CHAPITRE XI - I
LA PLUME DE MER.
Quantes fois, lorsque sur les ondes Ce nouveau miracle flottoit.....
(MALHERBE.)
La contemplation des animaux qui habitent dans un milieu différent du nôtre, et qui cependant accomplissent sans gêne les diverses phases de la vie avec des mœurs particulières, avec leurs joies et leurs souffrances, n'est-elle pas faite pour nous plonger dans une sorte de ravissement!
Tous les Zoophytes marins, sans exception, peuvent être le sujet de nos études et de notre enthousiasme. Mais parmi ces animaux, un des plus merveilleux est bien certainement la Plume de mer ou Pennatule.
Ce Polypier habite loin des rivages, il aime la haute mer; aussi n'est-il pas adhérent, mais libre. Son organisation complexe ressemble grossièrement à une plume.
Cette agglomération animale offre un axe ou partie commune, et des espèces de barbes sur lesquelles sont établis des Polypes.
L'axe est composé de deux parties, une antérieure, qui porte les barbes, et une postérieure, qui est nue. La première est plus ou moins étroite et déprimée; la seconde ressemble à un cœur allongé. Son extrémité est obtuse et percée d'un trou aveugle, que certains naturalistes ont pris mal à propos pour une bouche.
[Illustration: PLUME DE MER ÉPINEUSE
(Pennatula spinosa Deshayes).]
Dans l'intérieur de l'axe, au milieu d'un tissu charnu et contractile, se trouve une baguette dure, aplatie, grisâtre, de nature calcaire. Cette baguette offre en dessus et en dessous deux rainures, une à droite et l'autre à gauche. Elle est enfermée dans une membrane très-mince.
On observe encore, dans l'épaisseur de la Plume, trois cavités, dont une moyenne et supérieure et deux latérales. La cavité moyenne, qui est assez grande, diminue vers l'extrémité antérieure, où l'on voit un véritable orifice. Des deux côtés de cette même cavité se trouvent des brides formant des loges celluleuses qui semblent communiquer avec les barbes.
A certains moments, l'agrégation aspire de l'eau et se gonfle, puis elle rejette le liquide et s'amoindrit.
Les barbes sont plus grandes au milieu de la tige qu'à l'extrémité. Leur ensemble forme des espèces d'ailerons aux deux côtés de l'axe. Leur bord postérieur est subdivisé en lames qui présentent inférieurement de petites aiguilles calcaires, dures, blanches et cassantes. Ces lames soutiennent les Polypes.
[Illustration: POLYPES DE LA PLUME DE MER ÉPINEUSE.]
Ceux-ci sont rapprochés et alignés, implantés obliquement et répartis avec inégalité. Ils ont la forme d'une bourse divisée en deux portions: une de ces dernières offre la bouche bordée de huit tentacules; l'autre comprend les organes de la digestion et les sacs des œufs.
En définitive, ces Polypes, comme la plupart des animaux inférieurs, ressemblent toujours plus ou moins à des fleurs vivantes, mais à des fleurs vivantes qui frémissent d'une sensibilité encore bien incomplète et qui jouissent d'une volonté encore bien limitée!
Les Plumes de mer sont épineuses. On en connaît une d'un rouge-cannelle[51], et une autre d'un gris sale[52]. Le soir, la première devient phosphorescente, et balance mollement ses lueurs à la surface de la mer.
[51] Pennatula phosphorea Linné.
[52] Pennatula grisea Esper.
Ces Polypiers peuvent contracter la partie postérieure et renflée de leur axe, de même que leurs ailerons. Ces derniers semblent leur servir de nageoires ou de rames. Mais les Pennatules ne réussissent qu'à produire des mouvements très-imparfaits. Les eaux les poussent dans un sens ou dans un autre, et les courants ne tardent pas à les entraîner. Flottant sans volonté, du moins apparente, au gré des vagues et des vents, elles vont partout, et partout elles rencontrent ce qu'il faut pour leur nourriture, ce qui convient à leur bien-être et ce qui est nécessaire à leur reproduction!
[Illustrations]
D'après les observations récentes de M. Lacaze-Duthiers, ces Polypes des Pennatules sont tous mâles ou tous femelles, exclusivement; de manière que chaque communauté ne présente qu'un seul sexe. On sait qu'il existe des végétaux organisés d'une manière analogue, c'est-à-dire à fleurs mâles et à fleurs femelles séparées sur des pieds différents (dioïques): par exemple, les Pistachiers, les Dattiers, les Épinards.....