IV
Les Phoques de la Somme sont l'objet d'une chasse remplie d'attraits pour les amateurs, laquelle donne lieu à une branche d'industrie maritime qui n'est pas sans importance. M. Ch. de Rylé a publié des détails fort intéressants sur cette chasse.
La saison la plus favorable est le mois de juin, époque où les femelles viennent de mettre bas, et sont accompagnées de leurs petits. Ces derniers, moins rusés que leurs parents, se laissent plus aisément surprendre. Les Phoques adultes, de leur côté, se résignent difficilement à abandonner leurs nourrissons. On a donc plus de chance de les tirer à belle portée.
Il y a deux manières de chasser les Phoques, sur terre, et dans l'eau.
Pour les tirer sur terre, il faut profiter du moment où ces animaux se trouvent à une certaine distance du rivage: ce qui n'est pas facile. Les chasseurs se placent dans un canot et suivent les courants. Ils tirent sur les individus qu'ils surprennent sur les rives. Ils emploient des armes à longue portée et de grande précision. Car l'animal, épouvanté à la vue de l'embarcation qui s'avance, cherche à fuir rapidement, et il faut quelquefois le tirer à 200 ou 300 mètres de distance.
D'autres fois, le chasseur débarque sans bruit, laissant au matelot qui l'accompagne la garde du canot. Il se traîne sur le sable, en rampant comme le sauvage qui veut surprendre un ennemi. Il parcourt souvent, de cette manière, un kilomètre et plus, poussant sa carabine devant lui. Il s'arrête par intervalles, pour donner à la proie qu'il ambitionne le temps de se rassurer, si elle paraît inquiète, et dissimule en un mot sa présence, autant que possible, jusqu'au moment où, jugeant le Phoque à portée, il fait feu. M. de Rylé a bien décrit les ruses et la patience qu'il faut avoir dans cette circonstance.
La chasse dans l'eau est plus simple, mais moins certaine. On tire le Phoque au moment où il se montre à la surface de la mer. Il faut savoir que l'animal sort seulement la tête, la laisse voir tout au plus une minute, et plonge immédiatement. Quand on est assez adroit pour le toucher, on court risque de le perdre. Si le Phoque n'est que blessé, il regagne la pleine mer; s'il est tué roide, il coule au fond de l'eau, et ce n'est pas sans peine qu'on réussit à le pêcher.