LXXIV
LA JEUNE FILLE A LA BAGUE
Près de Kemper. En juillet.
Le crépuscule avait jeté sur la journée grise un manteau royal de brocart rose et d’or, lamé de soie lilas. Les nuées fastueuses du couchant s’étendirent comme une chape sur le dos de la colline; et la campagne, caressée par les reflets verts de la lumière, brilla dans l’ombre bleue du soir.
Le long crépuscule de l’été invitait les bois et la prairie au rêve. La clarté demeurait suspendue sur la tête des hêtres. Et lentement, lentement, pareil à la marée, le soir venait sur la prairie déserte.
Seule, une jeune fille, à la lisière de la lande. A peine si elle paraît vivante. Elle tourne le dos aux lueurs rouges du couchant; et sa forme noire se dresse comme une ombre.
Elle était immobile près de la haie, et sa main reposait sur la barrière. Grande et sombre, elle regardait obstinément vers la mer. Sa coiffe, en forme de hennin carré, se retirait un peu sur le haut de la tête; et les lacets en étaient rejetés sur les épaules... Les cheveux brillaient doucement autour du beau visage blanc, comme sur un vitrail un trait d’or serre une figure.
· · ·
Un épervier, ayant tournoyé, plana bas, morne et lourd; suspendu au dernier rayon de la lumière, on l’eût dit endormi au bout d’un fil d’or...
Elle regardait vers la mer, immobile et rêveuse. Sa main, posée sur la barrière, portait un anneau fin; et, de l’autre, elle jouait avec la bague, la passant et la repassant au long du doigt inerte... Puis, inattentive et toujours rêvant, elle laissa glisser à ses pieds l’anneau qui roula dans l’herbe... Et ce n’est que longtemps après qu’elle le ramassa.