SCENE XXIV.
PHILIPIN, FERNAND & CRISPIN dans la maison.
PHILIPIN à Fernand.
Et voyons…Quoi ! Monsieur, vous craignez qu’il ne sorte ?
Malepeste ! le Drille ; il sçait bien d’autres tours,
Le Manœuvre !
FERNAND.
Le Manœuvre !Pourquoi me tiens-tu ce discours ?
Ou respecte cet homme, ou redoute ma cane.
PHILIPIN.
Quand on est Baladin, porte-t’on la soutane,
A propos ? Dites-donc : vous riez.
FERNAND.
Apropos ? Dites-donc : vous riez.Si je ris ?
Sot.
PHILIPIN.
Sot.Votre ensoutané saute mieux qu’un cabri.
Je le sçai ; mais, chez vous, que peut-il aller faire ?
Répondez, s’il vous plaÎt ?
FERNAND.
Répondez, s’il vous plaÎt ?Pardonner à son frere,
Il étoit en courroux pour certains accidens…
PHILIPIN.
Ace compte, son frere est aussi là dedans ?
N’est-ce pas ?
CRISPIN à la fenêtre.
N’est-ce pas ?Ah fripon friponnant…
FERNAND à Philipin.
N’est-ce pas ? Ah fripon friponnant…Tiens, écoute.
CRISPIN continuant.
Voyez ce qu’aujourd’hui votre faute me coûte ;
J’aurois eu le plaisir de jamais ne vous voir,
Si Monsieur dessus moi n’avoit pas tout pouvoir.
Mais je l’honore plus que personne du monde.
FERNAND à Philipin.
Tu vois bien.
PHILIPIN.
Tu vois bien.Pour le moins, que son frere réponde,
Il le doit.
FERNAND à Crispin.
Il le doit.Votre frere à son tour ne dit mot ;
Qu’il parle.
CRISPIN.
Qu’il parle.Entendez-vous, beau pleureux, maître sot ?
Si ma juste colere est sitôt adoucie.
Déguisant sa voix & pleurant.
Monsieur, je vous rends grace, & je vous remercie,
Je n’ai pas à dessein repandu… Taisez-vous.
Si jamais… Paix, vous dis-je, & craignez mille coups.
Je puis… Taisez-vous donc. Mais mon cher frere… Encore ?
PHILIPIN.
Comment diable fait-il, le futé ? je l’ignore.
FERNAND.
Ils sont deux.
PHILIPIN.
Ils sont deux.Il le semble ; il n’en est pourtant rien.
Mais de bien le sçavoir je découvre un moyen ;
Dites que devant vous il embrasse son frere.
CRISPIN.
N’étoit monsieur Fernand que je veux satisfaire,
Pécore…
FERNAND.
Pécore…Il auroit tort de vous plus offenser ;
Mais, Monsieur, pour me plaire il le faut embrasser,
Et toujours…
CRISPIN.
Et toujours…L’embrasser !
PHILIPIN.
Et toujours…L’embrasser !Que cela l’embarrasse !
Voyez.
FERNAND.
Voyez.De votre part je prétens cette grace.
CRISPIN.
Il seroit trop honteux si ce bien peu commun…
PHILIPIN.
Je vous jure ma foi, qu’ils ne sont ma foi qu’un ;
Le madré ! gardez-vous des finesses qu’il brasse.
FERNAND à haute voix.
Seras-tu trop honteux si ton frere t’embrasse,
L’enfermé ?
CRISPIN.
L’enfermé ? C’est à lui… Paix, Monsieur le badaut ;
Paix fripon, paix belître ; & venez ici haut :
Crispin met son chapeau sur son coude, & puis l’embrasse si adroitement qu’il semble que ce soit une autre personne.
C’est moins par amitié que ce n’est par contrainte ;
Venez, dis-je.
FERNAND à Philipe.
Venez, dis-je.Tu vois, ce n’est pas une feinte.
PHILIPIN.
Je n’y vois ma foi goute, & ne sçai ce que c’est.
CRISPIN à Fernand.
Aprésent…
FERNAND.
Aprésent…A present descendez, s’il vous plaît ;
Je vous ouvre.
PHILIPIN.
Je vous ouvre.Epions : car, ou bien je suis yvre,
Ou bien :
CRISPIN descendu.
Ou bien : J’ai fait défense au coquin de me suivre ;
J’en aurois de la honte, il viendra par après ;
Adieu.
Il sort, & met bas la soutane, puis comme Fernand est entré, croyant faire sortir un autre frere, Crispin prend l’occasion, & monte fort diligemment par la fenêtre, & ensuite sort avec Fernand comme si en effet il étoit frere du Médecin.
FERNAND.
Adieu.Je suis ravi d’avoir fait cette paix :
Mais faisons sortir l’autre.
PHILIPIN ramassant la soutane de Crispin.
Mais faisons sortir l’autre.Ah ! je tiens votre guéne,
Doctissime.
CRISPIN en habit de valet.
Doctissime ! Est-il loin ?
FERNAND.
Doctissime ! Est-il loin ? Assez loin.
CRISPIN.
Doctissime ! Est-il loin ? Assez loin.Que de peine,
Monsieur !
FERNAND à Philipin.
Monsieur !Hé bien ?
PHILIPIN.
Monsieur ! Hé bien ?Hé bien, sont-ils deux ?
FERNAND.
Monsieur ! Hé bien ? Hé bien, sont-ils deux ?Ah vraiment…
PHILIPIN montrant Crispin & sa soutane.
Voilà l’un, voilà l’autre.
CRISPIN.
Voilà l’un, voilà l’autre.Ah ! grands Dieux !
FERNAND.
Voilà l’un, voilà l’autre.Ah ! grands Dieux ! Quoi ? comment ?
Que dis-tu ?
PHILIPIN.
Que dis-tu ?Qu’à merveille il grimpe une fenêtre.
FERNAND.
Ah perfide…
CRISPIN.
Ah perfide…Ah ! Monsieur sçachez tout de mon maître,
Le voici.