‹ Le monde de la merChapitre 197 sur 247 · VII

VII

Les Oiseaux pélagiens ont souvent des pattes courtes, attachées plus ou moins en arrière; ils marchent avec mauvaise grâce et en se balançant; plusieurs semblent boiteux.

Les Nageurs se tiennent redressés sur leurs pattes de derrière et presque verticaux. Les Manchots, vus de loin sur la plage, semblent assis sur leur croupion: on dirait des enfants de chœur en camail (Pernetty). D'autres se traînent péniblement sur le sable, rampant presque à plat ventre. Ils se servent quelquefois de leurs ailerons en guise de pattes, ce qui les convertit momentanément en quadrupèdes.

Quelques espèces aiment à s'arrêter sur les vagues. Le Pétrel damier, ainsi nommé à cause de son dos bigarré de blanc et de noir, se repose habituellement dans le sillage des navires, où le remous lui apporte de nombreux petits mollusques. Le nom de Pétrel, qui signifie petit Pierre, fait allusion au miracle de saint Pierre marchant sur les eaux.

Les Palmipèdes savent nager avec autant d'élégance que de facilité.

[Illustration: MANCHOT DE PATAGONIE

(Aptenodytes patagonica Gmelin).]

Les Canards et les Harles se balancent avec grâce à la surface des eaux, et se jouent avec tranquillité au milieu des flots les plus rapides. Ces oiseaux ont le corps taillé comme la carène d'un navire; leurs pattes, comme on l'a vu plus haut, servent de rames, et leurs ailes demi-déployées représentent les voiles de ce petit vaisseau vivant.

Les espèces privées de la faculté de voler sont les plus habiles dans l'art de nager et de plonger. Leurs ailes, plus ou moins courtes, fonctionnent comme des nageoires, de manière que l'oiseau possède quatre rames, deux en avant et deux en arrière, exactement comme un poisson.

Suivant leurs besoins, ces oiseaux s'élèvent ou s'enfoncent dans le liquide. Ils voguent généralement la tête en l'air. Les Pingouins s'élancent par bonds, à la manière des Bonites.

[Illustration: PÉTREL DAMIER

(Procellaria capensis Latham).]

Mais le vol constitue la fonction principale des Oiseaux. L'atmosphère est pour eux ce que l'Océan est pour les Poissons. La natation et le vol, dit Lacépède, ne sont, pour ainsi dire, que le même acte exécuté dans des fluides différents. L'Oiseau nage dans l'atmosphère et le Poisson vole dans l'eau (Virey).

Ce sont surtout les Longipennes et les Maritimes ordinaires qui excellent à voler.

Les Hirondelles de mer, agiles et vagabondes, légères comme le vent, savent planer, cingler, plonger dans l'air, selon la proie qui les attire, l'ennemi qui les poursuit ou la gaieté qui les emporte (Buffon). Rivales des Hirondelles domestiques, elles parcourent comme elles les régions de l'atmosphère, et dans tous les sens, comme pour en jouir dans tous les détails. Toujours maîtresses de leur vol, elles semblent décrire au milieu des airs un dédale mobile et fugitif, dont les routes se croisent, s'entrelacent, se heurtent, se roulent, montent, descendent, se perdent et reparaissent pour se croiser et se rebrouiller de nouveau. (Montbeillard.)

[Illustration: HIRONDELLE DE MER

(Sterna hirundo Linné).]

Les Frégates[274] sont peut-être, de tous les oiseaux, ceux dont le vol est le plus puissant et le plus fier. Elles se tiennent dans les régions les plus élevées de l'atmosphère; elles se précipitent comme une flèche et se balancent comme une nacelle, tantôt résistant à la puissance du vent le plus violent, et tantôt se laissant emporter par la plus légère brise.

[274] Tachypetes aquila Vieillot.

Elles pêchent mal, mais elles remplacent la maladresse par l'audace. Elles suivent et persécutent les Mouettes qui ont pris quelque animal, leur font rendre gorge, et saisissent prestement la proie dans sa chute, avant qu'elle soit arrivée à l'eau.

Audubon observa un jour une Frégate qui venait d'enlever un assez gros poisson à une Hirondelle de mer. L'oiseau emportait sa victime en travers du bec. Il la jeta en l'air, pour l'avaler la tête la première. Il la reprit comme elle tombait, mais par la queue. Il la lâcha une seconde fois, et la rattrapa encore par la queue. Le poids de la tête en était la cause. La Frégate recommença une troisième fois. Le poisson fut enfin reçu comme il fallait, la tête en bas, et avalé sur-le-champ.

Les Albatros ou les Frégates qui ont saisi dans l'air un malheureux Poisson volant, regagnent aussitôt les hautes régions de l'atmosphère. Mais, souvent, plusieurs maraudeurs de leur espèce, qui les guettaient, les suivent au milieu des nuages, s'en approchent, les harcèlent. C'est à qui leur ravira leur proie. L'un d'eux s'en empare; un autre l'a déjà reprise, mais la bande entière est à ses trousses. L'infortuné poisson, ballotté de bec en bec, meurtri, mourant, finit par tomber et par disparaître sous les flots. Cruel désappointement pour tous ces ventres affamés! (Audubon.)

Le Stercoraire parasite, vrai forban de l'air, fait aussi la chasse aux espèces plus petites et plus faibles que lui, leur donne des coups de bec, les force à vomir une partie de leur repas, et se précipite sur cette proie dégoûtante.

Le vol des Phaétons, ou Pailles-en-queue, est calme, paisible et composé de battements d'ailes fréquents, parfois interrompus par des sortes de chutes ou des mouvements brusques. (Lesson.)

Ces oiseaux défient la furie des orages; au milieu des tempêtes les plus horribles, ils conservent leur sang-froid. Tranquilles et contents, ils s'élèvent avec la lame, et redescendent avec elle dans l'abîme.

Les Phaétons voyagent à plus de cinq cents lieues en mer, et peuvent regagner, chaque soir, les îles ou les récifs qui leur servent de refuge. Du reste, ils s'arrêtent à peine le temps nécessaire pour dormir. Ils semblent faits pour voler, voler, toujours voler.....

[Illustration: STERCORAIRE PARASITE EN CHASSE.]

Les Oiseaux de mer sont en général pour les navigateurs les indices de la terre. Les vieux matelots interprètent leur apparition et se trompent rarement. Le Pétrel damier leur annonce le voisinage du cap de Bonne-Espérance; le Paille-en-queue leur apprend qu'ils sont sous les tropiques; les Frégates, les Mouettes et les Hirondelles de mer leur prédisent, par la direction et la hauteur de leur vol, le beau temps, l'agitation des flots ou l'arrivée de la tempête.

[Illustration: PAILLE-EN-QUEUE PHAÉTON

(Phaeton phœnicurus Latham).]

Le livre de la Nature est une source féconde d'instruction!

[Illustration]

[Illustration]

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