SCENE XI.
LUCRESSE, FERNAND, CRISPIN, LISE.
LUCRESSE.
Elle vient.Ah mon pere !
FERNAND.
Elle vient.Ah mon pere !Ah ma fille !
LISE.
Elle vient.Ah mon pere ! Ah ma fille ! Courage.
LUCRESSE.
Je me meurs.
CRISPIN.
Je me meurs.Je lui trouve un passable visage ;
Serviteur ; si pour vous nos remedes sont vains,
Vous aurez le plaisir de mourir par mes mains ;
Consolez-vous.
LUCRESSE.
Consolez-vous.Helas !
CRISPIN.
Consolez-vous.Helas !Votre bras, que je tâte
Si pour vous il est vrai que la mort ait si hâte ;
Donnez, dis-je !
Au lieu de prendre le bras de Lucresse, il prend celui de son pere, & dit :
Donnez, dis-je !Tudieu ! comme il bat, votre poux !
J’aurois bien de la peine à respondre de vous,
Et votre maladie est sans doute mortelle ;
Prenez-y garde.
FERNAND.
Prenez-y garde.O Dieux ! quelle triste nouvelle !
Je suis donc bien malade, ô Monsieur ?
CRISPIN.
Je suis donc bien malade, ô Monsieur ?Vous, pourquoi ?
FERNAND.
Vous n’avez pris le bras à personne qu’à moi.
CRISPIN.
Et cela vous étonne ? Une tendresse extrême
Rend la fille le pere, & le pere, elle-même :
Entre eux deux la nature est propice à tel point,
Que le sort les sépare, & le sang les rejoint ;
Etant vrai que l’enfant est l’ouvrage du pere,
Sa douleur sur lui-même aisément réverbere ;
Et le sang l’un de l’autre est si fort dépendant,
Que l’enfant met le pere en un trouble évident.
FERNAND.
Il est vrai.
CRISPIN.
Il est vrai.Cependant quoique mon sçavoir brille,
Je veux bien me résoudre à tâter votre fille ;
Votre bras.
LUCRESSE.
Votre bras.Le voilà.
CRISPIN.
Votre bras.Le voilà.Je m’en étois douté,
Il ne vous manque rien que beaucoup de santé,
Sans cela…
LUCRESSE.
Sans cela…J’ai la mort sur le bord de la lévre,
Monsieur.
CRISPIN.
Monsieur.Que je retâte, avez-vous de la fiévre ?
LUCRESSE.
Je ne sçai.
CRISPIN.
Je ne sçai.Non ?
LUCRESSE.
Je ne sçai.Non ?Non ?
CRISPIN.
Je ne sçai.Non ?Non ?Fy !
FERNAND.
Je ne sçai.Non ?Non ?Fy !De quoi ?
CRISPIN.
Je ne sçai.Non ?Non ?Fy !De quoi ?Mauvais régal ;
Par fois, sans qu’on le sçache, on se porte fort mal,
Voyez-vous ?
FERNAND.
Voyez-vous ?De ses maux que je sçache la cause.
CRISPIN.
C’est la fiévre, ce l’est, si ce n’est autre chose.
Mais soit fiévre, ou migraine, ou cangrene, ou mal chaud,
Allez, pour la guérir, je sçai bien ce qu’il faut.
FERNAND à Lise.
Une plume, de l’encre.
CRISPIN.
Une plume, de l’encre.Et pourquoi ?
FERNAND.
Une plume, de l’encre.Et pourquoi ? L’ordonnance,
Monsieur…
CRISPIN.
Monsieur…Vous vous moquez, je les fais par avance.
Je me tiens toujours prêt contre tous accidens ;
En voilà pour les yeux, pour le flux, pour les dents ;
Mais ignorant son mal, il lui faut, ce me semble,
Une ordonnance propre à tous les maux ensemble ;
Il faudra que le sien se rencontre parmi.
Il donne une ordonnance.
FERNAND.
Charitable Monsieur, c’est agir en ami,
Cela ; quel honnête homme ?
CRISPIN.
Cela ; quel honnête homme ?En quel lieu couche-t-elle ?
FERNAND.
Elle a sur le derriere une chambre assez belle.
LISE.
Oüi vrayement une chambre assez belle, en effet !
Si sombre !
CRISPIN.
Si sombre ! Croyez-moi, le devant est son fait.
Qu’on l’y mène ; aussi-bien la journée est malsaine.