LXXV
CHANT DE LA NUIT
A K... Fin septembre.
La splendeur douce de la nuit chante comme une femme.
La lumière nuageuse plane sans éclat: on dirait un écho, en long point d’orgue.
La lune pâle est sur la dune et sur la mer. Les nuages de la pluie récente se dissolvent dans l’espace, écume blanche et grise, vapeurs effilées: le ciel semble duveté de plumes. La lune est nimbée d’argent. L’air est tiède. La terre est mouillée. Les grillons grésillent... Et les étoiles laiteuses tremblent faiblement...
Il tombe une forte rosée, une humidité presque chaude. Le silence est vêtu de blanc. Il a la voix étouffée de la femme amoureuse qui chante, lorsqu’elle baisse le ton, et que, par la fenêtre ouverte sur la mer, vient au passant la mélodie voilée.
La nuit, qui ennoblit tous les traits et donne de la grandeur à tout, dit ce soir la paix heureuse et le calme de la vie qui se voit décliner. Le paysage l’accompagne en sourdine, et se surpasse pour l’accompagner.
· · ·
L’étroit chemin sous les arbres semble conduire au mystère d’une demeure inconnue. Les pins et les chênes s’ouvrent en avenue: la nuit la rend immense et sacrée comme elle-même. Sous la longue nef de l’ombre, entre les arcs du noir feuillage, une lueur obscure est couchée, comme le ruban d’une rivière. Je me retourne: là-bas, à l’autre bout de l’avenue, la lune ronde pend comme une lanterne à la clé de voûte; et le sable brille: c’est l’esplanade où, de côté, s’élève le palais de l’enchantement...
Le mer est endormie. Les feuillages frémissent de loin en loin. La nuit, au large style qui résume toutes les lignes, chante sous le ciel une mélodie suave, et le clair de lune est son harmonie.