‹ Le monde de la merChapitre 11 sur 247 · II

II

La vie ne s'est pas manifestée sur le globe au moment même où il a été formé. Elle a paru tard; elle n'est venue qu'après les autres phénomènes naturels. Pour la recevoir, il fallait un sol convenablement préparé et un ensemble déterminé de conditions physiques et chimiques.

L'apparition et la diffusion des êtres vivants n'ont pas marché au hasard, elles ont suivi un ordre rigoureux. La connaissance des débris fossiles a jeté le plus grand jour sur ce développement régulier et progressif de l'organisation. L'évolution des êtres vivants a commencé par les plus rudimentaires. Les couches très-anciennes de la terre ne recèlent rien qui ait vécu; les traces des corps organisés n'existent que dans des terrains de formation relativement récente. Les végétaux se montrent les premiers, et, parmi ces végétaux, ce sont d'abord les plus inférieurs. Paraissent ensuite les animaux, et en première ligne ceux qui se rapprochent le plus du règne végétal, et qui appartiennent, par conséquent, aux tribus les moins parfaites. Ainsi, les combinaisons de la vie, d'abord simples, sont devenues de plus en plus compliquées, jusqu'au moment de la création de l'homme, cet admirable chef-d'œuvre de l'organisation.

Si l'on met au printemps, dans une soucoupe exposée à l'air et à la lumière, une certaine quantité d'eau pure, on voit bientôt se produire des nuages légèrement jaunâtres ou verdâtres. Ces nuages, examinés au microscope, présentent des milliers de végétaux agglomérés. Bientôt naissent des animalcules qui nagent au milieu de ces nuages vivants et se nourrissent de leur substance; puis se forment d'autres animalcules qui poursuivent et dévorent les premiers.

En résumé, la vie transforme la matière brute en matière organisée. Les végétaux apparaissent tout d'abord; puis viennent les animaux herbivores, puis les animaux carnassiers. La vie entretient la vie. La mort des uns alimente le développement des autres. Car tout s'enchaîne, tout s'entr'aide, tout se métamorphose dans le monde organisé comme dans le monde minéral, et il en résulte une harmonie générale toujours profonde, toujours la même et toujours digne de notre admiration. Dieu seul est permanent, tout le reste est transition.

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