III
Un des genres les plus intéressants, parmi ces animaux, a été désigné sous le nom de Botrylle.
[Illustration: BOTRYLLE DORÉ
(Botryllus gemmeus Savigny).]
Les individus de chaque corporation sont au nombre de dix, de quinze, de vingt, ovoïdes, oblongs ou piriformes, et disposés comme les rayons symétriques d'une roue.
Quand on irrite une des branches de l'ensemble, un seul Mollusque se contracte. Quand on tourmente le centre, ils se contractent tous. (Cuvier.)
Les orifices buccaux se trouvent aux extrémités extérieures des rayons; mais les terminaisons intestinales aboutissent à une cavité commune, qui est au moyeu de la roue.
Voilà donc des animaux qui mangent séparément et qui remplissent ensemble une singulière fonction! Ce genre d'union et de communauté nous rappelle ce qui se passait dans Ritta-Christina. Mais, chez nos Mollusques, au lieu de deux individus soudés, nous en avons une quinzaine!
On peut considérer l'étoile entière comme une seule bête à plusieurs bouches! Mais alors il y a, chez elle, luxe d'organes pour la fonction intelligente, qui cherche et qui choisit, et parcimonie pour la fonction stupide, qui ne cherche pas et qui ne choisit pas!
Chez les Pyrosomes, la colonie n'est plus adhérente. Elle constitue une masse brillamment colorée, cylindrique, creuse, ouverte à une extrémité, fermée à l'autre. Cette masse flotte et se balance sur les eaux comme la Plume de mer.
L'espèce surnommée atlantique[89] varie singulièrement dans ses nuances. Elle passe avec rapidité du rouge vif à l'aurore, à l'orangé, au verdâtre, au bleu d'azur, d'une manière vraiment admirable (Lamarck). Elle est, de plus, phosphorescente.
[89] Pyrosoma atlantica Lamarck.
Le nom de Pyrosome signifie littéralement corps de feu. Humboldt a vu une troupe de ces splendides Mollusques côtoyer son vaisseau comme une bande de globes enflammés vivants, projetant des cercles de lumière de cinquante centimètres de diamètre, qui lui faisaient apercevoir à une profondeur de cinq mètres, et pendant plusieurs semaines, des Thons et d'autres poissons qui suivaient le navire.
Bibra, dans son voyage au Brésil, prit une fois sept ou huit Pyrosomes atlantiques et les porta dans sa cabine. A l'aide de leur lumière, il put lire, à l'un de ses amis, la description qu'il en avait faite sur son carnet[90].
[90] Voyez le chapitre III.