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CHAPITRE XLII - I

LES NIDS ET LES ŒUFS.

«Le Passereau a bien trouvé sa maison, et l'Hirondelle son nid, où elle a mis ses petits.»

(DAVID.)

Dans la saison des amours, les Oiseaux marins abandonnent les vagues et les eaux, et gagnent les rives et les grèves.

Beaucoup d'espèces se rassemblent en grandes troupes sur des rochers stériles ou dans des îles désertes. Faber croit que ces oiseaux obéissent à un instinct particulier de sociabilité. Boje pense qu'ils sont attirés par l'abondance de la nourriture. Ces deux raisons peuvent être également conformes à la vérité. Mais, probablement aussi, il en existe d'autres: par exemple, la disposition des récifs, dont les cavités et les saillies présentent d'excellents abris; l'absence des animaux carnassiers, l'éloignement de l'Homme; en deux mots, la solitude et la tranquillité.

Graba fait observer que les Palmipèdes choisissent toujours, pour nicher, les rochers tournés à l'ouest et au nord-ouest, et qu'ils dédaignent les autres expositions.

Parmi les îles les plus fréquentées par les Oiseaux nicheurs, il faut placer en première ligne le petit archipel des Feroë, entre l'Islande et les îles Shetland. Cet archipel est formé par vingt-cinq grands rochers à Oiseaux (Vögelberg).

Ces écueils ont été souvent décrits. Il y en a un, surtout, qui mérite une attention particulière.

Qu'on imagine un rocher noir, composé d'assises horizontales, s'élevant verticalement à 400 ou 500 mètres au-dessus de la mer, qui mugit et brise à ses pieds. L'eau s'élance souvent, pendant les tempêtes, à plus de 30 mètres de hauteur, et retombe en cascade le long de la paroi verticale. Mais, par un temps calme, elle ondule doucement, en se jouant autour des écueils. Ces escarpements présentent alors l'aspect le plus singulier: des milliers d'Oiseaux sont rangés sur les corniches, à côté les uns des autres; les femelles sur leurs nids, les mâles près d'elles ou volant à une faible distance. Une salle de spectacle, un cirque, un amphithéâtre remplis de spectateurs, ne donnent qu'une faible idée du nombre prodigieux d'animaux qui sont ainsi placés avec symétrie, la tête tournée vers la mer. L'arrivée de l'Homme ne les trouble nullement, et le bruit d'un coup de fusil ne fait envoler que les mâles, les femelles restent sur leurs œufs. Elles ne les quittent même que lorsqu'on s'approche d'elles, et la plupart se laissent prendre sur leur couvée.

Les différentes espèces d'Oiseaux établies sur ces rochers ne sont pas éparpillées au hasard. Chacune semble avoir son campement particulier.

Sur la plage, on trouve le Goëland à manteau noir[275] et le Perroquet de mer[276].

[275] Larus marinus Linné.

[276] Vulgairement, Macareux moine.

[Illustration: PERROQUET DE MER (MACAREUX)

(Mormon fratercula Temminck).]

Au second rang, dans les endroits couverts de plantes, paraît la Mouette argentée[277].

[277] Larus argentatus Brünnich.

Au-dessus, sur les rochers les plus découverts, sommeillent les stupides Cormorans[278].

[278] Phalacrocorax carbo Ch. Bonaparte.

Non loin de là, sur les falaises baignées par la mer, s'entassent les élégantes Mouettes à trois doigts[279] et les Guillemots à miroir blanc[280].

[279] Larus tridactylus Latham.

[280] Uria grylle Latham.

Tout à côté, parmi les Varecs amoncelés, se redressent les Guillemots à capuchon[281] et les ineptes Pingouins[282].

[281] Uria troile Latham.

[282] Alca torda Linné.

Tous ces oiseaux vivent en bonne intelligence. Souvent des femelles d'espèces différentes sont assises, côte à côte, sur leurs œufs, et l'on croirait, en voyant les mouvements de leur tête et les claquements de leur bec, qu'elles sont engagées dans une conversation animée, pour faire diversion aux ennuis d'une incubation un peu trop longue.

On peut indiquer encore, comme rendez-vous général des Oiseaux marins, les îles Hébrides, et particulièrement celle de Saint-Kilda.

Cette dernière offre cinq milles environ de tour. Elle sort presque perpendiculairement du sein des flots, et forme à son extrémité orientale, qui s'élève à plus de 440 mètres, le promontoire le plus haut des îles Britanniques.

En approchant de l'île de Saint-Kilda, on aperçoit un spectacle presque impossible à décrire. Les rocs sont cachés par des myriades d'Oiseaux aquatiques occupés à couver.

D'énormes essaims de Fous[283] blanchissent les sommets sur lesquels ils reposent. Ces plateaux ou ces pics semblent de loin couverts de neige. Les Mouettes à trois doigts et les Mouettes à pieds bleus[284] ont envahi chaque crête un peu élevée. Plus bas, les Fulmars[285], les Puffins[286] et les Guillemots ont pris possession de tous les talus, de toutes les pentes, de tous les endroits où il existe un peu d'herbe. Au bord de la mer, à l'entrée des excavations, perchent des Cormorans, droits et immobiles, comme des sentinelles avancées. (L. Wraxall.)

[283] Sula alba Meyer.

[284] Larus canus Linné.

[285] Procellaria glacialis Linné.

[286] Procellaria puffinus Linné.

Tout autour, au sein des eaux, des milliers de nageurs de toute espèce plongent, barbotent, se poursuivent, se becquètent ou se battent. D'autres remplissent l'air de leurs cris rauques ou aigus, allant de la mer à leurs nids ou de leurs nids à la mer; appelant leurs femelles, tournoyant au-dessus d'elles, caressant leurs petits, jouant avec leurs frères, et manifestant, d'une manière bruyante et naïve, leurs craintes, leurs besoins, leur joie ou leur bonheur.....

Lorsqu'un fragment de rocher se détache et roule du haut de l'île dans les flots, il devient le signal d'un tumulte extraordinaire. La frayeur s'empare de toute la colonie. Le bloc écrase de malheureux Fulmars accroupis sur leur couchette, et entraîne, en bondissant au milieu d'un fracas épouvantable, les herbes et le sable, les œufs et les poussins. Des nuées d'oiseaux épouvantés s'enfuient sur son passage. Mais bientôt ils reviennent à leurs nids, et tout reprend le calme habituel. (L. Wraxall.)

En Hollande, d'innombrables troupes de Mouettes et d'Hirondelles de mer nichent, toutes les années, dans l'île d'Eierland (pays des œufs), et dans les autres îles septentrionales du Texel. Il en est de même dans celles du Slesvig et du Jutland.

Dans la saison de la ponte, les Palmipèdes arrivent par milliers. Beaucoup d'Échassiers se mêlent à leurs troupes.

Les œufs sont pondus par des Goëlands, des Mouettes, des Hirondelles de mer, des Guillemots, des Pingouins, des Canards, et aussi par des Huîtriers, des Pluviers, des Barges, des Vanneaux.....

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