‹ Le livre des singularitésChapitre 60 sur 67 · V.

V.

DU PARADIS, DE SES MERVEILLES ET DE SES JOYES.

De toutes les descriptions que l'on a faites de ce lieu de délices, il n'en est aucune qui approche de celle du chanoine Arnoulx, pour la singularité des détails allégoriques, pittoresques et mystiques dans lesquels est entré ce bon chanoine sur l'immense et magnifique demeure et sur les plaisirs que Dieu réserve aux Bienheureux. Le livre qui renferme ces élans de sa vive et féconde imagination, a pour titre: Du Paradis et de ses merveilles où est amplement traicté de la félicité éternelle et de ses joyes, par Fr. Arnoulx, chanoine de la cathédrale de Riez, en Provence. Rouen, chez Robert Séjourné, avec approbation des docteurs, 1665, in-12 de 180 pag.[188] L'article suivant est entièrement composé des extraits les plus saillants de cette production originale. Nous donnons le texte dans toute sa pureté pour faire juger du style et de l'orthographe du temps; et nous indiquons toujours les chapitres d'où chaque passage est tiré.

[Note 188: Dès 1635, le même Arnoulx avait déjà préludé à cet ouvrage par un autre sur le même sujet, mais dont le titre est plus bizarre; il est intitulé: La Poste royale du Paradis, très utile à chacun pour heureusement s'y rendre, recueillie des sacrez docteurs qui curieusement en ont traicté. Lyon, Nic. Gay, 1635, in-12. On trouve au chapitre XL, La Poste dressée en ce monde par Satan, pour aller en enfer; et dans un autre chapitre: La Poste pour aller en Purgatoire, qui est un faubourg du Ciel et la basse-cour du Paradis. Le volume finit ainsi:

MILLIES LAUS JESU, MILLIES LAUS MARIÆ, MILLIES BENEDICTIO REGI GALLICO. ]

A vous la parole, illustre historien des hauts lieux:

«Le Ciel est comme un heureux royaume, qui a un si grand Roy, si courtois, si gracieux, qu'il veut que les habitans de son royaume regnent avec luy et que tous soient roys.--Dieu donc est le Roy de ce royaume; les Archanges sont les pages d'honneur; la sacrée Vierge Marie est la Royne; toutes les Vierges sainctes sont les damoyselles et les filles de chambre; les Chérubins sont les ducs; les Séraphins sont les comtes; les Throsnes sont les marquis; les Anges, les barons; et les Saincts, la noblesse. Les sept planettes sont le parlement; et les Puissances les conseillers; les Prophètes sont les secrétaires. Jésus-Christ est le juge souverain; les Evangélistes sont les notaires; les Vertus sont les prélats; les Confesseurs sont les prestres de la chapelle du Roy, et tous les Bienheureux sont les sujets et vassaux. Les Dominations sont les gouverneurs et commandeurs des provinces qui ont pour leur exercite[189] et gendarmerie les estoilles mobiles et erratiques.... (CHAP. IV.)

[Note 189: Armée.]

»En ce royaume est la cité de Dieu; c'est un palais tout d'une pièce, qui a neuf corps de logis, qui sont les neuf cieux en chacun desquels y a un ange qui est capitaine du corps de garde, et meut et faict branler, rouler ces belles roues et esphères célestes. Ce palais a pour basse-cour ce très clair ciel cristallin dans lequel est le corps de garde de ce grand Roy et prince souverain Dieu éternel; là demeurent ses gardes. Ce palais est percé de mille et vingt-deux fenestres qui sont les estoilles que les astronomes appellent estoilles fixes, et de deux grandes croisées qui sont le soleil et la lune. Ce palais a tousjours esté entretenu très soigneusement.... (CHAP.

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