‹ Le monde de la merChapitre 51 sur 247 · IV

IV

Les Polypiers sont fixés aux corps solides. Quelquefois ils s'attachent les uns aux autres, se greffent dans tous les sens ou s'enlacent dans toutes les directions.

Il y en a de blanchâtres, de tout à fait blancs, de jaunâtres, de vert-pomme. Leurs nuances passent du brun olivâtre au bleu foncé, du vermillon au violet, et du jaune pâle au gris de perle.

Chaque tuyau ou cellule contient un individu. Les loges sont plus ou moins profondes, suivant les espèces. Les animalcules sont composés généralement d'une partie cachée plus ou moins tubuleuse, et d'une partie étoilée plus ou moins apparente. Cette dernière présente de huit à douze barbillons lisses ou granuleux, susceptibles de s'épanouir comme les pétales d'une fleur. Quand ces appendices sont étalés, ils atteignent souvent le double de la hauteur du corps; ils sont alors presque transparents, excepté vers l'extrémité.

Les Polypes étendent ou resserrent leurs barbillons, dilatent ou contractent leur bouche, suivant les besoins; mais leur tube digestif est soudé à leur cellule, et les axes qui portent les cellules sont condamnés à l'immobilité. Singulière combinaison! des arbustes moitié animés et croissant au fond de l'eau; des animalcules moitié emprisonnés et rivés à leur prison; des estomacs dans une écorce, des bras sur une branche, et le mouvement sur le repos!

Les animalcules des Polypiers se reproduisent par de petites larves vomies par l'animal et par des bourgeons développés dans leur écorce.

[Illustration: POLYPES ÉPANOUIS SORTIS DE LEUR LOGE

(Sertularia pumila Linné).]

Dans les Polypiers Hydraires, les œufs sont souvent contenus dans des capsules cornées spéciales, qui se brisent lors de la maturation. Leurs formes sont très-variées, suivant les espèces.

Qu'on imagine un ellipsoïde transparent comme du cristal, dont les parois sont décorées de rampes à créneaux disposées en spirale, interrompues à chaque tour, et laissant voir par transparence cinq ou six œufs ronds, d'un jaune safrané, et l'on aura la capsule ovigère d'un Polypier Bryozoaire, la Plumulaire plume.

[Illustration: POLYPIER BRYOZOAIRE: SON SAC A ŒUFS ET SES LOGES A POLYPES, GROSSIS

(Plumularia pluma Linné).]

Chez les Campanulaires, il existe des branches mâles et des branches femelles: les unes chargées de loges dans lesquelles se développent les œufs; les autres portant des capsules mâles surmontées chacune d'un bouquet d'élégants tentacules.

[Illustration: POLYPIER HYDRAIRE PRODUISANT UNE MÉDUSE]

Mais un des phénomènes les plus curieux que présente l'étude des Polypiers Hydraires, est celui que les savants ont désigné sous le nom de génération médusipare. A une certaine époque de l'année, apparaît, chez les Campanulaires, les Syncorines, etc., une sorte de hernie extérieure, au centre de laquelle tourbillonne le liquide nourricier. C'est un bourgeon qui, peu à peu, se revêt d'un bourrelet de substance transparente, grandit rapidement, et ne tarde pas à montrer des traces d'organisation intérieure. On voit alors le liquide nourricier circuler dans quatre canaux; quatre points noirs se dessinent au sommet du bourgeon, à l'extrémité des quatre canaux: ce sont les yeux. Insensiblement le bourgeon prend un aspect plus campanuliforme; son extrémité se dilate, les yeux s'écartent, et dans leur voisinage naissent quatre tentacules. Le réservoir central augmente de capacité, se limite par une membrane distincte, et forme l'estomac. L'animal est développé: c'est une vraie Méduse. Dans peu de temps, elle rompra son pédicule par de violentes contractions, et prendra son essor vers la haute mer.

La jeune Méduse, aussitôt libre, atteint en peu de jours le double de son volume. La déchirure de son pédicule se cicatrise, les tentacules s'allongent; l'estomac acquiert une bouche. Quelques semaines encore, et l'intestin de chacune de ces petites Méduses présentera un contour onduleux, comme mamelonné: ce sont des œufs qui se forment, grossissent, se développent, et se détacheront par un mécanisme semblable (Desor).

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