‹ Le monsieur au parapluieChapitre 17 sur 20 · XVI

XVI

ANXIÉTÉS DE BENGALI

Tous les jours, Bengali allait attendre Georgette à un endroit convenu, la faisait monter dans la voiture qui l'avait amené et les deux amants allaient passer une heure dans le petit appartement loué pour ces entrevues quotidiennes.

Depuis quelque temps, Bengali remarquait la tristesse toujours croissante de sa maîtresse; celle-ci, de son côté, avait constaté, chez son amant, la perte de la gaîté si riche et si communicative qu'il possédait lorsqu'elle l'avait connu.

--Chaque jour, se disait-elle, il paraît plus rêveur, plus préoccupé que la veille; il ne répond plus à mes questions que d'une façon distraite, comme s'il pensait à autre chose... cet amour ardent, qu'il m'affirmait avec un tel accent de sincérité, était-ce.... une comédie? oh! non... ce serait horrible... il était sincère, j'en suis sûre, mais son caractère léger a-t-il pu se transformer tout à coup... la possession n'a-t-elle pas amené chez lui la satiété? Ne m'aime-t-il plus? Quand l'explication qu'il me demande de ma tristesse m'arrache l'aveu de mes inquiétudes, il proteste énergiquement, avec un redoublement de tendresse, contre mes craintes et, bientôt après ces effusions et ces serments, son visage trahit de nouveau des soucis qu'il me cache... des mystères envers moi qui dois devenir sa femme; pourquoi?

La cause de ces soucis: la demande de la main d'Athalie, faite par lui, avant le duel qui avait eu pour Georgette les conséquences que l'on sait, ce prétendu séjour à Nice qui ne pouvait se prolonger plus longtemps, le retour imminent de mademoiselle Piédevache, la première visite à faire à la famille Jujube, etc., etc., la pauvre Georgette ignorait tout cela.

Un soir, dès en montant dans la voiture où son amant l'attendait, elle fut frappée de l'altération de ses traits et de sa voix.

--Qu'as-tu? lui demanda-t-elle, inquiète.

--Mon ami de Nice, lui dit-il, vient de m'envoyer une lettre de ma tante, m'annonçant son retour à Saint-Mandé pour demain.

--Eh bien! c'est cela qui te trouble à ce point?

--C'est qu'il me faut me réinstaller chez moi, me montrer comme nouvellement de retour de Nice, interrompre cette existence à deux à laquelle je m'étais habitué et que, comme un enfant oublieux du lendemain, au milieu des joies du jour, je croyais ne jamais finir.

--Oh! mon chéri, répondit Georgette avec transport, voilà donc ce qui causait tes soucis!

Bengali pouvait, d'un oui, rassurer complètement son amie; ce oui, il ne le prononça pas. C'est que la pensée de ces projets de mariage, auxquels il avait adhéré de bonne foi, après son renoncement à Georgette qu'il croyait mariée, cette pensée hantait plus que jamais son esprit; que faire? Signifier son refus d'une alliance qu'il avait sollicitée; accabler sous un pareil scandale, sans prétexte aucun, une famille, ridicule peut-être, mais parfaitement honorable; s'aliéner sa tante, sa bienfaitrice, celle à qui il devait tout: telles étaient les préoccupations auxquelles le malheureux jeune homme était en proie et qu'il ne pouvait faire connaître à Georgette.

Mais elle, heureuse des regrets de la cessation de l'existence à deux, par lui manifestés, n'attendit même pas la confirmation de ce qu'elle croyait avoir deviné et s'écria toute joyeuse: «Eh bien, tant mieux! tu ne pouvais pas demander ma main à ma marraine, puisque tu étais censé loin de Paris; maintenant, tu pourras faire la démarche et je prierai tant ma marraine qu'elle consentira à nous marier.»

Bengali ne répondit pas.

Georgette surprise, le regarda, puis lui dit: «Tu n'as donc pas entendu ce que je t'ai dit?»

--Si, si, répondit-il avec embarras.

--Eh bien alors, tu iras demain!

