II
Les Mollusques agglomérés présentent des associations assez curieuses. Les principaux sont peut-être les Ascidies dites sociales, masses de gelée translucide, tantôt d'une teinte uniforme, verte, brune, rouge, violacée, souvent très-pâle; tantôt, au contraire, multicolores et splendidement pointillées, rayées ou panachées.
[Illustration: ASCIDIES SOCIALES
(Perophora Listeri Wiegmann).]
Les Mollusques agglomérés sont attachés aux rochers, étalés à leur surface, comme des plaques de Lichens, ou suspendus à leurs arêtes, comme des groupes de glaçons. Les Varecs à larges feuilles abandonnés sur le sable après une tempête paraissent presque toujours couverts de ces animaux bizarres, protégés par leur manteau glaireux. Ces ensembles figurent quelquefois une pléiade de gracieuses étoiles, un bouquet, une rosette. Leurs individus élémentaires sont allongés ou arrondis, et souvent anguleux ou découpés.
Lorsqu'on introduit une de ces masses dans un aquarium, elle a l'air aussi apathique qu'une Éponge, et ne donne d'autre signe de vie apparent qu'un léger resserrement au pourtour des orifices. Mais, en l'examinant de près, on découvre qu'elle n'est pas aussi inanimée qu'on l'avait d'abord supposé, et que, par les mêmes ouvertures, entrent et sortent des courants d'eau extrêmement rapides, faisant parfois l'effet de tourbillons. (Rymer Jones.)
Les larves de ces animaux multiples sont isolées et libres. Alternance continuelle d'esclavage et de liberté!
A une époque de leur vie, ces larves se fixent. Quand l'animal a perdu la faculté de se mouvoir et qu'il a suffisamment grandi, on voit naître à la surface de son corps un certain nombre de petits tubercules qui s'allongent, se creusent et forment autant de nouveaux individus. Ceux-ci restent adhérents au corps de la mère, laquelle devient le fondateur d'une nouvelle colonie.
Il existe une très-grande diversité dans l'arrangement des membres de chaque association. Mais tous ces arrangements, quels qu'ils soient, présentent toujours un ordre rigoureux et une régularité géométrique.
Les habitants de ces brillantes compagnies sont plus ou moins nombreux, suivant les espèces; ils reçoivent en famille les mêmes rayons du soleil, les mêmes caresses de la vague, les mêmes coups de la tempête!... Tous remplissent leurs devoirs particuliers avec exactitude et zèle, sans trouble et sans humeur. L'accord le plus parfait règne entre eux, comme entre les animalcules des Polypiers et des Bryozoaires. Admirables communautés, dont les citoyens sont plus intimes et plus unis que beaucoup d'autres! N'est-ce pas là le beau idéal de l'association républicaine? E pluribus unum.