CHAPITRE II - I
LA VIE DANS LA MER.
«Que les eaux produisent en toute abondance des animaux qui aient vie et qui se meuvent!»
(Genèse.)
A l'aspect de la haute mer, libre de tout rivage, celui qui aime à créer en lui-même un monde à part où puisse s'exercer librement l'activité spontanée de son âme, celui-là se sent rempli de l'idée sublime de l'infini. Son regard cherche surtout l'horizon lointain. Il y voit le ciel et l'eau qui s'unissent en un contour vaporeux où les astres montent et descendent, paraissent et disparaissent tour à tour. Mais bientôt cette éternelle vicissitude de la nature réveille en lui le vague sentiment de tristesse qui est au fond de toutes les joies de notre cœur. (Humboldt.)
Des émotions d'un autre genre, et tout aussi sérieuses, sont produites par la contemplation et par l'étude des innombrables êtres organisés qui peuplent l'Océan.
En effet, cette immense masse d'eau qu'on appelle la mer n'est pas un vaste désert liquide. La vie habite dans son sein, comme elle habite sur la terre. Elle y règne en souveraine, avec ses épanouissements, son luxe et ses agitations.
La vie plaît à Dieu. C'est la plus belle, la plus brillante, la plus noble et la plus incompréhensible de ses manifestations.
On l'a dit il y a bien longtemps, la vie est partout, et le monde n'est rien que par la vie. Les êtres qui en jouissent la transmettent fidèlement à d'autres êtres, leurs enfants et leurs successeurs, qui en seront comme eux les dépositaires ou les usufruitiers. Le merveilleux héritage traverse ainsi les années et les siècles, sans être dénaturé ni amoindri, et le globe possède toujours la même quantité de vie qui lui a été si libéralement distribuée.
On sait ce que produit la vie, mais on ignore ce qu'elle est (Lamartine), et cette ignorance est peut-être l'aiguillon puissant qui excite notre curiosité et provoque nos études.
Au sein de toute chose animée, il se livre un combat incessant et muet, entre la vie, qui assimile, et la mort, qui désagrége. La première est d'abord la plus puissante, elle maîtrise la matière. Cependant son règne est limité; elle s'affaiblit graduellement avec l'âge, et finit par s'éteindre avec le temps: alors les lois physiques et chimiques reprennent le dessus et détruisent l'organisation. Mais les éléments de cette dernière, d'abord inertes, sont bientôt ressaisis et remis en œuvre par une nouvelle vie. Ainsi, chaque plante, chaque animal se lie avec le passé et se confond avec l'avenir; car toute génération qui surgit n'est que le corollaire de celle qui expire et le prélude d'une autre qui va naître. La vie est le séminaire de la mort. La mort est la nourrice de la vie.