--Demain... impossible... je vais chez ma tante.

--C'est juste; eh bien! après-demain?

--Après-demain... heu... c'est que....

--C'est que quoi? demanda Georgette avec inquiétude.

--C'est que... je suis très mal avec M. Marocain et je crains....

--M. Marocain n'a aucun droit sur moi.

--Oui, mais toi-même m'as dit que sa femme tremblait devant lui et lui cédait en tout.

--Ah ça, voyons, murmura la pauvre fille anxieuse.... Cette domination de ma marraine par son mari.... Je ne vois pas de raisons pour qu'elle cesse, et si elle t'arrête maintenant, elle t'arrêtera toujours....

Le malheureux amant, affolé d'amour pour sa maîtresse, ne savait que lui répondre et quand il la vit éclater en sanglots, se désespérer, l'accuser de vouloir l'abandonner, il l'attira sur lui, la couvrit de baisers, redoubla ses protestations de tendresse infinie, d'amour exclusif de tout autre, jura de faire tout, absolument tout ce qui dépendrait de lui, pour un résultat qu'il désirait autant qu'elle.

Georgette put prendre cette formule vague pour une promesse de faire la démarche qu'elle désirait et rentra chez elle, pleine de bonheur et de confiance.

Pour Bengali, le--tout ce qui dépendrait de lui,--il l'entendait de tout ce qu'il pourrait auprès de sa tante, pour la faire rompre des projets qu'elle avait caressés.

Le lendemain, donc, il arrivait chez elle; la brave dame lui prit la tête à deux mains, l'embrassa dix fois, vingt fois.

--Tu es accouru dès la réception de ma lettre, lui dit-elle, tu es un amour. Tiens! que je t'embrasse encore!

Et elle lui reprit la tête et lui donna de nouveaux baisers; alors, l'éloignant un peu d'elle, pour mieux contempler sa bonne mine de santé, elle se rappela sa douleur, ses angoisses, quand elle l'avait vu, dans son lit, évanoui et blessé peut-être mortellement, et, tout à la joie de la guérison complète de l'être chéri qu'elle avait craint de perdre, ce furent de nouveaux baisers.

A cet élan d'expansion maternelle, succéda un air d'étonnement.

--Mais... je ne te vois pas ta gaîté ordinaire... tu as même un air de tristesse....

La bonne entra à ce moment et demanda si elle devait servir le déjeuner.

--Mais certainement, sers, répondit la maîtresse.

Puis à son neveu:

--Comptant bien te voir ce matin, j'ai fait faire un petit déjeuner dont tu te lécheras les pouces. Voyons, assieds-toi là près de moi et causons.

--Oui, ma tante. Eh bien, comment avez-vous passé votre séjour là-bas? Il paraît que c'est très pittoresque, l'Auvergne.

--Très pittoresque, oui, mais toi....

--Vous ne vous êtes pas ennuyée? Avez-vous fait l'ascension du Puy-de-Dôme?

--Nous causerons de tout cela une autre fois, parlons de toi, de tes amours.

--Dam! Dam! ma tante, j'étais à Nice et....

--Sans doute, mais toi et ta future famille, vous avez dû entretenir une correspondance.... Au fait, j'oubliais de te dire.... Tu vas voir ton futur beau-père.

--Quand ça, ma tante? demanda le jeune homme avec inquiétude.

--Ce matin, tout à l'heure, je l'attends; en réponse à l'annonce de mon retour à ces chers amis, il m'a écrit qu'il viendra aujourd'hui.

--Oh! ma tante, ça me contrarie bien, j'avais à causer sérieusement avec vous, très sérieusement, et... devant lui... c'est impossible.

Mademoiselle Piédevache le regarda avec étonnement:

--Comment?... De quoi s'agit-il donc de si sérieux, qui ne peut pas se dire devant ton futur beau-père? Ça n'a pas de rapport avec le mariage, je suppose?

--Au contraire, ma tante, c'est de ce mariage que je voulais vous parler.

