‹ Le Médecin volantChapitre 4 sur 20 · SCENE VII.

SCENE VII.

CRISPIN, FERNAND.

CRISPIN en soutane.

Et que dans mes vieux ans…Pitagore, Platon,
Mâche-à-vuide, Pancrace, Hesiode, Caton…

FERNAND bas.

Quel seroit ce docteur ? Ecoutons.

CRISPIN.

Quel seroit ce docteur ? Ecoutons.Caligule,
Polieucte, Virgile, Anaxandre, Luculle…

FERNAND bas.

O Dieux !

CRISPIN.

O Dieux !Robert Vinot, Scipion l’Afriquain,

Jodelet, Mascarille, Aristote, Lucain,
Médecins de César, assassins d’Alexandre,
Vous voyez un phenix qu’a produit votre cendre.

FERNAND bas.

Seroit-ce un médecin ? Il en parle.

CRISPIN.

Seroit-ce un médecin ? Il en parle.Approchez,
Venez voir, grands Docteurs, les mysteres cachez
De l’Enciclopedie & de la Médecine.

FERNAND.

C’en est un.

CRISPIN.

C’en est un.Venez voir ce que c’est que racine
De la mer Arabique, & le flux & reflux.

FERNAND à Crispin.

Monsieur…

CRISPIN.

Monsieur…Que voulez-vous ? Ego sum medicus.
Médecin passé Maître, apprenti d’Hippocrate,
Je compose le baume & le grand mitridate ;
Je sçai par le moyen du plus noble des Arts,
Que qui meurt en Fevrier n’est plus malade en Mars ;
Que de quatre saisons une année est pourvûë,
Et que le mal des yeux est contraire à la vûë.

FERNAND.

Je ne sçaurois douter d’un si rare sçavoir.
Si j’osois vous prier…

CRISPIN.

Si j’osois vous prier…De quoi ? Parlez.

FERNAND.

Si j’osois vous prier…De quoi ? Parlez.De voir
Une fille que j’ai, que chacun désespere.

CRISPIN.

Vous avez une fille ! Et vous êtes son pere,
A ce compte ?

FERNAND.

Ace compte ? Oüi, Monsieur ; & j’ai peur de sa mort.

CRISPIN.

Elle est donc fort malade ?

FERNAND.

Elle est donc fort malade ? Oüi, Monsieur.

CRISPIN.

Elle est donc fort malade ? Oüi, Monsieur.Elle a tort ;
Je lui veux conseiller qu’elle cesse de l’être.
Qui domine sur nous s’en veut rendre le maître.
Or le mal dominant par d’occultes ressorts,
Il corrompt la matiere, il ravage le corps…
L’individu qui souffre, au moment qu’il s’épure,
D’un peu d’apotheose entretient sa nature…

La vapeur de la terre opposée à ce mal
Dans l’humaine vessie établit un canal.
Le cancer froidureux rend l’humeur taciturne ;
Le vaillant Zodiaque envisage Saturne :
Et s’il faut qu’avec eux j’en demeure d’accord,
Rien n’abrege la vie à l’égal de la mort.
Ce sont de ces Auteurs les leçons que j’emprunte.
Votre fille, à propos, seroit-elle défunte ?

FERNAND.

Non, Monsieur.

CRISPIN.

Non, Monsieur.Mange-t-elle ?

FERNAND.

Non, Monsieur.Mange-t-elle ? Un petit, grace aux Dieux.

CRISPIN.

Elle n’est donc pas morte ?

FERNAND.

Elle n’est donc pas morte ? Elle ? Nenni.

CRISPIN.

Elle n’est donc pas morte ? Elle ? Nenni.Tant mieux.
Je m’en réjoüis fort.

FERNAND.

Je m’en réjoüis fort.Et de quoi ? Cette vie
Avant la fin du jour lui peut être ravie.

CRISPIN.

Tant pis ; l’a-t-on fait voir à quelque Médecin ?

FERNAND.

Nullement.

CRISPIN.

Nullement.Elle a donc quelque mauvais dessein,
Puisqu’elle veut mourir sans aucune ordonnance ;
De ces sortes de maux notre Ecole s’offense :
Quand un homme se trouve en état de périr,
Toujours un Médecin doit l’aider à mourir ;
Et c’est faire éclater des malices énormes,
Que vouloir refuser de mourir dans les formes.
Instruisez votre fille, & lui dites du moins
Pour mourir comme il faut, qu’elle attende mes soins.
Son ame à déloger est trop impatiente,
Monsieur.

FERNAND.

Monsieur.Permettez-moi d’appeler sa suivante.

CRISPIN bas.

Appelez. Je le tiens, ô le franc animal !

FERNAND.

Hola, Lise.

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