‹ Le livre des enfantsChapitre 2 sur 6 · L'OREILLER D'UNE PETITE FILLE

L'OREILLER D'UNE PETITE FILLE

Cher petit oreiller, doux et chaud sous ma tête, Plein de plume choisie, et blanc, et fait pour moi: Quand on a peur du vent, des loups, de la tempête, Cher petit oreiller, que je dors tien sur toi!

Beaucoup, beaucoup d'enfants pauvres et nus, sans mère, Sans maison, n'ont jamais d'oreiller pour dormir; Ils ont toujours sommeil. O destinée amère! Maman! Douce maman! Cela me fait gémir.

Et quand j'ai prié Dieu pour tous ces petits anges Qui n'ont point d'oreiller, moi, j'embrasse le mien. Seule, dans mon doux nid qu'à tes pieds tu m'arranges, Je te bénis, ma mère, et je touche le tien!

Je ne m'éveillerai qu'à la lueur première De l'aube; au rideau bleu, c'est si gai de la voir! Je vais dire tout bas ma plus tendre prière; Donne encore un baiser, douce maman! Bonsoir!

PRIÈRE

Dieu des enfants! le cœur d'une petite fille, Plein de prière, écoute, est ici sous mes mains: On me parle toujours d 'orphelins sans famille: Dans l'avenir, mon Dieu, ne fais plus d'orphelins!

Laisse descendre au soir un ange qui pardonne, Pour répondre à des voix que l'on entend gémir; Mets sous l'enfant perdu, que sa mère abandonne, Un petit oreiller qui le fera dormir!

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DORMEUSE

Si l'enfant sommeille, Il verra l'abeille, Quand elle aura fait son miel, Danser entre terre et ciel.

Si l'enfant repose, Un ange tout rose, Que la nuit seule on peut voir, Viendra lui dire: «Bonsoir!»

Si l'enfant est sage, Sur son doux visage, La Vierge se penchera, Et longtemps lui parlera.

Si mon enfant m'aime, Dieu dira lui-même: «J'aime cet enfant qui dort; Qu'on lui porte un rêve d'or!

«Fermez ses paupières, Et sur ses prières, De mes jardins pleins de fleurs Faites glisser les couleurs.

«Ourlez-lui des langes, Avec vos doigts d'anges, Et laissez sur son chevet Pleuvoir votre blanc duvet.

«Mettez-lui des ailes Comme aux tourterelles, Pour venir dans mon soleil, Danser jusqu'à son réveil!

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«Qu'il fasse un voyage Au bras d'un nuage, Et laissez-le, s'il lui plaît, Boire à mes ruisseaux de lait!

«Donnez-lui la chambre De perles et d'ambre, Et qu'il partage en dormant Nos gâteaux de diamant!

«Brodez-lui des voiles Avec mes étoiles, Pour qu'il navigue en bateau Sur mon lac d'azur et d'eau!

«Que la lune éclaire L'eau pour lui plus claire, Et qu'il prenne, au lac changeant, Mes plus fins poissons d'argent!

«Mais je veux qu'il dorme Et qu'il se conforme Au silence des oiseaux Dans leurs maisons de roseaux!

«Car si l'enfant pleure, On entendra l'heure Tinter partout qu'un enfant A fait ce que Dieu défend!

«L'écho de la rue Au bruit accourue, Quand l'heure aura soupiré, Dira: L'enfant a pleuré!

«Et sa tendre mère, Dans sa nuit amère, Pour son ingrat nourrisson Ne saura plus de chanson!

«S'il brame, s'il crie. Par l'aube en furie Ce cher agneau révolté Sera peut-être emporté!

«Un si petit être Par le toit, peut-être, Tout en criant s'en ira Et jamais ne reviendra!

«Qu'il rôde en ce monde, Sans qu'on lui réponde! Jamais l'enfant que je dis Ne verra mon paradis!»

Oui! mais s'il est sage, Sur son doux visage La Vierge se penchera, Et longtemps lui parlera.

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SELON DIEU

Mère, un cheval est à la porte, Il demande la charité. --Vite, du foin, qu'on le lui porte! Il en sera réconforté. Cheval, dis à Dieu, notre maître, Qu'avec joie et sans te connaître, Et nourris de sa charité, Nous t'avons bien réconforté.

Mère, un ramier est à la porte, Il demande la charité. --J'ai là du blé, qu'on le lui porte! Il en sera réconforté.

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Ramier, dis à Dieu, notre maître, Qu'avec joie et sans te connaître, Et nourris de sa charité, Nous t'avons bien réconforté.

Mère, un enfant est à la porte, Il demande la charité. --Tout notre lait qu'on le lui porte! Il en sera réconforté. Enfant, dis à Dieu, notre maître, Qu'avec joie et sans te connaître, Et nourris de sa charité, Nous t'avons bien réconforté.

Mère, un vieillard est à la porte, Il demande la charité. --Du vin, du vin, qu'on le lui porte! Il en sera réconforté. Vieillard, dis à Dieu, notre maître, Qu'avec joie et sans te connaître, Et nourris de sa charité, Nous t'avons bien réconforté.

Mère, un coupable est à la porte, Il demande la charité. --Ce manteau blanc, qu'on le lui porte! Nous l'aurons réhabilité. Ami, dis à Dieu, notre maître, Qu'avec joie et sans te connaître, Et brûlants de sa charité, Nous t'avons réhabilité.

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LE NUAGE ET L'ENFANT

L'enfant disait au nuage: «Attends-moi jusqu'à demain, Et, par le même chemin, Nous nous mettrons en voyage.

«Toi, sous tes telles lueurs, Moi, dans les champs pleins de fleurs, Sur le cheval de mon père, Nous irons vite, j'espère.

«Je m'y tiens bien, tu verras! J'y monte seul à la porte; Et, quand mon père m'emporte, Je n'ai pas peur dans ses bras.

«Quand il fait beau, comme un guide, En tête, il me fait asseoir; Toi, d'en haut tu pourrais voir Comme je tiens bien la bride!

«Ah! je voudrais d'ici là Ne faire qu'une enjambée Sur la nuit toute tombée, Pour te dire: «Me voilà!»

«Mais je vais faire un beau rêve Où je rêverai de toi; Jusqu'à ce que Dieu l'achève, Ami nuage, attends-moi!»

· · ·

Comme il jetait les paroles De ses espérances folles, Le nuage décevant Glissait, poussé par le vent.

Pourtant le bambin sautille, L'oiseau chante, l'eau scintille, Et l'écho lui sonne au cœur: «Demain! demain! quel bonheur!»

Enfin le soleil se couche, Et son baiser qui le touche D'un voile ardent clôt ses yeux Qu'il tenait ouverts aux cieux.

Près de rentrer chez sa mère, Au voyageur éphémère L'enfant veut parler encor, Mais le beau fantôme d'or

N'est plus qu'une vapeur grise, Qu'avec un cri de surprise L'enfant qu'il vient d'éblouir Voit fondre et s'évanouir.

Au cri de la petite âme, S'est élancée une femme, Qui, le voyant sauf et sain, Boudeur, l'emporte à son sein.

Plaintif, le mignon s'y cache, Déclarant ce qui le fâche, Que, sans son bel étranger, Il ne veut plus voyager.

«Si tu chéris les nuages, Mon amour, pour tes voyages Le temps en aura toujours: Il en passe tous les jours.

--Ce ne sera plus le même, Celui-là, mère, je l'aime!» Dit l'enfant, puis il pleura... Et la femme soupira.

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