‹ Le monde de la merChapitre 123 sur 247 · IV

IV

Les Mollusques univalves ont une mâchoire supérieure ou deux mâchoires latérales, ou bien trois mâchoires: une en haut et deux sur les côtés. Ces mâchoires sont cornées, dures, tranchantes, et plus ou moins courbées en arc, avec des côtes saillantes, verticales, en avant, et des denticules pointues, ou des crénelures émoussées sur les bords.

Ces animaux offrent une langue cartilagineuse, recouverte d'une membrane sèche, striée, guillochée, garnie de papilles ou de crochets. Cette langue est presque toujours en mouvement; elle lèche, lape, frotte, lime avec beaucoup de force. Le plus souvent elle fait antagonisme à la mâchoire d'en haut, et semble fonctionner comme une mâchoire inférieure.

La membrane de la langue est reçue, en arrière de la bouche, dans une poche en forme de talon recourbé (Cuvier), où elle s'enroule sur elle-même (Saint-Simon).

Dans le Vignot commun[127], elle paraît comme un filament blanc de 5 centimètres de longueur, d'une substance délicate, résistante, diaphane, hérissée de denticules épineuses, qui ont la texture et l'éclat du verre. Ces denticules sont disposées régulièrement sur trois lignes; celles qui constituent la rangée médiane sont à trois pointes, tandis que celles des rangées latérales offrent une dent trifide alternant avec une dent plus grosse, ayant la forme d'une moitié de bateau. Toutes se dressent en courbes concaves, et se dirigent dans le même sens (Gosse). Comparées à cet organe, nos râpes et nos limes paraissent de grossiers outils.

[127] Littorina vulgaris Sowerby.

Le ruban lingual est quelquefois très-long. Chez le Turbo rugueux[128], la membrane déroulée présente une étendue qui égale au moins trois fois la longueur de son corps! Quel prodigieux organe! Quel singulier Mollusque! un animal trois fois plus court que sa langue!

[128] Turbo rugosus Linné.

A mesure que la partie antérieure de la membrane dont il s'agit s'use par l'exercice et perd ses denticules ou ses crochets, le ruban est poussé en avant par un mécanisme spécial, à peu près comme la lame de fer dans le rabot du menuisier. De telle sorte que la partie agissante est toujours neuve et dans les meilleures conditions pour fonctionner.

Les univalves dépourvus de mâchoire sont en même temps privés de langue. Ils ont alors une trompe musculeuse et mobile. Cette trompe est tantôt charnue, plus ou moins extensible et sans pièces solides; tantôt coriace, avec des denticules ou des saillies capables d'entamer les corps les plus résistants.

Chez la Pourpre teinture[129], cet organe se retourne comme le doigt d'un gant. Son extrémité offre des espèces de lèvres qui peuvent être séparées ou rapprochées suivant le besoin. En dedans existent des crochets aigus, supportés par deux longs leviers cartilagineux. Ces crochets sont alternativement élevés et abaissés. Par la répétition de ces mouvements, le Mollusque entame et perfore les coquilles les plus dures, comme s'il avait une lime au bout de son museau. M. Rymer Jones a vu, dans l'espace d'une après-midi, une Pourpre teinture percer la coquille d'un Pétoncle et en dévorer l'animal.

[129] Purpura lapillus Lamarck.

La nourriture des univalves varie suivant leur organisation. Les uns sont herbivores, les autres carnassiers, un certain nombre polyphages.

Les petites espèces mangent des végétaux microscopiques ou des animalcules, des graines ou des œufs....

Le Vignot commun, dont nous venons de parler, consomme ces infiniment petites plantules qu'engendrent les milliards de spores impalpables tenues en suspension dans la mer.

Ces plantules et ces spores sont déposées sur les parois des aquariums, où elles se développent avec rapidité. Elles ne tarderaient pas à les recouvrir d'une couche opaque de verdure. Mais on a soin de placer dans ces réservoirs un certain nombre de nos petits Gastéropodes, lesquels arrêtent cette intempérance végétale, et entretiennent très-efficacement, à coups de langue, la propreté et la transparence du cristal. (Gosse.)

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