‹ Le monde de la merChapitre 73 sur 247 · VII

VII

C'est dans la classe des Acalèphes que les naturalistes ont placé les Béroés et les Vélelles.

[Illustration: BÉROÉ

(Beroe pileus Gmelin).]

Les Béroés ont un corps ovoïde ou globuleux, garni de côtes plus ou moins saillantes ornées de dentelles et hérissées de filaments. Ces côtes forment quelquefois des sortes d'ailes. Certains Béroés ressemblent à de petits barils sans fond; leurs couleurs sont éclatantes: on dirait des émaux vivants.

L'espèce des côtes de l'Irlande, appelée pomiforme[63], est une petite sphère du plus pur cristal, nuancée des couleurs de l'iris. Quand elle mange, on distingue sa proie à travers son tissu. Ses côtes sont frangées; on y remarque des cils diaphanes très-mobiles, à l'aide desquels le délicieux ballon glisse et avance dans les eaux, comme un petit météore. Les mouvements des cils ont lieu avec alternance, c'est-à-dire que ceux d'une rangée s'agitent avec vivacité pendant que ceux de la rangée voisine se reposent, et que ces derniers, à leur tour, se mettent en mouvement quand les premiers sont en repos. Ce Béroé semble capricieux dans ses évolutions: quelquefois il monte à la surface de la mer, lentement, comme une bulle qui s'élève, et redescend avec la même lenteur; d'autres fois il opère une ascension d'une excessive rapidité et une descente comme la chute d'une pierre. D'autres fois encore, sans s'élever ni descendre, il pirouette sur son axe vertical, et décrit une suite de cercles transversaux, comme un gracieux valseur. (Rymer Jones.)

[63] Cydippe pomiformia Patterson.

Cette jolie espèce possède deux tentacules six fois plus longs que son corps, très-fins, très-délicats, composés d'un axe capillaire flexueux, donnant des branches latérales courtes et arborisées. Ces tentacules descendent en divergeant de la partie inférieure du corps; ils sont très-onduleux et ressemblent à des fils d'Araignée. On assure que leur surface est couverte de vésicules microscopiques étroites et piquantes, qui servent probablement à étourdir ou à tuer la proie (Strethill Wright). L'organe le plus faible a toujours quelque moyen de perfection; il peut même devenir, comme on voit, un instrument très-dangereux.

On connaît un Béroé phosphorescent[64]. Quand il tourbillonne, il produit l'effet d'un petit corps lumineux en forme de colonne torse, qui change constamment de place en tournant sur lui-même.

[64] On a signalé plusieurs autres Acalèphes avec une propriété analogue, par exemple la Dianæa cyanella de Lamarck, et l'Oceania phosphorica de Péron et Lesueur.

[Illustration: VÉLELLE

(Velella limbosa Lamarck).]

Les Vélelles ont un cartilage intérieur, ovale et transparent, qui soutient la substance gélatineuse de leur corps. Celui-ci est une ombrelle d'un bleu foncé, garnie en dessous de nombreux suçoirs. Une crête verticale, en forme de voile, est implantée sur son cartilage et croise obliquement son dos.

Les Vélelles flottent souvent en grand nombre à la surface des vagues, maintenues à fleur d'eau par l'air qui les leste et poussées par le zéphyr qui frappe sur leur voile.

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