‹ Le monde de la merChapitre 77 sur 247 · III

III

Le frai des Étoiles de mer passe pour un poison violent.

Leurs œufs sont en nombre très-considérable. La mère les porte dans une cavité formée par la courbure du corps et des rayons. Ils sont logés de manière que l'animal est obligé de fermer sa cavité digestive et de se passer de nourriture pendant tout le temps de sa gestation. On a vu une Astérie rester ainsi onze jours sans aliments. Les femelles de presque tous les animaux mangent double, quand elles sont dans une situation intéressante!

Les œufs sont jaunâtres ou rougeâtres; ils produisent des petits ovoïdes et sans rayons, mais pourvus de cils vibratiles qui leur donnent l'aspect des Infusoires. Ils nagent avec vivacité.

Au bout de quelques jours, des appendices bourgeonnent sur la partie antérieure du corps, et forment comme quatre petits bras, à l'aide desquels la larve se fixe sur sa mère. Ce ne sont encore que des membres provisoires. Le corps s'aplatit ensuite graduellement, et se transforme en un disque d'abord arrondi, sur une des faces duquel, vers le milieu, surgissent, sous forme de protubérances globulaires, les rudiments des suçoirs. Il y en a dix rangées concentriques. Enfin, le corps devient pentagonal et plus ou moins semblable à une étoile. Les rayons sortent des angles, et l'animal est complet.

[Illustration: ASTÉRIE EN PLEINE REPRODUCTION DE SES RAYONS

Dessinée d'après le vivant (Concarneau).]

Les Étoiles de mer jouissent à un haut degré du phénomène vital de la rédintégration; elles reproduisent avec une facilité étonnante des parties qui leur ont été enlevées. Les individus qui perdent par accident un ou plusieurs bras, les remplacent plus tard par des bras exactement semblables. Ces nouveaux membres en voie de développement sont d'abord très-petits, d'où il résulte nécessairement une aberration dans la figure étoilée de l'Astérie.

Il existe une espèce de l'océan Indien[71], qui offre souvent quatre bras, sur cinq, nouvellement reproduits, et par conséquent plus petits que le cinquième. L'étoile a pris l'aspect d'une comète.

[71] Ophidiaster miliaris Müller et Troschel.

Sir John Dalyell recueillit, le 10 juin, un rayon isolé d'une Astérie. Ce rayon ne donnait aucun signe de reproduction. Mais, le 15, parurent les rudiments de quatre nouveaux rayons, indiqués par de petites proéminences. Vers le soir, un de ces rudiments avait grossi du double; les autres se trouvaient moins avancés. Un orifice, c'est-à-dire une bouche, commençait à se former au centre du nouveau groupe. Le travail reproducteur fut alors en pleine activité, et, trois jours plus tard, l'animal possédait cinq rayons, dont quatre lilliputiens, comparés au rayon primitif. Au bout d'un mois, ce dernier tomba par morceaux, laissant l'Étoile nouvelle composée de quatre petites branches symétriques. Le vieux rayon était remplacé par un jeune animal complet. (Rymer Jones.)

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