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XXXVI

LE JOUR DES MORTS

2 novembre. Près de Kemper.

Les brumes blanchâtres se dispersent et courent de la lande sur la mer, où le vent les emporte. Le soleil luit doucement. Un matin bleu, parfumé, humide. Des corneilles, sur le toit de la maison déserte, causent gravement, sans se regarder, le bec droit et magistral, le col tendu comme des juges qui écoutent. Elles prononcent des arrêts lugubres, où grince le bruit des chaînes: Eh quoi?... Eh quoi?... font-elles. Au soleil, les fleurs d’ajoncs brillent, mouillées. Mélancoliquement, la cloche tinte des glas.

Trois femmes viennent sur le chemin, deux vieilles et une jeune entre les deux. Elles ont de gros bouquets à la main, des fleurs coupées trop haut, qui paraissent trop grosses sur la tige trop courte. Et la mosaïque de ces bouquets pressés semble faite au point, comme une tapisserie. Un vieil homme paraît, un gros bouquet de dahlias entre les doigts.

--Je n’ai pas encore porté des fleurs à mes morts, dit-il.

--Nous non plus, font les femmes.

--J’y ai été, hier, après la messe...

--Nous aussi, disent-elles.

--Mais nous n’avons pas vu Yvonne, observe l’une.

--Ah! dit le vieux contrarié.

Après un court silence, où ils ne se regardent pas, où ils tournent dans leurs mains les fleurs épaisses, pressées, nues sans une feuille,--une des vieilles reprend:

--Un beau temps pour les morts...

--Un bien joli temps pour les morts... disent les autres.

--Tant mieux pour eux, il faut ça... décide le vieux avec une assurance étrange.

--Ne nous mettons pas en retard, dit la jeune femme qui n’a pas encore parlé.

--Nous avons le temps. La messe n’est pas encore sonnée. Mais ne m’attendez pas, fait-il à la plus âgée.

--Vous ne venez pas? On n’est jamais trop tôt, là-bas...

--Je traîne la jambe, vous savez; je vais plus lentement que vous...

--A tout à l’heure. J’irai avec vous au cimetière, Loïk. Il fera bon là-bas...

--Un beau temps pour les morts...

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