XII.
LETTRE DE L'ABBÉ DE MONTREUIL
A SON FRÈRE.
Cet abbé, bel esprit du siècle de Louis XIV, écrivait quelquefois d'une manière assez originale. Etant un jour tombé malade à Calais, il fit part de cette nouvelle à son frère par la lettre suivante:
«Mon frère, on a mandé à notre mère que j'étois fort malade; dites-lui, je vous prie, que cela ne doit point lui donner d'inquiétude: les enterrements sont à bon marché à Calais; je ne lui demande qu'une douzaine de messes qui ne coûtent que cinq sous au pays où elle est. Et à vous, mon cher frère, la seule grâce que je vous demande, c'est de ne me point faire de mauvaise épitaphe, ou pour mieux dire de ne m'en point faire du tout; vous m'obligerez sensiblement.
»Votre bon frère,
DE MONTREUIL.»
Cette lettre donnerait à penser que Mme de Montreuil regardait de près à la dépense, et que le frère du malade avait un talent poétique fort équivoque aux yeux dudit malade.
AUTRE LETTRE DU MÊME ABBÉ A L'UN DE SES DÉBITEURS.
«Monsieur Olivier, je vous prie de m'excuser si, malgré la résolution que j'avois prise, j'ai laissé passer mercredi sans envoyer saisir vos meubles. Si ce n'étoit point fête aujourd'hui, vous auriez le plaisir de voir un sergent; mais soyez tranquille, cela ne tardera pas; et n'espérez pas que je me laisse plus longtemps corrompre par votre mauvais exemple. Quoique vous ne m'avez jamais tenu parole, je suis bien décidé cette fois-ci à vous tenir la mienne; et bien que vous ayez l'honneur d'être le plus mauvais payeur de Saint-Cloud, je ne suis pas décidé à être l'homme le plus patient de Paris; ainsi à demain.»
L'abbé de Montreuil, né à Paris en 1620, est mort à Valence en 1692. VOY. ce que dit de sa personne et de ses ouvrages, le savant Michault de Dijon, dans ses Mélanges historiques et philologiques, Paris, Tillard, 1770, 2 vol. in-12, tom. I, pp. 85-94.