SCENE XIII.
FERNAND, CRISPIN.
FERNAND.
Hé bien, ce Médecin, vous voyez comme il cause,
Qu’en dites-vous ?
CRISPIN.
Qu’en dites-vous ? Il sçait quelque petite chose.
FERNAND.
Daignez-moi, je vous prie, informer de cela ;
Touchant la Médecine est-il expert ?
CRISPIN.
Touchant la Médecine est-il expert ? Là, là.
Passable.
FERNAND.
Passable.Il n’a donc pas la science parfaite ?
Pour qui passeroit-il près de vous ?
CRISPIN.
Pour qui passeroit-il près de vous ? Pour Mazette.
FERNAND.
Mais, durant qu’il parloit, vous ne disiez mot ?
CRISPIN.
Mais, durant qu’il parloit, vous ne disiez mot ? Moi !
Dites-vous ?
FERNAND.
Dites-vous ? Oüi vraiment, je dis vous.
CRISPIN.
Dites-vous ? Oüi vraiment, je dis vous.Je le croi.
Pour pouvoir de cet homme éprouver la science,
J’ai voulu me résoudre à garder le silence :
Mais enfin si le drôle eust voulu s’arrêter,
Allez, vous m’auriez vû diablement caqueter.
A dessein d’empêcher qu’un malade ne meure,
J’allois débagouler du latin tout à l’heure ;
Voir quel temps il fera dans un vieil almanach ;
Réciter tout par cœur les Quatrains de Pibrac ;
Et pour mieux vous montrer qu’il est vrai que j’excelle,
Je sçai qu’un lavement fait aller à la selle ;
J’ai cent fois en ma vie acheté du sené ;
Et je dis que le Diable est un Diable damné :
Je soûtiens que le corps est le frere de l’ame ;
Que Seneque & Pauline étoient l’homme & la femme ;
Que Narcisse en personne autrefois se noya,
Et semper quoniam tuos alleluya.
FERNAND.
Je ne puis rien comprendre à ces phrases d’élite.
CRISPIN.
Je m’en apperçois bien ; mais adieu je vous quitte,
Je verrai votre fille ou ce soir ou demain.
FERNAND lui veut donner de l’argent.
Monsieur…
CRISPIN.
Monsieur…Ah !
FERNAND.
Monsieur…Ah ! Recevez ces loüis de ma main.
CRISPIN.
Je n’ai garde.
FERNAND.
Je n’ai garde.Prenez ; je vous dois récompense,
Monsieur.
CRISPIN.
Monsieur.Je ne suis pas un Marchand de science.
FERNAND.
Hé de grace.
CRISPIN.
Hé de grace.Non, non ; je vous suis serviteur.
Il s’en va.