‹ Le Midi bougeChapitre 1 sur 33 · Introduction

Introduction

Vous me demandez, mon cher Tournier, pourquoi, en tête d’un recueil de contes plutôt joyeux, j’inscris, comme titre, le refrain, à tort ou à raison devenu populaire, d’une des innombrables chansons de marche ingénument chantées en 1870 par les compagnies de soldats paysans.

Mais, le titre en question, c’est vous-même, mon cher Tournier, qui, un jour, me le conseillâtes ; peut-être votre amitié a-t-elle oublié ce détail.

Je le tins dès lors pour adopté.

En outre, je souffrais dans mon coeur de père, oui ! je souffrais de voir mon refrain chaque jour employé, par des septentrionaux malicieux et sous forme de citation ironique, à l’encontre de ce Midi que nous aimons tous les deux et qu’il est devenu si facile de railler depuis que, bonne bête, il donna la formule en se raillant lui-même.

Maintenant du moins, quand on citera « Le Midi bouge », j’aurai la satisfaction de dire : – Après tout, ça fait toujours un peu de réclame et Flammarion sera content !

Voilà déjà deux motifs qui, au besoin, suffiraient à justifier mon choix. Essayons d’en trouver un troisième.

Bien que la signification d’un titre n’ait plus qu’une valeur relative, et quoique le public fasse volontiers bon marché de la marchandise pourvu que le pavillon flamboie, néanmoins, afin de satisfaire les esprits logiques et méticuleux qui, même lorsqu’elle n’existe pas, veulent savoir la raison des choses, j’ajouterai que mon titre devient clair comme le jour à condition de l’entendre par antiphrase et de se rendre compte que ces mots « Le Midi bouge » veulent ici précisément dire : « Attention ! aujourd’hui le Midi ne bougera pas. »

Et certes ! nulle étiquette ne pouvait mieux convenir à ce petit livre où il est démontré en maint endroit avec quel beau calme et quelle sereine philosophie, quel détachement supérieur et avisé des passagères contingences, le vrai méridional sait éviter de prendre au tragique certains accidents de la vie – par exemple : le cocuage ! – accidents fâcheux sans doute mais primordiaux, et dont les générations modernes, sous la délétère influence de je ne sais quels brouillards venus du Nord, sont vraiment trop enclines à s’exagérer le désagrément et l’importance.

P. A.

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