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Anne-Marie-Victoire-Henriette-Clotilde-Louise-Élisabeth-Apollonne, née à Marseille le 6 janvier 1654, de Très Haut et Très Puissant Seigneur Timoléon-Hubert-Roch-Armand-Louis de Conflans, marquis de Villepinte, comte d’Albinasse, baron de Cernay, Espérandious, Manosque et autres lieux, et d’Élisabeth-Marie-Victoire de Roquenègre ; mariée, le 11 juin 1671, à Philippe-Gaston-Auguste, prince de la Marsaille, marquis de Minervois, baron souverain de Saint-Andabre, Bonafous, Vigneux-le-Bas, etc., maréchal de France et pair du royaume, chevalier de l’Ordre du Roi ; morte sans postérité, à Lyon, le 26 septembre 1675.
Madame de Sévigné parlant de ses fiançailles a dit d’elle, dans une lettre fameuse, que c’était « le plus joli bijou du monde et le plus fin morceau qu’un mari pût avoir jamais sous la dent ».
Son portrait, peint par un habile anonyme en 1672, nous la représente en costume de cour, la gorge ronde et tendue, la taille mince, les yeux bleus, les cheveux dorés, la tête penchée sur un cou un peu las, et un sourire inquiet aux coins des lèvres.
(Page 52)
Étrange pressentiment ! Le maréchal mourut, en effet, comme on le sait, quelques années plus tard, le 7 juillet 1687. Comme il parcourait le front de ses troupes devant les lignes de Lauterbourg, il reçut, ce jour-là, dans le ventre un boulet de cinquante livres qui, du coup, l’étendit raide mort.
(Page 67)
Paul-Juste-Charles-Léon de Limagne, haut-baron de Rouaix, Valins, Costes et autres lieux, prince et duc de Cambrésis, cardinal-archevêque de Lyon, primat des Gaules, de 1670 à 1708.
Il avait été, avant d’entrer dans les ordres, gentilhomme de la Chambre, colonel-propriétaire du régiment Artois-Cavalerie, et l’amant de la célèbre madame d’Évreux, avec laquelle, à son insu, le roi fit ses premières armes et un ou deux de ses premiers bâtards.
Informé de l’aventure, il prit le monde et, naturellement, les femmes en horreur, gagna Rome et en revint avec la pourpre peu d’années après.
C’était, au dire de ses contemporains, un prélat magnifique et fort pieux. Il s’occupa de restaurer les églises, de tancer vertement son bas clergé et de bâtir des séminaires, cultivant au surplus la Muse et l’équitation, et donnant, bon an mal an, quatre ou cinq grands bals travestis.
On a de lui quelques savants ou agréables ouvrages, Oraisons qui se doivent réciter durant le temps de la peste, quatre Grands et six Petits Carêmes, un Recueil des plus beaux mandements, et aussi les Consolations solitaires du veuvage, suite de piquants poèmes qui parurent en 1680, à La Haye, sous une signature d’emprunt.
(Page 52)
Les Annales généalogiques ou Documents sur la plupart des familles importantes par leur position ou leur ancienneté de l’archidiocèse d’Aix-en-Provence, parus chez P. Bagnoles, à Avignon, en 1788, sans nom d’auteur, nous éclairent sur la mâle figure du vicomte de Cadéfigue.
Il avait compté, pendant vingt ans, parmi les officiers de la marine royale, puis, désireux d’acquérir quelque fortune, avait équipé à ses frais un trois-mâts-barque, la Jeune-Aminte, et fait le commerce des nègres, un des rares n’entraînant point dérogeance.
Il se flattait d’avoir, le premier, au cours d’un voyage aux Petites-Indes, découvert le clou de girofle.
Retiré des affaires, il s’installa en Provence, son pays d’origine, et y introduisit l’usage du tabac. Il mourut, accablé de vieillesse, en 1720, laissant, disent les Annales généalogiques, le souvenir d’un « homme intègre, abondant en toutes sortes de récits, mais devenu fort ivrogne sur le tard ».
(Page 67)
Nous ne savons rien de plus sur le chevalier de Palaffre que le peu que nous en apprend Toinon Cerisette.
Le nom de sa famille, alliée aux Aigremont, Cadéfigue et Conflans, figure en premier rang dans les Arrêts de Maintenue de 1606. C’était donc un parfait gentilhomme, mais qui mourut, sans doute, hors de France, dans quelque position modeste, et, par suite, oublié de tous.
