‹ Le livre des visions et instructions de la bienheureuse Angèle de Foligno Traduit par Ernest Hello avec avertissement de Georges Goyau, de l'Académie françaiseChapitre 2 sur 15 · L’ORAISON DOMINICALE

L’ORAISON DOMINICALE

Entrée dans une église, je demandai à Dieu une grâce quelconque. Je priai: je disais le _Pater_; tout à coup Dieu écrivit de sa main le _Pater_ dans mon cœur avec une telle accentuation de sa bonté et de mon indignité, que la parole me manque pour en dire un seul mot. Chacune des paroles du _Pater_ se dilatait dans mon cœur; je les disais l’une après l’autre avec une grande lenteur et contrition profonde, et malgré les larmes que m’arrachait une connaissance plus vive de mes fautes et de mon indignité, je commençai à goûter quelque chose de la douceur divine. La bonté divine se fit sentir à moi dans le _Pater_ mieux que nulle part ailleurs, et cette impression dure au moment où je parle. Cependant, comme le _Pater_ me révélait en même temps mes crimes, mon indignité, je n’osais lever les yeux ni vers le ciel, ni vers le crucifix, ni vers rien; mais je suppliai la Vierge de demander grâce pour moi, et l’amertume persistait.

O pécheurs! avec quelle lourdeur l’âme part pour la pénitence! Que ces chaînes sont pesantes! Que de mauvais conseillers! Que d’empêchements! Le monde, la chair et le démon!

Et à chacun de ces pas, j’étais retardée un certain temps avant de me traîner un pas plus loin tantôt l’arrêt était plus long, tantôt il était moindre.

DIX-SEPTIÈME PAS