V
On a distingué dans les Phoques deux groupes différents:
Les Otaries, qui présentent une oreille externe et des incisives de forme particulière: on rencontre ces espèces dans l'océan Pacifique[311];
Les Phoques proprement dits, qui sont dépourvus d'oreille externe, et dont les incisives sont pointues. Dans le Groenland, il en existe plusieurs espèces différentes du Phoque commun: ce sont le Phoque de Gmelin ou capuchonné[312], celui de Müller[313], et celui de Schreber[314].
[311] Voyez la planche XXXIII, dessinée d'après un vélin du Muséum d'histoire naturelle, et libéralement communiquée par M. Milne Edwards.
[312] Phoca cristata Gmelin.
[313] Phoca groenlandica Müller.
[314] Phoca hispida Schreber.
La chasse de ces animaux se fait en pleine mer et avec le harpon.
Ce harpon est long de 2 mètres, et terminé par une pointe de fer mobile, encastrée dans un os, retenue par une courroie et pouvant se détacher au moment où elle pénètre dans la chair de l'animal. Une vessie qui flotte au bout de la ligne indique l'endroit où le Phoque blessé a plongé sous l'eau. Le harpon glisse sur une navette de bois excessivement polie: ce qui lui donne plus de force et lui fait suivre plus sûrement la direction voulue.
Les autres projectiles sont confectionnés de la même manière, et on les lance par le même procédé.
Aussitôt que le Phoque, forcé de venir à la surface de l'eau pour respirer, a révélé sa présence, l'Esquimau cherche à le surprendre, en se tenant sous le vent et en tournant le dos au soleil, afin de n'être ni vu ni entendu. Il se penche sur son kayack, de façon que la vague dérobe le plus possible sa figure. Arrivé à une trentaine de mètres, il prend la pagaie de la main gauche, ajuste son harpon sur la navette et le lance avec vigueur. Si le coup a porté juste, le fer se détache de la lance et dévide la ligne roulée en spirale sur l'avant du kayack. La vessie qui termine la ligne est jetée instantanément dans l'eau.
Le Phoque, atteint, plonge avec une extrême rapidité. Nous avons déjà signalé, chez les Cachalots et les Baleines, ce besoin impérieux de s'enfoncer dans l'eau, que manifestent tous les Mammifères marins qui ont été frappés.
Le pêcheur donne ensuite un tour de pagaie, et ramasse son harpon qui flotte.
Il arrive, parfois, que le Phoque entraîne avec lui la vessie; mais, forcé de respirer, il reparaît bientôt à la surface de la mer, et il n'y a pas à craindre qu'on ne le retrouve plus.
L'Esquimau pousse au monstre, et lui fait avec sa lance de profondes blessures. Il l'achève enfin à coups de javelots. Quand l'animal est mort, il bouche ses plaies avec de petits tampons de bois, empêchant ainsi la déperdition du sang. Il le gonfle ensuite, en soufflant entre la chair et la peau, et l'amarre à la gauche de son kayack.
[Illustration: L. HACHETTE & CIE. PARIS. PL. XXXIII.
OTARIES SUR LA PLAGE. Vélin du Muséum, peint par Bocourt, d'après M. Milne Edwards.]
Cette chasse n'est pas sans danger. Quelquefois la ligne, en se dévidant, s'enroule autour du bras ou du cou du pêcheur. D'autres fois, dans les ébats de l'agonie, le Phoque se jette du côté opposé du kayack, l'entraîne, le renverse, et l'homme est bientôt noyé. Ou bien encore, quand la chasse est finie, le Phoque, qui n'est pas mort, se jette furieux sur l'Esquimau, et le mord aux bras et au visage.
Cet animal est surtout terrible quand il défend son petit. Il se précipite alors sur le kayack et en arrache des lambeaux. La vague remplit l'embarcation, et le pêcheur, sans aucune chance de salut, est submergé avec elle.
[Illustration: PHOQUE
(Phoca vitulina Linné).]
La pêche au Phoque se fait, en hiver, dans le même pays, d'une façon bien différente. On a remarqué que cet animal se pratique alors dans la glace des ouvertures par lesquelles il vient respirer l'air. L'Esquimau le guette, et quand la victime a fait son apparition, il se glisse sur le ventre en imitant son cri. Le Phoque le prend pour un frère, le laisse approcher, et ne reconnaît son erreur que lorsqu'il a reçu le coup mortel. (Ch. Edmond.)