‹ Le monde de la merChapitre 52 sur 247 · V

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Les Polypes sont de petits ouvriers silencieux, actifs, infatigables, qui sécrètent et organisent les gâteaux ou les axes qui les portent et les logent. Éclatante industrie, qui sera sans cesse un objet d'admiration! Population modeste, digne des plus grands éloges, réservée dans ce qu'elle consomme, magnifique dans ce qu'elle produit!

Les Polypes aiment les régions chaudes de l'Océan, et prospèrent mal dans les pays froids.

Les uns forment des pelouses de vie sous-marines qui tapissent les rochers; les autres composent des stalactites animées, de grands arbrisseaux, de petits arbres ou d'immenses forêts. Le câble électrique qui relie la Sardaigne au fort Génois était incrusté d'un si grand nombre de Polypiers et de Bryozoaires, que certaines parties retirées de l'eau avaient le volume d'un baril. (Lacaze-Duthiers.)

Les Polypiers occupent quelquefois des espaces immenses qui grandissent sous les flots, s'élèvent en récifs, entourent les îles, les joignent entre elles, les unissent aux continents, et comblent ainsi la profondeur des mers.

En 1702, un voyageur anglais, Strachan, observa que les Polypiers étaient capables de former de grandes masses de rochers. En 1780, Forster, savant compagnon du capitaine Cook, établit d'une manière positive que la plupart des îles de la mer du Sud doivent leur existence à la multiplication excessive et à l'agglomération compacte des Polypiers. Cette manière de voir a été confirmée par un grand nombre de marins, de zoologistes et de géologues.

Ces Zoophytes sont réunis au fond de l'eau par masses innombrables. Ils absorbent les sels calcaires contenus dans l'Océan, et en composent leurs cellules et leurs axes; ils produisent ainsi des associations souvent colossales.

Leurs germes tombent autour d'eux, et donnent naissance à de nouveaux gâteaux. Les derniers venus s'élancent tout autour des premiers et au-dessus d'eux, et les étouffent; ceux-ci laissent après leur mort leurs cellules de pierre greffées les unes sur les autres. Ces couches de matière devenue inerte servent de fondement à de nouvelles générations qui se superposent régulièrement comme les assises dans une maçonnerie. Il résulte de ces agglomérations gigantesques des rochers immenses qui atteignent jusqu'à deux ou trois cents lieues de longueur!

Ces rochers s'élèvent peu à peu du fond de la mer, sans trouble, sans effort, sans réaction. Au bout d'un certain temps, ils composent des îles; ces îles forment de vastes terres. Il faut des siècles, il est vrai, pour que ce travail s'accomplisse, mais le temps ne manque jamais à la Nature!

Les auteurs de ces constructions séculaires sont des animalcules gélatineux, fragiles, chétifs, presque toujours microscopiques; mais ils sont extrêmement nombreux... il y en a des milliards. Ils peuvent donc produire, par l'entassement de leurs squelettes, des maçonneries dont le genre humain tout entier, travaillât-il cent mille ans, n'enfanterait qu'une bien faible partie!

[Illustration: VUE GÉNÉRALE D'ÎLES A CORAUX.

(Ile de Clermont-Tonnerre, archipel Pomotou.)]

Une fois arrivés à la surface de l'eau, les Polypiers cessent de croître, parce que leurs animalcules sont des êtres essentiellement aquatiques. Enfants de la mer, ils doivent vivre dans la mer; ils meurent à l'air et au soleil. Voilà pourquoi les couches les plus élevées de ces gigantesques édifices sont toujours privées de vie.

Les vagues qui se brisent contre ces îles ou ces rochers en détachent des quartiers, les roulent, les ballottent et les réduisent en poussière. Il en résulte d'abord un gravier blanchâtre parsemé de quelques blocs arrondis, puis un sable plus ou moins fin et plus ou moins grisâtre. Les flots apportent des restes de végétaux, de Mollusques, de Crustacés, de Poissons..... Ces restes se décomposent et se mêlent aux débris madréporiques: la terre végétale commence à se former. C'est ainsi que la Providence a fait surgir de l'Océan des espaces de terrain considérables.

Le massif, monté au niveau de la mer, est bientôt envahi par la végétation et embelli par l'animalité. Les vagues y abandonnent quelques graines; celles-ci se développent. Les végétaux prennent pied dans le terrain, et l'île est bientôt couverte de verdure. Des troncs d'arbres arrachés par la mer sur les côtes voisines, et poussés par les courants, abordent sur sa plage. Des Vers, des coquillages, des Insectes et d'autres petits animaux apportés avec ces troncs se hâtent de gagner la terre; ils y pullulent et en constituent la première population. Les Tortues de mer accourent vers l'île naissante, et viennent y déposer leurs œufs. Les Oiseaux, attirés de loin par la verdure, arrivent pour s'y reposer et pour y construire leurs nids. Enfin, les habitants des îles voisines, chassés par quelque coup de vent ou séduits par la beauté du site et par l'abondance de ses fruits, s'y rendent avec leurs pirogues, y bâtissent des cabanes, y fondent une tribu; et l'industrie de l'Homme complète et vivifie l'industrie des Polypiers!

Les actions si puissantes des animalcules les plus petits et les plus faibles sont empreintes, dans la Nature, d'un charme et d'une philosophie que ne donneront jamais dans nos musées les formes les plus élégantes de leurs cadavres soigneusement conservés et savamment classés.

Les Infusoires, les Foraminifères et les Polypes existent dans la mer par milliards de milliards... C'est l'infini vivant!

[Illustration]

[Illustration: L. HACHETTE & CIE. PARIS. PL. VIII. P. Lackerbauer, d'après Mr. Lacaze du Thiers. Digeon fac-simile sc.

CORAIL Portion de Macciotta pêchée à 80 brasses de profondeur.

1 Corail rouge. (C. rubrum, Lamarck.) 2 Bebryce tendre. (B. mollis, Philippi.) 3 Gorgone délicate. (G. subtilis, Valenciennes.) 4. 4'. 4''. Éponges. 5 Balanophyllie d'Italie. (B. Italica, Michelin.) 6 Flabellum. (F. anthophyllum, Ehrenberg.) 7 Thécidie de la Méditerranée. (T. Mediterranea, Defrance.) 8 Térébratule tête de serpent. (T. caput serpentis, Lamarck.)]

[Illustration]

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