--Ah ça, mais... qu'est-ce qu'il y a? interrogea la tante avec inquiétude.

--Il y a que.... Voyons, ma tante, ma bonne tante... vous ne voudriez pas me rendre malheureux, n'est-ce pas?

--Je vois le coup! s'écria mademoiselle Piédevache... je le connais... tu me l'as déjà fait, tu ne veux plus te marier.

--Oh si, ma tante, oh si! je ne demande que ça.

--A la bonne heure!... tu m'as fait une peur.... Et bien alors, cette chose sérieuse... très sérieuse....

--Je veux me marier... mais avec une autre....

La vieille demoiselle sursauta:

--Avec une autre!... Est-ce que tu te fiches de moi, de cette pauvre petite qui s'est embéguinée de toi, je ne sais pas pourquoi, de son père, de sa mère, de tout le monde? Tu as demandé la main de la jeune fille, on te l'a accordée et maintenant....

--C'est vous, ma tante, qui avez voulu... c'était pour vous plaire....

--Je ne t'ai pas traîné de force chez ces excellents amis, tu m'y as accompagnée de bon gré....

--Parce qu'à ce moment-là, je n'aimais pas encore celle que....

--Ah! je vois l'affaire! Quelque intrigante que tu as trouvée à Monaco, car tu as dû aller à Monaco, qui t'a entortillé... l'héritier de mademoiselle Piédevache! Elle s'est dit:--Bonne affaire! Entortillons ce jeune daim qui doit hériter de la vieille....

--Vous vous trompez, ma tante, celle que j'aime n'est point une coureuse de casinos, c'est une honnête jeune fille vivant de son travail....

--Qui passe les nuits pour nourrir sa vieille mère, je la connais celle-là.

--Non, ma tante, écoute-moi.

--Rien! rien! rien! cria mademoiselle Piédevache, je t'ai toujours cédé, je t'ai toujours gâté, c'est le tort que j'ai eu; cette fois je tiendrai bon, et je ne romprai pas des projets arrêtés d'accord depuis longtemps, je ne jetterai pas le chagrin et le ridicule dans une famille honorable, pour te laisser satisfaire une amourette comme tu en as eu tant....

L'élan de colère épuisé, la vieille demoiselle continua sur un ton enjoué:

--Je ne te les reproche pas, tes amourettes. Ah! grand Dieu! tu me connais, mon cher enfant, tu sais si je suis rigide sur ce chapitre-là, l'amour!... Ah, seigneur... comme je comprends ça.... Tu le sais bien, garnement, j'ai été la première à te dire: Amuse-toi pendant que tu es jeune, fais l'amour, il n'y a encore que ça!... Moi-même quand j'étais.... Hum! J'allais dire des bêtises.

C'était la corde sensible qui venait de vibrer au souvenir du passé; Bengali saisit l'à-propos et il allait attaquer par son côté faible celle de qui il dépendait, lorsque la bonne annonça M. Jujubès.

Bengali eut un brusque mouvement d'impatience:--Recevez-le, ma tante, dit-il; moi je ne veux pas qu'il me voie.

--Hein? veux-tu bien rester là!

Et elle le saisit par le bras pour le retenir.

--Pas en ce moment, ma tante, il me serait impossible de lui dissimuler mon embarras... une autre fois... demain, après-demain, mais en ce moment, ne m'obligez pas.... Je ne saurais que lui dire, tandis que vous....

Et il s'élança dans la chambre voisine, en entendant les pas du nouveau venu.

Mademoiselle Piédevache acheva la phrase--tandis que moi, je saurai ce que je dois dire.--Eh bien alors, je le dirai, et ça ira tout seul.

Jujube entra: «J'accours aussitôt la nouvelle de votre retour», dit-il.

--J'y comptais bien et je vous attendais, répondit-elle.

--Pour me dire que nos projets ne peuvent plus avoir de suites; je m'y attendais et je....

--Comment! ne pas avoir de suites? Mais au contraire, je tiens plus que jamais à leur prompte réalisation.

--Vous n'avez donc pas vu votre neveu?

