisseau, sous les vieux ormes, dans une litière d’ombre, un vieux cheval dormait... Et la brise tiède inclinait les feuilles, qui frémissaient sans bruit, comme les lèvres de la jeune fille qui va sourire...

Les haies sentaient la mûre, et le miel des fleurs chaudes. De toutes parts, l’odeur des feuillages mouillés s’élevait délicieuse, frais encens de minuit, rosée amoureuse de la terre endormie. Le vieux cheval tousse; il lève la tête et change de pied; il doit rêver.

Et comme je tournais sur le chemin, m’élevant peu à peu selon la pente, sur le haut de la côte le bois de pins apparut. Et c’est alors, ô fées, pensant à vous, que je vous ai revues.

· · ·

La lune brille au travers des pins, dont les pieds entrelacés se croisent dans la clarté. Entre les longs couples, au port si svelte et si fin, le ciel d’argent bleuâtre coule; et le clair de la lune est comme un lac suspendu sous les branches. Les ombres de velours et les rayons de blonde opale glissent plus doucement que l’aile du cygne, lorsqu’il plane. Les arbres mariés font un temple au clair de lune.

La pluie d’or des étoiles tombe plus pâle sur les pins.

J’entends vos pas, et votre lente danse, ô fées. Les lucioles, au bord des haies, ce sont vos yeux, quand l’une de vous se couche sur l’herbe, ou se baisse pour détacher sa robe de lune prise aux épines, et que les autres, penchées sur elle, l’entourent. Ou bien, quand deux de vous se cachent sous les feuilles, pour se caresser.

Les génies du feuillage, attentifs, et les petits dieux des charmes mouillés vous regardent. Le flot paisible retient son haleine, et rit mystérieusement sur les galets.. Et, par cette nuit si douce, sous les pins de Kermor, je vous vois toutes, ô fées.

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