‹ Le monde de la merChapitre 165 sur 247 · II

II

Les Poissons ont une forme allongée, amincie en avant et en arrière, renflée vers le centre, et plus ou moins comprimée. Ils sont admirablement taillés pour l'élément auquel ils appartiennent. Beaucoup ressemblent à des navettes glissantes ou à des fuseaux effilés.

[Illustration: SCORPÈNE DE L'ILE DE FRANCE

(Scorpæna nesogallica Cuvier, Valenciennes).]

Chez les animaux supérieurs, à organisme très-complexe, la Nature a fort peu modulé les nuances de leur structure intérieure. Il existe une parenté bien étroite entre tous les membres de la nombreuse classe des Poissons; leur anatomie varie à peine, quoique leur physionomie soit souvent très-différente!

Que ces animaux habitent les profondeurs de la mer, les rochers du rivage ou l'embouchure des cours d'eau; qu'ils soient écailleux ou chagrinés, osseux ou cartilagineux, leur composition organique reste la même ou à peu près la même, dans ses éléments essentiels. Ils ont tous un fond constant, à travers des milliers de broderies. Ils sont semblables et néanmoins divers. Toujours l'unité et toujours le changement!

[Illustration: LE MARTEAU MAILLET

(Zygæna tudes [Cestracion Klein] Valenciennes).]

Cependant, dans la classe des Poissons, comme dans les groupes les plus naturels, on rencontre quelques espèces de forme bizarre, exceptionnelle, et pour ainsi dire anomale. Celui-ci est ventru comme une outre, ou comprimé comme une lame; celui-là ressemble à un marteau. En voici un qui paraît plus haut que long, avec la bouche au milieu du ventre et des nageoires en croissant. En voilà un autre qui s'allonge en spatule, avec la tête à peine distincte de la queue, et des ouïes percées comme les trous d'un flageolet!...

[Illustration: LE COFFRE TRIANGULAIRE

(Ostracion triqueter Linné).]

Les Poissons sont couverts d'écailles minces, dures et serrées, nacrées ou colorées, aplaties, carénées ou ciselées, toujours disposées avec symétrie et le plus généralement comme les tuiles sur un toit. Ces écailles, quelquefois très-petites, semblent ne pas exister dans l'Anguille[208].

[208] Muræna anguilla Linné.

[Illustration: MONOCENTRE DU JAPON

(Monocentris japonicus Bloch, Schneider).]

La peau des Poissons est toujours lubrifiée par un enduit visqueux. Leur tissu est pénétré d'une graisse huileuse qui l'empêche d'être altéré par l'eau salée.

Ces animaux présentent les couleurs les plus brillantes et les costumes les plus élégants. Ils ne le cèdent en rien, pour la beauté de la parure, ni aux Papillons, ni aux Oiseaux, ni aux coquillages si variés de l'Océan.

[Illustration: ROUGET

(Mullus barbatus Linné).]

Les Rougets sont vêtus de pourpre. La Coquette[209] est tachetée de vermillon et de violet. La Jarretière[210] ressemble à un serpent argenté, qui nage par ondulations, réfléchissant des teintes de rose et d'azur. Les Zées sont décorés d'une riche et somptueuse broderie. Les Scares, les Maquereaux, les Daurades, étincellent de l'éclat de l'émeraude, du rubis, de la topaze et du saphir.....

[209] Holacanthus tricolor Lacépède.

[210] Lepidopus argyreus Cuvier.

Toutes ces couleurs sont souvent distribuées en banderoles flexueuses ou en taches ocellées.

La plupart des teintes, même les plus vives, paraissent extrêmement fugaces: elles s'affaiblissent quand l'animal devient malade ou vieux; elles se ternissent quand il n'est plus dans son élément; elles se transforment dans l'hiver; elles s'évanouissent au moment de la mort... Les Romains prenaient plaisir à contempler les changements de couleur qu'éprouve le Rouget pendant son agonie (Sénèque).

On assure que certaines espèces phosphorescentes ont été vues distinctement à 7 mètres de profondeur, pendant une mer calme. (Borda.)

Bennet a fait connaître un Requin remarquable par la phosphorescence d'un vert brillant qui régnait sur toute la partie inférieure de son corps. Un individu porté dans une chambre la remplit de lumière. Le poisson avait un aspect horrible; sa lumière était permanente, mais elle ne paraissait augmenter ni par le mouvement, ni par le frottement. Quand le Requin mourut (ce qui arriva trois heures après sa sortie de l'eau), la lumière du ventre disparut la première, celle des autres parties s'éteignit graduellement; les mâchoires et les nageoires restèrent les dernières phosphorescentes. La seule partie de la surface inférieure du monstre qui ne brilla pas, fut la bande noire de la gorge.

La petitesse des nageoires dans cette espèce est cause qu'elle ne nage pas facilement.

Comme elle vit de rapine et qu'elle est nocturne, Bennet conjecture qu'avec sa phosphorescence elle fait venir sa proie, comme le pêcheur avec une torche attire le poisson.

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