L'EMPEREUR.
Chantez! Bondissez! Exultez! Que tous les marbres, tous les bronzes divins bondissent eux aussi 3470 comme le thiase d'Evan; car ce dieu renaît de l'abîme de mon cœur, avec mille noms, avec mille noms ineffables, et seul je ravis aux Puissances 3475 noires pour toujours sa beauté! Que, toute la nuit, le tonnerre triomphal des buccins résonne au sommet des saintes collines, jusqu'à ce que les joues éclatent, 3480 jusqu'à ce que tout l'éther soit un bouclier de Corybante, jusqu'à ce que ma Rome entende hurler vers les hauts Dioscures la Louve aux mamelles d'airain! 3485 Et vous, tracez le temple, Augures: annoncez l'étoile future au ciel romain!
Le Déifié a tendu l'autre bras aussi; et il serre maintenant la Victoire impériale dans ses deux mains, si fort qu'on croirait entendre le métal craquer. Seul les soulèvements de sa poitrine indiquent la violence du combat invisible. Les lèvres sont ouvertes, comme la déchirure même de son âme vivante, sur ses dents fermées. Autour de lui, dans les fleurs, dans l'or, dans les parfums et dans la flamme, au son des cithares et des flûtes, les Adoniastes semblent mener l'orgie divine comme dans le temple de Byblos après le septième des jours funèbres, quand les femmes descendaient au port pour y recueillir la tête de papyrus jetée dans la mer par les Alexandrines et poussée par le courant jusqu'à la ville phénicienne.
SEMICHORVS I.
Io! Io! Adoniastes! O sœurs, ô frères, exultez! 3490 Le Seigneur est ressuscité! Il conduit la danse des astres.
Io! Déliez vos cheveux, dénouez vos ceintures, femmes! Du noir Hadès où sont les âmes 3495 il nous revient, le Bienheureux.
SEMICHORVS II.
Tu es beau, tu es beau, Seigneur! Io! Salut, ô Bien-aimé! Tour à tour tu renais et meurs, Enfant de l'Immortalité.
3500 Donnez la rose et l'anémone, sang et larmes, au Florissant! Ceignez-le des mille couronnes germées des larmes et du sang!
CHORVS.
O neuve jeunesse du monde! 3505 Couronnez Cypris, couronnez Eros invaincu, couronnez trois fois Cybèle la profonde!
Couronnez Pan au thorax bleu, le roi Pan aux deux cornes torses! 3510 Io, Pan! Pour toutes les forces, Io, couronnez tous les dieux!
Le cri soudain et terrible du Ressuscité domine le chœur orgiastique.
LE SAINT.
Jésus, Jésus, Jésus, à moi! Au secours, Seigneur! A mon aide, ma force, ma flamme, mon Roi!
De toute la hauteur de ses bras, il élève en l'air la Victoire, et la lance contre la mosaïque luisante, aux pieds de l'Auguste. Tous les bruits tombent. La voix du Confesseur a l'éclat des buccins.
3515 César, maudit, j'ai dans mon poing mon âme nue, victorieuse, splendide, aux six ailes de feu. J'ai brisé ton idole, j'ai brisé ton or, comme toi-même 3520 tu seras brisé, tu seras foulé. Tous tes os se séparent. Je vois le signe de la lèpre sur ton front de bouc. La nuit vient. L'entends-tu? La nuit rugit comme 3525 une lionne, déchirant les rets de ses nuages noirs. La Louve a peur.