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CHAPITRE XXXVIII - I

LA MORUE.

Mar cuajado de peces.

(VIERA.)

Les Harengs et les Sardines peuvent être classés parmi les petits habitants de la mer, mais ils compensent l'exiguïté de leur taille par la richesse de leur nombre et par l'étendue de leurs phalanges.

[Illustration: MORUE

(Morrhua vulgaris H. Cloquet).]

Les Morues sont à la fois de gros poissons et des poissons nombreux.

Elles fréquentent principalement les mers du Nord. Chaque année, vers le milieu de janvier, on voit arriver des masses considérables de Morues qui viennent du grand Océan et pénètrent à l'entrée de l'archipel de Lofoden. Ces pauvres bêtes accourent pour frayer, et ne prévoient guère le sort cruel qui les attend.

D'un autre côté, un nombre vraiment incalculable de ces poissons se rassemble périodiquement sur la montagne sous-marine américaine, appelée banc de Terre-Neuve. Les Morues occupent, assure-t-on, un espace long de deux cents lieues et large de soixante.

Les Morues sont en forme de fuseau; leur corps est arqué comme les bâtiments bons marcheurs. Les habitants des villes, qui n'ont jamais vu ces poissons que chez les marchands de comestibles, les croient aplatis comme des Soles. Ils ignorent qu'avant de les sécher, on leur coupe la tête, on les ouvre et on les étale. Les Morues vivantes ont la peau d'un gris jaunâtre, le dos tacheté de brun et le ventre blanchâtre. Elles offrent une ligne longitudinale claire de chaque côté. Leur longueur moyenne est de 80 centimètres, et leur poids de 12 kilogrammes.

De leur mâchoire inférieure descend un petit barbillon.

Ce poisson est vorace. Il se nourrit surtout de Harengs.

La Morue appartient à la famille des Gadoïdes, tribu gloutonne s'il en fut, qui, de ses yeux écartés, ne voit guère, n'en mange que mieux, et qui n'est, pour ainsi dire, qu'estomac. (Michelet.)

La fécondité de ce poisson a toujours été citée comme exemple. Leuwenhoeck a calculé qu'une seule femelle peut porter environ 9 384 000 œufs. Un autre observateur en a compté 11 millions.....

Supposez, dans le banc de Terre-Neuve seulement, cent millions de Morues femelles, et calculez le nombre effrayant de germes qu'elles produiront, même en n'admettant qu'une ponte par individu! O intarissable et merveilleuse puissance créatrice!.... Le chanoine canarien Viera pourrait bien dire, dans son style si expressif et si poétique, en parlant de la fécondité des Morues, que la mer est caillée de poissons[256].

[256] Mar cuajado de peces (Viera).--Cuajar (coagulare) signifie littéralement «épaissir, figer, cailler».

On a réussi à élever des Morues dans des étangs en communication avec la mer. Le docteur Jonathan Franklin rapporte qu'il a visité, il y a quelques années, un de ces étangs, sur la côte ouest de l'Écosse. Les Morues s'approchaient familièrement pour happer des Moules qu'on leur présentait débarrassées de leur coquille. Elles se poussaient, se bousculaient les unes les autres, comme font les volailles dans une basse-cour, à la vue de la fermière qui leur apporte à manger. Elles venaient prendre les Moules jusque dans la main. La femme du gardien mit un de ces poissons, des plus grands, sur ses genoux, le caressa, le flatta, disant: Pauvre ami! pauvre ami! absolument comme si c'eût été un enfant. Elle lui ouvrit la bouche, et y introduisit une Moule, que le poisson avala en donnant des signes qu'il la trouvait bonne. Puis, elle le remit dans l'eau.

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