‹ Le monde de la merChapitre 67 sur 247 · CHAPITRE XIII - I

CHAPITRE XIII - I

LES MÉDUSES.

«Le Polypier fit la Méduse; la Méduse fait le Polypier.»

(MICHELET.)

[Illustration: MÉDUSE CROISÉE

(Rhizostoma cruciata Lesson).]

Voyez ces cloches demi-transparentes qui flottent gracieusement dans la mer! Ce sont des Méduses, organisations extraordinaires qui constituent une grande classe d'animaux fragiles et vagabonds, désignés par Cuvier sous le nom d'Acalèphes. Nous dirons plus loin pourquoi ce nom.

[Illustration: MÉDUSE DE GAUDICHAUD

(Chrysaora Gaudichaudii Lesson).]

Les Méduses ressemblent à des calottes, à des ombrelles, ou mieux peut-être à des Champignons élégants et délicats, dont le pédicule serait remplacé par un corps également central, mais profondément divisé en lobes divergents. Ces lobes sont sinueux, tordus, crispés, frangés..... Au premier abord, on serait tenté de les prendre pour des espèces de racines.

Les bords de l'ombrelle sont entiers ou denticulés, quelquefois découpés, souvent ciliés, ou bien pourvus de longs appendices filiformes qui descendent verticalement dans l'eau.

Tantôt l'animal est incolore et d'une limpidité presque égale à celle du cristal; tantôt il paraît légèrement opalin, d'un bleu tendre ou d'un rose affaibli. D'autres fois il présente les teintes les plus vives et les reflets les plus brillants.

[Illustration: MÉDUSE AUX BEAUX CHEVEUX

(Cyanæa euplocamia Lesson).]

Dans certaines espèces, les parties centrales seulement sont colorées; elles se montrent rouges ou jaunes, bleues ou violettes. Le reste est sans couleur.

Dans d'autres, la masse centrale semble vêtue d'un voile extrêmement mince, diaphane et irisé, semblable à la lame légère et fugace d'une bulle de savon, ou bien à la cloche transparente qui recouvre un bouquet de fleurs artificielles.

Les Acalèphes sont des animaux sans consistance, pénétrés de beaucoup d'eau. On a de la peine à comprendre comment leur trame délicate peut résister à l'agitation des flots et à la force des courants. La vague les balance sans les meurtrir; la tempête les disperse sans les tuer. Quand on retire de la mer ces favoris de la Nature et qu'on les jette sur la plage, leur substance se dissout; l'animal se décompose, il se réduit à presque rien. Si le soleil est bien ardent, cette désorganisation s'opère en un clin d'œil.

Les vagues, en se retirant, déposent souvent sur la grève des amas de pauvres Méduses, qui s'y fondent comme des glaçons.

On dit que certaines espèces très-grandes, du poids de 5 à 6 kilogrammes, ne contiennent que 10 à 12 grammes de matière solide.

M. Telfair vit, en 1819, sur le rivage de Bombay, une Méduse énorme abandonnée; elle pesait plusieurs tonneaux. Trois jours après, l'animal commençait à se putréfier. M. Telfair fit surveiller cette décomposition par les pêcheurs du voisinage, afin de recueillir les os ou les cartilages de cette grosse bête, si par hasard elle en avait. Mais elle se pourrit tout entière et ne laissa aucun reste. Il fallut pourtant neuf mois pour qu'elle disparût complétement.

Les Acalèphes de nos côtes sont loin d'avoir une taille aussi monstrueuse; beaucoup peuvent passer pour de petits animaux. Un des plus délicats est la Turris négligée[58], qu'on a décrite comme une clochette de verre rouge ornée de quatre raies transversales et de quatre appendices blancs disposés en croix. Aux bords de la clochette règne une frange neigeuse du plus joli effet.

[58] Turris neglecta Lesson.

Les Acalèphes sont quelquefois réunis en nombre considérable. Les barques qui traversent l'étang de Thau rencontrent, à certaines époques de l'année, des colonies nombreuses d'une espèce de la taille d'un petit melon, presque transparente, blanchâtre comme de l'eau troublée par un nuage d'anisette. On serait tenté de prendre ces animaux pour une collection flottante de bonnets grecs de mousseline.

[Illustration: LIZZIA DE KÖLLIKER (TRÈS-GROSSIE)

(Lizzia Kœllikeri Gegenbauer).]

La Lizzia de Kölliker est si petite, qu'on la distingue à peine dans la transparence de l'eau.

Sur les côtes du Groenland, on remarque souvent de grands espaces colorés en brun foncé par la jolie Méduse brune tachetée. Un centimètre cube d'eau en contient, dit-on, plus de 3000, et un de leurs bancs, qui présente une étendue insignifiante par rapport à l'Océan, se compose au moins de 1600 milliards de ces animalcules (Schleiden). Quelle source de réflexions philosophiques et de poétiques rêveries!

Les Méduses étant flottantes et légères, les courants et les autres mouvements de la mer les entraînent souvent à de très-grandes distances de leur pays natal. Les myriades d'individus que mangent les Baleines sont transportés des côtes du Mexique jusqu'aux îles Hébrides, l'une des principales stations de ces énormes Cétacés.

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