(Page 68)
Honorine-Marie-Barbe-Éléonore d’Aigremont, marquise douairière d’Ortolan, née en 1617, morte en 1704.
Veuve à vingt-cinq ans, elle avait mené jusqu’à un âge assez avancé une existence qu’on se permit de qualifier de légère. Sa dévotion compensa dans la suite ces écarts de jeunesse, et elle donna à la fin de ses jours l’exemple de toutes les vertus principales.
(Page 72)
Né en 1609, Jean-Hercule-Godefroy, comte d’Aigremont, avait été cornette aux mousquetaires du feu roi. Il a laissé trois livres de mémoires dans lesquels il narre ses campagnes et qui sont fort estimés, encore aujourd’hui, pour les renseignements qu’ils nous donnent sur la prise de La Rochelle. Le style en est un peu confus et agrémenté d’une foule d’expressions triviales.
(Page 72)
Gabrielle-Julie, fille naturelle et légitimée de Joseph-François, comte de Fabas, co-seigneur d’Aigremont, née le 30 mars 1658.
Orpheline, elle fut élevée par madame d’Ortolan, qui la dota et lui fit épouser, en 1680, un gentilhomme piémontais, le comte di Savona-Lecco. Elle mourut d’une maladie de langueur, quelques années à peine après son mariage.
(Page 79)
Madame de Grignan qui connut le marquis de Vaucluse a laissé de lui, dans une de ses lettres, ce portrait qui l’immortalise :
« C’est le plus gros ventre, le nez le plus rouge, l’esprit le plus sot de la province. Cependant, sa femme qui se trouve être fort jolie personne ne tenait qu’à rester vertueuse ; mais lui, dans l’assurance qu’il a de ressembler à l’Amour même, et d’échapper par cette bonne raison à toute mésaventure, l’a voulu sortir dans le monde, lui a fait la plus brillante compagnie, et n’a point eu de cesse qu’il ne fût de nos plus grands cocus. »
(Page 79)
Le comte de Florentin, frère cadet du fameux prince de Draguignan, serait devenu, sans aucun doute, un illustre capitaine si, servant comme officier dans les gardes-françaises, il ne s’était point oublié à souffleter son colonel, dont il avait au surplus enlevé la femme, et à le tuer, le lendemain matin, en duel. Il dut, de ce chef, abandonner l’armée. Un traité qu’il fit paraître sur les Opérations de guerre et d’incendie en pays neutre nous le montre comme un militaire attentif, énergique et zélé, et qui eût pu rendre les plus grands services à la France.
Il occupa ses loisirs forcés à composer des tragédies, dont aucune ne parvint, du reste, à être jouée. Quelques vers faciles et d’un tour pastoral, qu’il écrivit entre temps, eurent plus de succès.
On chantait encore il y a peu d’années, dans certaines campagnes de Provence, une sorte de ronde dialoguée de son cru, et qui commence par ces aimables et fins couplets :
— Pendant que j’étais en guerre,
Qu’as-tu fait, belle Lison ?
— J’étais auprès de ma mère
À me garder des larrons.
— Toujours sage, alors ? — Peut-être !
— Mon petit doigt me dit non…
— Vous n’avez qu’à me le mettre,
Pour le voir, dedans !
(Page 165)
Le corps de l’infortunée princesse fut ramené à Paris, où se firent d’imposantes funérailles, puis conduit en Franche-Comté, au château de Vigneux. C’est là qu’il repose encore de nos jours, dans un mausolée de pierre blanche à l’angle duquel deux amours et une figure de la Jeunesse répandent d’une main de petites couronnes de roses, et de l’autre se voilent la face pour cacher leurs larmes. On y peut lire, gravée en lettres d’or, l’épitaphe que le maréchal dicta lui-même :
CY-GIT TRÈS HAUTE
ET TRÈS PUISSANTE
DAME
ANNE-MARIE-VICTOIRE
HENRIETTE-CLOTILDE-LOUISE
ÉLISABETH-APOLLONNE
DE CONFLANS
PRINCESSE DE LA MARSAILLE
ELLE NE PASSA
SUR CETTE TERRE QUE
LE TEMPS D’Y FAIRE
NAITRE
D’ÉTERNELS REGRETS
LA MORT INJUSTE L’A FAUCHÉE
DANS SA FLEUR