II
Les Étoiles de mer offrent les couleurs les plus variées: il y en a d'un gris jaunâtre, d'un jaune orangé, d'un rouge grenat, d'un violet enfumé, d'un roux obscur.....
Leur corps est soutenu par une enveloppe calcaire composée de pièces juxtaposées réunies par des fibres tendineuses, et armé de tubercules et de piquants.
M. Gaudry a évalué à plus de 11 000 les pièces solides qui se trouvent dans l'Étoile de mer rougeâtre[69], une des espèces les plus communes de l'Europe.
[69] Asteracanthion rubens Müller et Troschel.
Les Astéries ont la bouche au centre de la surface inférieure. De cette bouche partent autant de gouttières ou sillons qu'il y a d'appendices brachiaux. Ces gouttières donnent passage aux organes du mouvement.
[Illustration: ASTÉRIE VUE EN DESSUS ET EN DESSOUS
(Astropecten spinulosus Müller et Troschel).]
Ceux-ci forment une double ou quadruple rangée. Ils consistent en des cylindres charnus, grêles, tubuleux, terminés, dans le plus grand nombre, par une petite vésicule globuleuse remplie d'un liquide aqueux. Ils sont très-extensibles. Quand les pieds sortent, la vessie contractée pousse l'eau dans le tube, qui se roidit. Quand les pieds rentrent, leur peau musculaire renvoie leur contenu dans la vessie. L'Étoile s'accroche aux corps étrangers au moyen de ces organes, et réussit à exécuter les faibles mouvements qui constituent sa progression.
Malgré ce prodigieux attirail de jambes, l'animal ne va guère plus vite que beaucoup d'habitants de l'eau salée qui n'en ont qu'une seule ou qui n'en possèdent pas.
[Illustration: ASTÉRIE ÉQUESTRE
(Goniaster equestris Gmelin).]
Si l'on renverse une Astérie sur le dos, elle reste d'abord immobile, les pieds enfermés. Bientôt elle fait sortir ces derniers, semblables à autant de petits Vers; elle les porte en avant et en arrière, comme pour reconnaître le terrain; elle les incline vers le fond du vase, et les fixe les uns après les autres. Quand il y en a un nombre suffisant d'attachés, l'animal se retourne.
On croit que ces organes jouent en même temps un rôle important dans la respiration. Par moments, même pendant le repos, ils sont traversés par des courants intérieurs de corpuscules.
La bouche des Astéries se rend presque immédiatement dans l'estomac. Celui-ci forme un grand sac qui envoie un long prolongement dans l'intérieur de chaque bras. Ces prolongements sont des espèces d'intestins... Des intestins dans des bras!
Ces animaux sont très-voraces: ils engloutissent leur proie vivante d'un seul morceau. Quand la victime est trop grosse pour la bouche, l'estomac se porte au-devant d'elle.
Chez la plupart des animaux, les lèvres sont les pourvoyeuses de la cavité digestive. Ici cette dernière se passe des lèvres, elle se pourvoit toute seule!
Les Étoiles de mer peuvent manger jusqu'à des Huîtres. Est-ce bien vrai? Leur bouche est étroite et non dilatable, et une Huître est un morceau assez volumineux! Voici comment procèdent les Astéries, suivant M. Rymer Jones. Elles saisissent l'Huître entre leurs rayons, et la maintiennent sous leur bouche au moyen de leurs suçoirs; elles retournent leur estomac, qui enveloppe de ses replis le malheureux mollusque, et distille peut-être sur son corps un liquide stupéfiant (?). Bientôt la pauvre victime écarte les volets de sa coquille, livre ses organes à merci, et devient la proie du ravisseur étoilé.
Les Astéries jouent un rôle important dans la police et l'hygiène de la mer. Elles aiment les viandes mortes de toute nature, et déploient une activité merveilleuse à rechercher, à dévorer, à faire disparaître les diverses matières animales corrompues. Cet important travail de propreté et de salubrité est accompli sur une immense échelle, silencieusement, tranquillement et continuellement... Gloire à Dieu!
C'est M. Ehrenberg qui a découvert les yeux des Astéries. Ils sont placés à l'extrémité inférieure, au bout de chaque bras. (L'œil dans la main, comme Figaro!) Ce sont des globules d'un rouge vif, entourés d'un rempart de cils épineux. Pour s'en servir, l'animal est obligé de les ramener en dessous en relevant son rayon. Du reste, ces organes doivent être bien imparfaits, puisque, malgré les recherches les plus minutieuses, on n'a pu y trouver un cristallin (Valentin). Cependant Edward Forbes raconte avec beaucoup d'esprit l'histoire d'une Étoile de mer de la Méditerranée, la Luidie ciliaire[70], qui, après lui avoir échappé, en sacrifiant ses bras, ouvrait et fermait sa paupière épineuse, et le regardait avec un air moqueur!
[70] Luidia ciliaris Dujardin.