--Si; à peine de retour de Nice, il est accouru ici.

--De Nice? dit Jujube en souriant, il vous a dit qu'il arrivait de Nice?

--D'où vouliez-vous qu'il vînt?

--De Paris, dont il n'a probablement pas bougé.

--Hein?

--Je crois qu'il a été à Nice comme moi.

--Qu'est-ce que vous me dites là?

--Un de ses amis l'a rencontré à Paris, il y a quinze jours, trois semaines, ayant une jolie fille au bras.

--Ce n'est pas possible; on a pris un autre pour lui, j'ai toutes ses lettres datées de Nice, mises à la poste à Nice; la dernière, m'annonçant son retour, est datée d'il y a trois jours; mais vous-même avez dû en recevoir?

--Oui, j'en ai reçu trois et bien singulières pour un amoureux.

Jujube, alors, montra à mademoiselle Piédevache les trois lettres où le futur époux parlait de tout, excepté de son amour et du projet de mariage, et les terminant par la formule: «mille choses à ces dames.»

--Enfin, vous en avez reçu; donc, il était à Nice. La forme n'a pas d'importance; je pourrais vous citer une personne qui a reçu des lettres brûlantes de plusieurs prétendus épouseurs, qui l'ont parfaitement lâchée après.

--Après quoi? demanda Jujube.

--Après m'avoir,--l'avoir, veux-je dire,--demandée en mariage.

--Enfin, demanda Jujube, que vous a-t-il dit au sujet de nos projets?

--Ses intentions n'ont pas changé; s'il n'est pas allé tout de suite chez vous, c'est qu'il a cru devoir accourir à moi tout d'abord; mais dès aujourd'hui vous nous verrez lui et moi.

Bref, Jujube, qui ne demandait pas mieux que de revenir au mariage qu'il croyait bien rompu; sa fille, d'ailleurs, refusant formellement d'épouser Pistache, Jujube se retira enchanté du rétablissement des choses et tout prêt à tendre les bras à son futur gendre.

Bengali ayant écouté à la porte, sa tante n'eut pas à lui répéter sa conversation avec Jujube et la situation, pour lui, était nette; elle était tout entière dans le célèbre dilemme: se soumettre ou se démettre, et se démettre, c'était renoncer à l'affection et à l'héritage de sa tante, qui l'avait élevé, à qui il devait tout et qu'il lui faudrait affliger en échange de sa tendresse et de ses bienfaits; mais se soumettre, c'était abandonner Georgette, Georgette dont il était éperdument amoureux et qu'il faudrait désespérer par un abandon qu'elle ne méritait pas.

Il fit ce qu'en pareil cas tout autre eût fait à sa place, il laissa sa tante lui parler du mariage, l'écouta sans répondre, réfléchit mais ne la heurta pas par un refus. Cette attitude satisfit la vieille demoiselle: «Laissons-le à ses réflexions», se dit-elle, convaincue qu'elles seraient suivies d'une entière soumission; mais lui, se tenait simplement ce raisonnement, que tant qu'un mariage n'est pas fait, il peut survenir un événement qui le rende impossible; or, il avait plus d'un mois devant lui et, dans un mois, il passe bien de l'eau sous le pont des Arts et bien des académiciens dessus.

Quand Jujube annonça le résultat de sa visite à Saint-Mandé, ce fut une joie d'autant plus vive que, sans désespérer absolument, on ne croyait pas à une justification si complète et à une reprise spontanée des projets matrimoniaux. Aussi Jujube fut-il assourdi des questions d'Athalie, au sujet de son prétendu; elle voulait connaître ses explications, ses propres paroles, etc., etc.

--Je ne l'ai pas vu, dit Jujube, mais sa tante m'a répété ses intentions qui n'ont pas varié; tous deux viendront aujourd'hui.

