CHAPITRE XVI - I
LES HOLOTHURIES.
Pourquoi des animaux faits comme des cornichons?--Et pourquoi des cornichons?
Les savants comprennent dans la même famille que les Oursins de modestes animaux appelés Holothuries, ou plus vulgairement, Cornichons de mer.
[Illustration: HOLOTHURIE TUBULEUSE.
(Holothuria tubulosa Gmelin).]
Ces animaux sont allongés, tantôt cylindriques, tantôt pentagonaux, droits ou arqués, quelquefois sans forme déterminée. Plusieurs ressemblent à de gros Vers disgracieux.....
Leur longueur varie de quelques centimètres à un mètre. Les plus petits sont les moins rares.
Les Cornichons de mer ont une peau coriace, opaque ou transparente, souvent raboteuse ou granuleuse, farcie (c'est bien le mot) de parties calcaires. A travers cette enveloppe, sortent habituellement des filaments (pieds tentaculaires), creux, extensibles, épars ou symétriques, terminés, comme les pieds des Oursins, par une ventouse en miniature.
[Illustration: HOLOTHURIE ÉLÉGANTE
(Holothuria elegans O. F. Müller).]
La bouche est placée à l'un des bouts du cylindre. On voit autour des appendices lobés, pinnés ou ramifiés. Cette bouche offre en dedans un anneau osseux, de dix à douze pièces calcaires. C'est un rudiment de la lanterne d'Aristote. A l'extrémité postérieure, se trouve un autre orifice par où jaillit de temps en temps un courant d'eau semblable à une petite fontaine.
Les Holothuries habitent généralement à de grandes profondeurs. Leurs mouvements sont assez bornés. Elles exécutent une sorte de reptation au moyen des ondulations plus ou moins fortes de leur corps, ou bien à l'aide des contractions plus ou moins nombreuses de leurs pieds.
Toujours baisent la terre et rampent tristement.....
Leurs pieds sont tantôt vers le milieu du ventre, dans un endroit qui forme comme un disque (sur lequel rampe l'animal à la manière des Limaces); tantôt disposés en séries nombreuses tout le long du corps. Chez l'Holothurie frondeuse[83], des mers du Nord, ils forment cinq rangées longitudinales.
[83] Cucumaria frondosa Blainville.
Certaines espèces sont armées de petits organes en forme d'hameçons ou d'ancres, qui leur permettent de s'amarrer aux roches sous-marines. Lorsque ces crochets agissent sur la peau des mains, ils peuvent causer une sensation cuisante de brûlure.
Une Holothurie de la baie de Matavaï, dans l'île d'Otaïti[84], décrite par Lesson, longue d'un mètre et très-contractile (au point de se réduire à 33 centimètres), est lubrifiée par un liquide âcre et corrosif qui fait naître un prurit intolérable sur les doigts, lorsqu'on la touche sans précaution. Aussi les naturels de la mer du Sud témoignent-ils la plus grande répugnance à sa vue. (Lesson.)
[84] Holothuria (Intestinaria) oceanica Lesson.
Beaucoup de Cornichons de mer, quand on les irrite, rejettent volontairement et brusquement leurs viscères, et ne tardent pas à périr. Ce phénomène est bien une des choses les plus étonnantes et les plus inexplicables qui existent dans les mœurs des animaux!
«Il est bon de comprendre clairement, dit le père Malebranche, qu'il est des choses qui sont absolument incompréhensibles.»
Le docteur Johnston raconte qu'il avait oublié une pauvre Holothurie, pendant deux ou trois jours, dans de l'eau non renouvelée. L'infortunée devint triste et malade (on le serait à moins). Bientôt elle vomit tout à la fois ses tentacules, son appareil buccal, son tube digestif et une partie de ses ovaires..... Ces organes tombèrent çà et là au fond du vase. L'effort musculaire avait été sans doute bien terrible, pour déterminer un pareil effet, et cependant la vie de la malheureuse n'était pas éteinte; car sa peau vide se contractait au moindre attouchement, et prouvait, par ses contorsions, qu'elle n'avait presque rien perdu de son irritabilité.
Mais ce qui est plus extraordinaire encore que ce vomissement et cette contraction, c'est que l'animal, privé de ses anciens viscères, en reproduisit de nouveaux au bout de trois ou quatre mois, et recommença, tout joyeux, son train de vie habituel. (J. Dalyell.)
La division spontanée de certaines Holothuries, qui se partagent en deux morceaux, n'est pas moins digne de remarque que le rejet et la restauration de leurs organes. L'individu demeure quelque temps stationnaire; chacune de ses extrémités s'élargit et s'aplatit. En même temps, sa partie moyenne devient graduellement étroite, et finit par se réduire à un fil très-mince. Ce fil se rompt. On a alors deux demi-Holothuries de grosseur égale ou inégale. Plus tard, chaque portion se complète, et il en résulte deux animaux exactement semblables au premier. (Rymer Jones.)