SCENE XII.
PHILIPIN, FERNAND, CANTEAS, CRISPIN.
FERNAND voyant venir Philipin.
Philipin, aide à Lise.
PHILIPIN.
Philipin, aide à Lise.A la fin, je l’amene,
Le voici.
Après que Philipin a dit cela, il aide à remener Lucresse.
CRISPIN.
Le voici.Qui donc ? Qu’est-ce ?
FERNAND.
Le voici.Qui donc ? Qu’est-ce ? Un Sçavant Médecin.
CRISPIN bas.
Médecin ? male-peste !
CANTEAS.
Médecin ? male-peste !Excusez ; ce matin
L’intendant d’un seigneur m’a contraint de me rendre,
Monsieur…
FERNAND.
Monsieur…Mon bon Monsieur, je n’ai pû tant attendre ;
Au retour de chez vous pour causer mon repos,
Ce fameux Médecin s’est offert à propos,
Je l’ai pris.
CANTEAS.
Je l’ai pris.Monsieur ?
FERNAND.
Je l’ai pris.Monsieur ?Oüi, mais qu’il a de mérite !
Si vous sçaviez…
CANTEAS.
Si vous sçaviez…Je louë, & je plains ma visite.
Je me tiens malheureux d’avoir pû me ravir
Au plaisir que j’aurois de pouvoir vous servir ;
Et de voir la fortune à mes vœux trop cruelle
M’arracher au bonheur de vous prouver mon zéle :
Mais à voir qui pour vous a daigné s’occuper,
Je me tiens trop heureux qu’il ait pû m’échapper.
Le plaisir que je goûte est mêlé dans le vôtre ;
Si je pers d’un côté, je recouvre de l’autre ;
Puis qu’enfin de Monsieur le sublime entretien
D’être un jour tout à vous m’offrira le moyen.
Appercevant qu’il est au milieu, il dit à Crispin :
Mais, Monsieur, pardonnez, ce n’est point par audace ;
Je n’ai garde avec vous d’occuper cette place ;
C’est à vous qu’elle est duë.
CRISPIN.
C’est à vous qu’elle est duë.Ah !
CANTEAS.
C’est à vous qu’elle est duë.Ah ! Monsieur…
CRISPIN.
C’est à vous qu’elle est duë.Ah ! Monsieur…Palsambleu,
Ah !
CANTEAS.
Ah ! Sans cérémonie on vous doit le milieu,
Crispin par deux fois étant au milieu, comme Canteas veut parler, il s’écoule par derriere lui, & reprend sa premiere place.
Et de grace. Hippocrate… Hé, Monsieur ; je vous jure
Qu’au lieu de m’obliger, c’est me faire une injure ;
Je vous prie. Hippocrate… A quoi bon tout cela ?
Conservez votre place, hé, Monsieur, la voilà,
Empêchez à vos yeux que ma honte n’éclate.
Je reprends ma parole, & je dis qu’Hippocrate,
Qui de la Médecine est l’illustre ornement,
De cet Art salutaire a parlé doctement.
Médecine est, dit-il, une longue science,
Tout-à-fait dangereuse en son expérience ;
Car touchant nostre vie, elle passe si-tôt,
Qu’on n’a pas le loisir d’en juger comme il faut.
Vita brevis, ars verò longa, occasio autam præceps,
Experimentum periculosum, judicium difficile.
Je me plais à l’étude, & j’ai l’ame assiduë
A vouloir de cet art pénétrer l’étenduë :
Mais dedans cet abîme un esprit se confond.
Plus on l’approfondit, plus il semble profond
Cette utile science en enferme tant d’autres,
Qu’il faudroit que mes yeux égalassent les vôtres,
Ou que de leurs rayons vous pussiez m’éclairer,
Pour m’offrir un moyen de ne pas m’égarer.
CRISPIN.
Ho, ho, ho.
CANTEAS.
Ho, ho, ho.De plaisir on a l’ame ravie,
Alors que d’un malade on prolonge la vie ;
Et d’un grand Médecin rien n’égale le sort,
Quand sa seule présence intimide la mort,
Quand il est l’ennemi que la Parque redoute,
Quand sa haute science en détourne la route,
Et qu’enfin le trépas qui nous fait tous trembler,
Pour ne pas le combattre, aime mieux reculer.
Mortem medicamentis removet Medicus expers.
Je ne puis approuver l’importune méthode…
Mais peut-être, Monsieur, je vous suis incommode ;
Car enfin comme vous les esprits élevés
Aux emplois importans sont toujours réservés.
CRISPIN.
Ho, ho, ho.
CANTEAS.
Ho, ho, ho.Je sors donc ; mais j’ose me promettre
Qu’étant moins occupé vous pourrez me permettre
De chercher un prétexte à me faire joïir
Du plaisir qu’on reçoit quand on peut vous oüir.