L'EMPEREUR.
Cithares, cithares, cithares, faites la lumière, aveuglez l'impie! Euryale, Euryale, 3140 entonne l'hymne!
Il marche vers son siège; et il se rassied, dans l'attitude de l'Olympien, dont il a joint le nom à son nom.
LES CITHAREDES.
Magister Claudius sonum dedit.
Paian, Lyre-d'or, Arc-d'argent, Seigneur de Délos et de Sminthe, beau Roi chevelu de lumière, ô Apollon...
Telle une bande de lumière soudaine vibre à travers les tiges des blés et transmue en or glorieux leur sécheresse, tel le premier rayonnement de l'Ode semble parcourir la longue ordonnance des cithares et enflammer d'un même éclair toutes les cordes.
LE SAINT.
3145 Cessez!
D'un signe, il a interrompu les chanteurs qui renversaient la tête pour invoquer le nom du prophète delphien.
Cessez, ô citharèdes d'un démon qui n'a plus de char, ni plus de traits, ni plus de nerfs à la lyre et à l'arc, ni plus de diadème sur la honte 3150 de son front. Silence! Silence!
Une sorte d'annonciation mélodieuse, légère comme un murmure d'abeilles, semble se répandre dans le pentagone d'ivoire. L'Empereur assis, appuyé sur le coude, regarde le Jeune Homme, assemblant la stupeur et la fureur entre ses sourcils froncés.
O vous qui me voyez inerme, je suis l'Archer certain du but. Je suis l'esclave de l'Amour. Je suis le Maître de la Mort. 3155 J'ai, d'un signe, étouffé le chant dans votre gorge et engourdi vos doigts. Écoutez l'autre lyre! Je vous adjure, au nom du Christ, par l'ombre de la Croix sanglante, 3160 par cette ombre qui vous recouvre. Vous en avez déjà la bouche pleine jusqu'aux poumons, chanteurs, vous qui vous haussiez sur l'orteil pour mâcher la lumière d'or. 3165 Broyez cette ombre.
L'Empereur bondit.