‹ Le Musicien aveugleChapitre 1 sur 62 · AVANT-PROPOS

AVANT-PROPOS

En présentant au public français le chef-d’œuvre de Korolenko, nous croyons utile de rappeler le jugement qu’a porté sur le Musicien aveugle un critique russe renommé, Skabitchevsky, dans son Histoire de la littérature moderne.

« Le Musicien aveugle est le dernier mot de la perfection, une des œuvres les plus admirables que le monde littéraire ait jamais comptées. Impossible d’imaginer un sujet plus simple, avec moins d’artifice, et en même temps une analyse psychologique plus profonde.

Le voici en deux mots : Dans la famille d’un gentilhomme campagnard de l’Ukraine naît un garçon aveugle qui, plus tard, se marie avec l’amie de son enfance et devient un musicien célèbre.

« Toute l’action se passe dans l’âme du héros ; le livre n’est que le tableau du développement intellectuel et musical d’un enfant aveugle. Nous avons sous les yeux une étude purement psychologique, une étude abstraite qui risquerait d’être sèche et ennuyeuse.

« Et pourtant, si étrange que cela paraisse, à peine en aurez-vous lu deux lignes, que vous sentirez l’impossibilité de vous arracher à cette lecture tant que vous n’aurez pas dévoré l’ouvrage jusqu’au dernier mot. Dès la première page même, vous sentez votre âme envahie par le torrent puissant d’une poésie sans artifice, simple, mais si vraie, si forte, si fraîche ! Elle rejaillit sur vous comme une source limpide, vous enveloppe d’une atmosphère si exquise, si vivifiante, il s’en dégage une pureté si humaine et si irréprochablement morale, qu’après la lecture du Musicien aveugle vous avez l’impression d’une vie nouvelle ; il vous semble que près de vous est venue se poser, en volant, une image sereine qui serait la personnification de la paix et de l’amour, et qui ouvre si bien vos yeux sur le sens profond de la vie, que cette vie vous apparaît, soudain, pleine d’un charme jusqu’alors inconnu, qu’elle acquiert une tout autre valeur, tandis que tout ce qui s’était amassé au fond de votre âme de mesquin et de vil disparaît et se dissipe comme de la fumée… Vous rencontrez là des passages qui produisent sur vous une impression si forte que vous avez peine à réprimer vos larmes, et pourtant nulle sensiblerie dans ces pages : on décrit par exemple, l’impression produite sur l’aveugle par une chanson populaire qu’il entend pour la première fois :

Là haut, là, sur la montagne,

Moissonnent les moissonneurs.

« Rien, en effet, de plus simple que les paroles de cette chanson cosaque ; mais telle est la puissance du sympathique talent de W. Korolenko, que ces paroles suffisent pour faire pénétrer dans votre âme les sentiments d’une exquise et vibrante émotion… »

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