‹ Le monde de la merChapitre 166 sur 247 · III

III

Les Poissons se nourrissent de plantes marines succulentes, de vers, de coquillages et de petits crustacés. Certains mangent d'autres Poissons, et même se dévorent entre eux. Les gros engloutissent les petits, sans respecter leur propre espèce, ni même leur famille! En général, ces animaux sont très-voraces; ils avalent les morceaux sans les mâcher, le plus souvent même sans les couper.

[Illustration: SCORPION DE MER OU CHABOT.

(Cottus bubalis Euphrasen.)]

Nous avons vu un Chabot qui avait avalé un jeune Rouget une fois et demie plus long que lui.

John Barrow rapporte qu'un Chien de mer harponné près de l'île de Java avait dans son estomac un grand nombre d'ossements, fragments d'une grosse Tortue; une tête de Vache buffle et un Veau.

Brünnich, étudiant à Marseille les Poissons de la Méditerranée, trouva, dans un autre Chien de mer, deux Thons et un matelot tout habillé.

Dans un troisième individu des mêmes parages, l'estomac contenait un soldat avec son sabre.

Müller assure que dans un de ces animaux, du poids de 750 kilogrammes, pris aux environs des îles Sainte-Marguerite, le tube digestif renfermait un Cheval tout entier! Ce fait est-il bien authentique?

Au combat naval du 12 avril 1782, le feu ayant pris au vaisseau français le César, plusieurs matelots qui s'étaient jetés à la mer furent déchirés et dévorés par des Requins rangés entre les deux flottes. Ces monstres marins se disputaient leur proie avec acharnement, sans être effrayés par les bordées d'artillerie qui tonnaient des deux côtés. (Ch. Douglas.)

Le père Labat affirme, de la façon la plus formelle, que les Requins préfèrent la chair des noirs à celle des blancs, et cela parce qu'elle est plus savoureuse et plus parfumée. Il ajoute que les Anglais sont plus prisés des Requins que les Français.

Les Poissons ont des dents non-seulement sur les bords des mâchoires, mais quelquefois encore sur le palais, dans le gosier et même sur la langue.

Chez les Mammifères, dit Cuvier, il n'y a que trois os qui puissent porter les dents; chez les Poissons, il y en a huit.

Les dents sont coniques et pointues, ou bien comprimées et tranchantes, ou bien encore déprimées et arrondies.

Celles de la Raie représentent de petites plaques d'ivoire serrées les unes contre les autres, et disposées comme le carrelage d'un pavé. Celles de quelques autres Poissons sont arquées ou recourbées, et ressemblent moins à des dents qu'à des crochets.

Les plus terribles, parmi ces organes, sont peut-être ceux des Loups de mer. Ces dents sont triangulaires, aiguës, tranchantes et quelquefois garnies de denticules sur les bords. Le poisson en possède généralement six rangées. Steller était présent lorsqu'on prit un Loup de mer sur la côte du Kamtchatka. L'animal saisit avec la gueule un levier avec lequel on le frappait, et le brisa comme un morceau de verre. Schœnfeld assure que ce monstre laisse l'empreinte de ses dents sur les ancres des navires.

Existe-t-il réellement, dans la mer du Sud, des Poissons à dents acérées, qui broutent le Corail comme un mouton broute l'herbe?

On connaît des Poissons dont les dents nombreuses sont si fines et si rapprochées, qu'en promenant les doigts dessus, on croit toucher du velours.

Les organes respiratoires ou branchies des Poissons offrent une organisation peu variée. Ce sont généralement des filaments ou petits tubes attachés en séries parallèles à des espèces d'arcs osseux, comme les brins d'une frange. Chez les Aiguilles de mer[211] et les Chevaux chenilles[212], au lieu d'être disposés en peigne, ces organes sont groupés en touffes arrondies.

[211] Syngnathus acus.

[212] Hippocampus.

Les orifices des branchies sont les ouïes, fermées par les opercules.

Les mouvements habituels de la bouche et des opercules ont donné lieu à l'opinion vulgaire que le Poisson boit constamment de l'eau. De là le proverbe: Altéré comme un Poisson; proverbe absurde, attendu que, lorsque cet animal prend du liquide, il ne boit pas, il respire. (J. Franklin.)

Les branchies offrent l'admirable propriété de s'emparer d'une quantité d'oxygène d'autant plus considérable, qu'elles fonctionnent à une plus grande profondeur. (Biot et Delaroche.)

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