Et tout à son idée de gloriole, il parla de ses projets de noce dans la coquette habitation de la propriétaire absente, des nombreux domestiques laissés aux ordres des occupants; ce fut du délire, et on ne parla plus d'autre chose; même les voitures étant à la disposition de la famille, on les ferait atteler toutes pour promener les invités, au grand épatement des paysans, et à la pensée de ce luxe de représentation, on ne tarissait pas d'exclamations, de rires, de propositions de toutes sortes. Ah! à ce moment-là, Jujube ne songeait guère à envoyer Athalie à son piano.

Du reste, celle-ci avait bien autre chose à faire; les toilettes à commander, le mobilier à acheter, etc., etc.

--Ah! dit-elle tout à coup, et mon éventail que Georgette doit me peindre; c'est convenu il y a longtemps, papa; il faudra que tu en composes le sujet; cette chère Georgette! va-t-elle être contente, elle qui m'aime tant.

Pendant toutes ces expansions, l'infidèle malgré lui, tout en se berçant de cette philosophie qu'un événement imprévu peut se produire dans le courant d'un mois, se demandait ce qu'il allait faire et dire, en attendant cet événement problématique qui pouvait tout arranger; ne pas revoir Georgette, quant à présent il ne pouvait s'y résigner; continuer ses rendez-vous quotidiens avec elle, mais elle lui rappellerait chaque jour la démarche promise auprès de sa marraine.... Quel prétexte donnerait-il pour s'en abstenir maintenant qu'il s'était montré comme de retour à Paris? Avouer franchement sa situation, c'était la dernière décision à laquelle il pût s'arrêter; dans son embarras, il remit au lendemain son rendez-vous, se disant que Georgette, ne le voyant pas, croirait que sa tante l'avait retenu.

Mais il y avait une visite qu'il ne pouvait reculer: celle à sa future famille; d'autant plus que mademoiselle Piédevache devait l'accompagner.

A l'heure convenue entre eux, la tante et le neveu se présentaient donc dans la famille Jujube et y étaient reçus avec un véritable enthousiasme. Madame Jujube sauta au cou de son gendre, puis le plaçant devant Athalie:

--Embrassez donc votre future! dit-elle....

Puis on embrassa la tante, puis ce furent des poignées de main chaleureuses, des demandes affectueuses de nouvelles du blessé, etc., etc.

--Enfin, nous allons donc avoir la paix! dit Jujube, en riant; car c'était un enfer, ici.

--Les larmes d'Athalie, sa mauvaise humeur, parce que vous ne reveniez pas, ajouta la mère.

--Pauvre petite! dit mademoiselle Piédevache; adorer ce monstre-là....

--Oh! ajouta Jujube, elle ne pouvait pas digérer: «Mille choses à ces dames!»; elle attendait des choses à elles personnelles....

--C'est à vous que j'écrivais, dit Bengali, et j'ai cru que ce n'était pas la place....

--Sans doute, sans doute, répliqua la tante; ces choses-là, on les dit à la personne elle-même.

--Ne parlons plus de ça, interrompit Jujube tout à son idée de noce à la maison de campagne; et il recommença à énumérer en détail ses intentions quant au repas, au bal qui le suivrait, à la réception des amis et connaissances qu'on n'aurait pu inviter au repas, etc., etc.

Et malgré cet enthousiasme qu'elle partageait avec son père et sa mère, malgré sa joie de revoir près d'elle l'homme qui devait être son mari, Athalie ne pouvait ne pas remarquer son air rêveur, ses sourires de complaisance et son peu d'empressement auprès d'elle. Mademoiselle Piédevache à qui, non plus, n'avait pas échappé la contrainte de son neveu et qui en connaissait les causes, dit:

--Ce pauvre enfant est encore un peu souffrant, il n'a pas retrouvé cette gaîté que vous lui connaissez, et puis le mariage doit rendre sérieux.

Sur ce, elle jugea à propos de ne pas prolonger une situation embarrassante:

--Allons, je l'emmène, dit-elle; à demain.

Puis à Bengali:

--Embrasse ta fiancée et partons.

Et, dans son soulagement causé par le départ, Bengali trouva, dans le baiser d'adieu, une conviction qu'Athalie put prendre pour de la tendresse.

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