L'ENFANT AU MIROIR
A Mademoiselle Émilie Bascans
Si j'étais assez grande, Je voudrais voir L'effet de ma guirlande Dans le miroir. En montant sur la chaise, Je l'atteindrais: Mais, sans aide et sans aise, Je tomberais.
La dame, plus heureuse, Sans faire un pas, Sans quitter sa causeuse, De haut en bas, Dans une glace claire, Comme au hasard, Pour apprendre à se plaire, Jette un regard.
Ah! c'est bien incommode D'avoir huit ans! Il faut suivre la mode Et perdre un temps!... Peut-on aimer la ville Et les salons? On s'en va si tranquille Dans les vallons!
Quand ma mère qui m'aime Et me défend, Et qui veille elle-même Sur son enfant, M'emporte où l'on respire Les fleurs et l'air, Si son enfant soupire, C'est un éclair!
Les ruisseaux des prairies Font des psychés, Où, libres et fleuries, Les fronts penchés, Dans l'eau qui se balance, Sans nous hausser, Nous allons en silence Nous voir passer.
C'est frais dans le bois sombre, Et puis c'est beau De danser comme une ombre Au bord de l'eau! Les enfants de mon âge, Courant toujours, Devraient tous au village Passer leurs jours.
[Illustration]
[Illustration]
LA PETITE PLEUREUSE A SA MÈRE
On gronde l'enfant A qui l'on défend De pleurer quand bon lui semble; On dit que les fleurs Sèchent bien des pleurs... Tu mêles donc tout ensemble?
Oui, maman, je t'ai vue avec ton air joyeux, Le rire sur la bouche et les larmes aux yeux.
Au bal, sous ses bouquets, j'ai vu pleurer ma mère. J'ai baisé cette larme, elle était bien amère. Viens que je te console. Avais-tu trop dansé? Moi, je ne gronde pas! Moi, quand mon pied lassé Me défend d'être bien aise, L'ennui qui me prend M'arrête en courant, Et je m'endors sur ma chaise. Oh! si je viens encor pleurer sur tes genoux, Maman, ne me dis plus: «Vous n'êtes pas gentille!» Dansons, quand nous pouvons, ou pleurons entre nous, Mais ne nous grondons pas: vois-tu! je suis ta fille, Et je t'aime, et je vais prier Dieu tous les jours De m'égayer beaucoup pour t'égayer toujours! Embrasse donc bien fort ta petite chérie, Et jamais, plus jamais ne dis: «Vous...» je t'en prie! Ainsi consolons-nous et donnons-nous la main: Si nous pleurons ce soir, va! nous rirons demain!
[Illustration]
[Illustration]
LA FRIVOLE
Ah! je suis inconsolable D'avoir perdu mon ruban! Ma chère, il était semblable Aux rouleaux de mon volant. Celui-ci, bien qu'adorable, Regarde, est d'un autre blanc!...
On a bien raison de dire: «Les chagrins sont près de nous.» Pas un cœur qui ne soupire Du sort méchant et jaloux. Tu ris... Ne me fais pas rire! Pourtant, ce serait bien doux!
Mais je suis inconsolable D'avoir perdu mon ruban! Ma chère, il était semblable Aux rouleaux de mon volant. Celui-ci, bien qu'adorable, Regarde, est d'un autre blanc!
Mise hier comme une fée, Au bras de mon frère Henri, D'un coup de vent décoiffée, J'entre, et chacun pousse un cri. J'étais tout ébouriffée: Juge si nous avons ri!
Mais je suis inconsolable D'avoir perdu mon ruban! Ma chère, il était semblable Aux rouleaux de mon volant. Celui-ci, bien qu'adorable, Regarde, est d'un autre blanc!
La joie est dans notre école, Mais toujours le bonheur ment! Tiens, c'est un oiseau qui vole! Moi, j'irai, Dieu sait comment... Que ne suis-je un peu frivole Au moins pour danser gaîment!
Mais je suis inconsolable D'avoir perdu mon ruban! Ma chère, il était semblable Aux rouleaux de mon volant. Celui-ci, bien qu'adorable, Regarde, est d'un autre blanc!
Si j'étais moins désolée, Nous redirions notre pas... Pourtant, avant l'assemblée, Chantons et valsons tout bas. Suis-moi! Je suis envolée! C'est enchanteur, n'est-ce pas?...
Mais je suis inconsolable D'avoir perdu mon ruban! Ma chère, il était semblable Aux rouleaux de mon volant. Celui-ci, bien qu'adorable, Regarde, est d'un autre blanc!
[Illustration]
[Illustration]