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IV

De même que les autres Mollusques, les Céphalopodes sont tantôt nus, tantôt pourvus d'une coquille. Les premiers sont plus nombreux que les seconds. C'est l'inverse, comme on l'a déjà vu, chez les Acéphales et les Céphalés.

Les Céphalopodes testacés sont l'Argonaute et le Nautile.

L'Argonaute papyracé[141] est un mollusque bien connu des anciens, de Pline, par exemple.

[141] Argonauta Argo Linné.

L'animal se fait remarquer par ses huit tentacules, assez grands, couverts de deux rangées de suçoirs, dont six étroits, amincis vers l'extrémité et pointus, et deux terminés par une large dilatation membraneuse.

Sa coquille est mince, fragile, roulée en spirale et cannelée onduleusement et symétriquement. Son dernier tour est si grand, proportionnellement, qu'elle a l'air d'une élégante chaloupe dont la spire serait la poupe. (Cuvier.)

Comme le corps de l'Argonaute ne pénètre pas jusqu'au fond de la spire de la coquille, et qu'il n'y adhère point, plusieurs auteurs ont pensé que cette enveloppe n'est pas produite par l'animal, mais qu'il l'habite en parasite après en avoir tué le propriétaire (Rafinesque). Cependant, comme on a toujours trouvé le Mollusque dans la même coquille et jamais dans une autre, et qu'enfin on a constaté déjà dans l'œuf le rudiment de cette même enveloppe (Poli), il faut rejeter cette opinion.

L'Argonaute se sert de sa coquille comme d'un bateau léger, employant ses tentacules étroits, comme des rames qui frappent l'eau de chaque côté, et, d'après Pline, relevant ses tentacules dilatés, comme des voiles. Cette coquille serait un navire dont le matelot se trouverait à la fois le gouvernail, le mât, les rames et la voile (Ch. Bonnet). On a peut-être un peu poétisé l'industrie nautique de ce joli navigateur. Cependant il est très-vrai que, pendant les temps calmes, on voit des troupes d'Argonautes flotter et se promener à la surface de la mer.

Au moindre danger, ces Mollusques plient leurs voiles, rentrent leurs bras, contractent leur corps, et descendent dans la mer.

Le Nautile commun est peut-être plus curieux que l'Argonaute papyracé.

Celui-ci ressemble davantage aux Céphalopodes sans coquille. Il a, comme ces derniers, un sac viscéral, des yeux énormes et un bec de perroquet. Mais sa tête, au lieu de porter de grands tentacules, est entourée de plusieurs cercles de petits bras nombreux, fins, contractiles et privés de suçoirs. (Rumph.)

La coquille du Nautile est grande, épaisse, ornée en dehors de bandes et de flammes d'un fauve rougeâtre. Son intérieur paraît nacré d'une manière assez brillante. Cette coquille est contournée en spirale. Les tours croissent très-rapidement, de telle sorte que les derniers enveloppent les premiers. Mais ce qui la distingue essentiellement, c'est sa distribution en chambres symétriques, séparées par des cloisons transversales et concaves. Vers le milieu de ces dernières, se trouve un trou assez petit, répondant à un entonnoir étroit, lequel produit un siphon qui va d'une chambre dans une autre.

[Illustration: COQUILLE DU NAUTILE COMMUN

(Nautilus Pompilius Linné).]

L'animal demeure principalement dans la dernière chambre, qui est la plus spacieuse et la seule largement ouverte. Une sorte de cordon, qui paraît à la fois un tube et un ligament, naît de sa région dorsale, parcourt tous les siphons, et relie ensemble les différentes parties de son corps logées dans les diverses chambres.

Ce Céphalopode polythalame représente jusqu'à un certain point, dans nos mers actuelles, ces coquilles si nombreuses de l'ancien monde, connues sous le nom de Cornes d'Ammon (Ammonites).

On sait que ces fossiles sont divisés aussi en plusieurs chambres; mais leur dernière loge est relativement petite, et non très-vaste. Leurs cloisons sont anguleuses, tantôt ondulées, tantôt déchiquetées. Certaines ressemblent à des feuilles d'Acanthe. Il existe des Cornes d'Ammon depuis la taille d'une lentille jusqu'à celle d'une roue de carrosse. (Cuvier.)

Quelques naturalistes ont cru que ces dépouilles étaient des coquilles intérieures. On trouve encore, aujourd'hui vivant, un petit Céphalopode testacé, appelé Cornet de postillon[142], qui renferme dans la partie postérieure de son corps une coquille blanche, qu'on ne saurait mieux comparer qu'à un cône très-allongé, tordu sur lui-même dans un seul plan, et divisé transversalement en une série de cellules par des lames très-concaves.

[142] Spirula Peronii Lamarck.

[Illustration]

[Illustration]

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